‹ La vie au desertChapitre 5 sur 175 · EE SEES · texte numérisé non relu

EE SEES

et si primitive, que rien ne saurait en donner une idée. Nous avions pour guides des Béchuanas qui m'avaient rejoint la veille se rendant à Booby. Les deux Baquamas qui m'accompaznaient depuis Bakatla avaient déserlé dès que j'avais eu tué l'élan. Une si belle provision de viande fut une tentation à laquelle ils ne purent résister. Pour nous rendre au défilé de la montagne de Sesétable, notre route nous conduisit, pendant plusieurs milles à travers des collines fertiles admirablement boisées. Nous descendimes ensuite dans une dpre vallée ézalement boisée et parsemée de chutes d’eau profondes. Nous franchimes plusieurs fleuves et plusieurs marais sur les bords desquels se trouvaient en profusion des indices d'animaux sauvages, de rhinocéros, de buffles et de girafes. Près d’un de ces fleuyes nous découvrimes, sur le sable humide, Jes traces toutes fraîches d'une tronpe de lions.

Nousfümesas-iégés pendant la nuit parunetroupe de hyènes hardies qui, malgré la vigilance de nos chiens, dévorérent une partie de mes harnais de buflles et presque toutes les courroies de mes jougs. Les chiens aboyerent sans relâche jusqu'au point du jour, et dès que je pus y voir, je tuai une hyène. Les autres s’enfuirent aussitôt, -

Le1{1,nousnons mimes en marche dès qu'il fit jour. La matinée était horriblement froide, et nous apercevions sur les mares de laglace d'un quart de pouce d’épai-seur. Nousavionsmaintenant achevé defranchir les iminenses chaînes de montagnes parmi lesquelles avait serpenté notre roule depuis Bakatla, et nous approchions des limites sud-est du grand desert de Kalafari, au bout duquel est situé Booby. Nous continuames à marcher vers le nord-ouest; derrière la plaine monotone, coupée de forêts s’¢levaient dans le lointain des collines bleues, précisément du côté où on m avait assuré que devait se trouver Booby. A l'ouest s'élendait, comme une mer de verdure, une forét grise, placée dans une interminable plaine unie, qui se perdait dans le plus lointain horizon. Nous marchames Lrois heures durant et traversdmes un petit fleuve où je detelai pour déjeuner.

Ce jour-là fut aussi pour moi un jour mémorable, car je vis et tuai ma première girafe ou caméléopard, immiense et grand animal, que je souhaitais fort connaître depuis longucsannéès, Ces gigantesques et splendides quadrupèdes, adinirablement eonformés par la nature pour peupler les foréts sans limites qui parent les planes sans bornes, sont largement dispersés sur toute la surface intérieure de | Alrique méridionale, mais on ne les trouve nulle part en grand nombre Dans les parages que le pied de Vhowme ne foule pas. lew [roupeauNr de gieales se composent de douze à seize bite ct pendant yen ar qui lquelots rencontre jusqu à trente, ef même une fois j'en comptai qua ranle eusemble, Toutefois c'étuit une exeeption et seize ble nombre habituelle plus cleved une hurde

Ces troupes se composent de girafes de différentes dimensions, depuis la plus petite qui a neuf ou dix pieds jusqu'au vieux mâle marron-foncé dont la puissante tête domine celle de ses compagnes et atteint en général une hauteur de dix-huit pieds. Les femelles sont un peu moins grandes; elles n’ont que 16 à 17 pieds.

Nous foulions depuis plusieurs jours Je terrain des girafes et traversions des forêts où les traces étaient nombreuses, néanmoins nous n'avions point encore aperçu l'animal lui-même. Ce fut done avec un plaisir sans pareil que je vis enfin, dans la soirée du 41, une troupe de ces intéressants animaux. =

Le déjeuner étant fini, nous nous remimes en marche à travers une forêt verdoyante sans limites, composée d'arbres de l'essence « canneldorntrees ». Le gazon était touflu et le sol accidenté Un peu avant le coucher du soleil mon cocher me dit : « Vai oublié de vous dire, monsieur, que ce vieil arbre là-bas est un caméléopard. » Je regardai du côté qu’il m’indiquait et je vis que ce vieil arbre était en effet un caméléopard. Je tournai les yeux un peu sur la droite et j’apercus une troupe arrêtée à nous regarder; leurs têtes s’élevaient presque au-dessus des arbres de la forêt. C'était très-impredent de commencer une chasse à cette heure tardive, surtout dans un pays plat où j'avais peu de chance de regagner mes chariots avant la nuit. Néanmoins je résolus de tout risquer : j’ordonnai done à mes gens d'attraper et de seller Colesberg, je bouclai à la hate ma ceinture et mes éperons, el en deux miuutes je fus à cheval. Les girafes continuérent à regarder les chariots jusqu’à ce que je fusse à soixante toises d'elles : je fis alors le tour d’un énorme buisson qui m'avait caché, et je vis tout à coup le spectacle le plus imposant qui pdt frapper les regards d'unchasseur : j'avais devant moi dix girales colossales dont Ja majeure partie avait 17 à 18 pieds de haut; en me voyant ces bêtes partirent toutes en tortillant leur longue queue sur leur dos, ce qui produisait le bruit du sifflement d'une badine; elles allaient à un très-petit galop et cependant pour les suivre Colesberg dut allonger le sien de toutes ses forces,

Je n'avais dans ma carrière de chasseur rien éprouvé de comparable à ce que je ressentais ; je coufais après ces surprenants animaux comme si j'étais en voiture. Vétais tenté de croire que ce que je chassais n'était pas des objets vivants, ni des créatures de ce monde, Le sol était dur et trés-favorable à la course; à chaque enjambée je me rapprochais des girales, et après un petit temps de galop échevelé je me trouvai au milieu d'elles, Je m'attachai tt plus belle femelle du troupeau et la detournai. Quand elle se vil séparée de ses comp gnes et chaudement poursuivie, elle allongea le pas et galopa avec une incroyable rapidité, franchisssant& chaque bond une immense longueur de terrain, tandis que son cou et sa tête brisaientan passage les branches de bois mort sur Jes arbres; mon chemin en était ob-

strué à chaque pas. Quelques minutes me suffirent pour être à cinq toises de sa croupe : je trai au galop et lui envoyai une balle dans le dos; puis redoublant d'efforts je gulopai cote à côte avec elle, et, plaçant le canon de ma carabine à quelques pieds delle, je tirai mon second coup derrière sox épaule.

A vrai dire la balle parut faire peu d'effet; je me mis alors en face d'elle, lorsqu'elle ralentit le pas, et, meliaut pied à terre, je chargeai à la hate mes deux

coups en mettant double charge de poudre; mais, avant que je fusse prêt, l'aminal avait recommence à g Joper. Bientôt apres,je la vis s'arrêter a quinze toises dans le lit desseché d'une source, et je Uraï, visant à la place où je croyais devoir être son cœur. Elle repartitencore. Je rechargai mon arme et la suivis; mais je faillis la perdre, car elle appuya brusquement sur la gauche et disparut promptement au beau milieu des arbres. Enfin elle s'arrêta encore; je mis pied à terre et je contemplai , dans une surprise admirable, son incomparable beauté, tandis que son grand œil brun et doux, liangé de soie, s’abaissait sur moi comme pour mimplorer. En ce moment de triomphe j'éprouvai pourtaut un regret douloureux pour ce sang que j alais répaudre, mais nia vanilé de chasseur l'empo: ta : j'élevai obliquement le canon de ma carabine, et je lui envoyai une balle dans le cou, En la recevant la bête releva ses jambes de derrière par un bond prodigieux etretomba en arrière avec un bruit formidable. La terre trembla tout autour d'elle; un jet de sang noir et épais jaillit au loin hors de sa blessure, ses membres gigantesques frissonnèrent un instant, et elle expira.

Je n’eus pas le temps de considérer longtemps ma conquête : la nuit approchait à grands pas et il était douteux que je parvinsse à regagner mou camp ; ainsi donc je coupai la queue de la girafe, dont Je bout était orné d'une toulle épaisse de crins noirs flottants; puis, lançant à la bète un dernier regard caressant, je galopai vivement dans la direction de mes chariots que j'atteignis au moment où les ténebres s’épaisissaient.

Rien au monde ne pourra jamais faire comprendre à un chasseur le plaisir qu’il ya de galoper au milieu d'un troupeau de girafes formidables de hauteur ; il fout l'avoir goûté pour Vapprecier. Les girales exhalent une odeur trés-forte; dans l'ardeur de la course elle m'arrivait toute chaude au visage ct me rappelait celle de la pimprenelle en septembre. La majeure partie de celle chasse eut lieu au milieu d'un taillis de « wait-a bitthorns » si herrissees que, bien longtemps avant Vinstant où jabattis définitivement la grafe, mes jambesetmes bras étaientensanglautés, Je portais comme à l'ordinaire le jupon de montagnard, avec mes bras nus jusqu'aux épaules; c'était un vieux jupon gris de Chapelpaik de Badenaeh ; muis ce dernier temps de galopacheva de le mettre en loques.

plaines très - boisées où les traces de caméléopards étaient fort-nombréuses ; le 43 nous donnâmes dès l'aube la liberté au bétail, Après déjeuner, nous attelames. et, ayant franchi huit milles dans la direction d'une chaine de rochers, nous atteignimes une gorge : nous traversames après une rivière, et, suivant ses bords pendant trois milles, nous arrivames à Booby, village de Béechuanas, branche de la tribu des Baquamas, gouveruée par un chef tributaire. Ce personnage était alors absent; mais son neveu, Coachy, me reçut fort bien. C'était un homme d'un extérieur agréable et de manières engageantes qui devint peu après et est encore chef de cette tribu.

Le kraal de Booby est encaissé de tous côtés par des collines rocailleuses couvertes jusqu'au sommet de bois de sandal. En certains endroits ces collines sont pleines de précipices où s’ébaudissent des babouins et desklip-springers. Comme nous approchionsde Booby, je pris ma carabine et je descendis au fond d’un des precipices, d'où je tirai sur deux babouins L'un d'eux était perché sur le plateau d’un rocher très-élevé audessus de moi; il recut la balle et tomba d'environ cent pieds sans s'arrêter. Les vallées entre les monlagues sont soigueusement cultivées par les femmes, comme aussi un grand terrain uni au nord-est du kraal. Cette tribu porte le même costume que j'ai deja décrit; j'airemarqué seulement que, parmi eux, l'usage de l'atroce mélange de terre rouge et de graisse est plus général que chez les autres tribus béchuanas.

Les gens de Booby affluaient autour de mes chariots, et paraissaient charmés d’un spectacle tout nouveau pour eux : ils restèrent près de moi jusqu'à la tombée de la nuit.

Peu après une troupe de Baquamas arriva à Booby venant de chez les Sichely. Qn les.avail envoyes pour me dissuader de visiter Bamangwalo, et aussi pour me dire que Sichely avait de l'ivoire et des peaux enassez grande quantité pour acquérir tous mes fusils.

Ils désiraient par-dessus tout que je leur promisse de réserver pour lui ma grande carabine hollandaise. Je leur répoudis que j'étais resolu à rendre visite à Sicomy, el que, selon leur désir, je conserverais pour leur chef l'arme couvoitée.

J'annonçai à Coachy que je comptais me remettre en route le lendemain; il en fut surpris et me dit. que son cœur en etait fort peiné, Le mèêmesoir 1 y eut une assemblée génerule de tous les sages de Booby, pour aviser au moyen possible de m'empêcher de continucr mon voyage jusqu'à Bamangwato, Le matin je me sentis mal à mon aise, et cela sans doute pour avoir bu la veille au soir ep de bière avec Coachy, Avant que je me décidasse à me lever, le régent et tous ses nobles entouraient deja en foule mes chariots Je feignis de dormir ; ils allumérent alors des feux autour

Le 42 mousfimes deux longues traites dans des | desquels ils s'accroupireut,

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