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mémes conditions que moi pour se faire une *dée du plaisir que je ressentis en traversant cette oasis dans le désert. Depuis quelques semaines notre caravane avait traverse des plaines arides et desséchées, où nous avions eu à peine assez d'eau pour désaltérer notre betail, nous sentions peser sur notre téte un ciel dévorant dont aucun nuage ne tempérait la chaleur, où pas un arbre, pas un arbuste feuillu ne répandait son ombre; et tout à coup nous nous trouvions en face d'un fleuve majestueux, roulant ses larges ondes devant nos yeux éblouis et nous offrant une ceinture d'arbres
verdoyants et de fraiches prairies. A l'endroit où nous
traversames l’Orange, ce fleuve me rappela certains sites de la Spey, la chère rivière aux bords de laquelle je suis venu au monde.
La largeur ordinaire de l’Orange est de trois cents toises; chaque rive est ornée d’un superbe rideau de saules pleureurs dont les branches trempent dans l'eau, tandis que de place en place s'élèvent des bosquets d'arbres fleuris dont le parfum embaume Vair et dont les fraiches profondeurs sont peuplées d'oiseaux de toute espèce, les uns au plumage diapré, les autres au chant mélodieux. Les entomologistes pourraient, aussi, trouver la matière à d’intéressantes remarques, car les arbres et le sol fourmillent d'insectes curieux et rares.
La première chose dont je m'oecupai après avoir fail halte fut de prendre un bain délicieux, après quoi je m habillai de mon mieux et, traversant la rivière à cheval, j'allai rendre visite à l’heureux ménage dont j'ai deja dit un mot.
Je trouvai ces gens là polisetcommunicatifs, ilsm'offrirent une provision de légumes qui me fut d'autant plus agréable que j'en é ais privé depuis plusieurs semaines, el je sus par eux qu'à 15 milles vers le nord je trouverais des salines; ils me montrèrent deux sortes de gibier qui m'étaient encore inconnues, c’est-à-dire les Koodoos et les Sassays bys. Je me promenai avec eux dans leur jardin où, sans compter les légumes, je trouvai différentes espèces d'arbres fruitiers, tels que des péchers et des abricotiers : les branches pliant sous le poids de leur savoureuse moisson.
Nous nous quittames enchantés les uns des autres.
Le 19, je montai à cheval et me dirigeai vers le nord, où une grande colline rocheuse bornait l'horizon.
Je jouis la d'une vue magnifique : au nord eta Vest, aussi loin que le regard pouvait atteindre, on apercevail une multitude de cimes hardies d'une hauteur prodigicuse. Quelques-unes formaient le plateau, mais la plupart étaient d'aspect conique et s'élevaient en pyramides dont chacune semblait s'eflorcer de dominer l'autre.
Ces montagnes divisaient des plaines immenses, Depuis que nous avions traversé le fleuve Orance le paysage s'embellissait, Les plaines étaient plus hautes
et plus vertes, et les petits buissons, qu'on appelle « karrao », eu égard au désert où ils poussent, élaient peu à peu remplacés par d’autres d’une plus belle venue et d’une autre espèce. Ceux-ci pour la plupart exhalaient un vif parfum aromatique, surtout lorsque la terre avait été rafraichie par une averse; dans ce cas, les déserts de l'Afrique exhalent un parfum si délicat que ceux qui n'y ont pas voyagé ne sauraient s’en faire une idée.
Notre route serpentait au milieu d'une plaine immense où nous vimes errer plusieurs hardes de gros gibier. Mais je m’approchais des régions où je comptais rencontrer une plus noble chasse, et mes rêves, surtout ceux que je faisais éveillé, étaient pleuplés de lions, d’éléphants, de rhinocéros et d'hippopotames.
Bientôt mon attention fut attirée par la vue d'une grande antilope qui me parut tenir à la famille des « hartebiers » ; à sa couleur pourpre, je la reconnus pour un Sassaibe, quoique je visse cet animal pour la première fois, mais elle était trop loin pour que j essayasse de lui donner la chasse : je la laissai donc paitre tranquillement.
La vue était bornée de tous côtés par des montases, et à l’aide de ma lunette je découvris des forêts de mimosas qui couvraient Alxoo-Bay.
Nous arriyames ce jour-là vers un bassin assez profond dont les côtes formaient une pente douce. Au milieu, la surface plane, couverte de sable fin, portait une couche épaisse de gros sel : cette couche a d'ordinaire de un à deux pouces d'épaisseur. Des pluies violentes remplissent d’eau le bassin, et quand la sécheresse arrive, l'eau se retire et il se forme de grands dépôts de sel. Ce genre de salines se trouve dans plusieurs parties de l'Afrique méridionale. Celles qui approvisionnent particulièrement la colonie de son meilleur sel sont situées entre Utenage et Algon Bay. Elles sont fort étendues et leur rapport est considerable. Les autruches et presque toutes les antilopes fréquentent les salines, car elles sont trés-ir andes de sel.
La saline près de laquelle nous étions avait ete autrefois visitée par les Boers et les Griquas qui Sy approvisionnaient, mais depuis quelques années ils l'avaient abandonnée pour une autre qui en fournissait de qualité supérieure. Les alentours en etaient donc inhabités, calmes et silencieux comme ceux d'un cimetière,
Le 21 au malin, je laissai mes chariots campés pres de la saline, et, ayant fait un demi-mille vers le nord sur une route peu fréquentée, je découvris une lontaine d'eau excellente, mais fortement impresnee de salpêtre, Plus tard j'appris que les Boers appelaient cette fontaine Gruit Vouteyn ou Powder Fountain, à cause de son eau, que lon croirait avoir servi à laver des fusils. Les Griquas la nomment plus élè= gamment Stink Vouteyn,
A Vheure du déjeuner, je fus rejoint par une tronpe de ces pauvres diables. Ils se rendaient & une petite fontaine au nord-est, où l’on di-ait qu'il y avait du gibier à profusion. Ils étaient accompagnés de plusieurs serviteurs Bushjismen nus eta l'aspect sauvage, qu'ils avaient sans doute capturés dans leur enfance et dressés au service. Ils menaient en laisse, derrière leur chariot, des chevaux de selle qui paissaient tout en marchant. Je remarquai aussi parmi leurs bœufs, qui marchaient librement, deux vaches laitières. Ca peuple ne se met jamais en voyage sans se faire escorter de ce luxe hygiénique.
La contrée occupée par les Griquas s'étend de Rhama, village situé sur Orange-River, à environ trente milles à l'est du lieu où je me trouvais maintenant, jusqu'à Griguastadt, leur capitale, village bâti à peu près à cent milles au nord de la jonction da Waal avec Orange-River. Les Griquas d'origine hottentote ont en général les traits caractéristiques de la race, c'est-à-dire un nez large et épaté, des pommeltes sai lantes, de petits yeux d’éléphant et d'autres particularités physiques qu'il est inutile d’énumérer. Néanmoins ils sont croisés avec tant d'autres tribus qu'on peut trouver sur leurs territoires des descendants de toutes les races de Boers, Béchuanas, Mozambiques, Corannas, Namaquas, Hottentots, Boshjismen, etc. Ils se marient sans distinction de races, de sorte que les uns ont les cheveux longs et noirs, tandis que chez les autres le crâne est à peine orné de rares mêches maladives, de laine crépue : ces unions mixtes produisent donc des nuances et des variétés à l'infini.
Une autre tribu, de tout point semblable aux Griquas, habite à l'est de leur territoire une contrée trèsétendue et très-fertile. Ces gens s'intitulent Bétars. Leur chef a nom Adam Kok, et leur capitale s'appelie Philipoli. C'est un petit village s'élevant à trente milles environ au nord de Colesberg; leur pays est bordé au midi par le Great-Orange-River. C’est de toute l'Afrique méridionale le district le plus favorable pour le fermage, car il possède une multitude de fontaines dont on peut détourner les eaux pour arroser les terres.
Le costume des Bâtars consiste en une jaquette de cuir, un gilet, un pantalon, des souliers grossiers ; le lout confectionné chez eux. Un mouchoir malais atlaché sur leur tête complète leur costume, qui les dimanches et fetes s'enrichit d'une cravate et d'une chemise, Quant anx femmes, elles portent un corset juste qui descend jusqu'au bas de la taille, d'où part un jupon pareil à ceux des femmes de tous les pays Ces jupons sont quelquefois d'étolfes de fabrique anglaise, mais plus souvent d'un cuir souple qu'elles préparent elles-mêmes, Elles se coifent avec deux mouchoirs, l'un de soie noire, l'autre bariolé de rouge et de vert. Elles aiment beaucoup les perles de toutes
erosseurs et de toutes couleurs, et en mettent plusieurs rangs a leur cou. Hy en a surtout une espèce qui leur est particulière. Ce sent les tribus qui habitent sur les bords de la grande rivière Grange, vers le point où elle se jette dans la mer, qui les facornent avec la racine d'une plante qui croît à l'embouchure du Great- Orange-River, et qui exhale un parfum spécial et trèsdoux. Chaque fille Griquas posséde au moins un rang de ces perles, et tout voyagenr qui une seule fois a respiré leur parfum ne peut le sentir de nouveau sans se rappeler involontairement les beaux yeux noirs et les formes gracieuses des nymphes à demi civilisées qui habitent la rive nord de | Orange.
Les maisons des Griquas ressemblent à des ruches ou à des fourmilières; elles sont construites avec des branches d'arbres plantées en terre, en cercles recourbés au-dessus et entrelacées, de manière à former une espèce de treillage sur lequel on étend de grandes nattestissées avec des roseaux. Ces peuples se servent aussi de ces nailes en guise de capotes de chariots, car elles résistent efficacement au soleil et à la pluie.
Une butte de Griquas a dix ou quinze pieds de diamètre. Lorsque le propriétaire change de canton pour chercher des pâturages, il n’a pas grand’peine à em= porter sa maison avec lui. J'ai vu un bœuf de transport chargé non-seulement de la maison de son maitre, mais encore de tous les ustensiles de laiterie au complet, fabriqués en bois, de deux sacs de peau pleins de lait épais, des ustensiles de cuisine et par-dessus tout de la ménagère, avec un ou deux enfants.
Tous les Griquas ont des maisons faites sur le même modèle, tous mènent la même vie. La description de la demeure et des usages d’un seul est done la description des mœurs de toutes les peuptades qui jusqu'à l'océan bordent le cours du Vaal et d'Orange-River. Un point sur lequel ils se ressemblent surtout, c'est leur abominable paresse. Ils détestent les travaux difliciles ou fatigants et passent leur vie à chasser. Tous les ans ils partent en bandes avec leurs chariots, leurs bœufs et leurs chevaux pour faire des expéditions de ce genre dans l'intérieur des terres, et ils s'absentent de chez eux pendant trois ou quatre mois. Les Griquas sont particuliérement menteurs, défautqui au reste domine dans l'Afrique méridionale. Ts sont aussi on He peut plus indiserets dans leurs demandes, el ils commencent ordinairement par mendier du thé où du café, Comme ils connaissent la courtoisie anglaise, ils font cette demande au nom de leur femme ou de leurs filles. Mais malheur à vous si vous accédez, alors ils continuent leurs importunités, et ont tour à tour la fantaisie d'obtenir votre chapeau, votre cravate ou votre habit, sans rougir de vous offrir les trocs les plus msensés. Un jour j'en trouvai an qui de sang froid me proposa de troquer mon pantalon de drap tout neuf contre une paire de culottes de cuir qu'il portait depuis plus de dix ans.
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-Nous franchimes les collines par un défilé pierreux, et ayant cheminé pendant quelque temps au travers de plusieurs vallées bien boisées, nous joutmes tout à coup d’une vue admirable. Une vaste plaine couverte d’un gazon touflu sur lequel se détachaient de gigantesques mimosas s'étendait depuis le pied des collines au sommet desquelles nous nous trouvions jusqu'à une autre chaîne de montagnes escarpées colorées d’une belle teinte bleue. Nous descendimes dans cette plaine en appuyant vers le nord et galopant en ligne parallèle aux collines. Bientôt mes compagnons prirent une direction qui ne me parut pas être le meilleur chemin pour rencontrer du gibier. Je m’écartai donc quelques pas et suivis un sentier qui rampait à la base des montagnes. En un instant, je les perdis de vue.
Je galopai ainsi environ un mille, et soudain je me trouvai en face d’une troupe de koodoos, parmi lesquels se trouvaient deux bucks qui portaient majestueusement une paire de cornes en spirale, bien plantées et très-écartées. Ils prirent la fuite du côté des collines rocheuses, ainsi que font toujours les koodoos. Leur course était une suite non interrompue de bonds pardessus les ronces, ce qui éreintait mon pauvre cheval. Par malheur je m'étais mis en campagne sans piqueur, et pourtant, tout lourd que j'étais, je gagnais sur eux, et j'en aurais certainement atteint et tué au moins un, s'ils n'étaient arrivés à un obstacle infranchissable pour moi, c'est-à-dire à une espèce de barrière de rochers durs et pointus, par-dessus lesquels ils sautèrent et disparurent.
En ce moment parut tout à coup une belle troupe composée de neuf oryx, galopant droit sur moi. Ils avaient tous des cornes d’une longueur prodigieuse, surpassant en beauté tout ce que j'avais vu jusqu'alors. [ls étaient précédés de quatre zèbres admirablement rayés, les premiers que je rencontrais. En une seconde je me lançai à la poursuite de cette bande. Je déplorais plus que jamais la folie que j'avais faite de sortir sans piqueur, mais pourtant sans perdre tout espoir de succès, car il était évident que ces antilepes avaient été chassées par les Griquas dont je venais de me séparer. Je choisis un male et m'attachai à lui pendant plusieurs milles, en le poursuivant d'un galop furieux. Enfin, je me trouvai à quinze toises de lui; sa langue pendait hors de sa bouche, de longs flots d'écume découlaient de ses flancs. Tout à coup, au détour d'un buisson d'épines il s'arrêta et fit volte face. Je me jetai hors d'haleine, épuisé, frémissant, à bas de mon cheval. Je portai d'une main convulsive ma carabine à mou épaule et tis feu. La balle le perça de part en part et le tua roide.
Il avait les plus admirables cornes que j'eusse encore vues. Je débarrassai mon cheval de sa selle, puis je Vattachai au licol, et je coupai la tête de l'oryx, opération que je n'accomplis qu'à grand'peine, car la
peau de son col avait un pouce d'épaisseur. Après cela je convris le cadavre de branches coupés à un mimosa voisin, afin de le protéger contre les vautours. Cette opération terminée, je revins au camp, ma carabine sur l'épaule.
Le lendemain je découvris la carcasse d’une femelle koodoo qu’une meute de chiens sauvages avait forcée et dévorée. Mes Hottentots se hâtérent de s'emparer de la moelle des os des cuisses, qu'ils estiment comme un graud régal et qu'ils avalerent toute crue.
Excursion de Stink-Vouteyn au Vaal et retour. — Chiens sauvages,— Les antilopes.— Les autruches.— Les pordrix des Namaquas.— Les Sauterelles. — Les Boers essayent de m'enlever Ruyter. — Un Gnoo forcé par des chiens sauvages.
Le 24, au matin, nous attelâmes et quittant Stink Vouteyn, nous marchames vers Vaal-River, éloignée d'environ vingt-cinq milles.
Nous y arrivames à deux heures le lendemain.
Notre route courait dans des sables très-fins, ce qui la rendait horriblement pénible pour les bœufs. J'envoyai d'avance des hommes à cheval sonder la profondeur du fleuve, et, le trouvant guéable, je résolus de le traverser sur-le-champ. Il est de règle, parmi les voyageurs expérimentés , de ne jamais remettre au lendemain, en Afrique surtout, le passage d’une rivière qui se trouve guéable au moment où ils arrivent sur ses bords. Les voyageurs de l'Afrique méridionale racontent des histoires qui prouvent qu'ayant négligé cette précaution ils ont été forcés de camper des semaines et même des mois entiers sur le bord de diverses rivières. Le courant étant trèsfort, je montai sur un des bœufs de devant d'un de mes attelages, et en quelques minutes une double file de bœufs refoulait vigoureusement l'eau qui montait jusqu'à la moitié du flanc de ces animaux; Peau atteignit le fond de ma cargaison, mais sans me causer aucun dommage. L'autre rive était extrêmement écartée et pierreuse, et chaque bête eut les plus puissants efforts à faire pour en gravir la berge.
En cet endroit la rivière est fort belle, avec des courants rapides et de petites anses d'eau calme appelces par les naturels « zekoë-ychots », ce qui veut dire trous de veau marin ou d'hippopolame, car ces énormes amphibies étaient très-nombreux, il y a quelques années, le long du Vaal River. Mais l'hippopotame est timide comme l'éléphant; il recherche la solitude, et se retire à mesure que la civilisation approche. Les bords du Vaal, ainsi que ceux d'Orai ge River, sont ornés de bosquets touffus et d'ar-
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bres verts de toute sorte, où domine le saule pleureur, dont les longs rameaux effleurent avec grace le courant. La berge des deux fleuves est jonchée de troncs d'arbres bruts qui y sont déposés par les inondations annuelles auxquelles ils sont sujets. Au nord, à peu de distance de mon camp, il y avait une île charmante et couverte d'arbres de la pluséclatante verdure.
Vers trois heures de l'après-midi je montai à cheval et me lancai au galop vers le nord. J'étais accompagné de Cobus et de Jacobs.
Nous trouvames le pays couvert de buissons, la plupart armés d'épines semblables à des hamecons. Cette espèce de mimosa est plaisamment désignée par les Boers sous le nom de « vyachtum bige », où « wait «a leitthom », c'est-à-dire : « épine, attends un peu», parce qu'elles conseillent à chaque instant aux voyageurs qui passent de ne pas se presser, altendu que, quand ils n'ont point égard à leurs avis, ils y laissent une portion de leurs chemises et de leurs pantalons. Ca et là il y avait des collines couvertes de rochers adamantins fort pointus, dans les interstices desquels croissaient aboudamment néanmoins de la bonne berbe et des buissons verts.
Je fis ce jour-là un très-beau coup : je tuai une vicille outarde mâle, et comme, tout charmé de cette caplure et comptant sur un excellent déjeuner pour compléter ma bonne humeur, je revenais vers mon camp, complant bien trouver ce déjeuner prêt, je découvris mes deux honorables serviteurs, Cobus et Jacobs, chargés du soin de mes repas qui, couchés au pied dun mimosa fumaient avec délices leurs petites pipes de terre; quaut à mon déjeuner il n’en avait point été question.
Je crus à cette occasion qu’une petite correction manuelle serait bien placee; j'adressai en conséquence à chacun deux ou trois coups de mon jambok. Ces fiers gentlemen en furent tellement indignés qu'ils s'enfuirent au moment où j'étais au bain.
Le 31, il faisait un beau temps tres-frais quoique le ciel fut couvert d'une va; cur noire. Je me donnai d’abord le plaisir de nager assez longtemps dans le Vaal, puis je montai à cheval pour aller à la recherche dun Roan antilope. En l'absence de mes deux fugitifs, je me fis suivre par Carolus, qui, presque aussi grand et aussi gros que moi, était beaucoup trop lourd pour l'emploi de piqueur. Quant à mon petit Bush-hoy Ruyter, il avait appris à monter à cheval chez les Boers, mais il se tenait mal et ne voulait jamais pousser sa monture à fond de train, surtout quand le sol était inégal ou rocailleux,
J explorat la contree sans résultat jusqu'à une dis lance assez considérable et me dee dai à revenir vers mon camp, quoiqu'il fit encore de bonne heure; car Je temps s'obscurcissait, et des coups de tonnerre loin- Lain
H 7 CL sours anboncnent un orage proc hain. En
moins d'une demi-heure la vluie tomba à torrents et un
vent très-froid se mit à souffler. Alors commencèrent à gronder sur ma tête les plus formidables éclats de foudre que j’eusse entendus de ma vie. Les éclairs étaient si nombreux et si précipités qu'il en résultait un jour étrange et flamboyant qui m'aveuglait. Nous pressames alors notre course ; mais, au moment où nous allions entrer dans un fourré de buissons épineux, une énorme antilope grise se leva du milieu d'un fourré. Je ne pus voir sa tête, mais je reconnus tout d'abord que c’était le fameux Roan antilope tant cherché par moi, autrement dit un gemsbock bâtard. Je demandai ma carabine mauresque, abritée contre les torrents de pluie qui tombaient dans une gaine imperméable de master Hugh Snowis, breveté. Carolus la tira de son fourreau et me la passa avec son flegme ordinaire. Elle était naturellement toute chargée.
La noble bête avait pendant ce temps gagné du terrain : c'était un vieux et magnifique mâle; il portait une superbe paire de cornes ayant la forme d'un cimeterre et avait cinq pieds de haut depuis Pépaule jusqu’à terre. Heureusement j'étais monté sur un cheval qui, connaissant son état, savait ce qu'il avait à faire, et qui, à travers les méandres de roches, de pierres et de ronces, s'élanea après lui avec une grande ardeur. Au bout de quelques minutes, mes jambes, à partir du genou, étaient ruisselantes de sang, et ma chemise, soit dit en passant, mon seul vêtement, était déchirée en petites bandelettes qui floitaient au gré du vent autour de ma taille.
Lantilope, grâce à la surprise et à la difficulté du terrain, eut d'abord une avance qu'elle maintint pendant quelque temps; mais bientôt, le sol étant plus ferme, je commençai à gagner sur elle. Enfin, après une chasse d'environ dix milles, illuminée par les éclairs qui m'eussent donné aux yeux d’un poëte d'Occident l'aspect d'un chasseur fantastique, nous arrivames à une légère montée à la moitié de laquelle mon antilope s'arrêta et fit tête bravement, me regardant à son tour d’un air de déli et avec des yeux qui semblaient croiser leurs éclairs avec ceux du ciel.
J'avoue qu'aujourd'hui encore je me rappelle ce moment avec une certaine émotion. Cet animal qui, forcé par le lion, lui tient tête, osait me résister, Je m'approchai de lui à la distance de quarante pas. Je mis pied à terre, et, sans être intimidé par les éclats d'un coup de tonnerre, je lui envoyai une balle dans l'épaule, L'animal bondit aussitôt pour me charger, mais, à moitié chemin, sa force le trahit : il chancecla et tomba sur les genoux. Je lui envoyai alors une secoude balle dans le cou, juste à l'endroit où j'avais l'habitude, pour mes collections, de séparer la tête des épaules, Ce fut son coup de grace; ilsereleva dans un supréme effort, mais pour retomber; ilroiditensuite ses membres et ferma les yeux. F était mort.
Pendant ce temps l'orage redoublait de fureur.
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J'avais très-froid, car j'avais perdu ma chemise dans Vardeur de ma poursuite, et il ne me restait absolument que mes souliers et une espèce de ceinture de cuir; je m’arrétai cependant assez longtemps à contempler la superbe et rare antilope que je venais d’avoir le bonheur d'abattre. C'était un échantillon magnifique.
Dans l'après-midi du 3 février nous attelames et retroussämes chemin jusqu'à ce que la nuit vint. J'étais alors arrivé à la rivière, que je traversai malgré l'obscurité, et je campai sur l'autre bord Dans le trajet j'avais rencontré une douzaine d’autruches sortant de l'œuf depuis quatre ou cinq jours et à peine grosses comme des pintades. Je m’amusai beaucoup à voir la mère s'efforcer de nous donner Je change, en rusant à la manière des femelles de canards sauvages ; elle étendait et trainait les ailes, puis se jetait à terre comme si elle eût été blessée. Pendant ce temps le mâle se chargeait de la garde des petits ct les éloignait de nous pour les mettre en süreté.
Je respectai l'amour maternel dans la personne de celte digne autruche, et lui fis grâce, à elle, à son époux et à sa couvée,
Le 4 nous cheminâmes à travers un pays sablonneux, orné en certains endroits de très-vieux arbres fort pittoresques, de l’espèce des camel's thorn. Vers onze heures du matin je remarquai que la base d’une chaîne de collines très-étendues vers le nord était cachée, sur une largeur de plusieurs milles, comme par un nuage épais qui paraissait se rapprocher de nous en appuyant vers le sud. Il se trouva que ce nuage était composé de myriades de sauterelles. Ce phénomène est, selon moi, ce qu'un voyageur peut voir de -plus curieux. Elles ressemblent fort à une épaisse giboulée de neige lorsqu'elle tombe en larges flocons, et le bruit de leurs ailes me rappelait le murmure des feuilles d'arbres agités, dans une grande forêt, par la brise d'été.
Le soir, je visitai la hutte d'un vieux Bushman que je trouvai chez lui avec une foule de Bushchildren qui étaient ses petits-enfants.
Je dormis dans leur voisinage sous un vieux mimosa. Vers minuit le vent souffla de l'Océan du sud, et, comme je n'avais pour tout vêtement que ma chemise, j'éprouvai un froid insupportable, En dépit de ces alternatives de chaud et de froid, ma santé était parfaite, et je n'avais plus le moindre retour des rhumatismes dont j'avais souffert dans l'Inde, quoique depuis mon arrivée en Afrique j'eusse complétement cessé de porter de la flanelle. Je puis donc recommander le climat en toute connaissance de cause. Ajoutez qu'on n'y entend presque jamais pa ler de catarrhes, de rhumes , de toux, ni de maux de gorge.
Des hommes de science, dont l'opinion doit en pareille matière avoir un grand poids, m'ont assuré que
les districts des frontières de la colonie, et surtout les plus eloignés vers le nord, sont des séjours parfaite ment sains et curatifs pour les personnes aflligées de maladies de poitrine.
La contrée dans laquelle nous venions d'entrer était sablonneuse et complétement inhabitée; les plaines étaient couvertes d'une bruyère longue et rude, et souvent d'arbustes rabougris et d'herbes douces pouvant admirablement servir de fourrage. Des chaînes de collines assez élevées et interminables coupaient ces vastes steppes et bornaient la vue de tous côtés; des forêts séculaires de vénérables mimosas, patriarches de ces déserts, entremêlés de hauts arbustes aux feuilles grises, se détachaient par plusieurs groupes verdoyants au pied de ces montagnes.
Quand nous arrivâmes près d’une petite fontaine, la nuitétaitvenue. Nousavions fait une halte d’une heure, lorsque deux Bocrs à cheval, dont l'un etait le frère du maître de mon petit bush-boy, arrivèrent pour me demander de le leur rendre. Après avoir écouté leurs instances et leurs importunités jusqu’à en être fatieué, je leur déclarai que j'appartenais à une nation qui avait l'esclavage en horreur, et que par conséquent je refusais absolument de faire droit à leur réclamation. Ils remontèrent alors à cheval et partirent en me menaçant. F
Ii va sans dire que je me moquai d’eux et de leurs menaces.
Ruyter parut se divertir beaucoup de toute cette discussion, et, quand les Boers se retirérent, il leur cria en patois hollandais :
— Oui, méchants Boers, vous avez cru me reprendre, mais j'ai maintenant un bon maitre. aussi puissant qu'il est bon, et qui vous fustigera bien si vous vous frottez à lui.
Ce jour-là je tuai une hyène qui s'enfuyait devant moi, comme aurait pu faire une gazelle : je luienvoyai une balle et elle tomba.
Le 46, vers minuit, j'allai prendre place dans un trou près de la fontaine. Vers le point du jour, j'entendis le galop d'un animal qui s'approchait rapidement de moi; je jetai un coup-d'æil entre les pierres qui me cachaient, et je vis un magnifique Gnoo, espèce de bison, se précipiter dans l'eau à cinquante toises de moi. Il était aux abois, quatre chiens sauvages le suivaient, la tête et les épaules couvertes de sang, ce qui leur donnait un air terrible; ils paraissaient sûrs du succès et poursuivaient leur proie à loisir. Is passèrent à quelques toises de ma cachette, assez près pour que je visse la rage qui brillait dans leurs yeux.
Mon ardent désir de m’approprier ce beau bison, et en même temps un échantillon de chiens sauvages, mempeécha d'attendre davantage: je fis feu de mes deux coups : un coup sur le bison, l'autre sur le
3k LA VIE AU DESERT.
plus grand des chiens sauvages. En recevant la balle le bison bondit hors de la fontaine, mais il tourna sur Jui-même, rentra dans l'eau, chancela un moment et disparut. Le chien de son côté avait reçu la balle dans le cœur; il sauta devant ses camarades d’un bond pareil à celui du bison, puis tomba mort sur le gravier. Je rechargeai précipitamment ma carabine, couché sur le côté, chose, je dois le dire, peu commode à exécuter. Pendant cette opération, les trois autres chiens se retiraient à regret, décrivant un demi-cercle dans le but de prendre le vent et de découvrir la cause de leur déception ; mais je lenr envoyai une troisième balle qui blessa l’un deux. Tous les trois s’enfuirent.
J'avais eu d’abord quelque répagnance à tirer sur ces braves chiens. Toute cette aventure me rappelait d'uve façon vivante mes chasses dans les forêts d'Écosse, à l'époque où je chassais le daim avec des lévriers, el je ne pouvais m'empêcher de dire en maoimême que ceux-ci avaient mérité une meilleure récompense pour la façon dont ils m'avaient rabatiu le gibier. Un de ces chiens surtout ressemblait à s'y méprendre à lun de mes vieux serviteurs, nommé Factor, fidèle « stag-hound » que j'avais élevé moimème, et dont les hauts faits cynégéliques, pour n’avoir pas éle chantés en vers, comme ceux de l'Oscar d'Ussian, n'étaient cependant pas inférieurs aux prouesses de ceux que ces chants ont célébrés.
Les chiens sauvages, ou « wild houden », comme les appellent les Hollandais. sont encore nombreux tant daus lx colonie que dans l'intérieur des terres; ils cha-sent ensemble par bandes organisées depuis dix jusqu'à soixante. Leur endurcissement à la fatigue, ainsi que leur mode d'assistance mutuelle, les met en Gal de poursuivre et dé forcer les plus grandes et les plus puissantes antilopes. Je crois que le bison est animal le plus gros qu'ils osent attaquer ; je ne les ai jamais vus se hasarder sur des bulles. Leur pas est un galop allongé qui ne se ralentit jamais; une fois lancés sur la piste d'un animal quelconque, ils sentr'aident. Les lévriers qui marchent en tête, une fois fatigués, passent à l'arricre-garde , tandis que d'autres qui ont ménagé leurs forces les remplacent. Lorsqu'ils ont réduit leur proie aux abois, ils l'estoureut (ous et la terrassent sur-le-champ : au bout de quelques minutes, elle est dévorée, et il n'en reste plus que le squelette, Ces chiens soul braves et auda- Ceux et craignent peu l'homme; j'en eus la preuve quelques jours après. À son approche ils manifestent moins d'inquitude que lout autre animal carnassier, Lorsqu'une meute est coupée duns sa chasse, ceux qui la composent trottent lentement devant l'imporlun, s'arrètaut pour le regarder et grognant avec un air de nienace,
Leurs terriers sont
situés au milieu des plaines
déserics et COMMMUDIQUCHL les uns avec les autres,
Lorsqu'ils voient approcher un homme, ils ne chercient point un abri dans leurs trous comme les autres animaux qui se terrent, mais, se fiant à leur vitesse, ils attendent que l'étranger soit à quelques pas d'eux pour prendre la fuite. Ils disparaissent alors dans la plaine. Leurs petits les suivent toujours dans cette fuite, à moins qu'ils ne soient trop faibles.
Les déprédations que les chiens commettent dans les troupeaux des Boers hollandais sont incalculables ; il arrive souvent que, taudis que des bergers négligents s’éloignent pour chercher du miel ou toute autre chose, une bande de ces maraudeurs se jette au milieu du troupeau sans défense ; il s'ensuit un ellroyable massacre dans lequel un grand nombre de moutons sont tués ou blessés: car, non content den tuer ce qu'ils en peuvent manger, ces voraces pillards, qui tiennent de la nature du loup, étranglent tout ce qui leur tombe sous la dent. Ils n'ont dans la voix que trois ou quatre cris, dont chacun a sa signification particulière : l’un est un aboiement aigu et colère : il a pour cause la vue d’un objet dont ils me peuvent se rendre comple; le second ressemble au claquement des dents des singes : ils poussent cecri à la nuit, lorsqu'ils se rassemblent en masse où qu'ils sont excités par quelque chose qui les agace, comme qui dirait le jappement des chiens domestiques; le troisième, et le plus usuel, est une espèce de cri de ralliement pour réunir les différents membres d'une meute, qui se sont séparés en poursuivaut plusieurs antilopes c’est un cri singulièrement doux, mélancolique et mélod eux, el qui cepene dant s'entend de fort loin. Ila du rapport avec la seconde note du chant du coucou, et, lorsqu'on entend ce cri le matin au milieu du silence, et que l’echo des bois voisins le répète, il est d’un charmant ellet.
Quelque grand et beau que soit un chien domestique, les chiens sauvages lo traitent toujours avec un dédain profond, et attendant qu'il les attaque. Mais alors, s aidant l'un l'autre, ils Font bientôt mis en pièces. Les chiens domestiques, de leur côté, ont pour eux la même aversion; ils exècrent jusqu'au son de la voix des chiens sauvages de si loin qu'elle leurarrive; son elletsur eux, effet que j'ai souvent remarque, est pire que le rugissement du lion. Dèsqu'ils l'entendentils se redressentavee colère et aboient pendaut des heuresentières, Cette race intéressante, quoique destructive, tient le milieu entre le loup et les hyènes.
J'appelai mes hommes, et nous eûmes grand peine à Urer le bison hors de l'eau ; il était cruellement dech res ses pieds de derrière, son ventre et ses hanches élaient borriblement mutilés,
Je continuai à chasser le hartle-beast jusqu'au 21 levrier, Alors je fis alteler au point du jour et marchai vers l'est jusqu'au coucher du soleil; la je
fis halte près d'une petite fontaine de fort belle eau, ayant fourm ure “tape de 25 milles.
Je n'avais revu ui Cobus ni Jacobs.
Rich-River.— Mirage.— Fes Bless-hoks.—Détails curicnx sur les lions. — Chasse aux lions par les Boers, — Coutumes des bless-boks. — Wild-beasts. — Fonrmilliéres. — Chasse aux bless-boks et aux sangliers. — Un mauvais camarade de lit. — Une aventure avec les chiens sauvages.—On m'annonce la présence de lions errant dans mon voisinage. — Mœurs des liuns.
Après avoir marché à l’est et ensuite au nord pendant deux milles, nous nous trouvâmes sur la rive sud du Rich-River, large d'environ trente toises elle. Ce
courant d'eau prend sa source à cent milles àl'est, et,
roulant vers l'ouest, se réunit à Vaal-River, en face de Campbell's Dorp.
Trois jours après avoir gagné Rich-River. nous la
. traversämes au-dessous d’une chute d’eau très-pilto-
resque et poursuivimes notre route sur la rive nord. Letemps était frais et agreable. le ciel un peu couvert; les chaleurs de l'été étaient passées et la température devenait délicieuse. le coutinuai à marcher dans l'après-midi, laissant Rich-River à ma droite, et j’en-
trai dans une contrée découverte et sablonneuse
ayant des portions copieusement couvertes d'herbes douces et parsemées de chaînes de montagnes trèsétendues,
Au coucher du soleil je campai près de la ferme d'un Boer dont l'accueil fut très hospitalier. Pendant le diner, selon l'usage, il m'assomma d'une foule de questions : quelle était ma nation? d'où venais-je? où allais-je ? pourquoi voyageais-je ainsi tout seul? où Gail située ma f rme? où demeuraient mon père et ma mére? combien avais-je de frères et de sœurs? élais-je marié? ne l'avais-je jamais été dans le cours de ma vie? Sur ma réponse négalive à cette dernière question, le Bocr parut pétrilié d'étonnement, et les autres membres de sa famille s’entre-regardérent dans une stupéfaction complète.
Le jour suivant je fis deux longues traites, et m’arrclai auprès de la ferme d'un autre Boer ayant nom Potcheter. Je le trouvai très-aigri contre le gouvernement, et, lorsque je lui demandai où je devais dé teler, il se montra très-hourru, et je l'entendis dire en s'éloignant à trois autres Boers dont les mines étaient non moins renfrognées que la sonne : C'est un chien d'Anglais.
En dépit de cette froide réception je dételai, et, revenant vers la maison, je parvins avec moins doe difficulté que je ne croyais & me réintégrer dans ses
bonnes grâces. Pendant le diner la conversation rouls sur le gouvernement et sur les mesures prises par l'administration. Comme c était un genre de conversation assez désagréable pour moi, j'exhibai mo Musée de la nature animée, ouvrage qui, grace à ses magnifiques planches, ne manquait jamais d’enchan— ter les Boers, et qui, par son apparition, mit fin aux discussions politiques.
Le reste de la soirée fut consacré aux récits dc chasse. Mon hôte m'apprit que le lendemain je verrais des troupeaux de bless-boks et qu'une grande quantité de Boers s'étaient réunis à une ferme voisine pour donner la chasse à une bande de lions qui 1 ur avait tué recemment plusieurs chevaux. J'appris aussi qu'on redoutait une guerre entre les Boers émigrants de la rive nord d'Orange-River et les Batars et les Griquas. Cette nouvelle jeta lalarme parmi mes gens; mais, malgré cette terreur, je decidai que ce bruit, eût-il la consistance d’une realite, ne changerait rien à mes projets.
Avant mon départ on annonça que des Boers chasseurs venaient de tuer deux beaux lions, un male et une femelle, et. comme leur ferme se trouvait sur le chemin que je devais suivre, j'ordonnai à mes domestiques de me suivre avec les chariots. Je courus pour admirer ce noble gibier.
Je trouvai le lion et la lionne étendus sur le gazon devant la ferme,-et les Hottentots des Boers occupés à les écorcher Les deux lions étaient criblés de balles, & les deux têtes étaient littéralement broyées. C'est en général, au reste, le système des Boers, quand ils ont tué un lion, de dépenser inutilement une dizaine de coups de fusil, poudre et balles, à lui cribler la face. On ordonne ensuite à un Hottentot de lui jeter une pierre, après quoi les Boers demandent
-s'il est bien mort. Quand le Hottentot a répondu af-
firmativement , ils lui ordonnent de le tirer par la queue. Si le lion né répond pas à cette dernière insulle, ils se hasardent à s'approcher.
Le Boer à qui cette ferme appartenait était grand, robuste et fort bel homme; il m'apprit qu'il était Danois. Il manifestait un vrai désespoir, car durant le combat. les lions avaient tué ses deux chiens favoris et blessé trois autres.
J'étais alors parvenu à des régions tout à fait dillerentes de celles que j'avais parcourues jusqu'à ce moment. L'herbe douce, toujours si abondante, commengait à devenir rare; un gazon court, rabougriet amer, couvrait le sol; mes chevaux et mon bétail refusaient de le manger. On parvenait néanmoins à se procurer du fourrage en les envoyant brouter sur les collines et les montagnes qui sillonnaient en longues chaînes toute la contrée,
Lorsque le soleil est dans sa force, ce qui arrive pendant neuf mois de l'année, un mirage constant règne sur ces plaines, De quelque côte que le chas-
a —————.…— .— ——————————"—"—.—cR ro
seur tourne les yeux, il en est ébloui et trouble; ce mirage rapproche considérablement les objets, et il est très préjudiciable à la sûreté du coup d ceil du tireur. L'effet que produit cette illusion d'optique est très-remarquable : les collines et les troupeaux paraissent quelquefois suspendus en l'air; des étangs desséchés et brûlés par le soleil, des salines couvertes d'une matière cristallisée, offrent constamment au voyageur altéré l'espoir de trouver de l'eau.
Le jour suivant, en regagnant mes chariots, je tressaillis de joie: je venais d’apercevoir, dans le lit desseché d'une mare où l'herbe croissait épaisse, une portée de sangliers composée de sept marcassins à moitié de leur croissance et de trois ragots, dont un était muni d'une paire de boutoirs énormes, qui dépassaient sa lèvre de huit ou neuf pouces. J'étais bien monté et le terrain me paraissait favorable, je leur donnai donc la chasse tout d'abord, et, choisissant un énorme ragot, je le poursuivis pendant deux milles au grand galop. Par malheur, la bête trouva un terrier et s’y fourra.
J'essayai bien de l'y enfermer, mais je ne pus en venir à bout.
Le 12 au soir je pris mon oreiller et une couverture de peaux de bêtes, et j’allai les étendre au bord de la fontaine voisine, où j'avais vu venir boire des femelles de bless-hok. Je n’en possédais encore aucun échantillon, et je desirais en avoir un, car ces bêtes portent de belles cornes, qui, sans étre aussi larges que celles des mâles, sont d'une forme plus gracieuse. Vers minuit, un vieux wild-beast vint boire à dix toises de moi; mais, pour le tirer, il fallait me réveiller tout à fait, et je fus trop paresseux pour ouvrir les deux yeux à la fois. Toute la nuit j'entendis un bruit singulier sur la terre friable, juste audessous de mon oreiller; mais je ne m'en inquiétai pas autrement, attribuant ce bruit à des souris. Le malin suivant, ne voyant paraître ni mâle ni femelle de bless-bok, je me vengeai sur un vieux spring-bok, que je tuai de dépit; puis, l'ayant caché, je revins au Camp, dépêchant deux hommes pour chercher mon Jit et la venaison.
Tandis que je déjeûnais, je les vis revenir rapporlant un enorme serpent des plus dangereux. Je leur demandai où ils l'avaient tué? « Dans votre lit », me repondirent-ils. Is avaient aperçu l'horrible reptile se chayffant au soleil en dehors de la couverture; et celui-ci les voyant s'etait glissé dessous.
Cclait Pétrange souris qui avait gratté toute la puit sous mon oreiller.
Je l'exuminai et reconnus un admirable échantillon de l' peuts le
pece no re du « pull adde », qui est un des ser plus venimeux de toute l'Afrique. I n'y a pa de cmpie qu'un homme ail survécu plus d'une heure à la morsure de ce repuile
Le 16 je chassai sur les plaines au nord-est et je
tuai un spring bok. La nuit venue, je ne jugeai pas à
propos de regagner mon camp et me mis à l'affût près d'une mare assez eloignée.
Je me souviendrai longtemps de l'endroit. J'y éprouvai la plus belle peur que j'aie jamais ressentie et que certes J'aurai jamais.
J'étais à peine installé à mon poste que la lune se leva. Une troupe de wild-beasts vint à ma portée. Je tirai sur l’un d'eux et le tuai. Il tomba roide : la balle lui avait brisé l’épine dorsale
Un quart d'heure après je tirai mon second coup sur une hyéne mouchetce que je tuai aussi.
L'habitude du danger rend imprudent, et d'ai leurs je n'avais aucune idée de celui que je courais. Je placai ma carabine déchargée à côté de moi, et, me sentant fatigué, je m'endormis.
Il y avait à peine une demi-heure que j'avais fermé les yeux lorsque mon sommeil fut troublé par des sons étranges. Je révais que des lions s'étaient mis à ma poursuite, et, le bruit augmentant, je m'é- Veillai en sursaut en poussant un grand cri. J'entendis alors des trépignements et des yas légers, comme S j'éta s entouré par une bande de loups. Je levai la tête, et, à ma profonde terreur, ie me vis complétement enveloppé de chiens sauvages. À ma droite et à ma gauche il y avait deux lignes de ces animaux féroces, dressant l'oreille, allongeant le cou, et me regardant avec des yeux qui brillaient dans l'obscurité comme des escarboucles. En face de moi une autre bande de plus de trente s'agitait, grondait, faisait claquer ses dents et semblait s'enhardir à s'élancer sur moi. Enfin, une autre meute de vingt ou vingt-cinq se battait sur le wild-beast tué. J'avoue qu'en les contemplant je crus que non-seulement je n'avais plus que quelques instants à vivre, mais en= core que j'étais destiné à mourir de la façon la plus cruelle, L'idée d’être mis en pièces tout vivant par les horribles bêtes me figea le sang dans les veines et fit dresser sur ma tête mes cheveux trempes de sueur.
J'eus cependant la présence d'esprit de me rappeler que la voix humaine et de la hardiesse en imposaient m me aux lions. Je me levai, en conséquence, de toute ma hauteur, et, saisissant ma couverture à deux mains, je Vagitai, en leur ordonnant tout haut et d'un accent sévère de s'éloigner. Cette manœuvre eut l'effet désiré : les plus rapprochés firent quelques pas en arrière, et les autres, comme obéissant à un commandement, se retirerent à une distance respeclucuse, tout en continuant néanmoins d'aboyer comme des enrages Je saisis alors ma carabine et me hatai de la recharger; mais, avant que cela fût fait, toute la bande avait pris le parti de la retraite.
Je rentrai dans mon trou, mais sans aucune envie de dormir, Aux chiens sauvages succédèrent des hyenes, Une quinzaine de ces animaux se mirent à depecer mon wild beast déjà entamé par les chiens et
eee
Vachevérent. Je les laissai faire ; je tenais trop à conserver ma carabine chargée, et il ne m'eüt fallu rien moins qu'un lion pour me décider à faire feu.
Je fus fort contrarié pendant deux jours par un vieux male wild-beast qui, ayant découvert ma retraite, me surveilla, et prit à tâche de détourner tous ses pareils de venir boire à la mare. Le vieux bouquin broutait hors de la portée de ma carbine, et non-seulement avertissait ses camarades du danger, en tenant les yeux fixés sur ma cachette et en ronflant bruyamment, mais encore, quand ces indices ne suffisaient pas, en les détournant, comme le chien du berger fait d’un troupeau de moutons. Cependant, le second jour, je me vengeai avant de quitter mon trou : une troupe de femelles, méprisant les avertissements, s’approcha de la mare. L’inquictude que le galant personnage éprouvait pour elles fut si grande qu'il négligea le soin de sa propre sûreté Pour la première fois il vint à portée de mon arme; je visai et le frappai dans les côtes; il se mit à ruer et à agiter sa longue queue; puis il bondit et disparut dans le ravin.
La nuit du 49 fut pour moi une nuit mémorable, car j’eus enfin la satisfaction d'entendre pour la première fois le terrible rugissement du lion, et, quoiqu'il n’y edt là personne pour m'apprendre quel était l'animal dont l'écho du désert répétait le cri menäçant et majestucux, je le devinai sans peine. Au reste, il n’y avait point à s’y tromper; je compris tout d'abord, comme si j'y avais été accoutumé des longtemps, que le son imposant que j'entendais à un mille de moi était la voix sonore du puissant roi des animaux. ‘
L'aspect véritablement pompeux et royal du lion l'a depuis longtemps rendu fameux parmi tous les quadrupèdes ; ses mœurs et sa conformation ont été maintes lois décrites par des plumes plus habiles que la mienne. Je pense cependant que les remarques que j'ai pu faire, pendant mes afluts de jour comme de nuit à la chasse de cet animal, ne seront pas sans intérêt pour le lecteur.
Il y a dans le maintien du lion quelque chose de si noble et de si imposant, lorsqu'on le voit marcher, calme, libre, indompté, sur son sol natal, qu'aucune description ne saurait donner une juste idee de sa majesté. La nature a admirablement doué le lion pour la vie de rapine à laquelle il est destiné, car il réunit à un degré suprême la force et l'agilité, En-
din il peut, grâce à l'inconcevable souplesse dont il est doué, terrasser facilement et détruire presque tous les animaux de la création, alors même qu'ils lui sont supérieurs en pesanteur et en stature.
Il à tout au plus quatre pieds de haut, et cependant il peut d'un seul coup de griffe renverser l'immense girafe dont la tête atteint la cime des arbres et dont la peau a presque un pouce d'épaisseur. Le lion
guetle constamment les troupeaux de bufiles qui hantent ces forêts immenses de l’intérieur des terres : quand il parvient à toute sa croissance, tant que ses dents ne sont point cassées, le lion lutte avec avantage contre le plus grand et le plus fort des bufles, qui cependant, de son côté, surpasse en force et en stature les plus puissantes races de bétail de l'Angleterre. Le zèbre, malgré son agilité, devient aussi sa proie, ainsi que les plus grandes espèces d’antilopes et les deux espèces de bisons de | Afrique.
Il n'est point vrai, comme on le prétend, que les lions dédaignent la venaison qui n’a pas été tuée par eux; j'ai, au contraire, rencontré des lions de tout age qui se régalaient des cadavres de toute espèce de gibier frappé par ma carabine ou trouvé par eux. Generalement le lion se rencontre dans les regions isolées de l’Afrique du Sud; néanmoins il n’y est pas abondaut. Il est rare de trouver plus de trois et même de deux familles de lions fréquentant le même district et buvant à la même fontaine. Lorsqu'une chose semblable arrive, j'ai remarque que c'était seulement dans les sécheresses prolongées, qui, en desséchant les fontaines les plus faibles, forçaient tous les animaux des environs à venir boire à celles qui persistaient à donner de l’eau. Les lions, comme de coutume, marchaient à leur suite. Au reste, il n'est point rare de se trouver en face d’un lion, d'une lionne et de trois ou quatre lionceaux; d'autres fois deux ou trois jeunes males se réunissent et chasseut de conserve.
Le lion mâle a une crinière longue, touflue et hérissée, qui dans quelques-uns de ses mouvements balaie le sol. Les nuances en sont variées : chez les uns la crinière est très-foncée; chez les autres, d'un jaune doré. Cette différence a donné lieu chez les Boers à la croyance qu'il existe deux variétés de lions qu'ils désignent par les noms de « Schwarts-fou-lifs et de « Shiel-fou-lifs. »
Cette opinion est erronée : la couleur de la crinière du lion atteste son âge; sa crinière pousse dans sa troisième année; elle est d'abord jaunatre; puis, lorsque le lion prend des années, quoique cependant il soit encore dans sa force, elle prend une teinte grisjaune, une nuance sel et poivre. Ces lions-là sont fins et dangereux, il fant les redouter. Les femelles n’ont pas du tout de crinière, et sont seulement couvertes d'un poil court, épais, luisant et fauve. La peau et la crinière du lion qui fréquente les contrées dépourvues d'arbres, telles que les conlins du grand désert de Kalahari, sont beaucoup plus belles et plus fournies que celles des lions qui habitent les forêts.
La chose la plus remarquable chez le lion, ¢ est sa voix, à la fois majestucuse et saisissante Souvent c est un gémissement sourd et profond, répété cing ou six fois et se terminant par des soupirs élouflés; dans d'autres moments la voix éclate comme la foudre, el
a eee eee
il ébranle la forêt de ses puissantes clameurs, qui se renouvellent l’une après l’autre, grandissant toujours jusqu'au quatrième on cinquième éclat. La voix meurt en sons qui ressemblent à un tonnerre qui meurt. Quelquefois, mais le fait est rare, on entend ra ir plusieurs lions ensemble ; l'un d'eux commence, et deux ou trois et même quatre lui répondent en chœur. Ils rugissent plus haut pendant les nuits où il gèle; mais jamais on n'entend si bien leur voix dans toute leur étendue et leur perfection que lorsque deux ou trois troupes différentes se rencontrent ensemble à la même fontaine.
Lorsque ceci arrive, chaque membre de chaque troupe jette un cri provocateur à l’ennemi, et lorsque l'un rugit, tous rugissent à la fois, et chacun parait lutter avec un rival pour l'intensité et la puissance de la voix. La magnificence de ces concerts nocteraes frappe et charme d'une manière étrange et fascine presque l'orcille du chasseur : l'effet quits produisent sur lui est d'autant plus saisissant, qu'il se trouve seul dans la profondeur des forêts, à l'heure solennelle de minuit, embusqué à vingt pas de la fontaine dont les lions s’approchent pour se désaltérer.
Je me suis trouvé cent fois en pareil cas, et, quoiqu’on s'accorde à ne point me reconnaître l’amour de la musique, je dois dire que les sons que j'ai entendu filer par les chanteurs nocturnes du sud de V Afrique ont été et restent pour moi Ja plus admirable melodie que j'aie jamais entendue.
Les lions commencent leurs soupirs langoureux an moment où le crépuscule se fait obscurité, et ils continuent de rugir par intervalles toute la nuit. Dans les parages éloignés et déserts, je les ai toujours entendus rugir jusqu’à neuf ou dix heures du matin, lorsque le temps était beau et Je soleil brillant. Dans les jours couverts ou pluvieux, on les entend toute la jourhée, mais leur voix est sourde.
Il arrive souvent que des lions ctrangers l'un à l'autre se rencontrent près d'une fontaine; il en résulle alors une lutte terrible qui finit presque toujours par la mort de l'un des deux. L'existence du lion est tout à fait nocturne; pendant le jour, il digère et reste couché à l'ombre de quelqué arbre ou de quelque arbuste aux rameaux étendus, soit dans une
ret, soit sur le penchant d'une montagne. I aime beaucoup aussi les grands roseaux ou les prairies aux longues herbes, telles que celles qui avoisinent les lays. Nous croyons avoir dit que vlay ev fontaine avaient la même signification, I! sort de eas refuges au coucher du soleil et commence alors ses excursions nocturnes, Lorsqu'il a réussi dans ses manœuvres et que la proie est assurce, il ne rurit plus beaucoup pendant le reste de la nuit: il se contente alors de pousser de temps en temps des gémis-
cements sourds, et cela bien entendu tant qu'aucun
importun ne s'approche de lui; dans ce cas, les choses changent d'aspect.
Les lions sont tonjours plus actifs et plus hardis quand les nuits sont obscures et orageuses, etil va sans dre que dans ce cas-la le voyageur doit être doublement sur ses gardes. Jai observé, relativement à l'heure où boivent les lions, un fait qui leur est particulier : ils semblent répugner à visiter une fontaine pendant le clair de lune. Lorsque « Phœbe » se tève tot, ils retardent leur heure de-boire quelquefois jusqu’à dix et onze heures du matin. Par ce système habile, plus d’un beau lion que je eroyais tenir, a sauvé sa peau et se prélasse maintenant dans les forêts de l'Afrique du sud au lieu de faire partie de mon musée. Grâce an pelage fauve qu'il doit à la nature, le lion est parfaitement invisible pendant les ténèbres, et, quoique je les aie souvent entendus près de Peau, tout à fait sous mon nez, à peine à vingt loises de moi, je ne pouvais distinguer même leur forme,
Quand un lion altéré arrive à une source, il étend en avant ses deux pattes massives, se couche sur la poitrine et fait en buvant un bruit auquel on ne saurait se méprendre ; il continue longtemps à laper l'eau et cependant il s'arrête quatre ou cing fois, l’espace d’une demi-minute, pendant l'opération, comme pour reprendre haleine. Lorsque la nuit est sombre, ses yeux brillent comme deux charbons ardents. La femelle, règle générale, est plus fière et plus active — que le male. Les lionnes qui n'ont pas encore été — mères sont plus dangereuses que celles qui l'ont été.
Le lion est surtout fort redoutabie quand sa compagne a des petits; dans ces circonstances rien ne l'effraye; il ferait intrépidement face à mille hommes. J'ai vu et puis citer un exemple de ce genre qui est venu à l'appui des récits que m'ont faits à ce sujet les naturels. Un jour je chassais l'éléphant sur le territoire des Basdeka, acccompagné de deux centeinquante hommes à peu près; soudain j’apereus un lion majestueux qui s’avancait lentement et fièrement vers nous, avec un maintien important, agitant sa queue de droite à gauche et grondant avec fureur. Son œil, animé dune expression terrible, se fixait sur nous, et il nous montrait sous ses lèvres crispées une double rangée d'ivoire bien faite pour inspirer la terreur aux timides Bechuanas.
La fuite de mes deux cent cinquante hommes s’opéra immédiatementaprès cette apparition, et dans le trouble du premier moment ils laïssèrent échapper huit de mes chiens, qui une fois lâchés s’élancèrent, sor l'animal; celui-ci, s’apercevant que sa hardiesse n'avait fait fuir qu'une partie de ses ennemis, devint inquiet du sort de sa famille, qui se retirait en arrière avec la lionne. Il se retourna alors et la suivit lentement, la protégeant toujours d'un hautain et dédaigneux regard, ne cessant de gronder contre les chiens qui trottaient tout autour de lui. Comme
on venait quelques instants auparavant de découvrir trois troupes d’eléphants, je conservai men feu pour eux, mais ce fut, je l'avoue, avec un grand serrement de cœur. Vingt minutes après, la mort de deux éléphants étaient la récompense de ma patience.
Parmi les chasseurs indiens, une espèce de tigre royal est qualifié de l'arpellation de man eater, c’est-à-dire mangeur d'hommrs. Ces animaux, prétend-on, ayant goûté une fois à la chair humaine cn désirent toujours, et cette circonstance Jes rend tout naturellement célèbres parmi les naturels Il y a au nombre des lions d'Afrique de vénérables patriarches qui, ayant eu l’occasion de goûter de l'homme, en ont, comme leurs confrères de FInde, gardé Ja gourmandise.
Il est facile d'imaginer combien sont dangereux de semblables voisins; au reste, je présame que cette prédilection sera venue aux lions de la maniére suivante. Les tribus Béchuanas de l'intérieur le plus éloigné n’enterrent pas leurs morts et se contentent de les porter sans cérémonie dans les forêts ou parmi les rochers, où ils les laissent pour devenir la proie du lion, de la hyéne, da chacal ou du vautour. Il est facile de comprendre alors qu'un lion qui s’est habitué à la chair humaine sur les cadavres n’hésitera aucunement, quand l’occasion s'en présentera, à se jeter sur un homme, et à emporter à belles dents, ou le voyageur imprudent, ou le naturel du pays. Quoi qu'il en soit, il y a bien réellement des tions mangeurs d'hommes, et, à ma quatrième expédition de chasse, une horrible tragédie se passa pendant une nuil noire dans un petit camp isolé, et l’un de ces formidables individus en fut le héros.
En développant les observations ci-dessus au sujet du lion, lesquelles n’ont pas, je l'espère, paru trop fatigantes au lecteur, j'ajouterai qu’en toute circonstance la chasse au lion est positivement fort dangereuse néanmoins, et j'en suis un exemple. Ceux qui ont un goût décidé pour cette sorte de plaisir peuvent s'y livrer avec quelque chance de sécurité. Seulement le mépris de la mort, beaucoup de calme et de présence d'esprit, une connaissance approfondie du caractère et des habitudes du lion, beaucoup de dextérité dans le maniement de la carabine, sont des qualités indispensables à celui qui veut se distinguer dans ce passe-temps dangereux, c'est-à-dire à la chasse du roi des animaux.
Au reste, je ne devais pas tarder à faire ma première étude sur ce sujet. C'est ce que le lecteur verra s'il veut bien suivre mon récit.
Le 22 mars je m'avançai vers une ferme éloignée du côté du sud, afin de me procurer du blé et autres grains, comme aussi des nouvelles au sujet de la guerre prochaine entre les Boers et les Griquas.
En arrivant à la ferme je trouvai une grande quantité de Boers qui y étaient campés ; ils s étaient reu-
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nis pour se soutenir mutuellement, et leurs tentes ainsi que leurs chariots étaient remisés tout autour de la ferme, ce qui lui donnait un aspect des plus animés. Ces Hollandais m'apprirent que tous leurs compatriotes, ainsi que les Griquas, étaient rassemblés, et que les hostilités allaient commencer prochainement. Hs discutèrent avec moi sur ce quik leur plut d'appeler « ma folie ». Ma folie, selon eux, était de vivre ainsi isolé à une époque pareille, et ils m’exhortérent à chercher une protection sous leurs bannières. J'essayai à mon tour, mais inutilement, de persuader à quelques-uns d'entre eux de venir chasser le lion avec moi.
Le lendemain 23, après déjeuner, je cinglai vers le nord avec mes piqueurs. Un froid vif soutfiait de l'est; le gibier était très-sauvage, comme cela lui arrive aux approches des tempêtes. A mesure que nous avancions, de nouveaux troupeaux se déployaient sous le vent par milliers et couvraient littéralement la plaine. Environ à deux milles de la montagne boisée où j'avais pour la première fois entendu le rugissement du lion, à quelques centaines de toises d'un bosquet de mimosas, nous découvrimes un vieux mâle wild-beast nouvellement tué et déjà à moitié dévoré; la trace fort reconnaissable de ses pas était si profondément empreinte dans le sable qu'elle paraissait n'avoir pas plus de quelques minutes de date. De plus, il n'y avait pas un seul vautour aux environs ; c'était donc, selon toute probabilité, le lion qui avait emporté cette proie. En ce eas le lion ne devait pas être loin, et sans doute s'était-il caché à notre approche.
Nous cherchimes longtemps dans les bas-fonds des alentours ow les herbes étaient les plus épaisses, mais ce fut inutilement. Cette recherche nous prit plus de deux heures.
Le terrain devenait de plusen plus sauvage; je renoncai à mes recherchesetrebroussai chemin vers le camp.
Une heure après mon retour vers mes chariots j'éprouvai un remords, et je résolus d'aller passer la nuit dans le voisinage du lion avee mes hommes et mes voitures. Je donnai donc aussitôt l'ordre d'atteler, et sans paraître remarquer la répugnance de mes Hottentos, je me mis en marche avee l'intention de battre la campagne dès l'aube.
Une heure après nous étions campés à deux cents pas du wild-beast à moitié dévoré. Je nettoyai et chargeai mes trois carabines. Cette opération terminée, je montai à cheval avee Klinboy et John Stofulus, afin de me rendre à mon tour près de la fontaine. J'avais quelque espoir que le lion y viendrait boire pendant la nuit.
Nous attachimes nos trois chevaux ensemble, car il n'y avait aux environs ni arbres ni arbustes, et je les confiai à la garde de mes Hottentots.
Je ne craignais rien, car je voyais dans leurs yeux
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qu'il n’était point besoin de leur recommander la surveillance.
ll avait venté frais dans le milieu du jour; puis, au coucher du soleil, ce vent avait été remplacé par un calme plat et ce silence de mort qui est le precurseur habituel de la tempête. Nous étions couchés depuis une heure à peine, mes hommes près de leurs chevaux, moi dans mon trou, lorsque le ciel, à notre gauche, devint noir comme de l'encre, et presque aussitôt une multitude d’éclairs illumina le ciel, qui sembla près de s’écrouler sous d épouvantables coups de tonnerre. Le vent qui avait soufflé nord ouest changea brusquement, et commença de souffler sud-ouest, c’est-à-dire du côté où la tempête se préparait ; quelques secondes après, elle éclatait avec rage. La pluie ruisselait par torrents et les éclairs sillonnnaient par intervalles les ténèbres profondes d'un éclat pareil à celui du jour. Toute la plaine fut bientôt couverte qu'une nappe d'eau. Je n'avais pas sur tout mon corps un seul fil qui ne fut trempé ; par bonheur mes trois carabines avaient d'excellentes gaines, et, à l'aide de deux peaux de mouton qui me servaient de couverture pour ma selle, je parvins à les préserver de toute humidité.
Vers minuit j'entendis à un mille à peu près vers le nord le rugissement du lion qui répondait aux éclats du tonnerre.
Vers une heure l'orage s’éteignit peu à peu, mais, jusqu'au matin, une petite pluie fine, pénétrante et glacée, continua de tomber.
Vers l'aube j entendis Je lion rugir une seconde fois, mais alors c'était dans la direction du wild-beast mort.
Aux premiers rayons du jour je donnai l'ordre du départ.
Mon pantalon était tellement imprégné d’eau que je résolus de m'en debarrasser. En conséquence, je le tirai à grand'peine, et convertis ma couverture en une espèce de jupon que je nouai au bas de mes reins avec une ceinture de cuir. Mes compagnons, de leur cole, se firent un costume à peu près pareil.
Nous nous achemindmes au grand trot vers l'extremite nord de la montagne du lion, et nous y arrivames avant qu il fit assez jour pour distinguer l'animal à cent pas de nous, s'il s'y fût trouvé. Quand le jour parut tout à fait, nous ralentimes le pas et nous nous dirigeAmes, mais lentement, vers le cadavre du wild-beast. Sur notre route, nous passâmes au milieu de grandes troupes de spring-boks, de wild-beasts, de bless-boks et de quaygas qui étaient aussi apprivoisés le malin qu'ils avaient été sauvages la veille : ce qui arrive, du reste, d'ordinaire après l'orage.
Le ciel était couvert, les vapeurs épaisses du brouillard chargeaient le sommet des montagnes, et l'air Clait imprégné de parfums balsamiques émanés des berbes et des plantes,
En approchant du cadavre du wild-beast, je remarquai plusieurs chacals qui s’en éloignaient à pas de loup; des vautours aux plumes ébouriflées, au point qu'oueut cru les voir sortir à moiti¢noyés d'une rivière, entouraient la carcasse ; mais, à mon grand désappointement, il n’y avait pas de vestige de lion.
Je courus çà et là pendant une demi-heure pour retrouver ses traces; tout fut inutile. Affamé, gelé, je lournai la tête vers le camp, traversant de nombreux troupeaux de gibier qui daignaient à peine s’apercevoir de ma présence et que je n’eus pas le courage de faire repeutir de leur témérité.
C'était au lion que j’en voulais ce jour-là.
Tout à coup je m'arrêlai en poussant un cri de joie ou plutôt de doute, car, malgré le témoignage de mes yeux, je doutais encore.
Au milieu de la plaine, à un quart de mille devant moi, à cété d’une douzaine de vautours qui la regardaient faire avec convoitise, une lionne dévorait un bless-bok qu’elle avait tué, aidée dans cette opération par cinq ou six chacals qui se régalaient fraternellement avec elle. J'appelai l'attention de mes compagnons sur ce point de la plaine en leur disant :
— Je vois le lion.
Et mes gens me répondirent :
— En effet, c’est bien lui.
Et en méme temps tournant la téte de leurs chevaux de l’autre côté, ils commencèrent à les presser du talon.
— Eh bien! m'écriai-je, que faites-vous donc?
— Nous n'avons pas de capsules à nos fusils, répondirent mes drôles d'une voix unanime.
C'était vrai au reste.
— Eh bien! leur dis-je, il faut en mettre, — et je leur donnai l'exemple en amorçant mon Dixon.
C'était le nom que je donnais à une exellente carabine à deux coups, que j’appelais Dixon, du nom de l’armurier qui me l’avait vendue.
Pendant ce dialogue la lionne nous avait aperçus.
Elle leva vers nous sa tête ronde, nous contempla pendant quelques secondes, et partit au grand galop dans la direction d’une chaîne de montagnes qui courait à quelques milles au nord.
La bande de chacals s'élança aussi, mais d'un autre côté.
Il n’y avait pas une seconde à perdre, il fallait la poursuivre et lui couper le chemin. J'éperonnai mon rapide et courageux coursier, je volai à travers la plaine, et comme par bonheur c'était Colesberg que je montais, c’est-à-dire la merveille de mon haras, je m’apercus que je gagnais sur la lionne à chaque enjambée, Cet avantage m’exalta; jamais je n'avais ressenti un si vif sentiment de bonheur, et je décidai dans mon esprit qu'il fallait qu'elle mourût ce jourlà, ou bien que ce fut moi.
La lionne avait beaucoup d'avance sur moi, de
sorte que je courus longtemps sans pouvoir latteindre. C'était une fort grande bête qui avait atteint toute sa croissance. Comme le terrain était nu et égal, elle n’eu paraissait que plus majestueuse. Bientôt, s'apercevant que je la gagnais de vitesse, la bête réduisit son petit galop au trot; elle portait la queue collée derrière elle, mais un peu inclinée de côte. Je poussai, tout en courant, de bruyants cris d'appel pour l’avertir que nous avions à causer ensemble. Tout à coup elle s'arrêta et s’assit sur les hanches comme un chien en me tournant le dos, sans même daigner regarder antour d'elle et comme si elle se disait à elle-même :
— Ah ca! mais il ne sait donc pas à qui il a affaire?
Elle demeura assise ainsi une demi-minute environ. comme si elle eût été abimée dans ses pensées.
Javancais toujours.
Tout à coup elle se leva, me regarda fixement pendant quelques secondes, agitant lentement sa queue à droite et à gauche, montrant les dents et grondant avec une incroyable majesté.
Puis elle fit un petit saut en avant et poussa un rauquement qui retentit comme le tonnerre.
Sans doute faisait-elle tout cela pour m'intimider ; mais voyant que je continuais à me rapprocher d'elle malgré ses démonstrations hostiles, elle étendit tranquillement ses pattes énormes et se coucha sur le gazon. =
Sur ces entrefaites mes Hottentots me rejoignirent ; nous étions maintenant trop près de la lionne pour quelle nous échappat. Je fis halte et leur ordonnai de tirer leurs carabines du fourreau et de les*amorcer : ils m'obéirent aussitôt.
Je remarquai que la main leur tremblait.
Tandis que nous nous préparions au combat, je m'aperçus que la lionne donnait quelques signes d'inquiétude, car elle nous regardait d'abord, puis ensuite regardait derrière elle, comme pour s'assurer que la route était libre. Tout à coup elle sembla avoir pris son parti et fit quelques bonds vers nous en poussant de nouveau son cri le plus menaçant.
Nous liâmes alors nos chevaux ensemble par leurs brides et nous marchames avec eux comme si nous voulions passer tranquillement. J'avais l'espoir de prendre Ja lionne en flanc, mais elle se tint sur ses gardes et ne se présenta jamais que de face. J'avais douné à Stofulus ma carabine maure, avec ordre de lui brûler la cervelle si elle se jetait sur moi; mais sous aucun prétexte il ne devait tirer avant que je n'eusse tire moimême. Kleinboy avait ordre dese tenir prètà me donner mon Pruday au cas où mon Dixon ne suflirait pas.
Jusque-là mes gens avait été raisonnables etavaient fait bonne contenance, mais il était évident que depuis qu'ils s'étaient rapprochés de la lionne ils crevaient de peur. Leur visage était pâle à croire qu'ils allaient se trouver mal, et je pus me pénétrer de la doulou-
reuse conviction qu'au moment du danger il ne me faudrait pas compter sur eux.
Ainsi donc, tout ou rien; reculer n’était plus possible; la lionne n’était plus qu'à cent pas de moi et continuait à avancer. Je m'agenouillai et, l'ajustant à l'aise, je fis feu lorsqu'elle ne fut plus qu'à soixante pas. La balle retentit bruyamment sur son cuir lauve et lui mutila l'épaule. La lionne poussa un rugissement sonore, et en trois bonds, sans que j'eusses pu l’ajuster au bout de ma carabine, elle fut au milieu de nous.
En ce moment j’entendis un second coup de feu ; c'était la carabine de Stofulus qui partait entre ses mains. Quant à Kleinboy, à qui j'avais ordonné de rester à mes côtés, il dansait autour de moi comme un canard sauvage au milieu d’un ouragan.
Je saisis tout cela en un clin-d'œil, et vis aussi que la lionne, au lieu des’en prendre aux hommes, s’en était prise aux chevaux; elle s'était élancée sur Colesberg et lui labourait horriblement les côtes et les hanches avec ses terribles dents. Je vis du sang, une énorme plaie béante; mais, par bonheur, au milieu de tout cela, je restai calme et conservai ma présence d'esprit, sûr que j'étais de ma main et de mon coup d'œil ; ce ne fut que quand tout fut fini que je compris combien la situation avait été grave, car je n'avais auprès de moi personne à qui je pusse me fier.
Au moment où la lionne s’élancait sur Colesberg, je sortis de derrière les chevaux, tout prêt, pour mon second coup, à saisir la première chance favorable qu'elle m'offrirait. Elle ne tarda point à me la donver, car, en apparence satisfaite de s'être vengée sur Colesberg, elle se retira au petit trot en me presentant le flanc : l'occasion était trop belle; à quinze pas je lui envoyai ma seconde balle au délaut de l'épaule. La lionne fit un bond et retomba. Je tendais la main vers Kleinboy pour qu'il me donnat sa carabine, mais il était à cinquante pas de moi. Par bonheur je n'en avais pas besoin; la lionne se retourna sur le dos, roidit son cou et ses pattes, puis se remit dans sa première attitude, ses puissantes pattes de devant visant le long de son corps. Mais alors sa mâchoire inférieure se détendit et tomba, le sang découla de sa bouche et elle expira : elle était morte; ma balle lui avait traversé le cœur.
Au moment où j'avais tiré mon second coup, Stofulus, qui savait à peine s'il était mort ou vivant, avait lâché les trois chevaux, qui s'enfuirent épouvantés d'un galop frénétique par monts et par vaux. Charmé d'avoir ectte occasion de s'éloigner du champ de bataille, il s’élanca à leur poursuite. Kleinboy le suivit, et tous deux me laissèrent seul et désarmé pres de la lionne, qu'ils voulurent bien, dans leur ardent désir de se mettre à l'abri, considérer comme incopable de leur faire désormais aucun mal,
Il en est toujours ainsi, au reste, avec ces MIke
a a a PO LL ER SOUS
rables drôles, de même qu'avec tous les naturels de l'Amérique méridionale. I) est impossible. dans aucun cas, de compter sur eux; on peut être sûr qu'à Vheure du péril ils abandonneront indubitablement leur maître de la facon fa plus lâche: et cependant un étranger qui écouterait ces effrontés hâbleurs racontant leurs propres prouesses, assis en rond avec leurs camarades autour d'un feu pétillant, au moment où ils subissent l'influence de leur cape smoke adoré, c'est-à-dire de Peau-de-vie, pourrait les croire braves entre les braves. Qu'il soit bien dit, une fois pour toutes, à ceux qui viendront chercher dans les déserts de VAfrique méridionale les mêmes dangers que Ty ai courus et que j'ai surmontés, qu’il n’en est point ainsi.
Au bout d’une heure je parvins à rallier hommes et chevaux; j'écorchai la lionné, et, lui ayant coupé la tête, nous placdmes ces trophées sur Beauty et retourndmes au camp. Nous étions à peine à cent pas des restes de la lionne, que déjà une soixantaine de vautours. que la lionne avait bien souvent sans doute nourris des produits de sa chasse, se disputaient ses restes.
Quant au pauvre Colesberg, jr le ramenai moimême et au pas vers le camp. Aussitôt arrivé, je fis laver ses plaies et je rapprochai ses chairs, recommandant que l'on suivit pour lui un simple pansement à l'eau froide : ce procédé cicatrisa promptement ses blessures, qui, dans la suite furent complétement guéries.
Le ciel demeura couvert toute la journée : mais quand les ombres de la nuit commencèrent à s'étendre sur la terre, une invincible terreur s'empara de mes compagnons. Ils affirmèrent que le mâle de la lionne, lorsqu'il retrouverait ses os, allait suivre nos traces el venger sa mort.
Riteh-River. — Le camp des Boers, — Les deux chiens Bleh et Flom, — Suite du voyage.
— Colesherg, — Tiataille entre les Boers.
Après une traite de dix milles nous fimes halte pour la nuit; il plut à verse jusqu'au matin. Mes bœufs Claient en très-bon état; il y avait déja un lemps assez long qu'ils travaillaient fort peu : aussi étaientils vigoureux et turbulents. Le jour suivant nous traversames Richt-River. Les chemins étaient difficiles à cause des pluies récentes ; aussi quelques-uns de mes harnais étant pourris se rompirent à plusieurs reprises el me causerent de grands retards. A la chute du
jour nous nous arréiames à un camp de Boers.
Ces hommes, qui étaient des rebelles, et par conséquent nos ennemis, étant précisément alors en guerre avec nos alliés les Griquas etles Bâtars, auxquels nous prétâmes main forte contre les Boers. Je sentais qu'il était assez téméraire de traverser ainsi, de propos délibéré, le pays ennemi : c'était, pour ainsi dire, attaquer le lion dans sa tanière. Néanmoins, la chose étant sans remède, je me décidai donc à saisir le taureau par les cornes et à affecter de la hardiesse. Ce à quoi je pouvais m’attendre le moins était de voir mes chariots attaqués et pillés, sinon pris en lotalité; et certes cela fut arrivé, si je n'avais pas été revêtu du costume des anciens Gaulois, que j'avais adopté depuis longtemps, et si je n'avais pas été annoncé comme un montagnard écossais.
Il arriva que ces Boers n'avaient presque plus de café, breuvage dont ils sont extrêmement friands. Heureusement j'en possédais une grande provision dans mes chariots, et, comme j'allais à Colesberg, il m'était indifférent d'en disposer : ainsi donc, en faisant présent aux femmes des principaux chefs de quelques demi-livres de cette précieuse graine, et en leur vendant le reste à des prix modérés, jobtins les bonnes grâces de tous, et ils déclarèrent que j étais un « ghovecarle, » lisez : bon garçon. En outre, en apprenant que quelques jours auparavant j'avais tue une lionne de baute taille et en contemplant les trophées, ils furent pétrifiés d'étonnement. Ils se disaient entre eux : Mis scapsels! vat zoorten mens is ed? ce qui signifie : Ciel et terre! quel homme est-ce donc?
Pendant le courant de la soirée et de la nuit, plusieurs bandes de Boers armés firent haite pour se rafraichir et continuérent leur route, allant rejoindre le quartier général de l’armée qui était établi à quarante milles vers le sud, dans un endroit appelé Schwart-Coppice. Hs avaient tous un ou plusieurs chevaux de bat portant des vivres et des munitions. Quelques-uns amenaient aussi des piqueurs hottentots et bushmen; ils portaient pour arme unique leur « roer » ou long fusil. Tous avaient autour des reins une ceinture de cuir et au côté une énorme corne remplie de poudre.
Le 31 je continuai ma route, et le soir du 2 avril javivai à Philippolis, station de missionnaires et ville capitale du pays des Bûtars. Mon chemin nravait conduit tour à tour dans les camps des deux partis : des troupes de cavaliers Boers avaient exploré la contrée en tous sens, pillant tout ce qui leur tombait sous la main et enlevant le bétail et les chevaux des Dâtars. Laveille, m'étant arrêté à un campement de ces derniers, ils m'avaient pris pour un missionnaire, ce qui me divertit extrêmement ; mon costume n'était pas très-elérical cependant, car il consistait en une chemise sale et en un vieux. jupon de tartan.
Un Bitar du voisinage de Philippolis troqua avec
moi contre trois livres de café et un peu de thé deux grands chiens de garde: ees chiens s'appelaient Bless et Flam. Bless était d’un caractère extrémement hardi et féroce.
Le 3 au soir, nous oscupâmes, sur la rive nord du grand fleuve Orange, un endroit appelé Boata’sdreft, presque en face de Colesberg. Nous avions cheminé constamment au milieu de montagnes couvertes vers leur sommet d'excellents pètarages. Il plut trèsfort dans la journée; le lendemain au matin nous examinâmes le gué, et nous jugedmes que la rivière était trop grosse pour que les chariots pussent passer. Je fis traverser un homme à cheval, ainsi que cela est la coutume, et il s’assura que nous ne nous étions pas trompés. En conséquence jordonnai à mon monde
-de longer le fleuve jusqu’à Norval-point, ce qui était très-loin, de le traverser là, et de veuir me rejoindre le lendemain à Colesherg.
Après mon déjeuner je fis seller mon cheval, et, prenant le gué un peu plus haut, je réussis à franchir le fleuve sans accident, quoique le courant eût fait deux fois perdre pied à ma monture. J'entrai à Colesberg au bout de deux heures, ct jy trouvai les officiers du 91e et mes autres amis au grand complet.
Mes chariots n’arrivèrent que dans Vapres-midi du troisième jour. J'allai loger chez mon vieil ami, M. Paterson, qui eut aussi la bonté de me faire place dans ses écuries pour la moitié de mes chevaux. Je logeai | autre moitié chez les officiers de mon ancien régiment, les carabiniers à cheval du Cap; mes bœufs paissaient nuit et jour sur les montagnes voisines. Le 7 nous dépaquetames mes chariots, et je fis un grand étalage des trophées de mes chasses devant la maison de Paterson, au milieu du village, ce qui nous attira toute la journée une foule de curieux.
Dans l'après-midi du 8, M. Rawstowne, le magistrat résident, recut d’Adam-Kok, chef des Batars, des dépêches qui lui annonçaient que les Boers avaient commencé de sérieuses hostilités : Kok réclamait le secours du gouvernement. Dans la soirée lordre fut donné que toutes les forces disponibles de la garnison marchassent vers Orange-River le jour suivant, ce qui me contraria horriblement, car cette mesure me privait de la société de mes amis.
Le matin du lendemain fut plein de trouble et de tumulte. Le village entier faisait ses préparatifs : les militaires pour s'éloigner, et les marchands pour entasser sur leurs chariots les provisions nécessaires à la subsistauces des troupes. Pendant ce temps plus d'une nymphe aux yeux noirs essuyaitsur sa joue une larme brûlante, et soupirait profondément en songeant à l'absence de son amant et aux chances de la guerre.
A midi et demi, les hommes se rassemblèrent sur Je terrain de manœuvre et se mirent en marche pour Alleman’s-Dreft. Paterson eut l'obligeance de mettre
son logement à ma disposition pour tout le temps de mon séjour à Colesberg. et me pria de ne point épargner sa cave, qui contenait du vin excellent.
Le 15 jallai visiter le 91e, qui était campé à Alleman’s Drelt, au sud de la rivière; je trouvai mes amis les ofliciers occupés à se divertir. Les uns et les autres pêchaient à la ligne et dragnaient dans la rivière où ils attrapèrent des masses de mulets et de barbues qui pesaient entre une et quatre livres. Dans cet endroit, Orange-River et le paysage environnant sont d'une grande beauté et me rappelaient mes montagnes d'Écosse. Dans un certain endroit, les eaux sont encaissées entre d'énormes rochers qui forment là un courant profond et rapide; plus bas, il y a de petites anses allongées, contenues dans des rives garnies de saules pleureurs et d'arbres toujours verts.
Le bruit se répandit que deux détachements du 7e dragons et de l'artillerie étaient en route, venant du fort Beaufort, pour appuyer le 91e dans ses opérations contre les Boers. Il y avait journellement des escarmouches entre les parties belligérantes, et Adam- Kok envoyait perpétueliement au camp des exprès pour solliciter du secours. La manière dont ees escarmouches s’exécutaient était fort amusante et signalait le courage des deux partis. Tous les jours, après déjeuner, les Bocrs et les Bâtars avaient pris Fhabitade-de se rencontrer ct de se cribler de coups jusqu'à l'après midi; chacun retournait ensuite à son camp. |
La distance à laquelle ils faisaient feu les uns sur les autres pouvait être d'environ deux milles, et il y avait sur le terrain qui les séparait de nombreux troupeaux de wild -beasts et de spring-boks qui broutaient en paix. Quelques individus de ce parti neuire tombaient par hasard de temps à autre sous les balles cruclles de ces redoutables guerriers.
Pour en finir une bonne fois avge la révolte de 4845, je dirai que, bientôt après, le 91° et le corps du Cap, renforcés d'artillerie et d’un détachement du 7e dragons de la garde, traversèrent Orange-River, s'avancérent à marches forcées vers le camp des Boers et les mirent en déroute, emmenant leurs chariots, deux pièces de canon d'ordonnance et tontes leurs provisions. Telle fat l'issue de la mémorable bataille de Schwart-Coppice. Depuis ce temps là les vaillants Bâtars ont chanté hautement leurs propres louanges, déclarant que c'était à eux qu'il fallait demander de mettre les Boers à la raison.
Le 46 après midi je montai à cheval et traversai la rivière pour aller voir quelqu'un du nom de Bain qui avait fait plusieurs excursions dans l'intérieur des terres. Cet individu me donna des détails fort importants et me lit les récits les plus séduisants des pluisirs que je pouvais me promettre. Il me recommanda de longer Orange-River jusqu'à un gué appelé «Rhama, » et de la d'aller par «Qampbell’s Dork» à
mm tEdEtEt Ett SISSIES aSSSdSn SSNS EEEEERSSEEeneeneneneneemeeeenmeemneeeeene essed
« Kurumaw, » station missionnaire éloignée de Colesberg d'environ cent cinquante toises, où je pourrais me procurer un interprète bechuana et toutes les inforformations nécessaires chez le missionnaire qui y résidait. Le jour suivant, je pris congé de cet obligeant ami et frère en saint Hubert et je retournai à Colesberg. J'eus le plaisir d'y rencontrer deux Nemrods véritables, M. Murray et M. Osurck, allant tous deux, comme moi, faire une expédition de chasse au fond des terres. Le premier était un fin pêcheur de saumon des bords de la Tay, l’autre un gentleman attaché à l'honorable compagnie des Indes-Orientales. Durant mon séjour à Colesberg, mes échantillons furent soigneusement cousus dans la toile et placés dans des caisses. Les objets qui peuvent se gater, tels que les peaux, les têtes empaillées, etc. , furent scellés hermetiquement, ayant été enveloppés d'abord dans des feuilles de plomb par M. Pervit, plombier, et un des membres principaux de la commune de Colesberg.
Je remis des couvertures neuves à mes chariots, je lis soigneusement examiner les roues et toutes les ferrures par le charrou, j'achetai plusieurs chevaux excellents et des bœufs de trait, j augmentai mon chenil de douze chiens vigoureux, agiles et infatigables, enfin je fis l'emplette d'un grand fusil à l’éléphant, qui portait une très-forte charge et j'arrêtai aussi deux Hottentots de plus : ils se nommaient Johannus et Klinfeldt. Je renouvelai toutes mes provisions en général, et le 22, tout étant prêt, je rassemblai mes hommes, mes chiens, mes chevaux et mes bœufs dispersés. Après beaucoup de tumulte et de sérieuses altercations avec mon équipage récalcitrant et indiscipline, ma caravane s’ébranla et je partis pour mon lointain voyage. Nous fimes suivis par les bonnes amies éplorées de nos Hottentots, criant, hurlant, se baissant de temps en temps pour ramasser une poignée de poussière rouge qu'elles lancaient en lair à la façon de leur pays. N'ayant pas de cheveux à arracher, les belles se contentérent d’égratigner leurs têtes laineuses et de déchirer leurs jupons, qui tomberent bientôt en lambeaux.
Entre autres objets dont je me munis & Colesherg, se lrouvaicnt une certaine quantité des mousquets ordinaires qu'on m'assura être un article très-indispensable pour troquer contre de Vivoire avec les tribus de l'intérieur, Ils me furent en effet fort utiles, el je regrettai de n'en avoir pas acheté dix fois davantage. Comme il était probable que, si je campais ce soir la trop près de Colesberg, mes gens profiteraient de cet arrêt pour y retourner à l'ombre des ténèbres et dire un nouvel adieu à leurs femmes et à leurs maitresses, je me décidai, puisque j'avais réussi à grand”peine à les mettre en marche, à leur faire faire une bonne traite, et aussi comme le clair de lune était maguilique, je ue permis pas de dételer avant minuit
Nous marchions à l’ouest, nous dirigeant vers le gué ce la Saline, le long d’Orange River. C'etait 1a que je com) tais traverser le fleuve. Par ce moyen j'évitai la rencontre des Boers ennemis qui exploraient la contrée : immédiatement en face de Colesberg.
Jarrivai le quatrième jour au gué de la Saline que je traversai très-difficilement, car mes chariots s’enfoncaient à chaque instant dans le sable jusqu’au moyeu. La rive opposée était trës-escarpée, et nous dûmes travailler pendant une heure avec la pelle et la pioche, alin de la gravir. Nous passâmes devant les fermes de plusieurs Boers. Je leur achetai trois chiens parfaits, Wolf, Prince et Bouteberg et je continuai à cheminer. Le 28 nous traversames le kraal Griqua, nommé Rhama. Ce matin-là je surpris Kleinboy fumant tranquillement sa pipe sur ma caisse ouverte de poudre de chasse : aussitôt je saisis le coupable et le bousculai rudement. Ce drole se montra si indigné, qu’il brisa sa pipe contre terre avec une dignité tout à fait hottentote et jura qu'il n’irait pas plus loin avec moi. Cependant la perspective d’un carré de mouton gras, qu'on devait servir à diner, changea les projets de M. Kleinboy, et il reprit son service d’un air boudeur. Le 4 mai nous arrivames à Vaal-River, et je la traversal à mon ancien gué.
En ce lieuune bande de Korcunass’approcha des chariots, montés sur des bœufs de bât. Leurs brides étaient de simples lanières fixées à des batons passés au travers du nez de l’animal. Leurs selles étaient des peaux de mouton attachées sur le dos de la bête avec une courroie. Nous arrivames le soir à moitié chemin de Campbell’s Dork. Chemin faisant mes chiens tuèrent deux beaux pores-épics en leur arrachant la tête, qui est la seule partie vulnérable, et pourtant ils eurent lenez et les épaules déchirés par les dards. Le jour suivant nous traversimes Campbell’s Dork où je fus reçu avec bienveillance par M. Barttett, le missionnaire résidant, qui me fit présent de pains et de légumes.
Trois jours après avoir quittécelieunousatteignimes Daniel's Kiul, kraal de Griquas, près Waterboer. La contrée que nous traversèmes était unie et insignifiante; aucune colline, aucun accident de terrain ne changaient la monotonie de la plaine, qui ressemblaità une nappe d'eau. Elle était, dans certainsendroils, couverte d'une espèce de buisson d'environ neuf pieds de haut, couvert de feuilles grises et de petites grappes de fleurs de la même couleur qui exhalaient un parfum aromatique très-doux. Le soir, nous dirigedmes notre route vers une fontaine chaude appelée Kramer's Fonteyn. Le9, nous partimes pour Koning, grand lac très-éloigné sur le chemin de Kurumaw. Vers minuit : mes hommes commencèrent à avancer d'un train extravagant. Je compris qu'ils étaient ivres et j'ordonnai de faire halte et de dételer.
Mais M. Kleinboy ne fit que courir plus fort, de sorte que je fus forcé de le jeter à bas de son siège.
f LA VIE AU DESERT.
AD
Ceci nous forea à faire balte : mais il y avait peu de temps que j'étais endormi, lorsque je fus éveillé par le bruit que faisait le bétail, et je m’apercus que mes hommes attelaient avec l'intention de retourner à Ja colonie. Voyant que mes remontrances restaient sans effet, j'eus recours à une carabine à double coup, dont la vue fit renoncer mes hommes à leurs projets. Is seretirèrent à l'ombre d'un buisson, et ne tardérent pas à s'endormir. Je m'abstins de fermer l'œil le reste de la nuit, et, le matin suivant, je réveillai les misérables et leur ordonnai d’atteler. Ils obéirent machinalement, en jurant de ne plus me desobéir.
Nous arrivames à Koning en parcourant dix milles : c'était un courant de belle eau de source, d’une longueur de près de six cents toises et couverte d'énormes roseaux de quinze pieds de haut; on y voyait des traces de zebres et d’hartle-beasts, et on assurait que les lions n’y manquaient pas. Je remarquai dans l'après-midi que mes hommes étaient encore ivres, et je
‘m’imaginai d’abord que les Griquas leur avaient fourni les movens de s’enivrer : mais, après avoir examiné mes caisses, je vis qu'il y en avait une d’ouverte et qu'on y avait volé des bouteilles d eau-de-vie; cette découverte me causa une seconde nuit d'inquiétude, et je veillai, la carabine à la main. Le froid etait perçant; le matin, le sol se moatra couvert de gelée blanche et la surface de l'eau était revêtue d’une épaisse couche de glace. Nous quittames Koning le 14 à midi, et nous continuâmes notre route vers Kurumaw. Nous fimes halte au coucher du soleil, mais sans trouver d'eau. A gauche, la vue était bornée par les montagnes Kamkanni, qui étaient une grande chaine de rochers. De tous côtés s'étendait une vaste plaine couverte d'une herbe touflue et jaunâtre, parsemée de plantes et d'arbustes verts. Un peu avant de dételer, nous fimes lever trois leopards qui dévoraient une antilope. Il y avait fort peu de gibier dans ces parages.
Nous arrivämes le lendemain à Kurumaw ou autrement dit New-Litakoo, délicieux endroit au milieu du désert, contrastant fortement avec les régions stériles etinhospilalières dont il était environné. Je fus reçu là avec bienveillance et traité gracieusement par M. Moffat et M. Hamilton, tous deux missionnaires anglais, et aussi par M. Hume, vieux négociant anglais qui habitait depuis longtemps Kurumaw. Les jardins de cet endroit sont grands et tres-fertiles. Outre des blés et des légumes, ils produisaient des raisins, des pêches, des brugnons, des pommes, des oranges et des citrons. Tous ces arbres portaient dans la saison des fruits exquis et tres-nombreux, Les jardins étaient arrosés abondamment par une grande fontaine dont les eaux formentune petite riviere qui coule hors d'un souterrain. Celui-ci a plusieurs ouvertures basses, mais a l'intéricur le caveau est élevé et spacieux. Les naturels prétendent qu'il s'étend sous terre à une distance prodigicuse. Les naturels autour de Kurumaw et dans les
districts environnants ont généralement embrassé le christianisme.
M. Moffat eut la bonté de me faire visiter son imprimerie, son église et son école : le tout est bien bâti et entretenu de manière à faire honneur à des villes coloniales plus civilisées. Ce fut M. Moffat qui inventa l'écriture de la langue béchuana. [| a depuis imprimé des milliers de Bibles en bechuana ainsi que des hymnes et des cantiques, qu'on achetait en grand nombre pourconvertir les naturels. Cet ecclésiastique est admirablement doué pour réussir dans sa mission. M Moffat, avec un noble maintien et une stature athletique, possède une physionomie où l’indulgence et la charité chrétiennes sont visiblement empreintes. Ses perfections morales et physiques sont universelles : il est ministre, jardinier, serrurier, armurier. maçon, charpentier, vitrier, etc. Chaque heure du jour est con sacrée par ce digne pasteur à quelque travail utile, et il donne aux autres, par sa piété éclairée et ses laborieuses habitudes, un admirable exemple à suivre.
M. Moffat m’apprit qu'un certain docteur Livingstone, qui avait épousé sa fille aînée, a établi récemment une station de missionnaires parmi les Bakatlas à Mabotsa, dans la vallée de Bakatla, environ à quatorze journées de marche au nord-est. Il me conseilla de m'y rendre tout d'abord, car je ne pouvais plus m'attendre à rencontrer que fort peu de grand gibier au sud de Bakatla. Il m’assura que l'espoir de rencontrer des éléphants même dans la contrée, immédiatement au delà de Bakatla, était fort incertain, et il me recommanda, si j'étais résolu à me livrer à mon aise au plaisir de la chasse aux éléphants, de tacher de pousser jusqu'aux forêts isolées et sans limites qui se trouvent au dela des montagnes de Bamangwato, sur le territoire de Sicomy, le grand et célèbre chef de ces sauvages. t
Il ajouta qu'il serait probablement possible de faire des trocs avec Sicomy pour de l'ivorre, dont on assurait qu'il avait d'immenses quantités cachces. Grace au concours de M. Mollat, j'engageai à mon service un Béchuana nommé Isaac, en qualité d'interprète pour les langues hollandaise et béchuana. J'achetai à M. Hume quelques sacs de froment, et le lendemain je mis Lous mes gens à l'œuvre au moulin de M. Moffat, afin de convertir ce grain en farine.
Le 45, ayant pris congé de mes amis de Kurumaw, je continuai mon voyage vers le nord-est, à travers un terrain lourd et sablonneux, sur des plaines unies et sans limites, qui s'étendaient de tous côtés, couvertes d'une herbe touffue et jaunâtre et qui, agitee par la brise, ressemblait à des champs de blé mor; au coucher du soleil nous traversdmes la rivière Matzuarin, Neuve insigniliaut, Nous campames sur la rive nord, et le matin suivant nous poursuivies no= ire voyage en traversa it une contrée tout à fait sem
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blable, avec la différence pourtant qu'il s’y trouvait des bouquets de mimosa épineux.
Ce jour-là nous fûmes assaillis par un essaim de sauterelles qui se reposaient pendant la nuit et cou- | vraient le gazon et les grands arbustes. Les sauterelles fournissent une nourritare saine et abondante à l'homme, aux oiseaux et à toute espèces d'animaux : les vaches, les chevaux, les lions, les chacals, les hyénes, les antilopes , les éléphants, ete. , etc., les dévorent avidement. Nous rencontrames une bande de Battapis qui en faisaient une ample récolte. La gelée très-forte, engourdissant les ailes de ces insectes, les mettait hors d'état de s'envoler avant que le soleil vint leur rendre leurs forces.
Comme j'avais de la peine à me procurer assez de nourriture pour mes chiens, Isaac et moi nous primes une grande couverture que nous ¢lendimes sous un buisson dont Jes branches pendaient jusqu’a terre sous le poids des sauterelles; nous secoudmes l’arbuste, et il en tomba en un instant plus que je ne pus en porter sur mon dos. Nous les fimes rôtir pour nous et pour les chiens.
Peu après le lever du jour, je vis les sauterelles se développer vers l'ouest en épais nuages, sen:blables à de la fumée; mais, le vent ayant tourné, elles revinrent de notre côté et passèrent par - dessus nos têtes en obscurcissant positivement le soleil pendant quelque temps. Le soir je continuai à cheminer au clair de la lune et je fis halte à quelques mitles de Motito, kraal fort étencu de Batiapis, tribu de Réchuarus.
À Molito, — Les tribus béchuanas. — Bakatla, — Le docteur Li- Vingstone — Chasse au fhunocéros, — Les Béchuanas. — Le
gros-bec apprivoisé. — Le lac mystérieux. — Les Zèbres. — Ba-
Kalla Le docteur Livingstone, — Départ pour Bamangwato, — Les buffles. — Chasse aux buffles. = Les baboins. — Poursuite d'un rhinocéros. — Maœurs des rhinocéros. — Les
rhinoceros. — Les élaus. — Je me perds dans la furût.
Je dételai de bonne heure le 47 à Motito, où je fus gracieusement reçu par M. Loza et M. Edward. Le prenier clatL un missionnaire français stationné à Motito, et le second un missionnaire anglais de Maholsa. ily avait à cette station un autre missionnaire français appelé M. Lemue, mais if était absent. Comme me voici arrivé aux limites méridionales des vastes regions de l'Afrique du sud, habitées par de nom! rouses tribus de Vechuanas, il va être nécessaire, avant d'aller plus loin, d'esquisser leurs mœurs et leurs coutumes. Ce sont des hommes pais, intelligents et remarquables pour leur bonne humeur:
ils sont bien forts quand ils n'ont pas été affamés dans
leur jeunesse. Ces indigènes ont des traits agréables, de très-beaux yeux et de belles dents; leurs cheveux sont courts et laineux, et leur teint d’une nuance cuivrée assez claire.
Chacune des tribus habite des kraals ; leurs wizwams sont bâtis de forme cireulaire et couverts avec de longues herbes. Le plancher et les murailles en dedans et en dehors sont platrés d'une matière composée de terre glaise et de bouse de vache; le seuil par lequel on y pénètre à environ trois pieds de haut et deux de large. Chaque wigwam est entouré d'une haie d’esier treillagé, et le kraal entier est enceint d'une forte barrière de wait-a-bit-thorns, qui le protége contre l'invasion des lions et autres animaux.
Le costume des hommes consiste en un « kaross », sorte de manteau de peau, qui est gracieusement suspendu à leurs épaules ; il ya un autrevêtement appelé « {sicha », qui entoure leurs reins et qui est aussi fait de peau. Ils ont aussi de simples sandales de peau de buffle ou de girafe, et sur les bras et les jambes des ornements de cuivre jaune et de cuivre rouge de dif ferents desseins qu'ils fabriquent eux-mêmes. Les hommes portent aussi quelques rangs de perlès autour de leur couet de leurs bras, sans compter plusieurs autres accessoires, dont la plus grande partie passe pour posséder le charme puissant de préserver de tout malheur.
L'un est un petit os creux dans lequel ils soufflent lorsqu'ils sont en danger; un autre est une collection de dés d'ivoire qu'ils agitent dans la main et lancent à terre pour vérilier si une entreprise qu’ils méditent doit être heureuse. Hs portent aussi une masse de petits bouts de racines ou d'écorces qui sont des remedes salutaires; et certains se servent de boîtes de calchasses faites d'une excessivement petite e-pèce de courges qu'on fait crotire de la forme d'une bouteille. Ils ne s'aventurent jamais sans leurs armes, qui sont un bouclier, une poignée d'assagais, une hache de combat et une massue.
Les boucliers sont faits avec le cuir du buffle ou de chez quelques tribus ils sont ovales; chez d'autres ils sont ronds. L’assagai est une espèce de toute petite lance où javelot, d'environ six pieds de long, dont le dard est en hois ; quelques-uns de ceuxlà ne sont faits que pour être lancés, et un guerrier habile perce un homme de part en part à cent toises. D'autres servent à poignarder. Les lances de ceux-ci sont plus fortes, les dards plus courts et plus épais; ils sont en usage surtout chez les tribus plus éloignées dans les terres. Leurs haches de combat ont une forme Clégante; leur lance esttriangulaire, et le manche est confectionné avec une corne de rhinoceros.
L'occupation des hommes est la guerre ou la chasse, commetussi la tannerie des peaux de bêtes fauves. Le
la girafe :
costume des femmes se compose d'un kaross tombant
LA VIE AU DESERT. 47 oe
des épaules et d’un jupon court en peau de pollah ou de toute autre espèce d’antilope. Leur cou, leurs bras, Jeur tour de taille et le bas de leurs jambes sont surchargés d’une multitude de rangs de perles de toutes sortes de couleurs ajustés avec goût. Les femmes s’occupent principalement de cultiver les champs et les jardins, où e les font croître du blé, des courges et des melens d'eau; elles font aussi la moisson et Ja mouture du grain. Les hommes et les femmes vont nu-téte. Leurs cheveux sont oints de sibilo qui est une composition qui brille, sorte de mélange de “graisse et d’un minerai gris étincelant qui à l’apparence de mica.
Certaines tribus se badigeounent le corps avec de la graisse et de la terre rouge, ce qui les fait ressembler aux Indiens des Florides. Presque toutes les tribus possédent du bétail. Les honimes seuls s'occupent à le soigner et à le traire, II n’est jamais permis à une femme de mettre le pied dans un castle-kraal. La polygamie est autorisée, Un homme peut avoir autant de femmes qu'il lui plait; cependant il faut qu’il achète la femme,
Dans les tribus riches, le prix d'une femme est de dix têtes de bétail ; parmi les plus pauvres’ on la paye avec plusieurs béches. Ils fabriquent eux-mêmes ces instruments, les fixent au bout d'un long manche et s'en servent comme nos laboureurs se servent de la houe. On voit de longues troupes de femmes béchant ensemble dans les champs en chantant des chansons et battant la mesure avec leurs bêches.
Le chef de Motito se nommait Motchuaro et il était subordonne au grand chef Mahura Ul désirait beaucoup me voir rester un jour avee lui pour faire un marché de plumes d'autruches et de kaross ; mais, pressé d'avancer, je me remis en route l'aprèsmidi et je marchai jusqu'à minuit; puis je campai daus une immense foret de camaldores séculaires. Je n'en avais eucore jamais vu d'aussi beaux en Afrique.
Chaque arbre était pittoresque; tous se détachaient par groupes, comme les chènes dans un pare anglais. Beaucoup de ces arbres était habités par des colonies entières de gros becs apprivoisés, dont les singulières habitations surchargeaient les branches. Ces étonnants oiseaux, qui ont à peu près l'aspect et la dimension d'un verdier anglais, construisent leurs nids et vivent en communauté sous le même toit, Toute cette construction élaut fuite de gazon sec ressemble, à quelque distance, à une vieille cotte perchée sur un ar bre. Ils s'introduisent par-dessous daus leurs nids, qui sont côte à côte. Lorsqu'on les regarde d'en bas, ces nids ressemblent à une ruche,
Le matin suivant, nous nous remimes en marche à travers la forêt ; la route était pénible, car c'etait. du sable doux et sve. Au bout de six milles, en sortant de la forêt, nous entrdmes de nouveau dans
une contrée découverle où poussaiént cependant en certains endroits des arbrisseaux, et duns d’autres du gazon seulement. Au bout d'une heure nous arrivames à Little-Choos, grande saline où nous trouvames de l’eau dans un puits artificiel pour nousmêmes et pour notre bétail.
Là les naturels me dirent que, tout à fait à l’ouest de Bakatla, il y avait un lac mystérieux. Les gens de Bamangwato allirmaient au contraire qu'il était situé à cent cinquante milles au nord, et, en m'indiquaut sa position, ils désignaient le nord-ouest. Ils prétendaient, en outre, que les naturels qui habitaient les rives avaient des canots; que ses eaux étaient salées; que tous les jours elles se retira ent des bords, puis revenaient, ce qui me fit supposer que ce lac, quel qu'il fat, avait un flux et un reflux.
A trois heures après midi nous attelâmes et marchâmes jusqu'à minuit dans un pays désert et sablonneux. Dans le voisinage de Choos nous passames près d’une longue enlilade de piéges à gibier, qui étaient creusés en forme de croissant et occupaient une étendue d'environ up quart de mille. Nous atteigninies, le jour d'après, Loharou, endroit désolé etinsiguiliant, et, le 20, nous voyageames dans une région de pays plat, couvert de buissons détachés.
Les plaines sont ici nues et découverts; elles ressemblent au paysage du sud de Wher. En avançant plus au midi, je trouvai cette ressemblance encore plus forte, car il y avait des savanes sans bornes, peuplées à profusion de bless-boks et de wild beasts. Comme je galopais auprès d'une bande de zèbres, ma mouture posa son pied dans un trou, et, en tombant de ce côté sur mon mollet droit, me le contusionna si fort que je fus hors d'état de marcher pendant plusieurs jours.
Vers midi nous nous remimes en route et arrivames dans la soirée à Great-Coos, grande saline alors pleine d'eau. La je trouvai, pour la première fois, les os et le crâne d'un rhinocéros. Mon interprète m'assura que depuis bien longtemps ces animaux avaient déserté ces parages; mais bientôt il fut bien surpris de reconnaitre des traces fraiches près de la fontaine. Nous continudmes à marcher, et nous entràmes le 22, dans un pays tout à fait différent.
Aux plaines sans bornes succédaient des forêts sans limiles, composées d'arbres et de buissons nains ; le terrain, légèrement accidenté, était tapissé de hautes herbes et de plantes aromatiques. La vieille route charretière, peu fréquentée, que nous suivions, paraissait être le sentier de prédilection d'une troupe de lions, car l'empreinte de leurs larges pattes s'y trouvait d'un bout à l'autre. Au coucher du soleil nous campimes sur le Siklagol-River, fleuve alors à sec; mais, en ereusant un peu, son lit nous faisait jaillir de la belle eau de source, Comme nous avions besoin de viande, ma meute allameée étant prête de mourir
ed
d'inanition , je résolus de faire reposer mes bœufs pendant la journée du lendemain et d'aller chasser l'élan On remarquait des traces de ces animaux tout autour de notre camp
Le matin du 23 je montai à cheval et me dirigeai vers lest avec deux piqueurs et un cheval. Le pays ressemble à un interminable pare, et était orné d’une succession non interrompue d'arbres majestueux iso- Jés ou d'arbres nains amassés par groupes. A l'exception de quelques prairies florissantes, tel est l'aspect général de toute la contrée, depuis Siklagol jusqu'aux montagnes de Bakatla.
Le 31 nous arrivames à la chaîne de Kurrichane, et, l'ayant traversée, nous voyageames à travers une belle vallée pendant trois milles, jusqu'à ce que nous eussions atteint une gorge dans les montagnes, laquelle communique avec la grande vallée de Bakatla. Dans cette gorge coulait un fleuve-dont les eaux élaient limpides comme du cristal ; notre route lonzeail ses bords, pratiquée sous d'énormes blocs de granit et des quartiers de roches qui menacaient à chaque instant d'anéantir nos chariots.
Nous suivimes la rive du fleuve pendant un demimille et arrivames à Mabotsa. kraal de Mosielely, roi des Bakatlas, tribu des Béchunas, où je fus obligeamment reçu par le docteur Livingstone, le missionnaire résidant. La vallée de Bakatla est un des plus admirables sites d'Afrique. C'est un large terrain uni, qui s'étend de l'orient à l'occident et qui est borné à l’horizon par de pittoresques montagnes de rochers dont les cimes sont richement boisées. Dans quelques endroits le sol est paré de besquets ou bouquets d'arbres dont rien n'égale la beauté et la variété; dans d'autres le pays est découvert et tapissé de verdure magnifique. Toute la portion de la vallée en face de la ville est cultivée par les femmes de Bakatla, et une multitude de champs de blé fort étendus se développent au nord du kraal. On venait de terminer la moisson depuis peu, mais il restait encore dans les champs une belle récolte de courges et de melons d'eau.
Le lendemain était un dimanche : j'assistai au service divin dans une église provisoire bâtie par les missionnaires, Je m'amusai beaucoup à cette occasion à constater les progrès de la civilisation sur le costume des Bakatlas. Tous ceux qui étaient parvenus à se procurer un article d'ajustement européen sen élaient parés; les uns avaient des panta lons sans chemises et d'autres des chemises sans pantalons
Le 2 juin, il soufflait de l'Océan, du côté du sud. un vent tres-fort, et ce fut le jour le plus froid que } Cisse encore passé en Afrique
Le matin, Mosielely, accompagné de heancoup de peronnages de ga noblesse vint me voir, Un certain nombre d'individus de sa tribu me demanderent du ta
bar avec instance, Le chef avait l'air doux, mais peu
majestueux. Un de ses gén¢raux, Siénis, était un vieux guerrier très jovial à l'œil vairon e! au visage marqué de la petite vérole; il avait tué à la guerre vingt hommes de sa propre main et portait une marque d'honneur consistant en une ligne tatouée sur les côtes pour chaque homme abattu par lui.
Mosielely me fit présent d’une ontre de lait aigre et me pria de m'arrêter sur son territoire quelques jours afin de trafiquer avec moi. Je lui répondis que, pour le moment, j'étais très-pressé de gagner la terre des éléphants, mais que je m’arrêterais volontiers à mon retour. Ceci parut contrarier vivement Sa Majesté, qui désirait troquer des peaux contre des fusils et des munitions; mais j'étais décidé à n’échanger mes mousquels que contre de l’ivoire, et dans ce moment-la Mosielely n’en avait pas.
Les Bakatlas travaillent beaucoup le fer ; ils fabriquent différents articles dont ils appprovisionnent les tribus voisines : ils tirent leur minerai des montagnes environnantes et le fondent dans des creuscts. La plus grande partie du metal est gaspillée, car ils ne conservent que le plus pur. Ils emploient une sorte de double soufflet fait avec des sacs de peau. Le vent passe par deux tubes faits de deux cornes d'oryx. La personne qui souflle s'en acquitte en prenant de chaque main un des sacs. Le marteau et l'enclume sont deux pierres. Maluré cela leurs lances, leurs ha-
ches de combat, assagais, couteaux, aiguilles, ete., :
sont habilement confectionnés. Les hommes de cette tribu fabriquent aussi de grands bols qu'ils taillent dans du bois très-dur. L'outil dont ils se servent pour ce travail est un petit ustensile qui ressemble à une doloire de charpentier.
Le docteur Livingstone m’apprit que le gibier était abondant de tous côtes au nord de Bakatla, et il m'assura que des bandes d'éléphants fréquentaient le territoire des chefs voisins, et passaient souvent la moitié de l'été dans un district, mais que, dans cette saison, il ne croyait pas qu'il y edt des éléphants dans les forêts adjacentes. Dans une contrée éloignée et peu connue, au delà de Bamanzwato, territoire de Sicomy, les naturels m'aflirmèrent que les elephants abondaient toujours, et que par conséquent j'avais la perspective de troquer mes mousquets contre de l'ivoire.
Cela me détermina à ne perdre mon temps nulle part, quelque belle occasion qui se présentat à moi de chasser d'autre gibier, Mon hôte m'avertit cependant
que j'éprouverais des difficultés considerables pour at- : teindre Bamangwato, puisqu'il n’y avait pour me gui- | der ni chemin ni sentier. Le seul espoir que je pusse ;
avoir d'y parvenir dépendait de la possibilité que je pouvais avoir de me procurer des guides béchuanas chez Cauchy qui était le chef tributaire d'une portion de la tribu des Baquamas. Cet homme residait alors dans un endroitappelé Booby, situé à environ 80 mil-
mm
les au nord-est de Bakatla. Il serait me dit-on impossible de s'aventurer sans ces guides, car l’eau était rare et à des distances éloignées. Il était pourtant à craindre que Cauchy ne me les refusat, car la politique invariable des chefs africains est d'empêcher les voyageurs de pénétrer plus loin que leur territoire.
Bamangwato est à 200 milles au nord plus loin que Bakatla, dont il est séparé par de hautes montagnes, en apparence inaccessibles, par des déserts sablonneux et d'immenses forêts vierges. Isaac commencait déjà à se décourager ; il fit une foule d’objections pour me dissuader de me porter en avant, et me conseilla de chasser plutôt sur le territoire de Sichely, chef suprême des Baquamas, environ à cinquante milles de Bakatla, où il m’aflirma que je trouverais des éléphants. Voyant que j'étais inexorable, il voulut demander son congé, et le docteur Livingstone eut grande peine à le décider à m’accompagner.
Le 3 je dis adieu à mon bienveillant ami le docteur et partis pour Bamangwato, accompagné d’une bande nombreuse d'hommes de Bakatla et de deux Baquamas qui me suivaient dans l'espoir d’avoir de la viande, car on leur avait assuré que j'étais un adroit chasseur. Les Béchuanas aiment beaucoup la viande; ils prétendent que c'est la nourriture qui convient aux hommes; le blé et le lait sont destinés aux femmes. Ils parviennent rarement eux-mêmes à obtenir du gros gibier, aussi ils ont beaucoup de respect pour ceux qui savent tuer pour eux beaucoup de venaison, et ils feront de longs voyages à leur suite dans ce but-la. Nous nous dirigedmes vers l'orient en explorant la délicieuse vallée de Bakatla , au travers de clairières verdoyantes et de futaies d’arbres séculaires.
J'avais fait peu de chemin dans cette vallée lorsque je me trouvai en présence d'une troupe de wildbeasts et de bless-boks ; puis je vis en même temps une bande de sept buck-koodoos majestueux , arrêtés sur le penchant d’une montagne très-haute, au-dessus de ma tête. En essayant de forcer ceux-ci, je fis lever une troupe de gracieux pallahs et une autre de zèbres, qui s'enfuirent bruyamment et dérangèrent ma chasse des koodoos. Après tout cela je vis un grand troupeau de buffles se reposant sous un massif de mimosas ; j'attachai mon cheval à un arbre, je marchai sur eux, et je tuai le doyen du troupeau, qui, à l'ordinaire, conduisait toute la bande.
Le 4, de bonne heure, nous continudmes notre route vers Booby. Nos chariots étaient toujours suivis d’une notable quantité de sauvages. L'aspect sé duisant de la contrée m'engagea bientôt à chasser, chemin faisant, dans les montagnes de l'ouest; aussi je montai à cheval et me fis accompagner par Isaac, qui montait un bon cheval et portait ma lourde carabine hollandaise, Deux Béchuanas nous suivaient, conduisant quatre de mes chiens, Après avoir tra
versé un joli petit bois, j'attegnis une petite rivière limpide dont les bords, piétinés par toules sortes de gibier de grosse espèce, offraient principalement les traces visibles de buffles et de rhinocéros. Nous suivimes la voie d’une troupe de buffles, et, prenant un sentier fait par ces animaux dans un défilé au travers des collines, nous sortimes du taillis et vimes de l'autre côté de la vallée qui s'étendait devant nous une troupe d’environ dix buffles mâles.
J’essayai de les surprendre, mais j’en fus empêché par de nombreuses cavalcades de zèbres qui nous apercurent, et qui, en galopant devant nous, leur donnérent l'éveil. J’ordonnai aux Béchuanas de làcher les chiens, et, donnant de l’éperon à Colesberg, que je montais pour la première fois depuis l’affaire de la lionne, je pris chasse, et, en courant à toute bride, je pus tirer deux coups de côté sur le dernier buffle. Malgré cela l'animal continua sa course, mais je le séparai promptement de la troupe ainsi que deux autres. Comme ma carabine était lourde, je ne pus la recharger à cheval; toutefois je les suivis, espérant les mettre aux abois. En traversant un bocage d arbres épineux, je perdis de vue le buffle blessé, qui avait tourné court en revenant sur ses pas, fait assez ordinaire lorsqu'ils sont atteints. Je courus au grand galop pendant deux milles après les autres ; j'étais à cinq toises de leurs larges croupes et je sentais dans ma figure l'odeur particulière à la race bovine.
J'espérais à chaque instant qu'ils s’arréteraient et me donneraient le temps de recharger; mais ils n’y étaient point disposés. A la fin, voyant que j'avais de l'avance sur eux, j'accélérai ma course, et, me trouvant devant eux, je me portai en face du plus beau mâle afin de le forcer à rester en arrêt; sur quoi il s'élança à l'instant vers moi avec un rugissement étouflé semblable à celui du lion. Colesberg l'évita avec adresse, et le taureau continua à fuir. Le terrain devenait rocailleux, la forêt impraticable; il était clair que les buffles regagnaient une retraite sûre. Je parvins avec peine à ne pas les perdre de vue, les suivant de mon mieux au milieu des ronces et des épines.
Isaac venait après moi à quelques centaines de toises, me criant sans relâche, de toutes ses forces, d'abandonner la poursuite, ou que je me tuerais. Enfin les buffles s’arrétérent tout à coup et restèrent en arrêt dans un fourré à vingt toises de moi. Sautant à bas de ma monture, je rechargeai à la hâte les deux coups de ma carabine, et je finissais à peine quand Isaac arriva et me demanda ce que les buffles étaient devenus. Il était loin de les croire à vingt toises de Lut. Je lui répondis en ajustant ma carabine devant le nez de mon cheval, et je tirai aussitôt à droite et à gauche mes deux coups sur mes deux animaux.
Ils m'attaquèrent alors téte baissée avec un rugissement étouflé; je me jetai en un clin d'œil derrière un
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massif de buissonsépineux : mais les violentsefforts que fit Isaac pour pousser son cheval lui ayant fait perdre l'émuilibre, et les sangles ayant cédé en même temps, lui, sa selle et la grande carabine hollandaise tombèrent par terre en même temps avee un bruit sonore, et juste sur le chemin des animaux en furie. Heureusement deux des chiens nous avaient rejoints, et, en faisant face aux bufiles. ils détournérent leur atiention et le sauvèrent sans doute par là d’une mort immediate. Les buffles adopterent alors une autre position dans le fourré : ils étaient tous deux grièvement blessés ; on voyait de larges mares de sang sur le sol où ils s'étaient d'abord arrétes. Les chiens m’aidérent vaillamment, et peu après les deux nobles taureaux rendirent le dernier soupir. En mourant les deux bêtes poussérent à plusieurs reprises un gémissement sourd et prolongé. Je me suis convaineu plus tard que telle est l'habitude invariable du buflle lorsqu'il expire.
Je fus surpris de la dimension et de la vigoureuse apparence de ces animaux. Leurs cornes me rappelerent la rugosité d’un trone de chène; chacune avait plus d'un pied de large à sa naissance. Ensemble elles formaient au crâne un bouclier massif impénétrable ; elles descendaient horizontalement et ombrageaient complétement les yeux de ces animaux et leur donnaient l'aspect le plus féroce et le plus sinisire qui se pit imaginer. En retournant aux chariots jabattis un cerf sassayby et un magnilique vieux male pallah.
L'après-midi, de bonne heure, j'expédiai deux hommes, avec un cheval de bat, pour m'apporter la plus belle des deux têtes de bulfle. Elle était si pesante que deux hommes robustes eurent de la peine à la soulever de terre. En apprenant mon succes, les Béchnanas qui m'avaient accompagné saisirent leurs assagais et s'empresstrent d'aller s'emparer de la viande, Dès ce moment je ne les revis plus. Les deux Baquamas restèrent avec moi. Hs avaient formé un complot avec mon interprète, pour m'empêcher de pénétrer dans Bamangwato. Isaac ne put oublier de sitt son aventure avec les bufiles. Le soir, en causant près du feu, il annonça à tous que j'étais fou et que Ceux qui me suivaient couraient aveuglément à leur prrte
De bonne heure, le 5, je continual ma route au mieu dun admirable pays ot l'eau abondait. De suverbes montagnes et collines boistes s'etendaient de tous côtés: quelques-unes de ces montagnes étaient trés-majestueuses, et leurs sommets bordés de précipices protons et de parapets de roches escarpées qui servaient de demeure & des colonies entières de babouins à la face noire. Cex animaux tout étonnés de voir des importuns d'une nouvelle espèce envahir leurs donaines, descendirent à loisir les flancs rocailleux de leur demeure aérienne pour contempler de pres notre
caravane. Après avoir franchi neuf milles, je rangeai mes chariots sur le bord d'un petit ruisseau où se trou vaient de nombreuses traces de gros gibier. Je découvris, dans le lit du fleuve, la peau écailleuse d’un manis : récemment dévoré par un oiseau de proie.
Cet animal extraordinaire, dont les habitudes se rapprochent de celles du hérisson, a environ trois pieds de long, et il est entièrement couvert d'une sorte de colte de mailles composée de larges et dures écailles, de la forme et de la dimension de feuillés d'artichaut. Celles-ci se recouvrent l'une l'autre d'une manière très-curieuse. La queue est large et également couverte d’écailles. Lorsque le manis est surpris, il se roule en boule et se defend par son inertie. On le rencontre dans tout l'intérieur de PAfrique méridionale, mais il est rare et j en ai ren= contré tré--rarement. 4
Le 4 juin je vis pour Ja première fois un superbe. rhinocéros : c’était une femelle énorme, toute blanche et accompagnée de son veau : ils se tenaient dans un buisson d’épines. Elle eut vent de mon approche et s'enfuit aussitôt parmi les ronces. Le veau courait le premier, ee qui est leur habitude invariable ; la mère, qui le suit, guide ses pas en appuyant contre ses côtés sa corne, qui a, en général, trois pieds de’ long. Mon cheval s’elfraya beaucoup d'abord, intimidé qu il etait par l'étrange aspect du « chukura » ; mais, à l’aide du jambok et de mes éperons, je parvins à le décider à poursuivre. Bientôt le sol devint meilleur et je me trouvai sur la même ligne qu’elle. Jetiraiau galop: et lui logai uneballe dans l'épaule. Le rhinocéros continua à courir ; le sang coulant de sa blessure, elle atteignit promptement un inexpugnable asile de ronces où je ne pus la suivre, et je la perdis sur-le-champ.
Peu après je rencontrai un rhinoceros male noir que je suivis pendant vingt toises; mais en aperce= vant l'animal s’avancer, et sachant bien qu'un coup tiré de face ne serait pas mortel, je me jetai derrière un buisson. Néanmoins le monstre n'attaqua avec impéluosité, soufflant bruyamment et tournant autour du buisson pour me débusquer. Si son activité avait égalé sa laideur, mes pérégrinations se fussent arré= ives là : grâce à mon extreme agilité, j'eus enfin Te dessus. Le rhinocéros resta quelque 1emps à me regarder à travers les branches, puis une bouffée de mon haleine l'ayant atteint, il s'effraya, et tout en soufllant et en relevant avec défi sa ridicule queue, je le vis se relourner et il me laissa maître du champ de bataïlle.
Il y a dans l'Afrique du sud quatre espèces de rhino~ céros que les Bechusnas distinguentainsi : le « boselé » ou rhinocéros noir, le « keitloa » ou lerhinocéros noir à deux cornes, le emuehacho» ou rhinocéros blanc ordinaire, et le ckobaoba » ou le rhinocéros blane à longues cornes. Les deux espèces de rhinoceros noirs sont irés-dangereuses : ils se précipitent impétuensement et sans être attaqués sur ce qui attire teur attention.
Ils n'engraissent jamais beaucoup; leur chair est dure, et les Bechuanas n’en font pas grand cas. Ces bêtes n'ont pas d’autre nourriture que les branches épineusesdes « wait-a-bet-thorns.» Leurs cornes sont bien plus courtes que celles des autres espèces; elles dépassent rarement une longueur de dix-huit pouces, et sont très-bien polies à force d'être frottees contre les arbres. Leur crane est très-singulier; son merite le plus saillant est une cssiication d’une prodigieuse épaisseur qui se prolouge jusqu'au-dessus des narines.
~ C'est sur cette massive base qu'est plantée la corne, qui n'est point adhérente au crane; elle ne tient que par la peau et on peut la séparer de la tête avec un couseau bien aflilé Elle est dure et d'une entière solidite dun bout à l'autre. C'est un bel objet pour la coufection de différents articles, tels que des tasses à boire, des maillets, des carabines, des manches pour les outils de tourneurs, etc., ete. Cette corne peut obtenir le poli le plus parfait. Les yeux du rhinoceros sont petits et étincelants, et il ne découvre pas facilement le chasseur s’il n’est pas sous-le vent. Sa peau est extrêmement épaisse ; il n'y a que les balles de fer pointues qui puissent la traverser.
Pendant le jour on trouve le rhinocéros endormi ou nonchalamment étendu dans quelque coin retiré de la forêt ou au pied d'une montagne abritée du soleil par quelque bosquet de mimosas dont les branches font parasol. Le soi’, l'animal commence à rôder et il explore un grande quantité de terrain : de neuf heures à minuit, ilserend d'ordinaire aux fontaines, et c'est dans ces moments Ja qu'on peut le chasser avee le plus de succès et le moins de danger.
Le rhinocéros noir est sujet à des paroxysmes de rage sans cause ; il laboure la terre de sa corne sur Plusieurs mètres et attaque de grands buissons avec une furic sans pareille; il s'acharne sur ces objets pendant des heures entières, reniflant et soufflant bruyamment, et le plus souvent il ne les quitte qu'apres les avoir mis en pièces. Beaucoup de chasseurs, et moi dans le nombre, supposent que le rhinocé:os est l'animal auquel Job fait allus on au chapitre xxx1x, versets 10 et 14, où il est écrit : « Ne peux-tu lier l'unicorne avec -sa harde dans les sillons ? ou doitil dévaster les vallées après toi? Te fieras-ta à lui parce que sa force est grande, ou lui laisseras-tu
© faire ta besogne ? »
I] est évident qu'il est ici question d'un animal de force supérieure et de caractère indomptable, traits distineti’s du rhiuocéros. qui aime passionnément à se Vautrer dans la boue et son cuir grossier en est toujours couvert. Les deux espèces de rhinocéros noirs sont plus petites et plus alertes que les blanches, et elles sont si agiles qu'un cheval portant un cavalier peut rarement les atteindre. Les deux autres de vhinocéros blancs sont si semblables daus leurs mœurs
qu'une description suflira pour toutes deux. La principale diff. rence git dans la longueur et dans la position de la corne antérieure. Celle du « muchacho » varie de deux à trois pieds de long et a la pointe en arrière, tandis que cette corne chez le « kobaoba » dépasse souvent quatre pieds et pointe en avant à 45 degrés du nez. La corne postérieure des deux espèces æ rarement plus de six à sept pouces de long. Le « kebaoba » est le plus rare de deux. On le trouve trés— avant dans l'intérieur, principalement à Vest du Limpopo; ses cornes sont précieuses pour faire des ba= guettes de fusil.
Ces deux espèces de rhinocéros atteignent des proportions colossales. Après l'éléphant, le « kobaoba » est le plus grand de la création. fine se nourril que d'herbe et acquiert beaucoup de graisse; sa chair est excellente : on la préfère au beeuf; il est beaucoup plus doux et plus inoffensif que les rhinocéros noirs, etattaquerarement celui qui le poursuit. Son agilité est trèsinférieure à celle des autres espèces, cl une personne bien montée peut le joindre et tirer sur lui: Sa tête est d’un pied plus longue que celle du « boselé ». fl porte en général le front bas, tandis que le « boselé », quand on le surprend, le porte-très-haut, ce qui lui donne un air impertinent et provocateur. Contrairement aux éléphants, les rhinocéros ne se réunissent jamais par troupeaux ; on les rencontre seuls ou par couples. Dans lesdistricts ot il a!flue, on peuten trouver trois, jasqu'à six en troupeaux ; j en ai même une fois rencontre une douzaine assemblés sur un paturage nouveau; mais ces cas-la ne se présentent pas souvent.
Quand j'eus vu que les rhinoeéros abondaient dans le voisinage, je résolus de faire halte un jour pour chasser. Le 6 je déjeunai de bonne heure et me dirigeai ae sud-est avec les deux Baquamas. Ils me eonduisirentle long du pied des montagnes, à travers des vallons boisés et des clairières très-découvertes, et nous arrivames à une grande forêt d'arbres énormes. Là nous trouvâmes à profusion la trace de gros gibier et fmes lever des troupeaux des espèces les plus communes. A la fin j'aperçus un vieil élan male arrêté sons un arbre; e’était le premier que je voyais ct c’elait un bel échantillon A avait six pieds de haut à partir de l'épaule. En nous voyant il parut au galop, sautant par-dessus des trones d'arbres pourris qui obstruaient sa route, mais il réduisit bientôt son allure au trot. Je le perdis deux fois de vue dans le fourré, et il s'en fallut de peu qu'ilte m'échappat A la fin, le sol étant plus uni, j'arrivai à quelques toises derrière lui. Des lots d'écume découlaient de sa bouche; une abondante sueur avait donne à sa peau grise ordinairement lisse une teinte bleu cendré. Les larmes tombaient de ses grands yeux noirs, et il était évident que l'élan sentait sa dernière heure venir.
Je mis ma carabine à l'épaule et tirai au galop, H reçut par derrière une blessure mortelle, J'aiguillon-
nee a enEE EEE SESS a nSnnnnS nnn
nai mon cheval, et passant roide sur son flanc droit je décharzeai mon second coup derrière son épaule. Soudain l'élan chancela un instant et roula dans la poussière. Ce magnifique animal est certes le plus grand de toutes les antilopes. Il excède en dimensions le plus enorme bœuf, et acquiert facilement un prodigieux développement : il est souvent surchargé de graisse. Sa chair est excellente et justement estimée bien plus que toutes les autres, car elle a une douceur particulière, et elle est tendre et bonne à manger aussitôt que la bête vient d'être tuée. De même que le gems-bok, l'élan peut se passer d’eau ; il fréquente les confins du grand désert de Kalahari, en troupeaux qui varient depuis dix jusqu’à cent têtes. On en rencontre aussi beaucoup dans tous les districts de l’intérieur où j'ai chassé.
Comme d'autres espèces de daims et d’antilopes, on trouve souvent les vieux males réunis séparément des femelles, et une troupe de celles-ci, lorsqu'elles sont en bon état, peut se comparer à un troupeau de bœufs à l’engrais.
L'elan est moins rapide que toutes les autres antiiopes, et un cavalier habile peut l'amener à son camp d'une grande distance. J'ai souvent employé ce procéde ; je choisissais la plus belle bête du troupeau et je l'amenais à une portée de fusil de mes chariots, où je pouvais facilement la dépecer et en découper la viande, au lieu d'avoir la peine de l'envoyer chercher par mes hommes avec un cheval de bât. J'ai vu mille fois un élan tomber roide mort à la fin d’une chasse prolongee, eu égard à ses dispositions pléthoriques. La peau de l'animal que je venais de tuer exhalait, ainsi que celle de toutes les antilopes, un délicieux parfum d'herbes aromatiques.
Mais revenons à mon récit. Les deux Baquamas parurent bientôt ; ils étaient ravis de mon succès, et, après avoir allumé du feu, ils firent rôtir quelques tranches d'élan sur des charbons. Je m'en préparai moi-même une, et, après l'avoir mangée, je retournai à mes chariots. Les chiens eurent leur large part de la bête et m'aidérent, le même après-midi, à tuer un rhinocéros blanc. Je l'échappai belle en cette occasion, car l'animal, se trouvant acculé à une source d’eau, se relourna pour m’attaquer. Je galopai côte à côte avec lui et lui fis une cruelle blessure à l'épaule. Peu apres il s'arrêta dans le lit desséché d'une rivière; je mis pied à terre alin de recharger mon fusil, mais avant que j eusse fini l'animal était reparti. Je le suivis ajustant mes capsules tout en courant; je tirai au galop et lui langai une balle qui pénétra près du cœur; en recevant ce coup, il chancela ; des torrents de sang coulérent de sa bouche et de ses blessures, et, roulant à terre, il expira comme font tous les rhinocéros, c'està-dire en poussant dans le dernier râle de l'agonie un son perçant,
Le chasse m'avait conduit au pied d'une haute
montagne, la plus élevée de tout le pays, que les Béchuanas appelaient la montagne des Aigles. J'en fis le tour, et j'eus la satisfaction de voir des vautours qui volaient devant moi au-dessus de la forêt, preuve certaine que l’élan que j'avais tué dans la matinée n'etait pas éloigné. J'appelai à haute voix Carollus, qui me répondit à l'instant. Insoucieux du sort de son maître, cet aimable personnage s'occupait tranquillement à préparer des morceaux de chair pour sa propre consommation. Cette nuit je dormis sous la voûte étoilée. Mon sommeil fut léger, mais tranquille. Aucun rêve douloureux, aucune angoisse ui préoceupation ne vinrent troubler le charme de mon repos.
Chasse aux sangliers. — Les girafes. —Conspiration des naturels atin de m'empêcher d'avancer. — Magnifique paysage. — Défilé de Sesétable. — Mort d'un lion — Arbres de l'Afrique méridionale. — Les hyènes. — Chasse aux girafes. — Ma première girafe. — Superstition des Béchuanas.— Kraal de Booby. — Une incantation.
Le 7 au matin, après avoir chargé le cheval de bat de viande et de graisse, je l’envoyai au camp, escerté par un Baquamas. Carollus et moi nous allames nous emparer de la corne du muchacho, que nous eùmes grand'peine à séparer de la peau malgré l'emploi d'un long couteau pointu; elle avait presque trois pieds de long et un pied de diamètre à sa base. Les lions avaient dévoré la majeure partie du rhinocéros ; à notre approche ils s'éloignèrent pourtant, laissant, comme de coutume, des débris de leurs crinières grises hérissées accrochés aux os rompus des côtes.
En retournant au camp je m'aperçus qu'Isaacavait poursuivi activement l'accomplissement de ses projets, car je vis tout d'abord à lair de décontenance de mes gens que quelque chose préoccupait leur esprit. J'étais à peine assis près du feu qu’il s'approcha de moi d'un pas lent et sinistre et me demanda si j'avais appris la nouvelle. Quelle nouvelle? répondis-je : Il m'apprit alors que la veille au soir deux hommes du pays des Bamangwatos avaient passé près des chariots allant à Bakatla, pour donner avis à ceux de cette tribu de la prochaine arrivée des cruels guerricrs matabilis, dont le chef puissant, Mosclekato, a été si habilement décrit par mon confrère en saint Hubert, le capitaine Harris. Ces hommes avaient dit que, quelques jours auparavant les Matabilis avaient attaqué et pillé diverses tribus béchuanas vers le nord, et qu'ils s'avançaient en ce moment à marches forcées pour dévaster le pays et massacrer les habitants.
Je compris parfaitement que c'était un conte inventé à plaisir pour m'empêcher de pénétrer plus avant, et, riant au nez d'Isaac, je lui assurai qu'il avait rêvé cela. À cela il répondit : — Bien, vous ne voulez pas écouter mes conseils, lorsque je vous signale le danger, mais vous et vos hommes vous vous repentirez un jour d'avoir méprisé mes avertissements.
Le8 et le 9, nous poursuivimes notre route au milieu d’une contrée charmanteet trés-romantique; nous nous dirigions vers Sesétable, défilé très- pittoresque et dangereux situé dans les hautes montagnes où prend sa source le Koulouleng, autrement dit la « rivière des sangliers sauvages », tributaire des Ngaterans.
Après déjeuner, je sortis à pied avec Isaac et gravis de hautes montagnes à l'ouest du défilé. J’y rencontrai toute une colonie de laboureurs et quelques klif-springers ; je vis aussi pour la première fois des perroquets verts et des écureuils gris. Depuis que j'avais franchi les montagnes Kurrichanes, je trouvais les bosquets et les forêts remplis de magnifiques oiseaux au plumage plus ou moins éclatant et à la voix mélodieuse; mais, dans mes pérégrinations à l'intérieur des terres, mon attention était naturellement absorbée par la poursuite de gibier plus gros et plus important pour moi, aussi je ne pus jamais accorder à la gent emplumée qu’une faible admiration d'un instant.
Notre étape prochaine nous amena au dangereux défilé de Sesétable. Nous suivimes les bords du fleuve, qui court en dansant le long de son lit rocailleux, forwant une multitude de petits ruisseaux écumants et de chutes d’eau. Nous nous enfoncions dans cette gorge qui se rétrécissait, de telle sorte qu’il y avait à peine de la place pour que le chariot pat rouler entre le bord escarpé et pierreux contenant l'onde brillante et la rude base de la montagne inaccessible qui s'élevait à notré gauche. De l’autre côté, à l’orient, la montagne qui formait le rempart du défilé s'élevait ras du ruisseau où sa base baignait, et formait un obstacle invincible. C'était une vallée déserte où personne n'avait jamais posé le pied, excepté les hôtes sauvages des forêts qui depuis un temps immemorial hantaient ces solitudes. D'énormes masses de granit nous empéchaient d'avancer, et, avant d'aventurer nos chariots, nous dimes travailler une heure à les rouler de côté Nous trouvimes dans ce sentier diflicile des traces visibles du passage de l'énorme troupeau de buffles que nos hommes avaient fait lever le matin, et, avant d'avoir atteint nos chariots qui nous abritèreut daus une étroite clairière à la jonction des deux fleuves, je tuai deux de ces animaux, Toute la nuit les lions et les hyenes continucrent à hurler autour de nous et les chiens ne cessèrent pas d aboyer.
Le lendemain matin le vent soufllait et il faisait froid ; je demeurai couché dans mon chariot plus long-
temps que de coutume. Mes Hottentots avaient jugé à propos d'aller à la recherche du miel sous la conduite d'un ¢ honey-bird baberd »; environ vingt minutes après leur départ, j’entendis les bœufs qui accoururent au trot comme s'ils étaient poursuivis. Ils arrivèrent devant le chariot, et en levant la tête j'aperçus une lionne qui les suivait à quelques toises; la minute d'après, son mâle, un lion à l'air vénérable, dont la crinière hérissée balayait le sol, parut sur l'herbe jaune en face des bœufs, attendant que sa femelle les mit en fuite. C’est ordinairement de cette manière que les lions attaquent les bufiles. Heureusement les bœufs s’abstinrent de courir et les lions parurent surpris du calme de mes animaux. Je me levai vivement et poussai une clameur : ils se réunirent et se retirèrent ensemble sous un arbre touffu, à cent vingt toises. Les chevaux broutaient de mon côté, non loin des lions, qui alors parurent se concerter pour les attaquer: leur attention fut un instant divisée entre les chevaux et moi. Je saisis ma carabine cannelée, et courus jusqu'à vingt toises des lions : une fois là, derrière un arbre touffu très-commode où se trouvait une branche faisant la fourche, j'appuyai mon arme, je visai le vieux lion que je touchai à l'épaule. Les animaux me tournèrent le dos à l'instant en poussant des grognements furieux et disparurent entre les arbres. Comme j'avais été très-calme en l’ajustant et que la branche fourchue avait assuré le canon, j'étais convaincu que le lion, s’il n'était pas mort, devait au moins être mortellement blessé. Je résolus prudemment de ne pas me mettre seul à sa recherche. Bientôt quelques-uns des miens revinrent avec les chiens : je leur contai ce qui venait d’avoir lieu, et nous nous mimes à suivre la trace du monarque blessé En arrivant à l'endroit où les lions avaient stationné, mes . chiens aboyèrent avec fureur, regardant avidement de tous côtés ; leurs poils se hérissaient sur leur dos. Nous y trouvames du sang, et à mesure que nous avancions, au lieu de petites taches rouges nousrencontrions de larges marques sanglantes; en approchant d'un buis:
loin, mes chiens qui suivaient la marche s'élancèrent de côté en aboyant avec fureur; j'en conclus que sa
ert fort épais, à deux cents toises plus
majesté était morte, et tournant avec precaution autour du buisson, j'eus la satisfaction de contempler un lion royal étendu sans vie sur le sol. Il était dans la force de l'âge, et possesseur de belles dents aiguës. Comme nousétions au cœur de l'hiver, sa peau était couverte d’une profusion de poils toullus, et l'abondance de sa crinière flottante surpassait en beauté tout ce que j'avais vu jusqu'alors. Je me felici ai d'avoir acquis avec si peu de risques un si parfait échantillon de cette belle espèce, Mes hommes se mirent à l'œuvre à l'instant pour l'ecorcher, et ce ne fut pas long.
Vers midi nous attelâmes et nous marchämes jus= qu'au coucher du soleil à travers une contrée sauvage