PRÉFACE
En 1839, je m'embarquai pour les Grandes-Indes. Jallais rejoindre à Madras mon régiment, le 4e léger. Nous touchames en passant au cap de Bonne-Espérance, et là j'eus occasion de chasser quelques antilopes de la petite espèce, ce qui me donna un avantgoût des chasses splendides que quelques années après je devais faire tout à mon loisir; pendant mon séjour aux Indes, je recommencai mes excursions et rassemblai une immense quantité d'échantillons d'histoire naturelle : je commencai ainsi cette collection qui a pris depuis des proportions énormes. Par malheur le climat des Indes m'était contraire. Un beau jour, je quittai le service et rentrai dans ma patrie où je repris mes habitudes vagabondes. Bientôt, grâce à l'aide de mes nombreux amis, il me fut permis de me livrer avec succès à ma chasse favorite, celle des bêtes fauves dans les forêts de l'Ecosse.
A la longue, cependant, ennuyé d'explorer un pays en la présence continuelle des gardes et des forestiers, me sentant tourmenté du désir de visiter en toute liberté les contrées sauvages, où l'existence du vrai chasseur est tout à la fois un plaisir, une lutte et un orgueil, je pris la résolution de visiter les immenses
prairies et les montagnes Rocheuses du Nouveau-
a LA VIE AU DESERT.
Miende. Je sollicitai et j'oblins une commission dans Se Royal-Veteran New found Land Company, mais je ne tardai point à comprendre que j'aurais peu de chance de pouvoir m'éloigner des casernes et de vivre à la façon de-Nemrod tant, que je serais attaché à un régiment. Cela me décida à demander ma mutation pour le cap de Bonne-Espérance où se trouvait le ré- Siment des Cap Riflemen. En 1843 je pris terre sur ee sal tant désiré.
immédiatement après mon débarquement au Cap je fis partie de l’armée d'occupation et j'entrai avec ma division sous les ordres du général Somerset, dans le pays des Caflres-Amapouda, où nous demeurames quelque temps en campagne, ayant pour seule distraction celle de tirer des cailles et autres menus oieaux.
Je me trouvai donc encore trompé dans mon attente, el, ne voyant aucune chance d'arriver à mon but tant que je n'aurais point ma liberté tout entière, je me décidai enfin à donner ma démission et à pénétrer dans l'intérieur des terres, et, s’il était possible, la où nul Européen n'avait encore mis le pied avant moi.
En effet, ces vastes régions devaient offrir de nom- Drewses émolions à mon ardente jeunesse, et j'étais persuadé qu'il me serait facile, grâce à ma persévérance el mon adresse, de réunir de magnifiques trophées de chasse et de colliger une foule de sujets tnteressants pour la science et l'histoire naturelle. J'avais prévu juste, et, si vaste que fût sur ce point non ambilion, je réussis au dela de mes désirs,
Et maintenant ce que je vous offre ici, cher lecteur, © ast le récit des aventures qui me sont arrivées en ‘Virique; je ferai seulement observer que je suis le premier qui ail pénétré dans le:pays des Bamangwato, ob, grace à ma hache et à mapioche, je me suis tracé ane route que d'autres ont suivie par la suite. J'espé- Gus marcher toujours en avant et pénétrer plus loin ehoore ; mais la perte de mon bétail et de mes chevaux mi aréla court, à mon inexprimable regret.
Pendant les longugs années que j'ai passées dans le désert, je ai jainays eu d'autre demeure que mon
bariol ; encore l'ahandonnais-je souvent pour faire wu), où accompagie de sauvages seulement, de loin- Games expeditions de chasse, laissant les quelques ompagnons allachés à ma fortune capes aulour de
unes bagages. Dans ces circonstances, j'ai passé bien
des jours et bien des nuits au fond d’un trou isolé, creusé près de quelque source, guettant la démarche majestueuse du lion, les évolutions sagaces des éléphants, les bonds capricieux de la panthère et l'allure de ces nombreuses espèces d'animaux qui souvent passaient à quelques pas de moi sans se douter du voisinage de l'homme et de la mort; dans ces sortes d'occasions, tout ce que j'ai jugé digne de remarque, je l'ai consigné dans mon journal.
‘C'est à Vaidede ce journal que l'ouvrage que l'on va lire a été écrit presque littéralement, je l'avoue : le lecteur ne doit donc point s'attendre à trouver un style fleuri et travaillé dans un récit rédigé en de telles conditions. Lorsque la main s'est fatiguée toute la journée à manier la carabine, on est inhabile le soir à tenir une plume. Mais, si mon langage sans apprêt cause aux vrais chasseurs quelques sensations de plaisir, si mes descriptions ajoutent une page de plus à l’histoire naturelle du Sud de l'Afrique ou aux notions déjà connues sur les peuplades de ce pays, je m'estimerai amplement récompensé de mes veilles, de mes explorations et de mes fatigues sur le sol aride, sauvage et dangereux du pays des Boschimens.