‹ La vie au desertChapitre 34 sur 175 · LE SIFFLET ENCHANTE · texte numérisé non relu

LE SIFFLET ENCHANTE

U y avait une fois un roi riche et puissant qui avait une fille d’une beauté remarquable. Lorsque celle-ci arriva à l’âge de se marier, il fut enjoint par une ordonnance criée à son de trompe et affichée sur tous les murs, à ceux qui avaient des prétentions à l’épouser, de se réunir dans une vaste prairie.

Là, la princesse jellerait en l'air une pomme d'or, et celui qui parviendrait à s’en emparer n’aurait plus qu’à résoudre trois problèmes, après quoi il deviendrait l'époux de la princesse, el, par conséquent, le roi n’ayant point de fils, l'héritier du royaume.

Le jour fixé, la réunion eut lieu : la princesse jeta la pomme en l'air, mais les trois premiers qui s’en emparérent n’ayaient accompli que la tâche la plus facile, et aucun des trois n’essaya méme d’entreprendre ce qui reslait à faire.

Enfin, la pomme lancée une quatriéme fois par la princesse, tomba aux, mains d'un jeune berger, qui était le plus beau, mais aussi le plus pauvre de tous les prétendants,

Le premier probléme, bien autrement difficile & résoudre qu'un problème de mathématiques, était

celui-ci ;

Le roi avait fait enfermer dans une écurie cent lièvres; celui qui parviendrait à les mener pailre dans la prairie où avait lieu l’assemblée, et, les y ayant conduits le matin, les ramènerait tous le soir, aurait résolu le premier problème.

Lorsque cette proposition eut été faite au jeune berger, il demanda un jour pour réfléchir; le lendemain, il répondrait affirmativement ou négativement,

Le demande parut si juste au roi, qu’elle lui fut accordée. .

Il prit aussitôt le chemin de la forêt, pour y méditer à son aise sur les moyens à employer pour réussir,

Il suivait lentement et la tête baissée un sentier étroit, longeant un ruisseau, lorsque, sur ce sentier même, il rencontra une petite vieille aux cheveux tout blancs, mais à l'œil encore vif, qui lui demanda la cause de sa tristesse,

Mais le jeune berger répondit en secouant la tôte : ’

— Hélas! personne ne peut me venir en aide, et, cependant, j'ai bien envie d’épouser la fille du

roi, .

— Ne te désespère pas si vite, répondit la petite vieille; raconte-moi ce qui te chagrine, et peut-être pourrai-je te tirer d’embarras.

Notre berger avait le cœur si gros, qu'il ne se fit aucunement prier et lui raconta tout.

— N'est-ce que cela? demanda la petite vieille, en ce cas, tu es bien bon de te désoler.

Et elle prit dans sa poche un sifflet d'ivoire et le lui donna.

Ce sifflet ressemblait à tous les sifflets ; aussi le berger, pensant qu'il y avait sans doute une façon particulière de s’en servir, se retourna-t-il du côté de la petite vieille pour lui faire quelques questions, mais elle avait déjà disparu.

Mais, plein de confiance dans celle qu'il regardait comme un bon génie, il alla le lendemain au palais, et dit au roi :

— J'accepte, sire, et viens chercher les lièvres pour les mener paitre dans la prairie.

Alors le roi se leva et dit à son ministre de l’intérieur:

— Faites sortir tous les lièvres de l'écurie.

Le jeune berger se mit sur le seuil de la porte pour les compter; mais le premier était déjà bien loin quand le dernier fut mis en liberté; si bien que, lorsque le berger arriva dans la prairie, il n'avait plus un seul lièvre avec lui.

Il s’assit tout pensif, n’osant croire à la vertu de son sifflet. Mais, cependant, il lui fallut recourir à cette dernière ressource; il l’appuya donc

à ses

lèvres et souffla dedans de toutes ses forces.

Le sifflet rendit un son aigu et prolongé.

Aussitôt, à son grand étonnement, de droite, de

gauche, devant, derrière, de tous côtés enfin, accou- .

rurent les cent lièvres, qui se mirent tranquillement à pailre autour de lui.

On vint annoncer au roi ce qui se passait, el com- *

ment le jeune berger allait probablement résoudre le problème des cent lièvres.

Le roi en référa à sa fille.

Tous deux furent fort contrariés, car si le jeune berger réussissait dans les deux autres problèmes comme il allait sans doute réussir dans le premier, la princesse devenait la femme d’un simple paysan, ce qui était on ne peut plus humiliant pour l’orgueil royal.

— C'est bien, dit la princesse à son père, avisez de votre côté, je vais aviser du mien.

La princesse rentra chez elle, se déguisa de facon à se rendre méconnaissable ; après quoi elle fit venir un cheval, monta dessus, et se rendit près du jeune berger.

Les cent lièvres caracolaient joyeusement autour de lui.

— Voulez-vous me vendre un de vos lièvres? de-

manda la jeune princesse.

— Je ne vous vendrais pas un de mes lièvres pour tout l’or du monde, répondit le berger, mais vous pouvez en gagner un,

— A quel prix? demanda la princesse.

— En descendant de votre cheval, en vous asseyant sur le gazon et en passant un quart d'heure avec moi.

La princesse fit quelques difficultés; mais comme il n’y avait que ce moyen d’obtenir le lièvre, elle mit pied à terre et s’assit près du jeune berger...

Au bout d'un quart d'heure, pendant lequel le jeune berger lui conta mille choses tendres, elle se leva, réclamant son lièvre, et, fidèle à sa promesse, le jeune berger le lui donna,

La princesse l’enferma avec joie dans un panier atlaché à l'argon de sa selle et repritle chemin du palais.

Mais à peine eut-elle fait une quart de lieue, que le berger approcha le sifflet de ses lèvres et quil et

qu'à ce bruit, qui le rappelait impéricusement, le

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