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mal, il me sauta au collet, m’appelant misérable, m’accusant d’avoir assassiné la seule creature à laquelle il tint sur la terre, et me reprochant de ne pas l'avoir laissé manger. Mais comme je ne suis pas plus frêle qu’un autre, je me défendis rudement et je ’envoyai se colleter avec le cadavre de sa bête. Le lendemain, reconnaissant son tort, il vint me faire des excuses, et nous sommes devenus les meilleurs amis du monde. Je suis revenu avec lui en Europe il y a deux ans. Il n’a trouvé à Londres un éditeur qui m’a donné mille livres sterling d’un ouvrage sur la Flore de l'Inde. Mais Londres m’ennuie. Ses brouillards enrhument l'intelligence. Je suis accouru à Paris. Voilà ma vie; elle est simple, comme tu vois. A toi maintenant.
— Oh! moi, dit Julius, depuis que je ne l'ai vu, il n'est arrivé d’abord les choses douloureuses que tu sais. Tu sais Vatroce malheur qui m'a frappé?
. — Oui, dit Samuel, qui palit légèrement. Je n’ai quitté Heidelberg qu’un peu après.
— J'étais au désespoir, reprit Julius. Mon père essaya de me distraire en m’emmenant voyager. Je fus censé voir l'Italie, l'Espagne et la France. Au bout d'un an, je revins aussi morne. Pour emplir ma vie, sinon ma pensée, mon père obtint pour moi, du roi de Prusse, une mission à Vienne. Te l’avouerai-je? pour m’étourdir, pour m’enivrer, pour oublier, je me jetai, corps et âme perdus, dans la vie matérielle et dans les joies faciles de cette capitale du plaisir. Triste, amer, désolé, je me soulais de débauche. Dans celte cour dépravée, ma dépravation fut un titre. Grave, sérieux et austère, j'aurais été un phénomène, quelque chose dimpossible et d’inapplicable; je ne montrai que la bête en moi, alors on me crut de l'esprit.
Moins je donnai de mon intelligence et de ma capacité, plus on me jugea intelligent et capable. Les honneurs, les décorations, les richesses se mirent à pleuvoir sur moi, Mon influence fut bientôt telle, que le roi de Prusse, il y a quatre ans et demi, changea ma mission en ambassade, Je suis resté ambassadeur à Vienne un peu moins de cinq ans; depuis six jours je le suis à Paris. Tu vois que les grandeurs me sont venues avec les rides. Je suis puissant
et faligué. J'ai trop souffert et trop joui pour n’avoir pas
appris quelque chose. Je me défie, Je ne suis plus crédule, Est-ce être plus faible ou plus fort? je n'en sais rien, mais je ne crois pas que personne à présent pdt avoir prise sur moi. Ah! j'oubliais de te dire que ma fortune s'est mise au pas de mes dignilés. Mon père, tu le sais aussi, est mork au commencement de l'année dernière, laissant plus d'argent encore que son frère. Si bien que j'ai quelque choso comme une vingtaine de millions.
Samuel n'avait pas perdu son empire sur lui-même; car l'éclair qui passa dans son esprit à ce mot de vingt millions né se refléta pas dans ses yeux.
Il avait écouté Julius, le regardant sans l'interrompre, Les dernières paroles de l'ambassadeur sur sa défiance actuelle et sur ses résistances aux entraînements extérieurs, élaient en rapport avec sa physionomie vioillie, usée et indifférente, Par où done Samuel pourrail-il regagner Vas- Cendant qu'il possédait jadis sur son camarade d'« tude?