NE
Lorsque je me levai. j'offris à déjeuner au chef, et, durant le repas, je lui dis que je souhaitais quil envoyät avec moi quelques hommes a Bamangwato. Ilme répondit qu'il y avait guerre dans ce pays-là et qu'il avait peur des Mosclékastas. Je répliquai que, puisqu'il ne voulait pas me donner ses hommes, je possédais une drogue qui me mettrait à même de trouver mon chemin tout seul; j'ajoutai que, s’il persistait dans son refus, je dirais à Sicomy, le grand chef suprême des Bamangwatos, qu'il s'efforçait d'empêcher les hommes blancs de visiter ses domaines. À ces mots Coachy changea de ton et dit que quatre hommes m’accompagueraicnt et reviendraient avec moi.
Ceci une fois convenu, je lui fis quelques présents et le priai de me garder ma tête de buffle et plusieurs autres jusqu'à mon retour; il y consentit et ordonna à ses hommes de les emporter sur-le-champ à son kraal. Nous quittames Booby vers midi, accompagnés de la majeure partie de la tribu. Chaque homme portait deux ou trois assagais et une hache de combat. Ils nous suivaient dans l'espoir que je tuerais pour eux un peu de gros gibier. Les guides prirent d'abord au nord est, mais, changeant tout à coup de direction, ils marcherent droit vers l’est. Alors je m'arrêtai et leur dis que ce n'était point là le chemin pour aller à Bamangwato; ils me répondirent qu'ils prenaient un détour à cause de l’eau. Je leur ordonnai de changer aussitôt de direction et de tourner la tête vers Bamangwato.
Les sauvages obéirent et feignirent pendant quelques minutes de discuter ensemble; puis ils convinrent d'indiquer lorient, déclarant que Bamangwato était dans ceite direction. Je leur dis que j'avais dans ma poche une aiguille frottée avec une drogue et qu'elle m'apprendrait si leurs pas était en effet tournés vers le pays de Sicomy. Comme je savais que Bamangwato élait situe un peu à lest-nord, je leur dis qu en tournarttrois fois mon aiguille autour de mon poignet gauche elle m'indiquerait le côté gauche de ce pays. Les sauvages, à ces mots, se regardèrent avec surprise et m entourèrent pour voir si cette aiguille possédait en ellet une pareille puissance. Je tirai dc ma poche ma boussole, je le passai trois fois autour de mou poignet gauche avec la plus grande gravité, en sifllaut tres-fort; puis, ouvrant la boîte je la mis a terre devant eux. Je saisis ensuite un de leurs assagais el le posai à côté de la boussole, un peu à l'est-nord, eu leur disant que c'était la la direction de Bamangwalo Is furent pétrifies d’etonnement, et, dès bors, ils me crurent doué d'une influence toute suimaturelle
Je leur demandai aussitôt s'ils me conduisaient près de l'eau sur cette voie ; ils s'écriérent ensemble que c'élait un désert, et que jamais personne n'y avait trouve d'eau ; puis ils se retournérent, firent deux cents toises de chemin et s'accroupirent. Je m'approchai alors
d'eux avec Isaac, mais ils demeurérent silencieux tenant les yeux baissés. Je leur demandai aussi pourquoi ilss’étaient assis de la sorte, etils repondirent qu'ils ne voulaient pas aller plus loin avec moi. Je leur répliquai que j'étais charmé de l’apprendre, et que je me tirerais mieux d'aflaire sans eux. Retournant alors à mes chariots, j’ordonnai à mes hommes de rebrousser chemin jusqu’au premier ruisseau. Les sauvages me prièrent d'arrêter et de les écouter, maisje leur déclarai que leur présence m’importunait, et qu'ils eussent à retourner près de leur chef. Je marchai ensuite pendant plusieurs centaines de toises et campai près d'une mare d’eau.
Je comprenais à merveille qu'isaac, mon interprète, s'était ligué avec les Baquamas et leur chef, dans le but particulier de contrarier mes désirs ; mais, comme il ne me convenait pas de me séparer alors de lui. parce que sa présence inspirait de la confiance à mes gens, je feignis de croire qu'il était sincère Ma provision de viande était épuisée ; je me décidai à faire une halte d’un jour afin de chasser; puis, ayant renouvelé mon garde manger, je me mis en marche à travers la forêt, en appuyant un peu sur l’est-nord, à l'aide de ma boussole, cherchant de l’eau avec mes chevaux en avant des chariots.
J'étais assez mal portant et de plus très inquiet. Ma situation n’était pas enviable : j'étais au fond de l'Afrique, seul, sans amis, environné d'une troupe de gens prête à tout pour m'empêcher de réussir dans mes projets. Ce que je redoutais le plus, c’est qu'on me volât mes bœufs et mes chevaux, ce qui eut été chose facile. Mes gens aussi étaient découragés et souhaitaient ardemment retourner dans leurs foyers.
Pendant la nuit, l'inquiétude et la colère me tinrent éveillé. Toute la tribu de Booby était couchée par terre autour de grands feux le long d'une haie de buissons épineux arrangés en demi-cercle pour les abriter du vent. Après le déjeüner, je partis pour chasser me di= rigeant vers lorient; Kleinboy conduisait un cheval de bAt, etenviron trente Bechuanas me suivaient dans l'espoir d'obtenir de la viande. Je fis deux milles, et je tuai un mâle et deux femelles wild-beasts. Voff is le mâle et une des femelles aux Béchuanas, qui furent ravis de mon succès, et, ayant mis la seconde femelle sur le cheval, je retournai au camp.
J'y trouvai Coachy avec sasuite. Le chefme remercia de mon gibier, et je lui annonçai que ses hommes n'avaient pas voulu me conduire dans la direction que le docteur Livingstone m'avait dit de prendre; il me répondit que la route faisait un circuit et qu'ils me guidaient ainsi à cause de l'eau. A la fin il m'avail presque persuadé de suivre ses guides; mais, comme je n'avais pas d'ami à consulter, je me decidai à passer la nuit dans l'endroit où j'étais et à prendre au matin une détermination délinitive, Alors Coachy se fit servir du cafe et partit en me disant adieu.
Le soir venu, j'interrogeai mes guides relativement aux sources d'eau afin de savoir à quelles distances une de l’autre on les rencontrait. Ils me dirent que la première que nous puissions atteindre était située à une petite journée de marche, mais qu’ensuite il
faudrait marcher deux jours sans en trouver nulle
part. Je fus alors convaincu que ces misérables vou~ laient m'égarer et finalement me conduire à Sichely ; je m'aflermis donc dans ma première résolution de marcher seul à l’aide de ma boussole, mais je tins mes intentions cachées, dans la crainte qu'ils ne me volasseut mes bœufs afin de mieux me retenir.
Les guides essayent de m’égarer cans ma route en allant à Bamangwato. — Des Béchuanas errants m'indiquent mon veritable chemin. — Je me perds dans la forêt — Mutinerie. — La recherche des sources. — Le vol des oiseaux me guide. — Je trouve de l'eau.— Les girafes. — Piéges à girafes. — Chasse au rhinocéros: — Nous nous perdons. — Nous rejuignons enfin les chariots.
Une portion considérable des gens de Coachy étaient encore campes près de nous le 16 au matin; sans doute ils étaient convaincus qu'ils avaient réussi à me persuader de les suivre. Après avoir rempli tous mes tonneaux à eau, j'ordonnai à mes hommes d’atteler Les Béchuanas étaient enchantés et s'imaginaient que j'allais me laisser guider par eux vers lorient; mais, à leur grande surprise, lorsque l'attelage fut prêt, je leur dis qu'ils n'avaient qu'à retourner pres de leur chef, car je ne voulais plus tuer de gibier pour eux. J'ordonnai ensuite à mes gens de se diriger vers un arbre très en évidence non loin de là.
quelques minutes, mais bientôt, mettant leurs assagais à leur épaule, ils nous suivirent. C'était hardi de ma part; le paysage offrait peu d'apparence d'eau, et les sauvages persistaient à soutenir que, dans la direction que je voulais suivre, je serais sept jours sans en rencontrer. J'avais devant moi une interminable forêt sans collines, sans le moindre indice qui pit me guider pour trouver de l'eau Néanmoins la lortune me favorisa, comme à l'ordinaire, car, cusse-je habité ces parages toute ma vie, je n'aurais pas suivi une ligne plus droite pour arriver où je désirais me rendre : je cheminai pourtant plusieurs nulles sans une lueur d'espoir, car le terrain n’etait qu'une nappe de forets entremèlée de fourrés d'épines.
Nouscontinuâmescependant, à l'aide de la boussole, A appuyer au N.-N.-E.; tous les Béchuanas m'aban-
donnèrent, excepté quatre hommes fort laids que Coachy nous avait donnés pour guides; ces derniers, contrairement à mes prévisions, me suivaient à distance. Après un voyage de plusieurs heures, la boussole à la main, le pays devint plus découvert, et nous entrâmes sur une large bande récemment saccagee par les Bakalahari ou habitants sauvages du dé-ert. Les arbres et les buissons étaient écorchés et brülés, et il n’y avait pas un brin d'herbe pour réjouir la vue.
Quelque part que l'on tournat ses regards, le sol était noir et couvert de cendres. Je senti: mon cœur faiblir, en me représentant la probabilite que, tous mes efforts pour trouver de l’eau ayant été inutiles, je serais obligé de revenir dans ces mémes lieux si désolés, ramenant mes bestiaux mourant de faim et de soif, et forcé de renoncer, avec le plus amer regret, à mes brillantes espérances de chasse à l'eléphant. C'était en vérité une triste perspective. Je n'avais pas un ami qui pit me consoler et me conseiller ; j'entendais derrière moi mes hommes qui murmuraient et juraient de ne pas aller plus loin, etles guides les encourageaient dans leurs projets, en leur alfirmant qu'ils couraient à une perte certaine.
Enfin nous atteignimes les confins de ce terrain dévasté et torrélié, mais la vue qui s'offrit à nos yeux n'était pas plus réjouissante. Nous entrions dans une vaste forêt toute grise, el si épaisse qu'on ne voyait pas à quarante toises devant soi. Bien plus il nous fallait à chaque pas nous arrêter et couper des arbres et des branches pour frayer un passage aux chariots. Pour compléter nos embarras, le terrain était devenu si sablonneux que les roues y enfonçaient profondément Mes hommes commencèrent presque à se révolter, et ils ne se gênaient pas pour exprimer leur opinion en ma présence. Je leur fis des representations, et leur dis que, si le lendemain avant le
| coucher du soleil je n'avais pas découvert d’eau, ils Les Béchuanas demeurèrent immobiles pendant |
pourraient faire rebrousser chemin aux bœufs et les mettre sur la voie indiquée par les guides. Nous continuâmes à marcher dans cette épaisse forêt jusqu'à la chute du jour; puis je fis halte auprès d'un arbre aux rameaux étendus; je mis le bétail en liberté pendant une heure, et le fis ensuite rattacher près du joug, quand il fit clair de lune.
J'étais triste et malheureux, car je voyais bien que la chance tournait contre moi; je ne voulais point retouruer à la colonie, après être venu de si loin, sans Luer, ou du moins sans voir ce que mon cœur désirait le plus ardemment, à savoir un éléphaut mâle en liberte au milieu de ses forêts natales. Cependant je bus un peu de vin, puis je vins près du feu que mes gens avaient allumé sous un vieux « canneldorntree » ; je me moquai des quatre Béchuanas, et leur dis, en aflectant une extréme gaieté, qu'ils metraitaienten enfant en voulant ainsi m'egarer; j'ajoutai que J'étais
un vieux soldat etun habile chasseur qui savait retrouver son chemin sur la terre étrangère. Je riais, mais c'était le rire du désespoir, car je m'attendais à les voir se moquer de moi à leur tour lorsque je serais forcé le lendemain au soir de revenir sur mes pas.
Un des plus grands obstacles qui m’arrétat était celui-ci : si je partais en avant por chercher de l’eau, il me serait sans doute impossible, dans cette immense forêt sans routes batiues, de retrouver mon chemin pour rejoindre mes chariots. Je me couchai done, mais j'appelai en vain le sommeil; l'incertitude et le tourment metinrent éveillé jusque vers le matin. Je m’assoupis pourtant un instant et rêvai que j'avais couru en avant et que j'avais trouvé de l’eau. Le jour parut, et je me levai chagrin; mon espoir élait presque évanoui. Je déjeünai cependant et dis à mes hommes de donner du blé à Colesberg eta Thecow; je leur enjoignis ensuite de rester en place tout le jour et d'écouter Je bruit des coups de feu dans le cas où je me perdrais en revenant. Je leur laissai des munitions pour me répondre; puis je montai à cheval et me laneai vers le nord-nord-est, au plus épais de la forêt. accompagné de Kleinboy. ‘Le terrain était pénible ; c'était du sable lin; on voyait à divers iniervailes quelques touffes de gazon. Nous marchames sans nous arréler Lorjours tout droit, et ne trouvames aucune trace des bêtes fauves qui-pût nous donner quelque espoir. Je vis cependant bien un € duiket » ; celle sorte d'antilope se rencontre au désert et se passe facilement d'eau. é
mais
À la lin neus arrivames à une partie plus découverte de da forêt, et, en sortant du fourré, j’apercus sur ma droite, à environ deux cents toises, six ou huit girafes superbes qui nous regardaient. Il m'était pas question de chasser, quoique j'en eusse bien envie; je les laissai donc s'éloigner en paix et coutinuai avhercher des sources. Daus une elairière je trouvai deux ou troiscreux où il y avait eu de l'eau, mais isétaientcomplétement dessechés. Je rentrai dans l'épasseur du hots ct pris un peu plus vers | orient. Nous fimes plusieurs milles, cherchant toujours; l'espoir commençait à m'abandonner, et Kleinboy protesta que nous ne regagnerions jamais les chariots. Ala fin j apergos um sassaby; cette antilope hoit tous les jours; le courage me revintavee |’ spérance Je galoparen avant sans me préocouper de la distance déjà immense que j'avais mise entre moi etmon camp, Bom inquicter des remontrances de mon serviteur, qui, à da fin, arrétant son cheval exténué, déclara que je courais à ma perte et qu'il ne me suiveait pas. Je Jui indiquai du doigt dans le lointain, | sommet d'un grand arbre gris, dont les branches d pouillees Ct hattues pur les vents s'eténdaient au-dessus de ses Vows, ef lui assurat que, sen altognantcet arbre nous y decouvrions rien, j'abandonnerais toute re
cherche et passerais le reste de la saison à chasser
dans les montagnes de Sichely, à l’est de Booby.
Mais le destin avait décidé que je pénétrerais plus avant dans l’intérieur de l'Afrique, et, avant d'arriver à mon arbre, j'observai une petite compagme de perdreaux de Namaqua qui traversèrent mon chemin en volant vers l’ouest; il était impossible d'affirmer que ces oiseaux se dirigeassent du côté de l'eau au lieu den revenir; je guettai longtemps et mon attente ne fut pas déçue. A une très-grande distance devant moi, je découvris une seconde compagnie des mêmes oiseaux volant aussi vers l’ouest, et il était évident quils.atlaient au même endroit que les autres. Peu à peu la première compagnie revint volant très-près et pous-ant ce cri si mélodicux et si doux: Di pretty dear! di pretty dear! (joli chéri! joli chéri). Je m'élançai alors du côté où avaient volé les oiseaux, et, avant d'aller plus loin, j'aperçus un petit fossé qui coulait du nord au sud; je le suivis, et j'y trouvai presque aussitôt des traces toutes fraïches de rhinocéros, ce qui étail un signe certain que l’eau était proche.
Mon espoir se réveilla encore une fois, je regardai vers le nord et le ciel avait précisément ce jour-là un aspect que je ne lui avais pas vu depuis bien des mois. C'était un de ces jours radieux pareils à ceux de mon pays lointain, où Vazur éclatant du firmament s'aperçoit à travers dix mille petits nuages de neige ct ov toute la nature, à l'heure où le soleil luit, semble vouloir faire oublier à l'homme malheureux ses peines el ses douleurs. Cet aspect fut d’un favorable augure; je ranimai mon excellent cheval harassé, et galopai ! dans le vallon; Je fossé faisait un conde, et, lorsque jens fait le tour, je vis que nous étions sur un point élevé de la forêt; je contemplai alors pour la première fois l'ensemble du paysage.
On ne voyait, aussi loin que le regard pouvait atteindre, qu'une suite non interrompue de ‘forêts; mais j'avais maintenant sous les yeux une contrée accidentée, au lieu des monotones régions que je venais de franchir. Le succès me parut assuré. Nous découvrimes bientôt des mares qui avaient jadis contenu de l'eau, et entin je trouvai un grand étang sullisant pour abrouver mes besliaux pendant plusieurs jours. J'eprouvai en ce momentune vraie satisfaction, carj/avunçais vers mon but tant desiré. A mesure que les dillicullés s'étaient accumulées, ma résolution de les : vaincre avaitaugmenté Je comprenais bien que, quoique j alleignisse Baniangwato, sije pouvais seulement parvenir à continuer mon voyage au nord pendant huit jours, je rencontrerais infailliblement des éléphants.
Je regagnai mes ch riots sans avoir faitun seul détour; je feignis d'abord de n'avoir pas trouvé d'eau et je dis imes guides ctl n'y aabsolument que des bois épais dans ces parages; ne pouvez-vous m'indiquer de l'eau ? Mes bœufs vontmourir. » Es me répondirent que, si je voulais de l'eau, il fallait voyager jusqu'au
-coucher dusoleil et se diriger vers le sud-est. I!s furent
fort étonués lorsque je leur dis : » Jai maintenant Ja certitude que vous voulez m’égarer, car j'ai trouvé de l’eau en abondance et je saurai bien arriver jusqu'à Bamangwato malgré tous vos efforts pour m'en empécher. » Je fisdonc atteler et nous partimes pour la mare en question où nous arrivames fort tard. Les Béchnanas nous suivaient toujours. Je fus assuré qu’ils avaient recu de leur maître l'ordre de m’égarer et de me mener à Sichely, mais que, dans le cas où je parviendrais à trouver mon chemin tont seul, ils devaient ‘Maccompagner chez Sicomy, afin de l’assurer de Pamiltié et de la sincérité de leur chef.
Le 18 au matin je méditais, étendu dans mon chariot, ét j'étais indécis si je chass:rais, ou si, auparavant, j'explorerais la contrée lorsque tout à coup j'entendis des voix d'hommes à peu de distance au bas de la clairière. Je me jetai à bas du lit et découvris une bande de Bechuanas. Ces hommes avaient chassé des chacals dans un endroit appelé Bootlonamy, à moitié chemin de Booby à Bamangwato. Sur ma demande ils m'indiquèrent le chemin en droite ligne pour arriver dans ce dernier lieu, et enfin la position d'une belle mare dans la forêt, à une marche de distance.
Nous déjeunâmes ; je fis atteler, et, après un trajet de six heures au travers d'une épaisse forêt, nous atteignimes la mare. Nous etimes constamment besoin, le long de la route, d'avoir recours à nos haches pour frayer le passage à nos chariots. Je parvin<enlin près du petit lac; il était rond et couvrait environ un arpent. Ses bords portaient des traces toutes fraiches de girales, de rhinoceros, de sasaybys, de pollahs, de zebres, de lions, etc. Nous campames sous Vombraze de deux arbres à larges rameaux, el, comme notre Viande tirait à sa fin, je montai à cheval sur-lechamp et partis à la chasse avee Kleinboy. J'avais couru à peu près un mille vers le nord, au milieu de bocages de mokalatrees, quand j'aperens soudain une majestueuse girafe qui traversait lentement le sentier devant moi; elle broutait des feuilles au sommet d'un bosquet à Ja distance d'environ cent toises
C'était la une superbe découverte: d'un main rapide je lis passer ma selle du dos d'un cheval à celoi d'un autre, et, ordonnant à Kleinboy de mettre le bat sur le second et d'éviter les coups de feu, je suivis à pas lents la girafe. J'en remarquai bientôt une seconde qui me regardait un peu à gauche, et. lorsque j'eus fait le tour d'un massif d'arbres quiobstruait ma route, je vis & quelques metres huit girales qui trottaient devant moi. En quelques secondes je parvins au milieu d'elles; je chdisis une belle femelle grasse, la poursuivis avec ardeuretlui trai un premier coup de carabine sans résultat. Je la séparai à plusieurs reprises des autres, mais clle les rejoignait toujours. A la in, je Jui trai un second coup au col, puis, me metlant ep avaul,
Je parvins à l'arrêter. Je rechargeai mes deux coups à la hate et les tirai à droite et à gauche, visant au cœur. Le colosse tressaillit convulsivement pendant quelques secondes, puis il trébucha en arrière et roula dans la poussière avec une violence et un bruit formidables.
Je tirai quatre coups de suite en manière de signal. Kleinboy arriva bientôt avec le cheval de bat et I-aac aves les guides. La chasse s'était accomplie dans l’épaisseur de la forêt et m'avait amené à quelques centaines de mètres de mes chariots. Les guides affamés, ravis de la perspective d'un tel banquet. allumerent du feu sur-le-champ et passèrent la nuit auprès de la carcasse, landis que je retournais aux chariots avec mes chevaux chargés de viande. J'avais alors l'esprit calme; je me couchai et dormis profondément. Pendant la nuit les lions rugirent autour de nous.
Le 19, en rédant dans la forêt, je trouvai de la vieille boused’élephant, etje remarquai aussi plusieurs grands arbres déracinés ou courbés par la force prodigieuse de ces animaux. Les guides, convaincus qu'ils ne me persuaderaient pas, se décidèrent enfin à me conduire à Bamangwato par un chemin au nord, el me promirent que je ne manquerais pas d’eau. En conséquence, nous atlelames et nous marchames jusqu’au coucher du soleil. Nous nous dirigeames aussitôt vers le nord-est et {imes halte dans une sombre forèt où iln’y avait pas trace d'eau. Nous traversames une contrée Lrès-favorable pour chasser l'élan et la girafe; en différents endroits la forét étail très-clairsemée. Quelques arbres gigantesques, vénérables et pittoresques, étaient dispersés çà et là, les uns à moitié morts, les autres tombanten morceaux, vu leur vieillesse. Le sol était doux, quoique chaud, favorable à la course ; la trace des élans et des girafes se voyait de tous côtés.
Le 20 nous attelames, et au bout de cing milles nous parvinmesa un misérable petit kraal appele Bakalahari. El y avait là une mare d'eau près de laquelle yous dételames. Dans le voisinage se trouvaient quelques jardins où poussaient des melons d'eau et un peu de blé. Ces indigènes avaient queiquelois le bonheur de prendre au piége quelque gros animal, et ils vivaient pendant plusieurs jours dans l'abondance ; mais, comme ils n’out pas de sel, la viande se gatait vite ; alors ils étaient forcés de retourner dans les bois pour y chercher des fruits et des racines, qui avec les sauterelles forment leur principale nour iture. Dans les districts où le gibier abonde ils construisent leurs pièges surun grand modèle, en construisant des haies circulaire en forme de croissant qui s'étendent à presque un mille de chaque cdté du pirge.
Par ce moyen le gibier peut être facilement attiré dans des trous qui sont habilement recouverts avec de minces batons etde | herbe sèche; c'estainsiqu'ils cap- Lureut à lu fois des troupeaux entiers de wild- beasts et dezèbres. Hy a alors de dégoütants banquets où les
pauvres sauvages aflamés se conduisent comme des vautours ou des hyènes. Les Bakalaharis n’ont point de bétail ; s'ils en avaient. le chef le plus proche le leur enléverait sur-le-champ. Toute cette portion du pays étail couverte de piéges dressés par ces sauvages. Ces trous avaient en général 2 pieds de large sur 10 de long; leur profondeur était de 9 ou 10 pieds; la plupart avaient été creusés pour les girafes,
L’aprés-midi nous reprimes notre route à travers la forêt. en nous frayant un passage avec la hache, et nous fimes halte, au coucher du soleil, sans trouver de l'eau ; les traces d’élan étaient nombreuses.
Le 22 j'ordonnai à mes hommes de cheminer vers la fontaine de Bootlonamy, et me lançant au galop avec Reyter. j'appuyai vers lest. Nous traversames un bocage de trés-g ands mimosas qui étaient plus ou moins endommagés par les eflorts prodigieux d'une troupe d'éléphants qui avaient passe par là environ un an auparavantet nous cheminämes pendant deux milles, entoures de tous côtes par de nombreuses hardes de gibier. Je rencontrai. à cinquante toises de distance, un thinocéros noir qui broutait des wait-a-bit-thorns. Je tira: du haut de mon cheval et lui envoyai une balle derrière l'épaule; l'animal se précipita en avant dans une terreur profonde, soufllant comme un dauphin, et s'arrèta ensuite pour regarder derrière lui. Puis il prit la fuite et je le suivis ; notre chasse nous conduisit parmi une grande compagnie de wild-beasts, de zebres et de spring-boks, qui nous contemplaient avec slupefaction en nous voyant courir.
Dans mon ignorance, je me flattais qu'il se mettrait en arrêt, ce qu'un rhinocéros ne fail jamais. Tout à coup il tomba à plat, mais il se releva soudain et recommenca à courir comme sil ne lui était rien arrive.
La longueur de cette chasse m’ennuyait, car je désirais conserver mes chevaux frais pour les éléphants : d'ailleurs je ne me souciais guere d’avoir ce rhinocéros, car je m'étais aperçu que sa corne était presque entiéremeut usee par l'âge et par sa méchanceté. Je voulus donc accelérer le denoûment et j'éperonnai mon cheval, je me précipitai devant lui et traversai sa roule, Sur cela l'horrible monstre m'attaqua avec fureur, soufilant bruyamment par ses narines. Quoique je me fusse vivement détourné, il me suivit d'un galop si furieux pendant plusieurs centaines de mètres, avec son vilain museau cornu planté tout près de la queue demon cheval, que mon petit Bushman, qui ne me perdait pas de vue, crut son maître perdu.
Bientôt l'animal rebroussa chemin subitement, et, comme j'élais parfaitement satisfait de l'entrevue que j'avais deja eue avec lui et que je ne souhaitais pas cultiver davantage sa connaissance, je m en relournal à mon camp, Nous quittämes le même jour la fontaine de Bootlanamy et murchâämes pendant six milles. Le
soir, une grande quantité de pintades vint se percher
sur les arbres autour de mon camp; jen tuai plusieurs pour mon souper.
Le 23 nous attelames au clair de la lune et nous conlinudmes notre route dans un pays très-peu boise. Au bout de dix milles le bois devint plus fourni, nous aper= cumes de grands arbres et des bosquets de wait-à-bitthorns. Les guides nous dirent alors que la source que les Béchuanas appellent Lepeley n'était pas très-éloignée. A cette nouvelle je partis en avant avec le Bushman dans l'intention de chasser pendant une heure avant le déjeuner. À mesure que nous avancions le gibier augmentait; la forêt entière paraissait fourmiller de zèbres, de pallahs, de spring-boks, de wild-beasts et de rhinocéros. Si j'avais eu pour but de me procurer de la venaison, j'aurais pu choisir et tuer ce que J'aurais voulu; je désirais seulement me procurer quelques têtes de pallahs mâles pour échantillon; mais, grâce à l’innombrable quantité de gibier qui soulevait autour de moi de la poussière et de la confusion, ilarriva que je perdis tout ceux que je blessai.
Nous avions franchi plusieurs milles, et, me sentant affaibli par le besoin, je renongai à la chasse, découragé, et voulus retourner à mes chariots Lorsque le soir approcha, je soupconnai que le Bushman, dans lequel je plaçais mon entière confiance dans ces casla, avait perdu son chemin; ce soupcon se vérifia, car, après avoir parcouru plusieurs milles encore, il avoua qu'il ne savait quel parti prendre, mais il était d'avis d'appuyer un peu plus vers l'ouest. Ma tête était si troublée que je ne me souvins plus comment nous étions venus; j'avais perdu l'esprit et ne savais plus ce que je disais.
Mais la recherche difficile des chariots n’était rien en comparaison des tortures que la soif me fit bientôt souffrir. J'avais galopé toute la journée sous un soleil brülant, et depuis la veille au soir je n'avais ni bu ni mangé; mon cœur se serra en songeant à | horreur d'une mort lente dans les souffrances de la soif. Je mis pied à terre et m'assis pour réfléchir à ce que je devais faire; je savais très-bien par ma boussole quelle direction nous avions suivie depuis que nous avions quitté Booby; aussi après avoir réfléchi, je remontai à cheval (la pauvre bête aussi mourait de faim et de soif), et je marchai au sud-ouest pendant plusieurs milles. A la fin je reconnus la contree que nous avions traversée de bonne heure le matin, et, à mon inexprimable joie, je retrouvai la trace de mes chariots que je rejoignis après un trajet de quatre milles au nord-est.
Le camp s'élevait auprès de la grande fontaine de Lepeley, qui sort de dessous une assise de rocher, formant un large et profond bassin d'eau très-pure, bordé d'un côté par des roseaux verts trés-hauts. Cette fontame était située à l'extrémité nord d'une vley nue, entourée d'un épais taillis de wait-à- bitthorns, et le pays était si régulièrement uniforme,
qu'une personne qui se serait éloignée de plusieurs centaines de toises de la fontaine aurait eu de la peine
à la retrouver. Il était nuit avant que je ne me retrou- *
vasse près de mes chariots ; deux ou trois tasses de café rétablirent mes forces.
Le lendemain au matin, depuis le point du jour
jusqu'à l'heure où nous partimes (ce qui fut à dix
- heures avant midi), de nombreux troupeaux continuerent à venir boire : tout l’espace découvert en était rempli, et cela avait tout à fait la physionomie d'un parc à bestiaux. Les wild-beasts bleus, les zèbres, les sassaybys, les pallahs, les spring-boks, etc., gambadaient sans crainte près de l’eau, les uns après les autres, à deux cents toises de nous. Je tuai un pallah et un wild-beast que nous attachames derrière mes chariots.
Les Bechuanasavaient jadis fréquenté cette fontaine, mais les puissants et cruels Matabilis avaient attaqué cette tribu et l'avaient forcée à porter ses foyers ailleurs. Vers dix heures avant midi nous attelames, eta un mille de Lepeley nous trouvames une autre savane découverte, contenant une grande fontaine d’eau délicieuse. Nous continuames à marcher, jusqu'au coucher du soleil, à travers un pays découvert et accidenté, tout parsemé de bouquets d'arbres et de buissons épineux. Nous dressimes notre camp dans un désert sablonneux et sans eau.
Les montagnes de Bamangwato. — Une chasse aux éléphants. — Sicomy, roi de Bamangwato, — Un troupeau de girafes. — Recherche des éléphants. — Chasse aux éléphants. — Dangereuse rencontre. — Départ pour le kraal de Sicomy. — Guerriers bamangwatos. — Commerce avec Sicomy. — Lenteurs dans les marchés. — Retraite de Sicomy dans les moutagnes. — Une brillante affaire. — Le bivouac béchuana.
Le 25 nous marchâmes environ cinq heures vers le nord est, à travers un pays découvert et parcimonieusement orné de vieux arbres nains. A la fin de la journée, les montagnes tant désirées de Bamangwalo nous apparurent bleuissantes dans le lointain. Nous fimes halte près d'une superbe fontaine qui me fit aussitôt oublier les fatigues et les chagrins que j'avais enduré pour l’atteindre. Cette fontaine s'appelle Massoucy, mais je la baptisai fontaine des éléphants, car elle était située sur la limite méridionale des foréts interminables habitées par ces animaux, forêts où j'étais enlin arrivé,
La source , qui était profonde et considérable, se trouvait à l'extrémité est d'une vley découverte fort étendue, sur une assise parfaitement unie de vieilles pierres de grès rouge, et ca et là j'y apercevais une
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couche épaisse de terre couverte de traces toutes fraiches d’elephants ; les pieds gigantesques qui piétinaient ce sol depuis des siècles avaient positivement usé le rocher autour de l'eau.
Le terrain du pays environnant était du sable jaune et bleu, mais il y avait aussi une profusion d'herbe, d'arbres et d’arbustes. Une centaine de sentiers, bien battus par les pieds des éléphants, conduisaient de tous côtes depuis le bord de l’eau : ces sentiers avaient trois pieds de large ; la contrée du côté du nord et de Vest, était nue ei boisée, et conséquemment plus fréquentée. Nous rangeames les chariots sur une hauteur, à l'est de la fontaine, d'où l'on pouvait voir distinctement toute espèce de gibier qui viendrait y boire. Je commençais mon simple déjeuner lorsque mes gens s'écrièrent : « Almagty keek de ghrooti clomp cameil, » et, levant les yeux de dessus mon ragoüt de sassayby, j’apercus quelque chose de magnifique : au milieu de la vley marchait une troupe de dix girafes colossales, flanquées de dix énormes troupeaux de wild-beasts bleus et de zèbres, et précédés de pallahs Ils venaient tous boire à la fontaine, et allaient se trouver à portée de carabine, avant que j’eusse le temps d'achever mon repas.
Je continuai pourtant de manger avec la plus grande précipitation, en ordonnant à mes gens de seller Colesberg. En quelques minutes les girafes, qui s’avancaient lentement, se trouvèrent à deux cents toises de moi. Elles allongeaient leur cou gracieux et contemplaient avec surprise les chariots. Je saisis ma carabine, sautai sur mon cheval et marchai au petit pas jusqu’à ce que je fusse à cent pas d'elles. Elles agitérent alors leurs longues queues en les repliant sur leurs dos et s'éloignèrent au petit galop.
Comme jeles poursuivais de près, elles allongèrent encore le pas, et, avant que nous eussions fait un demimille, je galopais à côté d'un male au poil foncé dont la tête dominait de beaucoup toutes les autres. Je tirai au galop et le blessai au défant de l'épaule; puis je le séparai du troupeau, et, bientôt après, le prenant en tête, je réussis à l'arrêter. Alors je lui envoyai une seconde balle qui le frappa presque au même endroit que la première.
Ces deux coups de feu eurent un plein effet : la bête était en ma puissance, mais je ne voulus pas Vabattre si loin du camp. J’attendis done qu'elle edt repris haleine, et l'amenai à moitié chemin de camp.
à elle devint rétive, et aussitôt, je rechargeai mon arme et lui envoyai une balle dans le gosier. Elle sauta en l'air très-haut, retomba à la renverse el expira.
C'était un magnifique échantillon de girafe, carelle avait plus de dix-huit pieds de haut. Je restai environ une demi-heure absorbé dans la contemplation de son extrême beauté et de ses proportions gigantesques, S'il n’y avait point eu au monde d'éléphants,
j'aurais pu'm’écrier comme le duc Alexandre Gardon, lorsqu'il eut tué le fameux vieux cerf aux dix -sept andouillers : —A présent je puis mourir : Je suis heureux ! — mais je brülais de me trouver en presence d'un noble éléphant, et je ne faisais pas plus de cas de la girafé que si j'avais tue un gems-bok ou un élan.
Dans l'après-midi je remisai mes chariots au milieu dun taillis, à peu près à quatre cents toises sur la gauche de la source. J'employaï toute ma soirée à fabriquer des balles pour chasser les éléphants avec une composition dans laquelle il entrait un cinquième d’étain sur quatre cinquièmes de plomb, et je venais précisément d'achever mon ouvrage quand j'entendis une troupe d'éléphants qui barbotaient dans l’eau avec leurs trompes. Ce bruit fut bien agréable à mon oreille el je dormis peu cetle nuit-là. ;
Le 26, dès le point du jour, ayant fait donner la provende à quatre de mes chevaux, je me rendis à la fontaine avec Isaac, afin d'examiner les traces des animaux qui y étaient venus boire pendant la nuit. Le plus grand nombre des sentiers portaient les traces visibles du passage récent de beaucoup d'éléphants de toutes les dimensions qui convergeaient de differents côtés. Nous caleulämes qu'il avait dû venir sur le bord de eau pendant la nuit, au moins trente de ces gigantesques quadrupèdes.
Après mon déjeuner je lis seller les chevaux et parlis accompagné de piqueurs et de trois guides afin de suivre la trace du plus grand éléphant mâle du troupeau. J'avais aussi emmené mes chens. Dès qu'ils eurent choisi Fempreinte des pas du plus grand. de ces animaux , les Béchuanas marchèrent en avant et je des suivis, C'était une poursuite très-intéressante. Lempreinte du pied de cet éléphant avait environ deux pieds de diamètre et se distinguait admirablement dans le sable mouvant.
Celle voe nous conduisit d'abord pendant trois milles le long d'un des sentiers sablonneux appuyant vers Vest sans interruption, puis nous entrames dans uneepa selor |. Là, l'éléphant s'était un peu détourné de sou chemin pour briser quelques arbres et pour labourer la terre avec ses défenses: il était rentre ensuite dans le sentier et l'avait suivi durant plusieurs milles.
Nous étions sur une espèce d’éléevation d'où nous apercevions une partie de la chaîne des montagnes de Bamangwato, Les arbres étaient beaux, mais trop fables et trop cassants pour résister à l'inconcevable force des puissants monarques de ces régions, car ba momié des branches étaient brisées presque ras, et de cent Loises en Cent loses nous trouvions des arbres entiers, même les plus grands de la forêt, déracinés en- Lérement el cassés net & moitié du tronc, J'en remarquar plusieurs dont les racines étaient en l'air.
L'animal que nous cherchions s'était arrêté assez longtemps pres d'un-arbre aux nombreux rameaux Qu'il avait brisés à quelques pieds de terre. Nous
suivimes sa trace encore un peu plus loin à travers l'épais labyrinthe de la forêt, puis nous arrivames à un endroit si complétement piétiné par des élephants que nous dimes renoncer à notre entreprise. Nous ~ perdimes encore bien des heures à nous efforcer de retrouver notre véritable voie, el je me décidai enfin, le cœur gros, à reprendre avec mon cheval le chemin de mon camp.
Des que j'eus atteint les chariots, je repassai dans ma tête les incidents du jour, et, regrettant vivement ma mauvaise chance pour mon premier jour de chasse, je résolus de faire le guet, la nuit, près de la fontaine, afin d'essayer une chasse nocturne. En conséquence, je fis, comme de coutume, creuser un trou, et, y ayant fait porter ma literie, je m’y blottis peu apres le coucher du soleil. J'étais 1a depuis deux heures, lorsque j'entendis un bruit sourd et prolongé, semblable au son lointain du tonnerre, bruit produit (à ce qu'aflirmaient les Béchuanas) par des éléphants qui s’avancaient vers la fontaine.
J'étais couché sur le dos, la bouche ouverte, et j'écoutais attentivement. Je les entendais fouiller la’ terre avec leurs défenses : et bientôt ils parurent près de la source et commencèrent à boire à cinquante mètres de moi. Ils avaient marché si doucement que j'avais pris leurs pas pour ceux de chacals, et je n’eus la conscience de leur presence que lorsque l’eau qu'ils avaient ramassée avec leur trompe, et qu'ils se versaient dans la bouche, égoutta dans la fontaine Je jetai un regard hors de mon trou; le cœur me battait et j'aperçus deux énormes éléphants males ; ils avaient l'air de deux chateaux forts plantés devant moi. Je n’y voyais pas très-distinctement, car il ne fai- Sait pas clair de lune; je me couchai à plat ventre et visai à loisir; puisje tirai, me servant de ma carabine hollandaise, qui portait fort juste. La balle résonna sur l'épaule de l'un d'eux qui poussa un grand cri, escalada la fontaine, s'enfuit avec son compagnon dans des directions opposées.
Degrands troupeaux de zèbresetde wild-beasts bleus gambadèrent autour de moi toute la nuit; ils venaient quelquefois jusqu à quelques toises de moi : je vis aussi plusieurs troupes de rhinoceros. Je craignais un peu que les lions ne se missent de la partie, et je veillais avec soin chaque fois que j'entendais les hyènes où les chacals laper Peau, mais aucun lion ne parut. A la fin, je m'endormis profondément et ne relevai plus la tête que lorque la brillante étoile du matin fût déjà haute à l'horizon.
Avant de continuer mon récit, il me paraît nécessaire de consigner ici quelques remarques sur lé lephant d'Afrique et sur ses mœurs. On rencontre ce surprenant animal dans les vastes forêts, par troupes plus où moins nombreuses, Le mâle est beaucoup plus grand que la femelle, et par conséquent beaucoup plus diflicile à tuer; il est pourvu de deux énormes
défenses qui sont longues, bianchatres et admirablement recourbées. Elles ont de six à huit pieds de long et pèsent chacune de soixante à cent livres. Dans le voisinage de l'Équateur, les éléphants at'eignent une dimension plus élevée que vers le sud, et je possédenne paire de défenses d’un éléphant mâle dont la plus grande a dix pieds neuf pouces de long et pese cent soixante-treize livres. Les femelles différent de celles des éléphants de l'Asie, parce qu'elles ont aussi des defenses.
Le prix des plus grands ivoires sur les marchés d'Ansleterre est dé 28 à 40 guinées pour cent douze livres.
Les vieux éléphants mâles se rencontrent seuls ou bien deux à deux : ils marchent encore par petites troupes depuis six jusqu'à vingt tétes. Les jeunes mâles suivent leurs meres pendant de longues années,
et celles-ci vivent en troupes de vingt à cent ani--
méiux. L'éléphant se nourrit prineipalement de bran- - ches, de feuilles et deracines d’arbres, et aussi de différents oignons de plantes, dont il découvre la place a l'aide de son odoratexquis etrafliné. Pour les arracher, ifretourne le sol avec ses croes et Von voit des arpents entiers labourés de cette manière. Les éléphants eonsomment une prodigieuse quantité de nourriture et la plus grande partie de leurs jours et de leurs nuits se passé à manger. De même que la baleine dans POvéan, l'éléphant, sur la terre ferme, s'aventure sur d'immenses étendues de terrain. Il fréquente toujours les endroits les plus frais et les plus verts de la forét, et, lorsqu'un district est aride et dépouillé, il l'abandonne pendant plusieurs années et va errer au loin en quête de meilleures päturages.
L'éléphant a pour Phomme une horreur extraordinaire : un enfant qui pa-serait sous le vent à un quart de mille d'eux en mettrait en fuite une centaine, et, lorsqu'ils sont ainsi dérangés, ils courent longtemps avant de s’arréter. Ces intelligents animaux pressentent avec une surprenante rapidité le voisinage d'un chasseur.
Lorsqu'une troupe des leurs a élé attaquée, tous les autres éléphants qui habitent cette contrée en sont informés dans l'espace de deux ou trois jours; tous alors la quittent et émigrent au loin, ne laissant au chasseur d'autre ressource que celle d'atteler ses chariots et d'aller ailleurs. C'est la la difliculté et l'obstacle le plus grand que puisse rencontrer un chasseur d'éléphants.
Même dans les lieux les plus solitaires qui sont à bon droit considérés comme les quartiers généraux des éléphants, ce n'est que par hasard, et après des labeurs et des fatigues mouis, que l'œil du chasseur est réjoui par la vue d'un de ces animaux. Grave à des habitudes particuli¢res, Velephant est plus inaccessible et plus rarement aperçu que toutes les autres races de bétes fauves, excepté certaines espèces rares
d’antilopes. Ils choisissent pour demeure les profondeurs les plus ignorées des forêts, et c’est en général à une distance trés-considérable des rivières et des fontaines où ils ont coutume d'aller bore. Lorsque le temps est sec et chaud, ils vont boire toutes les nuits, mais lorsque le temps est frais ou nuageux, ils ne se désaltèrent que tous les trois ou quatre jours. Vers le coucher du soleil l'éléphant quitte le lieu où ila passé la journée et se dirige vers une fontaine distante presque toujours de douze à vingt milles. I} y arrive habituellement entre neuf heures et minuit, et, après avoir étanché sa soif et s'être rafraichi en se jetant énormément d'eau sur le corps à l’aide de sa trompe; il retourne dans sa solitude an fond des forêts.
J'ai remarqué que les mâles, lorsqu'ils sont dans un endroit écarté, se couchent sur le côté vers minuit et dorment quelques heures. Ils choisissent souvent une fourmilière qui a vers sa base 30 ou 40 pieds de diamètre, et ils se couchent en y appuyant leur dos. La marque de leur défense de dessous reste très-profondément imprimée sur le sable, ce qui prouve qu'ils s'étendent sur le côté. Je n’ai jamais su que les femelles en usassent de même, et les mâles ne le font que dans les districts très-solitaires, ear j'ai observé que dans les lieux où les éléphants peuvent être surpris, ils ne se reposent que debout et sous l'ombrage d'un arbre touffu. Après avoir dormi, ils mangent énormément, et vont de droite et de gauche en zigzag, en écrasant et en détruisant les plus beaux arbres qui se trouvent sur leur passage.
I} est impossible de se faire une idée de la quantité d'arbres que peut détruire ainsi tout un troupeau d'éléphants mâles. Ces animaux sont extrêmement capricieux : s'ils rencontrentun groupe de cinq ousix arbres, iln'est pas rare qu'ils les arrachent tous, et, après avoir brouté deux ou trois petites branches, ils vont plus loin continuer leur œuvre de folle destraction Il m'est (rés-souvent arrivé de trouver au milieu des forêts un amas de ces arbres déracinés, entassés les uns sur les autres en telle quantité qu'il n'y avait pas moyen d'avancer : dans ces cas-la il est fort dangereux d'attaquer les éléphants. Pendant la nuit ils paissent dans des plaines découvertes ou dans des régions boisées très-clair-semées; mais au point du jour ils se retirent dans des fourrés épais et hors d'atteinte, composés neuf fois sur dix de « wait-a-bitthorns». La, réuni en une masse compacte, le trou peau attend que la chaleur du jour soit passre. Cependant, dans les parages éloignés et lorsque le temps est frais, j'ai vu des troupeaux paître tout le long du Jour.
L'aspect de l'éléphant sauvage est excessivement majestueux et imposant; sa hauteur gigantesque et sa grosseur colussale, surpassant celle des autres quadrupèdes, la singulière sagacité et les habitudes particulières de cet animal, lui donnent, aux yeux
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du chasseur, un intérêt qu'aucun autre gibier ne peut lui offrir Son allure, lorsqu'il est calme, est hardie, ferme et dégagée ; la construction spongieuse du pied rend son pas très-léger et silencieux ; tous
ses mouvements sont empreints de beaucoup de dou- |
ceur et de grace. Cette description, du reste, ne s applique à l’eléphant que lorsqu'il rumine à l'aise, rôdant dans le fourré; car, lorsqu'il est excité par l'approche du chasseur, il devient un terrible et dangereux ennemi, plus difficile à vaincre que toute autre bête fauve.
Le 27, dès l’aube, je quittai mon trou et allai inspecter la trace de l'éléphant blessé. Après l'avoir suivie pendant quelque temps, j'arrivai à un monticule escarpé que je gravis, persuadé que du sommet je jouirais de la vue de toute la contrée environnante. Je ne me trompais pas, et, dirigeant mes regards vers l’orient, j apercus, à mon inexprimable satisfaction, une troupe de neuf ou dix éléphants qui broutaient tranquillement à un quart de mille de moi. Je ne jetai qu'un seul coup d'œil sur eux et me précipitai en bas, afin d’avertir mes compagnons de garder le silence. Je tins à la hâte un conseil de guerre et je me hâtai de commander à Isaac de galoper vers le camp et de revenir aussi vite que possible avec Kleinboy, mes chiens, ma grande carabine hollandaise et un cheval frais; puis je regrimpai sur le monticule pour repaitre ma vue du spectacle enchanteur qui s'offrait à moi. Je tirai ma lunette pour surveiller exactement les évolutions du troupeau, composé seulement de femelles : plusieurs d'entre elles étaient entourées de leurs petits.
Bientôt, en explorant les alentours, je découvris une seconde troupe de cinq éléphants mâles qui paissaient à l'écart, environ à un mille vers le nord, tandis que les femelles se tenaient près d’un ravin rocailleux qui partait de la base du monticule où je me trouvais. Brûlant d'impatience de commencer l'attaque, je résolus d'essayer du stolking system et de forcer cette troupe de mâles avec des chiens et des chevaux. Ceci arrêté, j'ordonnai à mes guides de resler au sommet du monticule pour surveiller les éléphants, et, favorisé par le terrain et par le vent, je gagnai promptement le ravin.
Le troupeau élait à peu près à cent toises de moi, et, le cœur palpitant, je résolus de me donner le plaisir de les guetter, tandis qu'ils avançaient lentement de mon cole, cassant les branches des arbres avec leurs trompes el mangeant les feuilles et les bourgeons. A la lin, deux d'entre eux passèrent lentement, et le plus beau de tous, que j'avais choisi d'avance, broulait avec les deux autres sur un arbre épineux à soixante mètres de moi.
Ma main était maintenant aussi ferme que le rocher sur lequel elle s'appuyait : je visai juste, et lui envoyai dans la tête, un peu en arrière de l'œil, une balle
qui le frappa juste où j'avais visé, ce qui ne parut pas le troubler beaucoup. Il poussa néanmoins un grand cri et tournoyasur lui-même. Jeluienvoyai alors une seconde balle au défaut de | épaule, et tous les autres firent un bruit étrange et retentissantet partirent à la file au petit galop, tandis que leurs énormes oreilles s’agitaient comme des éventails par la rapidite de leur course.
Je ne m'arrêlai pas à recharger mon arme, mais je courus au monticule, et, parvenu au sommet, les guides me montrèrent le troupeau arrêté dans un bosquet d'arbres touflus. Le blessé était un peu en arrière avec un autre éléphant, sans doute son ami particulier, qui s'efforcait de l’assister.
Ces éléphants n'avaient sans doute de leur vie entendu la détonation d'un fusil : ne m'ayant ni vu ni senti, ils ne se doutaient pas de la présence d'un homme et paraissaient décidés à ne pas aller plus loin. Mes domestiques survinrent en ce moment, mais jattendis un pe. + in que mes chiens et mes chevaux pussent reprendre haleine. Bientôt nous nous élancames vers les éléphants, et nous n'étions pius qu'à 200 toises d’eux, lorsque, grace au terrain decouvert, ils nous apercurent et s’enfuirent vers lorient. Le blessé resta fort en arrière et presque aussitôt les chiens l’entourerent. Leurs aboiements furieux absorbaient son attention.
Je me plaçai entre lui et la troupe qui fuyait, et mi pied à terre à 40 toises de lui, dans un endroit i découvert. Colesberg, qui avait une peur horrible, me donna beaucoup de tracas, car il me secouait le bras dès que je voulais tirer. A Ja fin, je lachai la detente; mais, lorsque je cherchai & me remetre en selle, mon cheval m'en empécha. Si je voulais le prendre en main et courir, il reculait vers l’elephant blessé.
Dans ce moment j'en entendis un second tout près, derrière moi, et, me retournant, je vis « l'ami, » la trompe levée, prêt à s’élancer sur moi : un vieux chien d'arrêt sourd, que je nommais Schwart, trottait devant l'animal furibond en jetant de hauts cris.
J'étais convaincu que « l'ami » allait écraser moi ou le cheval ; toutefois je ne voulais pas lâcher ma montureet je tenais la bride de toutes mes forces. Mes gens, qui se tenaient, comme de juste, à distance respectueuse, demeuraient petrifics et la bouche béante. Certes ma position ne fut pas enviable pendant quelques secondes. Par bonheur, cependant, les chiens détournèrent l'attention des éléphants et je parvins à me mettre en selle, m'attendant à tout moment à sentir une de leurs trompes m'enlacer le corps. Klenboy et Isaac, piles et muets de terreur, me tendirent alors ma carabine cannelée à double canon, et, revenant à la charge j'envoyai une seconde paire de balles dans le corps de l'éléphant blessé, Par malheur Colesberg était extrémement agité, et je ne pus viser juste.
«L’ami» paraissait résolu à faire un malheur; ilm'attaqua avec fureur et me poursuivit pendant plusieurs
centaines de mètres; je me décidai donc à le forcer a être moinsofficieux. A ceteffet, je rechargeai mon arme, et, m’approchant de lui à trente pas, je lui envoyai mes deux coups au défaut de l'épaule. II s'éloigna aussitôt, la trompe basse, ayant évidemment reçu une blessure mortelle. Je ne me rappelle jamais ce premier jour de chasse à l'éléphant sans regretter la folie que je fis de ne m'occuper que d’un seul éléphant.
Le premier était mourant et ne pouvait m'échapper; le second était aussi mortellement blessé et je n'avais qu’à le suivre pour l'achever, mais je fus assez fou en m’amusant avec le premier qui marchait à reculons, et s’arrêtait à chaque arbre, de laisser échaper l’autre. Deux coups de feu achevèrent le premier. En les recevant l’élephant releva deux ou trois fois sa trompe en
ir; puis, tombant de côté contre un arbre épineux qui plia comme de l'herbe sous son poids énorme, il poussa un cri rauque, et expira.
C était une superbe femelle, la plus belle du trou-
peau, ainsi que je l’ai déjà dit. Elle était en très-bon
état et portait une paire de longues défenses intactes. Mon succès m'avait mis en belle humeur, et j'étais si content d'avoir tué un de ces animaux que, quoiqu'il fit de bonne heure et que mes chevaux fussent frais, je n’inquiélai point les cinq mâles, espérant les retrouver le lendemain. J'étais bien loin alors de conpaître les usages des éléphants et le mode de chasse à adopter avec eux.
Avant mis des entraves à nos chevaux, nous parvinmes, à l'œuvre avec nos cêuteaux et nos assagais, a préparer la tête pour pouvoir nous servir de la hache qui devait séparer du crâne les défenses :il est bon d'ajouter que la moitié à peu près de l’ivoire estenseveli dans un socle osseux sur le devant du crane. Il faut, pour extraire les défenses d'une femelle d'éléphant, le einquième du travail qu'exige l'extraction de ceux d’un mâle, et, au coucher du soleil, nos efforts réunis n’avaient réussi qu'à détacher une des défenses, avec Jaquelle nous retourndmes triomphalement au camp, ayant laissé près de la carcasse nos guides qui s'étaient volontairement offerts à passer la nuit à la garder. À notre arrivée aux chariots, je trouvai Johannus et Carolus dans un état de béatitude et d’indifférence complète; ils étaient tous deux ivres-morts, car ils avaient défoncé à la fois la caisse du vin et celle des spiritueux.
28 je me levai de bonne heure, et, brûlant du désir de faire une nouvelle exploration de la contrée, du haut du monticule qui m'avait procuré une si bonne chance la veille, je déjeunai à la hâte et m'y rendis aveomes piqueurs et mes chiens. Mais, hélas! j'ouvris en vain les yeux, j'avais laissé une brillante occasion se perdre, et quoique j'aie bien souvent gravi le même monticule, cette année et l'année suivante, i ne me fut plus jamais donné de contempler de son sommet une troupe d'éléphants.
Re TE gn 7 M Ea ener eens
Nous étions maintenant à deux jours de marche du kraal de Sicomy, roi de l’immense territoire de Bamangwato. On assurait que ce grand chef possédait de l'ivoire en grande quantité, et j'avais apporté beaucoup de mousquets et d'autres articles de troc. J'etais pressé de continuer mon voyage et de conclure mon marché avant de recommencer ma chasse aux éléphants, d'autant plus qu'il n’était pas impossible qu'ayant suivi mon exemple d'autres aventuriers ve marchassent snr mes traces et ne vinssent peutêtre entraver mon trafic.
Avec éelte pensée, le 30 au matin je me mis en marche pour le kraal de Sicomy, me dirigeant vers les montagnes de Bamangwato, dont nous voyions pointer lescimes au-dessus des foréts qui nous separaientd’elles du côté de Vorient. Chemin faisant, nous passames près du cadavre de l'éléphant que j'avais tué trois jours auparavant. Lenombre des vautours qui y étaient rassemblés était véritablement surprenant. Mes guides avaient fait cuire une portion de la trompe et deux pieds, et ils remisèrent ces mets dans les chariots.
J'éprouve toujours un nouveau motif de satisfaction lorsque je réfléchis que, tout en m'enrichissant en me livrant à la chasse de l'éléphant, mon occupation favorite, je nourrissais bien souvent et rendais heureuses les familles affamées d’une centaine de tribus de Béchuanas et de Bakalaharis qui suivaient obstinément mes chariots, au nombre de cinquante et même jusqu'à deux cents, pour m'aider dans mes chasses. Ces hommes étaient souvent accompagnes de leurs femmes et de leurs familles, et, quand un éléphant ou quelque autre pièce de gros gibier tombait, toutes les mains s'employaient à découper la viande, sans en perdre un pouce, en longues et étroites lanières qu'on suspendait en festons à des gaules pour les faire stcher au soleil. Souvent même les entrailles n'étaient point abandonnées aux vautours et aux hyènes, et tout, jusqu'aux os était brisé pour s'emparer de la moelle, dont on graissait la soupe.
Le der juillet nous attelames dès l'aurore et nous atteignimes le Samou trés-tard dans l'après-midi. Nous avions cheminé la plus grande partie de la journée à travers un taillis épais de buissons épineux où il fallait frayer à coups de hache un passage à Nos chariots. En plusieurs endroits la route était si hérissée de rochers qu'elle menaçait de briser nos roues et nos essieux : nous étions souvent contraints de déplacer des masses de granit En approchant du Samou, nous pénétrâämes dans une lande large et unie, ornée en tous sens d'une multitude variée d'acacias pittoresques et d'autres arbres qui s'élevaient à des distances égales, comme s'ils avaient été plantés par la main des hommes.
De chaque côté de la plaine s'élançaient des montagnes escarpees dont l'aspeet était fort pittoresque, Leurs flancs et leurs cimes consistaient en d'immen-
Se Sannin
ses quartiers de roc brut, evtassés lun sur l'autre. Quelques-uns étaient si peu en équilibre sur leur piedestal ctroit, qu'il me semblait que le doigt d'un enfant aurait pu les faire tomber. Ces collines arides
lient couvertes çà et là. jasqu'au sommet, de toufles |
clair-emées d arbres nains et de gigantesques cactus. A mesure que javancais, je remarquais des ravins sauvages admirablement boisés, qui se perdaient dans le sein des montagnes.
Nous fiimes bientô' rejeints par trois sujets de Sicomy qui nous apprirent qu'on redoutait journellement
jatabilis et que pour cela, le chef
ule attaque des el toute sa tribu avaient abandonne teurs kraals et habitaient pour le moment des caveaux et d’autres asiles creuses sur les flanes et les cimes des montagnes. Ces hommes nous firent faire le tour d'un rocher formidable. el nous nous trouvames dans un ravin sauvage et bin boisé, où on n'apercevait aucun vestige du passage
desbommes; mais,en levantles yeux, nousdéconvrimes |
toutes les cimes couvertes de femmes et d enfants, et bientôt après des bandes détachées de guerriers de Sicomy arriverent en foule de tous côtés pour contempler l'homme blanc; j'etais le premier que la plupart dent ceux eussent vu Tous ceshommes étaient armés et prêts à combattre; chacun d'eux portait un bouclier ovale de cuir de bœuf, de bulfle ou de girafe, une hache d'armes et trois ou quatre assagais; ils avaient en outre des manteaux de peaux de chacal etde leopard, qui leur tombaient gracieusement desépaules.
Plu-ieurs portaient sur le haut de la téte une toutle
de plumes d'autruches noires, tandis que d'autres orpatent leurs cheveux laineux d'une ou deux plumes blanches ondoyantes. Les hommes et les femmes étaient également chargés d'ornements de verroteries et de fil darchal en cuivre et en étain.
Nons fümes bientôt accostés par un messager de Sicomy, qui vint dire que le roi était charmé de notre arrivée et qu'il allait dans peu venir me voir. Nous chemimames dans l'étroit ravin tant qu'il fut pratiable; l'eau avait gagné l'autre extrémité Presque aussitôt que nous eûmes campé, Sicomy parut avec une sulle nombreuse de ses guerriers et de ses princip ux nobles. I était de moyenne stature et paraissait age de trente ans. Le trait le plus saillant de son Visage était un œil vairon qui imprimaita sa physionoue wn caractère de fourberie que les manæuires
de finesse et d'astuce de l'homme ne démentaient
pas. Lorsqu'ii fut près des chariots, j'allar à sa ren contre et lui donnai une poignee de main en l'in- Vitant à prendre du café Quoique je visse clairement qu'il etait enchantée de mon arrivée, ik usa de manières brusques et hautaines, Se tournant frequemment vers les siens pour faire des plaisanteries, et, parlant trés-vite, il s'emypressa de se faire rendre comple par leaac du contenu des chariots et me dit
qu'il voulait acheter tout ce que j'avais apporté, m'as-
surant qu'il me donnerait pour chaque mousquet une grande défense d’ele; hant male.
Ceci était une amorce pour voir ce que je dirais. Je lui répondis que dans mon pays les mousquets cotitaient plusieurs dents et que je ne les avais pas volés ; car, tout en le traitant avec une extréme affabilité, je voulais conserver dans mes transactions la plus complète indépendance Jajoutai que les autres hommes blanes redoutaient de venir si loin pour trafiquer avec lui, mais que son ami le docteur Living stone m'avait recommandé de le faire et que je lui apportais un présent de sa part. Je Ini remis ce présent, quivenait de moi-méme, et consistait en verroteries, en tabac à priser et en munitions. Je me divertis beaucoup du maintien timide et servile des homm de Booby en présence du roi. ils s’approchaient de humblement, et le saluaient en étendant leurs deux mains qu'ils frappaient l’une contre l’autre, en disant en même temps : Rumila cosi, ce qui signitie : « Sa~ lut, roi. » Sa majesté daignait répondre gracieusement à cet hommage en leur disant : Eh! ce qui est la mode bechuana invariable pour répondre à un salut. Les naturels me rendirent mon salut par ces mots : Eh! kectumela cosi a machoa! ce qui signifie : Oh! merci, roi des hommes blancs! Après avoir salué le roi, les gens de Booby eurent l’effronterie de faire valoir les peines inouies qu’ils avaient prises pour persuader au grand homme blane de visiter ses domaines et la facon meritoire dont ils étaient parvenus à m'y conduire. Sa majesté leur exprima sa reconnaissance et ordonna qu'on leur apportat le boyalva, où bière du pays. Sicomy resta trés-longtemps près des chariots en conversation sérieuse et continua à causer avec mon interprète et ses conseillers les plus anciens. {1 se retira fort tard, promettant de revenir de bonne heure le lendemain; néanmoins, de crainte que quelques-uns des siens ne vinssent trafiquer avec moi en son absence, il enjoignit à son oncle Mutchuisho de demeurer la nuit auprès de mes chariots.
Le roi parut de très-bon matin, suivi d'un plus grand nombre de guerriers, tous portant leur attirail de combat. J'étais encore au lit, et, voyant sa majesté regarder en tapinois dans mon chariot, je feignis de dormir. Bientôt je remarquai un indigène qui traversait la clairiére portant sur ses épaules une dent d'élephant male qu'il déposa sous un chariot: pporta le café; je me levai, et le roi déjeuna avec moi. J'avais resolu de parler d'ivoire le moins possible et de paraître très-insouciant ; e'est un système dont il est important de ne pas s'écarter quand on fait le commerce avec les naturels qui, eu tout temps, avissent avec lenteur, et cela plus encore si le marchand leur laisse soupconner qu'il désire beaucoup leurs objets d'échanges.
Dans les transactions avec les Béchuanas, le point
a nn nn n,n eT
le plus difficile est d'abord de se mettre d'accord sur
le prix des articles, mais dès que l'affaire est entamée et que les naturels sont satisfaits du prix, les échanges s’eflectuest rapidement. Le marchand doit demander un peu plus qu'il ne veut obtenir, afin d'avoir l'air de céder à leurs importunités. sans cela ils ne traiteraient point avec lui. Ils ne se pressent jamais de conclure un marché et croient toujours qu'il est nécessaire , avant de se décider, de demander leur avis à toutes les personnes présentes. Si une seule d entre elles était opposée au marché proposé, tout espoir de tralic serait perdu pour le moment.
J'ai plus d'une fois manque un marché sur le point d'être conclu par la faute de quelque vieille femme qui passait par hasard au moment même et qui s’éeriail que mes prix étaient trop élevés, quoiqu’elle ignoral parfaitement les termes de la transaction.
Pendant que Sicomy prenait son café, il me dit qu'il avait expédié des hommes pour chercher les dents d’éléphant qui assurait-il, étaient loin de là et qu’il voulait tout acheter sans délai afin que je pusse
. quitter le pays avant l’arrivée des Matabilis. Je soupconnai alors la rumeur concernant cette tribu d’être une pure invention, mais j’appris plus tard qu'elle était réelle.
Dans la matinée, je m'occupai d'écrire mon journal, et je pus me convaincre que le roi était inquiet de mon insouciance pour le commerce. A la fin pourtant il me demanda de sortir du chariot, disant qu’il m'avait apporté un cadeau, et il exhiba la dent d’éléphant qui était sous le chariot. Je le remerciai, me montrai tres-salisfa'| de ce don, et en retour je lui offris sur-lechamp des perles de verre, qui lui parurent être l'équijalent. I me demanda aussitôt le prix de mes mousquels et je répondis : Quatre grandes dents d'élephant mâle pour chacun, sur quoi il se retira dans un bosquet voisin et demeura plusicurs heures à se consul ter avec ses conseillers ; à la fin parurent deux hommes arrivant par deux côtés opposés chacun portant une dent, Lorsqu'ils arriverent, Sicomy ordonna qu'on plucat les dents devant moi; et, appelant Isaac, il fit une longue harangue, remplie d'une foule d’absurdités, tendant à me persuader d'accepter deux dents pour un mousquet; enfin il en ajouta une troisième beaucoup plus petite, apres avoir parlé jusqu'au coucher du soleil. UH m'offrit de nouveau deux dents pour un fusil, disant qu'il allait s’en retourner chez lui et qu'ilne savait pas s'il reviendrait. Je lui répliquai que je ne l'avais pas prié de me rien acheter et que je n'étais venu sur son territoire que pour jouir du plaisir de Là chasse aux éléphants ; qu'il m'était parlaitement égal qu'il ft ou non des emplettes, et qu'il y avait beaucoup d'autres chels qui souhaitaient ardem ment acheter mes marchandises, À ces mots, je lui soulaitai le bonsoir, et, la carabine sur l'épaule, je m clo nat dans le ravin,
Le lendemain de bonne heure, Sicomy était auprès de mes chariots, et, après dejeune, il reprit les choses au point où elles étaient restées la veille; après une discussion très-prolongee, la troisième dent fut ajoutée, et je lui donnai un mousquet. Puis il me persécuta pour avoir un moule à fondre les balles, et, l'ayant obtenu, il insista pour avoir un Saumon de plomb. Je lui dis que je ne pouvais pas lui donner cela pour un seul fusil, mais que s’il se conduisait géntreusement, par la suite je lui en donnerais un; il n’en continua pas moins à me tracasser à ce sujet jusque fort tard dans l'après-midi, et alors il commença a parler de la cession d’un second fusil.
On apporta trois autres dents, et nous étions presque d'accord lorsque quelques-uns de ses conseillers lui dirent qu il aurait dû avoir de la poudre et des balles avec le premier fusil. H continua de m’ennuyer à ce sujet jusqu à ce qu'il fût tres-tard, et je lui dis alors que. s'il croyait avoir trop payé son fusil, il pouvait me le rendre et reprendre ses defenses; il délibera un peu avec ses sages et me rapporla mon arme Je mis ma cara-
| bine sur mon épaule et menai boire mes chiens. Les
sources élaient situées assez loin du camp et il y avait peu d'eau. J'y rencontrai beaucoup de femmes de Ba-
.mangwalo, qui tiraient de l’eau, qu'elles emportaient,
dans leurs retraites aériennes, sur leur tête, dans des vases de terre.
La source où mon bétail buvait était aussi fort éloigné des chariots, etn’en fournissait que fort peu: cette disette eut pour résultat immédiat de faire depérir mes bœufs et mes chevaux. Dans cet état de choses, je resolus de ne plus passer qu un seul jour à Bamangwato, et je décidai qu'il fallait tâcher de s'arranger avec Sicomy dès le lendemain. En retournant au camp, Carolus m’annonea que la moitié de mes bœufs manquatent, ce qui me causa une vive frayeur. Je me doutai d'une trahison, et je savais bien que, si Sicomy s'en était emparé, je ne les recouvrerais pas facilement. Je depéchai à l'instant deux hommes à cheval dans des directions opposées. avec l'ordre de chercher les traces. Ils revinrent très liers, après les avoir retrouvés.
Je ne pouvais m'empêcher d'être contrarié de la lenteur de mes projets d'échange, mais le mal était sans remède, et je recueillis le jour suivant les prolits de ma politique
Quoique je trouvasse ce genre d'afaires terriblementennuyeux, cela valait pourtant la peme d'y consacrer un peu de temps et de subir ce retard, à cause de l'immense benefice que j'en retirerais, F'avai payé 16 livres la caisse contenant 20 mousquets, tandis que la valeur de l'ivoire que je demandais en échange de chaque arme à feu excedait 30 livres, ce qui Taisait environ 3,000 0/0, On m'assure que les commerçants trouvent un pareil bénelice parfaitement acceptable.
Sicomy avail dans ce temps une immense quantité d'ivoire admirable, et il s'en procure encore annuel-
EEE
lement une prodigicuse quantité. Depuis que j'ai visite Bamangwato pour la première fois et que j'ai appris aux naturels à se servir d'armes à feu, ils savent tuer eux-mémes les éléphants; mais, avant mon arrivée, les efforts réunis de la tribu tout entiere ne pouvaient vaincre un éléphant parvenu à toute sa croissance. Tout l'ivoire que Sicomy avait en cetemps-là, et probablement une grande partie de ce lui qu'il en a maintenant, provient des éléphants tués avec des assagais par une race audacieuse de bushmen, qui habite les régions les plus reculées au nord et au nord-ouest de Bamangwato.
Sicomy obtint cet ivoire en échange de quelques verroteries, puis il forca quelques pauvres Bakalahari ou naturels sauvages du désert (qu’il se croyait en droit de tyranniser) de porter ces dents sur leurs épaules, au travers d'immenses déserts de sables brülants, jusqu'à son quartier général, à Bamangwato. Ces pauvres creatures éprouvaient une si horrible fatigue que beaucoup d’entre elles mouraient en route. Le 4 au matin, de bonne heure, Sicomy n'ayant pas paru, je me rendis à sa résidence, accompagné d'Isaac et de plusieurs gens du pays. Après une longue et pénible ascension au flanc de la montagne, parmi des masses de rochers, nous atteignimes la demeure temporaire du chef. Elle consistait en une petite hutte circulaire, composée d'un treillage en branches d'arbres traversé de petits rameaux et couvert de gazon. Autour de la demeure royale on voÿait bon nombre de huties pareilles, élevées sur des pointes dont ses hommes avaient déblayé le sol parmi les rochers. Toutefois ce petit kraal n’était habité que par une très-faible portion de sa tribu, qui élait dispersée en difiérentes parties de la chaîne de montagnes. Le bétail occupait les avant-postes
Je trouvai Sicomy assis devant son wigwam, en conversation trés-animée avec ses conseillers, et je lui annonçai que, vu la rareté de l'eau à Bamangwato, je n'y pouvais pas prolonger mon séjour. Il me remeréia et me dit qu'il était très-content que j'eusse visité son pays, mais qu'une chose affligeait son cœur, à Savoir que nous n'avions pas pu trafiquer ensemble. Je lui répondis que c'était sa faute, car Je lui avais offert des marchandises au même prix que je les avais vendues à d'autres, que j'étais encore disposé à trailer avec lui, s'il voulait le faire loyalement.
Nous partimes tous ensuite-pour mes chariots, et le marche tut vite conclu, Le roi pritsans discontinuer du
ve et du tabac en eflrayante quantité, et toute la journée les grands bols de bierre mousseuse circulerent à profusion. Il me donna trois dents d elephant male pour les dix premiers mousquets, auxquels j'ajoutai pour appoint de la poudre et du plomb. Ensuite le prix fut reduit à deux dents par mousquel; ce genre d'accord satistit toute | assemblée, et le troc s'effectua sas murmures, Des indigènes aux fortes épaules pas-
sèrent la journée à aller et venir en trois directions différentes, portant sur leurs épaules les précieuses dépouilles des éléphants de Kalahari; au coucher du soleil, je m'étais défait de tous mes mousquets et j'étais possesseur d'une partie d'ivoire de trés-grande valeur. Je troquai aussi des perles de verre et des munitions contre des dents de femelles.
J'avais résolu aussi de faire l’emplette de beaux échantillons de costumes du pays, des armes, ele., mais, l'ivoire étant l’article le plus important, je préferai ajourner toute autre transaction jusqu'à la fin du marché Le roi paraissait ravi de ses emplettes, et il insistait pour tirer chaque mousquet à mesure qu'il les achetait; rejetant en arrière son manteau et ap puyant la crosse sur son épaule, il fermait son bon — ceil et gardait ouvert le mauvais, à l'inexprimable joie des Hottentots, qui étaient ses instructeurs dans la science du tir. Chaque détonation causait une vive sensation parmi les guerriers, qui se pressaient autour du roi, demandant qu'il leur fit aussi permis d'essayer leur talent avec ces nouveaux instruments de guerre.
Le roi possédait un vase à boire des plus merveilleux, que j'etais décidé à acquérir, si € était possible; il était fait avec la corne du « kobaoba », espèce très-rare de rhinocéros; ce « knob kerry » était d’une longueur démesurée, excédant de beaucoup tout ce que j'avais vu auparavant et tout ce que j'ai vu depuis. Je passai à Sicomy ma labatière, et, désignant du doigt le « kerry, » je lui demandai où le « kobaoba » avait été tué. Tl répondit qu'il lui avait éte envoyé par un chef qui résidait à une immense distance, Sur les bords du lac de Boat. Je lui demandai alors de me le donner comme un gage de souvenir, mais il me répliqua qu'il appartenait à sa femme, et qu'il ne pouvait pas en disposer.
Bientôt, cependant, tout en dégustant son café, il dit que, si je voulais lacheter, je pourrais l'obtenir en*remplissant de poudre à tirer la tasse qu'il tenait à la main : en conséquence, lorsque sa majesté eut achevé de boire, je lui passai la poudre et devins possesseur du « knob-kerry », que j'ai encore et auquel j'attache un grand prix. LH était nuit, et le roi, ainsi que sa suite, bivouaquèrent autour de grands feux que les Béchuanas out la constante habitude d'allumer et d'entretenir, Leurs lits se composaient de longues herbes sèches, et le bivouac fut entouré par leurs soins d'une haie de branches d'épines.
Le lendemain matin, de bonne heure, j'obtins de très-beaux échantillons de karosses, ou manteaux, et d'armes de Bechuanas. Hy eut pour cela, comme il y avait cu pour l'ivoire, de terribles discussions, et je dus payer assez cher les « chakas » ou haches de combat, auxquelles toutes les tribus béchuanas attachent en general beaucoup de prix.
J'avais toujours eu l'intention de pénétrer plus avant que Bamangwato; mais, cédant d'une part aux
faux rapports d'Isaac, agissant selon les vues et les désirs de Sicomy à cet égard, et d'autre part considérant l'attaque prochaine des Matabilis, je résolus, quant au présent, de ne pas étendre plus loin mes pérégrinations et de chasser pendant le reste de la saison dans la belle contrée enclavée entre les montagnes de Bamangwato et de Sichely.
Départ de chez Sicomy. — Travaux pour trouver de l’eau, — L'antilope Roan. — Le camp de Sicomy. — Recherche des éléphants. — Les oiseaux des rhinocéros. — La bataille. — La conquête. — Dépecement Wun éléphant. — Cuisson de la chair d’éléphant. — Les jupes primitives. — Résultat de la chasse,
Vers onze heures du matin. le 5 juillet, tout était prêt. Je pris conge de Sicomy et rebroussai chemin jusqu’a Corriebily. J'éprouvai quelque inquiétude en voyant combien le manque d’eau avait maigri et abattu mon bétail. Depuis mon depart de Corriebily aucun de mes animaux n'avait pu se désaltérer suflisamment, et il y en avait plusieurs qui etaient si affaiblis que j'avais grand’peur qu’ils ne pussent pas arriver jusqu'à cette fontaine. Une petite trouped’indigènes, m'accompagnait depuis mon départ de chez Sicomy, dans l'espoir d’avoir de la viande.
Après avoir cheminé un mille, je m’apercus de l’absence de mon levrier Flam; comme le roi avait manifesté ouvertement une grande prédilection pour cette race de chiens, je ne doutai pas qu'il ne m’eût été volé par ses ordres. Nous arrivames, après une marche de six milles, près d’un trou à gravier trés-profond, situé à côté d’un bloc de granit rouge; il y avait au fond environ un tonneau d’eau de source. Comme la fontaine de Corriebily était encore fort éloignée, je me mis courageusement à l'ouvrage, avec les miens, pour extraire le gravier. J'eus bientôt la satisfaction de découvrir une petite source d'excellente eau qui coulait de dessous le bloc de granit, et il en tombait autant que nous en pouvions puiser dans nos scaux; cette provision, venue si à propos, fut pour moi d'un prix inestimable, car mes pauvres chiens, aussi bien que le bétail, éprouvaient une grande détresse,
Grâce à ce secours, nous pümes continuer notre “voyage, et, au coucher du soleil, nous fimes halte à moitié chemin de Corriebily, où nous arrivâmes le lendemain matin, vers dix heures. J'étais bien heureux d'avoir réussi à amener toules mes pauvres bêtes vivantes jusqu'à cette fontaine, où elles pouvaient boire tant qu'elles voudraient. Pendant que nous déjeunions,
trois hommes de Sicomy s’approchèrent, tenant en laisse mon levrier que l'on me ramenait.
Nous atlelames, et nous marchimes jusqu’au lieu où tomba mon premier eléphant; nous y fîmes halte pour la nuit. En arrivant à Massouney, j’examinai soigneusement les traces d'éléphants; j'avais déjà fait à peu près le tour de la fontaine, quand tout à coup je vis devant moi les larges, les longues, les énormes traces toutes fraîches de deux puissants éléphants males, qui y étaient venus boire pendant la uuit J’étais enchanté. J'avais grande confiance dans l’habileté des hommes de Bamangwato pour suivre une piste, et je me tins pour assuré que le jour était en‘in arrivé où j'allais tuer mon premier éléphant mâle.
Les Bechuanas se mirent sur-le-champ en quête et cela sans hésitation. Je suivais leurs pas, plein d’espérance. La trace appuyait tout à fait à l’ouest, direction dans laquelle je n'avais pas encore marché : je la suivis pendant plusieurs milles à travers une contrée déserte. Nous arrivames à un district où croissaient en abondance des baies savoureuses et fort douces : les éléphants avaient commencé à dévorer les racines des arbres et à creuser le sable très-profondément avec leurs crocs.
Les empreintes anciennes et nouvelles s’étendaient de tous côtés, se croisant en tous sens, et nous perdimes bientôt notre piste. Nous employames plusieurs heures en de yaines recherches; nous fimes des détours à droite et à gauche, espérant réparer le désappointement de la journée, mais tout cela sans succès, et je fus contraint d'y renoncer Les Béchuanas s'accroupirent et declarèrent avec humeur qu'ils n’iraient pas plus loin.
Comme nous nous en allions, nous rencontrames une troupe de quinze girafes, et, après une poursuite acharnée, pendant laquelle elles se maintinrent en corps serré avec une régularité digne d’un escadron, je parvins enfin à séparer des autres un beau mâle ayant au moins dix-huit pieds de hauteur et le forçai à une courte distance du camp. Les Béchuanas, ravis de mon succès, allumèrent un feu et passèrent la nuit auprès de la carcasse, car ils avaient promptement depécé la chair en lanières et extrait la moelle des os.
Dans la matinée du 8 j'allai à la fontaine pour inspecter les terrains tout autour, mais il n’y avail pas de traces nouvelles. Le temps rafrateht était charmant, un vent fortiliant soufilait, le ciel était parsemé de nuages blanchätres, et lorsqu'après le dejeuner je montai à cheval pour aller à la recherche des elephants, je reconnus les marques de leur defenses, # chaque bosquet que je rencoutrais, tous les grands arbres avoisinant les mares bourbeuses, qui pour le moment se trouvaient desséchées, etaient souilles de fanges cuites au soleil à la hauteur de douze pieds du sol.
Le soir je pris ma lourde carabine à un coup, et. en rôdant aux environs de la fontaine, j'aperçusune grande troupe de wild-heasts qui s’avançaient pour boire à la vley. Je me jetai à plat ventre derrière un buisson rabougri, auprès duquel ces animaux devaient passer , et ep relevant la tête pour voirs'ils etaient proches, je vis une paire d’antilopes « roan » ou gems-boks batards. espèce très-rare et très-belle. qui avançaient avec précaution ‘et n'étaient qu’a 120 Loises de moi.
Je visai le mâle et le manqnai. Tout le troupeau de wild-beasts rebroussa vivement chemin et dispaparut au grand galop, enveloppé d’un nuage de poussiére; mais les deux roan-antilopes, qui, sans doute, p'avaient jamais entendu Ja detonation d'une arme à feu. étaient arrêtées et regardaient autour d'elles. Je rechargeai à la hâte, et lachai la détente : le male tomba sous le coup, la balle lui était entrée dans l’épaule. Il resta étendu, ruant et rugissant, jusqu'à ce que j'eusse presque achevé de recharger mon arme, puis soudain il se remit sur ses pieds et courut apres son camarade.
En ce moment Argyll et Bouteberg, deux excellents chiens, ayant entendu les coups de feu et aperçu la bête blessée, prirent chasse, et, à ma grande surprise, l'animal, au lieu de leur faire face, s'enfuit à toutes jambes. El faisait deja presque noir, mais je suivis les chiens. Bientôt j'entendis un bruit étrange, et tout à coup je me trouvai en face de l’autilope blessée, que cing de mes chiens poursuivaient de près. La bête se dirigeait vers l'eau, et se serait mise en arrêt, si par malheur je ne m'étais trouvé là pour Pen empêcher. Ma carabine était dans son fourreau, ce qui m’empécha de tirer : l'animal passa contre les chariots, où d'autres chiens se joignirent à la meute.
En arrivant au camp. je m'aperçus que Kleinboy avait vu et suivi la chasse; il revint bientôt hors d'haleine, m’annoncer que Vantilope était en arrêt à un demi-mille du camp, au delà des collines, et qu’elle
tuait mes chiens à droite et à gauche. Je saisis ma carabine et Vaccompagnai ’é l'endroit désigné. J'entendis bientôt le bruit que faisait ma meute. L'animal lait couché à côté d'un buisson, et mes chiens l’entouraient en aboyant, +
Trois autres chiens étaient venus du camp avec
mor; en apercevant l'antilope couchée ils s'élancèrent, mais la bête furieuse en tua un sur place et en blessa cruellement un autre près de l'épaule : e’étaient Vitfort et Argyll, deux de mes meilleurs levriers. Elle continua à rapper avec une rage indicible, et atteignit Wolf et Flam avec tant de violence qu'elle leur fit grand mal. Elle avait tué, avant mon arrivée, Bles, MON plus vigoureux et mon plus brave chien, lui pergant le cœur d'uu coup de corne, Je fus longlemps empêché de pouvoir tirer, car la nuit était sombre et le geme-bok était à terre entouré des chiens survivants qui le pressaient de près.
A la fin il se releva et je le tuai roide. C'était bien le méme animal quo avais précédeminent blessé d’une balle à l'épaule et j'avais un admirable échantitlon de roan-antilope. Ses cornes superbes ayant la forme d’un cimeterre, étaient longues. bien plautées et admirablement courbées. Avant de quitter M;ssoney, je tuai encore deux belles girafes, plusieurs élans gras et force gibier de toutes sortes.
Je demeurai pendant quelques jours dans le voisinage de la fontaine, et, voyant qu'elle était entièrement abandonnée par les éléphants, je me décidai à rebrousser chemin et à allerchercher aventure au delà de Bamangwato; car je déconvris qu'on n'avait abusé, et que le roi désirait fort que je chassasse dans ses États. En conséquence, nous retournames, le 18, au camp de Sicomy, sur des montagnes rocheuses.
Je trouvai le roi assis sous l’ombrage d'un arbre assez bas, avec quelques amis et plusieurs de ses femmes. Autour du kraal gisaient à terre et pourrissaient bon nombre de cranes énormes de koodoos, parmi lesquels il y en avait plusieurs paires qui excédaient en dimeusion tout ce que j'avais vu jusqu’alors. La vue, du côté du sud-ouest, était magnifique.
u bas de la montagne se développait sans inter- Pa aussi loin que l'œil pouvait atteindre, un parc très-uni, qui traversait la chaîne de montagnes
| par une large ouverture Tous les arbres de la forèt,
tous les bosqnets étaient si touflus, que leur sommet ressemblait à la nappe de l'Océan vue du-haut d’un ré-
| cif escarpé sur le rivage. Après avoir goûté avec le roi
les produits de sa brasserie, nous continuames à mar-
: cher vers le pare, accompagnés des frères de Sicomy,
et, en regardant derrière moi, j'aperçus une foule de naturels qui nous suivaient. Hs arrivaient de tous côlés par petites troupes, soit des vallées, soit descendant des rochers, et ma suite finit par être de plus de deux cents hommes.
Nous marchions vers le nord et arrivames le second jour à Litlochu, source abondante quicoule perpétuelle ment. Elle est située dans un ravin agreste et rocailleux, au milieu de collines très-basses, bornées au nord et à l'ouest par une espèce de bassin creux, large et à pente douce, parsemé de grands bosquets et de clairières découvertes Ce creux avait six à huit milles de large, il élait fréquenté par des élans et des girafes. Au delà s'étendait l'immensité sans limites du desert sablonneux de Kalahari. Là, je jouis chaque jour du plaisir de chasser ce gibier, mais, quoique les éléphants vinssent de temps à autre près de l'eau, uous suivions leurs traces à une distance prodigieuse suus jamais parvenir à les apercevoir,
Le 23, avaut midi, un naturel m’apprit que, dans un (aillis vers le sud, il avait vu un rhinoceros blanc; je le suivis à l'endroit designe, ét nous tombames au: pres d'un énorme «muchacho», qui dormait sous un arbre loullu; son aspect etait celui d'un monstrueux
pore, car l'éléphant lui ressemble légèrement quant à sa forme; il agitait continuellement ses oreilles, comme le fait toujours un rhinocéros en dormant. Cependant, avant que je pusse me mettre en po-ture, plusieurs oiseaux de rhinocéros l’avertirent du danger qui Je menacait en lui fourrant leur bec dans l'oreille eten poussant leur cri aigu etdiscordant. Aussitôt réveillé, l'animal se releva vivement et partit au trot à travers les taillis, brisant towt sur son passage, et je ne le revis plus. Ces erhinocéros-birds » escortent sans cesse Vhippopotame et les quatre espèces de rhinocéros, el se nourrissent des insectes qui bourdonnent autour de ces animaux; ils sont d’une couleur grisâtre et presque aussi gros qu’une grive ordinaire; leur chant est à peu près semblable à celui de la grive de bruyère. Ces vigilants volatiles ont bien souvent troublé mes plaisirs, et j'ai été tenté de maudire leur dévouement ; ils sont les meilleurs amis du rhinocéros, et ne manquent jamais de l’arracher à son profond sommeil. Le rhinocéros comprend à merveille leurs avertissements : il se met sur pied à l’instant, regarde de tous côtés et prend la fuite. J'ai fréquemment chassé le rhinocéros à cheval : il me conduisait à plusieurs milles de distance et recevait plusieurs coups de feu avant de tomber, et pendant ces longues chasses plusieurs de ces oiseaux l’assistaient jusqu'au dernier moment. Ils se perchaient sur son dos et sur ses flancs ; à chaque balle qui résonnait sur l'épaule de lanimal, ils s'élevaient de six pieds dans les airs en poussant leur aigre cri d'alarme et reprenaient ensuite leur position. Il arrivait souvent que les branches basses des arbres sous lesquels le rhinocéros passait les repoussait de leur perchoir, mais ils s'y reportaient aussitôt. J'ai plus d'une fois tué ces animaux lorsqu'ils venaient boire la nuit; mais les oiseaux les croyant endormis restaient près d'eux jusqu’au matin. En n'approchant, je remarquais alors qu'avant de prendre leur vol ils faisaient tous leurs efforts pour éveiller le rhinocéros. Vers le soir, un individu qui avait été expédié à la recherche des éléphants revint au camp cl nous dit qu'une petite tribu de Bakalaharis, campée dans une chaîne de montagnes à l'ouest, assurait que des rhinocéros fréquentaient les foré s voisines de leur résidence. Mutchui-ho, oncle de Sicomy, qui m'accompagnait dans mes chasses sur son territoire, m'avertit de me tenir prêt à partir avee lui le lendemain pour aller à la recherche des éléphants.
En conséquence, le 24, de bonne heure, je me mis . en campagne avec Isaac et Kleinboy comme piqueurs, escortes de Mutchuisho et de cent cinquante hommes de sa tribu. Nous marchâmes vers le nord-est, et, après avoir faitenviron cinq milles dans la forêt, nous alleignimes une fontaine où je remarquai le trou d'une troupe d'éléphants femelles, Nous ftmes la une courte halte. On prt force tabac, puis, en inspectant de plus en plus les susdites traces, nous fümes d'avis quelles
avaient deux jours de date, et j'éprouvai un nouveau désappointement.
Le pays qui s’étendait maintenant devant moi était une vaste forèt bien unie; il se développait au nord et à l'est pendant vingt milles, sans interruption : là le paysage était bordé par des chaînes de mont»gnes bleues d’une élévation considérable, où deux cimes coniques, l’une à côté de l’autre, dépassaient de beaucoup toutes les autres; c’est la que s'élevaient les arciennes habitations des Bamangwatos, mais les cruels Matabilis les avaient forces de chercher un asile parmi les montagnes rocheuses où ils vivent.aujourd hui. Nous continuames à cheminer vers l orient et traversames deux fois le lit de gravier d’une rivière ou plutôt d’un torrentoi se trouvaient plusieurssources d'une eau excellente ; les éléphants avec leur trompe dégageaient le gravier qui obstruait ces sources, autour desquelles il y avait ausssi de nombreuses traces de rhinocéros.
. Nous suivimes pendant plusieurs milles un sentier aride et desséché, rempli de wait-a-bit-thorns, et nous entrames dans une forêt ornée de groupes très-pittoresques de vieux arbres qui donnaient beaucoup d'ombre. Nous en explorames les profondeurs et ressortimes sur une petite clairière très-découverte où paissaient des brindled gnoos, deux ou trois troupes de pallahs et une bande d'environ quinze girafes. Nous marchames deux milles encore, et deux heures à peine nous séparaient de la chute du jour quand tout à coup nous decouvrimes un arbre récemment brisé par un éléphant. Quelques-uns des naturels examinèrent les feuilles et les branches rompues, afin de reconnaître exactement quand la bête avait passé par là, tandis que d’autres inspectérent les traces.
Ils furent d'avis que c'était un male de premier choix et qu'il avait passé 1a le matin mème. Le terrain n'était pas favorable pour suivre une piste, mais ceux qui s’en chargérent déployèrent une grande habileté. Nous arrivâmes assez promptement à l'endroitoù quelques heures auparavant une troupe d'éléphants males avait brouté. Notre chemin était obstrué par de grandes branches et même des arbres “ntiers qui, brisés et déracinés, jonchaient le sol; les éléphants les avaient entraînés à plusieurs toises avant d'en devorer les feuilles. Hy avait aussi des places où ils avaient labouré la terre de leurs crocs, en quête de racines, et où de larges traces toutes fraîches, bien faites pour émoustiller un chasseur, étaient parfaitement visibles.
Tout cela était intéressant et promettait beaucoup : mais le coucher du soleil etait si proche que j'avais peu d’espo.r de rencontrer mon gibier. À vrai dire Mutchuisho désirait vivement que je ne fusse point désappointé ; il avait Olé son manteau et, muni d'un des mousquets que Sicomy m'avait achetes, il ordonna au corps de réserve de s'asseoir en silence jusqu'à ce que l'attaque commençât : if se mit & la tête de la
bande des depisteurs, composée d'environ quinze Vieux
roués, et nous suivimes la trace peu de temps. Le vieil- Jard meditalors que vous étions tres-prés des éléphants: quelques minutes plus tard, des dépisteurs aflirmèrent avoir entendu briser un arbre; seulement les uns disaient que c’était en avant, les autres indiquaient ure direction opposée.
Nous marchions toujours néanmoins. Mutchuisho échelonnait ses hommes de droite et de gauche, tandis que nous continuions à suivre la trace, mais au bout de quelques minutes, un d’eux accourut hors d'haleine, disant qu'it a:ait vu les animaux que nous cherchions. Je m’arrétai un instant et dis à Isaac, qui portait la grande carabine hollandaise, d'agir séparément, tandis que Kleinboy viendrait nvassister : mais comme d'ordinaire, dès que l'affaire s’engagea, mes gens ne songèrent plus qu'à eux-mêmes.
Quant à moi, je relevai mes nanches jusqu’à Pépaule, je bus une gorgce d’eau pure dans la calebasse d'un des dépisteurs ; et saisissant ma carabine cannelée à deux coups, je dis à mon guide d'aller en avant. Il obéit, et lorsqu il eut marché en silence quelyues centaines de toises, il s'arrêta brusquement en s’écriant : Æ low ! Devant nous, à cent cinquante loises de distance, à l'ombre d'un bosquet épais, se tenait une troupe d'éléphants mâles. Je galopai vers elle : mais, aussitôt qu ils m’apercurent, ils firent un bruit étourdissant en relevant leur trompe en lair, tourherent sur eux-mêmes et s'enfuirent tous ensemble, brisant tout dans les forêts sur leur passage et soulevant un nuage de poussière.
La distance que j'avais dû franchir et les obstacles que j'avais surmontés pour contempler ces éléphants se présentèrent alors à mon esprit, et je jurai que cette fois au moins je n'aurais rien à me reprocher : au même instant, eufoncant les éperons dans flancs de Souday, je me mis à leur poursuite, trop près même pour ma sûreté. Les éléphants appuyant en ce moment sur la gauche, je les vis à mon aise. La troupe consistait en six mäles, dont quatre de premier choix ; les deux derniers, fort beaux aussi, n'avaient pas encore atteint leur entier développement.
Sur les quatre vieux il y en avait deux dont les délenses Claient plus belles ; j'hésitais à viser celui que je choisirais, lorsque toutà coupl'éléphantqui, selon moi, avail les plus fortes défenses, se sépara de ses camarades : je le suivis à l'instant, convaincu qu'il devait être le patriarche de la bande. Je galopais presque à côté de lui, et j allais tirer lorsqu'il se retourna brusquement, poussa un cri si terrible et si aigu que la lerre parut trembler sous ses pieds; puis m'attaquant furicusement, i] me poursuiviten droite ligne sans que sa course [Ut le moins du monde ralentie par les arbres qu'il rencontrait sur son passage et qu'il arrachait én les écarlant, Comme st ceussent été des roseaux.
A la fin i} wurut renoncer A celte poursuite, et
comme il se délournait lentement afin de se retirer,
je tirai en visant à son épaule, malgré les sauts et les ruades de Souday qui m'importunaient beaucoup. En recevant la balle, elephant manifesta un frisson vers l'épaule et s'éloigna d'un pas majestueux; mon coup de feu amena près de moi plusieurs de mes chiens qui, jusque-là, avaient suivi le troupeau. Lorsqu'ils arrivèrent en aboyant, il y eut une seconde attaque désespérée, précédée comme la première d'un formidable cri. L’éléphant passa tout près de moi et je lui envoyai dans l'épaule une seconde balle, à laquelle il ue fit pas la moindre attention.
Je me promis alors de ne plus tirer que lorsque je pourrais le faire à coup sûr, mais, quoique l'occasion s'en présentat plus d'une fois, Souday m'en empécha toujours, car ses soubresauts s opposaient à ce que je pusse tirer. A la fin, exaspéré justement, je ne songeai plus au danger, et, m’élancant à bas de ma monture, j'approchai de l'éléphant à la faveur d'un arbre qui me cachait, et lui logeai une balle de côté dans la tête. I] poussa un cri si aigu que la forêt entière en tressaillit, et attaqua les chiens, paraissant croire que le coup était parti du milieu d’eux. Il se réfugia ensuite au milieu d’un bosquet d’épines, la tête tournée vers moi. Je m'avançai alors tout près de lui, et, comme il se disposait à renouveler l’attaque (dans ce temps-là j'avais une idée fausse, car je croyais qu'il était poss.ble d'abattre un eléphant avec une balle dans le front), je demeurai impassible jusqu’à ce qu'il fût à quinze pas de moi et je visai au milieu du front, persuadé bien mal à propos que j'allais ainsi le tuer raide mort. Le coup de feu ne fit qu'augmenter sa fureur, Continuant sa marche furibonde avec une impétuosité et une vivacité sans pareilles, il faillit mettre pour toujours fin à ma chasse aux éléphants. Une grande quantité de Béchuanas qui me suivaient hurlèrent à l'unisson, me croyant tué, car pendant un moment l'éléphant fut presque sur moi : cependant monagilité me sauva, mais au moment où jem'esquivais derrière un buisson épineux, une énorme épine s’enfonca profondément dans la plante de mon pied, les vieilles chaussures que je portais ce jour-là étant tout à fait usées. J'éprouvai une vive douleur et fus boiteux pendant tout le reste du combat.
L'éléphant arpentait la forêt d'un pas rapide; et pourtant il était à peme hors de ma vue lorsque j’eus rechargé mon arme. Je me remis en selle et fus promptement sur la même ligne que lui. En ce moment, j'entendis Isaac qui était aux prises avec un autre éléphant, mais quand la bête attaqua, le courage de ce garçon lui fit defaut, et je le vis bientôt apparaître à distance respectueuse derrière moi, Mon éléphant conlinuait à écarter tous les obstacles d'un pas ferme; le sang coulait à flots de ses biessures; les chiens, exténués de fatigue et de soif, s'arrêtaient l'un après l'autre, et je fus longtemps empêché de tirer, car Sou day était affreusement turbulent, A la fin, je tirai de
droite et de gauche, toujours derrière l’épauie, et la bête renouvela son attaque avec les mêmes cris; le corps entier des hommes de Bamangwato m'avait rejoint et me suivait à peu de distance.
Parmi eux se trouvait Mollyeon, qui offrit de m’aider. Il était léger et adroit et me rendit un important service en tenant la tête de mon cheval si inquiet tandis que je tirais et rechargeais ma carabine. Je tirai six fois de la sorte, et presque chaque fois l'éléphant m’altaqua et nous poursuivit jusqu'à notre corps de réserve, à l’arrière-garde, lequel ne manquait pas de s'enfuir, se dispersant en tous sens, à son approche.
Le soleil s'était couché derrière les arbres; il allait bientôt faire nuit, mais l’éléphant malgré toutes ses blessures ne paraissait pas très-mal à l'aise. Voyant qu'il me restait peu de temps, je me décidai à en finir avec lui et à tirer à pied. Je le fis en effet et m’approchant de très-près, je lui envoyai deux coups dans le côté de la tête, sur quoi il attaqua en désespéré : mais j'étais tout à fait calme, car je voyais bien qu'il ne pouvait plus m’atteindre; en un clin d’œil j’eus recharge et lui lançai mes deux nouveaux coups derrière lépaule. Il poussa un cri qui fit prendre la fuite à Souday au travers de la forêt, et l'animal attaqua avec une furie sans égale; ce fut la derniere fois. [| commença à sentir ses blessures et il demeura enfin arrêté pros d'un buisson épineux entouré de mes chiens, qui, voyant Ja lutte tirer à sa fin, aboyaient avec rage.
Je rechargeai mon arme et lui lachai mes deux coups sur le devant du front. En recevant ces deux balles, il balança sa trompe de haut en bas et de bas en haut, et plusieurs indices non équivoque prouvèrent aux naturels aflamés et charmés que sa fin etait proche. Ma dernière balle l’atteignit à l'épaule. Tandis que je tournais autour de arbre auprès duquel il se tenait, pour lui envoyer encore une balle, je vis clairement que ce puissant monarque des forêts n'avait pas besoin de cela pour être vaincu. Avant que j'eusse écarté les broussailles, il tomba lourdement sur le côté et rendit le dernier soupir. Les rares Nemrods, mes confrères à qui pareille aventure est arrivée pourront seuls comprendre quelles furent mes sensations en ce moment,
Les indigènes, joyeux de mon succès, se groupèrent autour de l'éléphant, riant et parlant avec volubilite : quant à moi, je grimpai sur l'animal et m'assis comme sur un trône sur le ventre de l'animal qui, lorsqu'il était debout et moi par terre, se trouvait au niveau de mes yeux. La nuit arriva quelques minutes après; les nalurels ayant illuminé le taillis à l'aide de plusieurs feux et entassé des branchages à demi secs du côté du vent, se couchèrent sans prendre aucune nourriture, car Mutchuisho ne voulut permettre à personne de dépecer | éléphant avant le matin. Il avait posé des sentinelles de chaque côte pour veiller sur le cadavre, Mon diner se composa d'une tranche prise à la tempe
de l'éléphant, que je fis rôtir sur des charbons ardents. Pendant cette longue lutte, ma chemise avait élé mise en lambeaux par les wait-a-bit-thorns, et il me restait pour unique vêtement une paire de culottes courtes en peau: c’était peu de chose pour une très-froide nuit au cœur de l'hiver africain. :
Je ramassai des herbes séches, les étendis pres du feu et me couchai, sans autre couverture qu’une vieille peau de mouton qui me servait de selle. Je m’endormis promptement, et Mutchuisho, me prenanten pitié, jeta sur moi un vieux manteau de peau de chacal qui, de méme que tous les vétements des Bechuanas, était amplement pourvu de petits insectes sautillants qu'il est inutile de nommer.
Ces désagréables insectes, trouvant sans doute ma peau plus tendre que celle du propriétaire du manteau , parurent disposés à profiter de l’occasion qui se présentait; aussi je me réveillai bientôt, sentant mor corps enflammé comme si j'étais attaqué d'une fièvre violente. Il n’était plus question de repos pour cette nuit : aussi je rendis son manteau à Mutchuisho avec mille remerciments pour sa politesse; j'empilai du bois mort sur le feu, etil en résulta une flamme aussi éclatante que le jour. Je réveillai Kleinboy afin qu'il m'aidat à tourner à l’envers mes culottes de peau, et alors commença une chasse animée qui se termina par la capture d'environ quatre vingts insectes. J'allumai ensuite un autre feu, et passai le reste de la nuit accroupi entre les deux, absorbant le calorique à la fois par devant et par derrière.
Au lever du soleil, le 25, Mutchuisho donna le signal de découper l'éléphant, et il s'ensuivit une scène de sang, de bruit et de labeur dont aucune description ne peut donner une idée. Chaque naturel ota son man4 teau, et, armé d’un assagai, s’élanca à l'assaut : en moins de deux heures l'animal fut dépecé jusqu'au dernier pouce de chair et chacun transporta sa part à la demeure temporaire qu'il s'était choisie sous les arbres d’alentour.
Voici comment cette opération s'accomplit : on dte d'abord la grossière peau extérieure par larges bandes. Sur le flane, que l'on découvre ensuite, il y a plusieurs épaisseurs de peau de qualité souple et maniable, dont les naturels se servent pour faire des outres à cau; avec ces outres ils allèrent chercher des provisions d'eau à la fontaine la plus voisine (qui est souvent éloignée de 40 milles) pour la rapporter près de l'éléphant. Cette peau intérieure s'enlève avec beaucoup de précaution. Les outres se confectionnent en rassemblant les coins et les bords, et on translixe le tout sur une baguette pointue. La chair des côtes est découpée en énormes filets; leurs haches font l'office de seulpels, ear il faut tailler séparément chacune de ces colossales côtes. Bientôt les intestins sont à nu : c'est là ce qui intéresse le plus les directeurs de l'opération, car € est autour des intestins que l'on trouve
en plus grande quantité ia graisse de l'éléphant.
Il n'y a rien au monde qu'un Béchuana estime autant que la graisse, de quelque nature qu'elle soit; il fait des courses prodigieuses afin de s’en procurer un peu, et il s’en sert pour assaisonner sa viande séchée au soleil et pour apprêter son blé. I y a des couches épaisses de graisse dans le corps d'un éléphant, et la quantité qu'on en obtient d'un male en pieine croissance et en bon état estsurprenante. Avant de pouvoir y arriver, il faut ôter presque tous les intestins, et pour y parvenir plusieurs hommes sont obliges d'entrer dans l'immense cavité qui s’est faite dans Pinterieur de l'animal. Ils continuent d y creuser avec leurs assagais, et passent la graisse à leurs camarades en dehors. Ce manége dure jusqu’à ce quil n'y ait plus rien.
Pendant ce travail, d’autres indigènes s'occupent activement à enlever la peau et chair du reste de la carcasse Dans ces occasions-là, les naturels ont l'horrible coutume de s'enduire le corps, de la tête aux pieds, avee le sang noir et caillé de la bête; ils s'entr'aident à cela et chaque homme en prend plein ses mains et Vetend sur le dos et sur la tête de son ami. Depuis le commencement jusqu'à la fin ce sont des clameurs incessantes, des sons confus, des voix ¢lourdissantes : tous se heurtent, se Coudoyent, tous s’efforcent de se frayer un passage jusqu'à la venaison, el l'assagai aigu brille dans toutes les mains. Les voix coleres et le hideux aspect de ces sauvages au corps nu et sanglant, combinés avec leurs gestes frénétiques et le cliquetis de leurs armes, offraient un spectacle si sipistre et si frappant que, lorsque j'en fas témoin pour la première fois, j'étais persuadé que j'allais bientôt voir la moitié de l'assemblée tourner sa lance contre l'autre moitié.
La trompe et les pieds sont des mets délicats, et plusieurs hommes s'occupent exclusivement à les couder. . amputation des derniers s'opère au fanon; on dccoupe en morceaux convenables la trompe, qui a eux preds d'épaisseur à sa base. La trompe et les eds se euisent avant d'être transportés au quartier général. Voici comment cela se pratique : plusieurs personnes nronies de bâtons pointus creusent un trou dans la terre pour chaque pied et pour une portion de lat ompe Le trowest d'une profondeur d'environ deux pieds et d'une large toise. Avec la terre qui a été extraite du trou on entoure les bords; ceci terminé on rassemble une immense quantité de branches sèches et de trones d'arbres dont il y à toujours profusion aux alemours, eu égard aux dévAts commis autrelois par les elephants; ot les empile au-dessus des trous, à la haoteur de huit à neuf pieds, et on y met le feu,
Lora) & ces énormes brasiers ont entièrement brûlé et que tout be boisest réduit en cendres, les trous et la terre cnvironnante sont échauflés à un degrétres-clevé,
Dix ou douze hommes ratissent les cendres avec un
bâton de seize Lieds de long, au bout duquel il y a un crochet. fis se relayent l’un l'autre sans interruption et avee promptitude; chaque homme ne peut tenir à ce mélier que quelques secondes, et il jrte le rateau à son camarade, en se retirant. La chaleur est si forte qu'elle n’est pas supportable. Lorsque. par ce procédé, les cendres onl été ratissces, deux hommes athlétiques apportent le pied et un morceau de trompe et les placent dans le trou. Alors on reprend le rateau et on repousse dans le trou la terre qui en a été retirée et qui est toute chaude; on continue à ratisser jusqu'à ce que pied et trompe soient tout à fait recouverts. Les cendres chaudes sont amoncelées par-dessus, on allume un autre feu de joie. et, lorsqu'il est entièrement consumé, on trouve l’énorme pied et la trompe parfaitement cuits à point dans tontes leurs parties. Alors on les retire de terre avec des bâtons pointus, on les bat bien, on les racle avec des assagais afin d'ôter tout vestige de sable, on les pèle et on les pique après un pieu pour les transporter plus facilement.
Le pied cuit de cette manière est excellent et la trompe aussi; elle ressemble beaucoup à langue de buflle. En recouvrant le pied, les naturels ont bien soin de ne pas pousser dans le trou de charbons ardents : ils brüleraient la viande. tandis que le sable ou la terre la protège et lui communique une chaleur égale et convenable. Lorsque les naturels ont découpé l'éléphant et transporté les énormes pièces de viande dans les kraals respectifs et temporaires, ils s'asseyent pour se reposer et pour respirer, et ils se ré galent alors en fumant et en prisant.
La pipe bechuana est très-primitive et diffère de tout ce que j'ai jamais vu. Lorsqu'ils veulent fumer, ils mouillent une portion de terre; et ne sont pas scru= puleux quant au liquide qu’ils emploient. Hs entourent avec celte terre humide un rameau vert courbé en demi-cercle et dont les deux bouts passent. Is pétrissent ensuite cette terre humide avec leurs pouces en faisant glisser la baguette jusqu'à ce que le trou soit fait, puis retirent cette baguette et élargissent une des extrémités avee les doigts, de maniere à former une coupe pour le tabac.
La pipe finie et prête pour un usage immédiat, ils y introduisent le tabac, et l'allument; le fumeur se met à genoux, et,, S'assujettissant sur les paumes de ses mains, met ses lèvres en contactavec la boue à l'issue du petit trou et hume la bienheureuse fumée. Une grande quantité de fumée leur sort des narines. et le déluge de larmes qui tombent des yeux prouve le plaisir dont ils jouissent. Une de ces pipes suflit à une assemblée nombreuse; chacun fume à son tour en remplissant la coupe à chaque fois.
Après s'être reposés, les naturels retournent encore une fois à la eurée, et decoupent la chair en tra ches
minees qui out depuis six jusqu'à vingt pieds de long ”
et dont l'épaisseur et la largeur sont de deux doigts de la main d'un homme. Quand ceci est fait, ils s en vont couper des gaules avec leurs tomahawks : ils en font de deux sortes pour des poteaux et pour des traverses ; les premiers ont huit picds de haut et se terminent en fourche. Ils les plantent en terre et y placent les traverses, entourées de guirlandes sans fin de cette viande crue, qu'ils laissent pendre au soleil pendant deux ou trois jours. A l'expiration de ce délai, la viande a beau-
coup perdu de son poids, elle est roide et facile à dns- ;
porter. Alors on la retire des traverses, on la plie. on cn fait des ballots qui sont fortement attachés avec de longues lanieres de l’écorce intérieure si souple du mimosa épineux ; le travail ainsi terminé, chaque homme prend un ballot sur sa tête, en jette d’autres sur ses épaules, et retourne trouver sa femme et sa famille.
Le volume que produit la chair d'un seul éléphant, après toutes ces préparations, est véritablement extraordinaire Lorsque le crane de l’éléphant fut dépece, Mutchuisho ordonna qu'on arrachat pour moi les défenses. C'est la un ouvrage*diflicile et qui exige une grande habileté. Cette fois, cela fut mal exécuté ; les naturels abimerent l'ivoire avec leurs petits tomahawks ; aussi je me souvins de ce contrelemps, et à l'avenir je me‘ hargeai Loujours de cette besogne. Je me servais de cognées américaines de première qualité, dont j'avais fait l'acquisition pour cet usage. Lorsque les défenses furent arrachées, je montai à cheval et partis pour le camp, accompagné de mes piqueurs et de quelques naturels portant l'ivoire, une provision de viande, des pieds et de la trompe cuite. Les sauvages s'étaient approprié le reste, et lorsque je les quittai ils se querellaient pour le crane, dont les os à moelle sont tresappréciés. Ils se battaient pour chaque parcelle que la hache enlevait et la dévoraient toute crue. En retournant au camp nous traver-dmes le kraal des Bakalabaris, situé dans les montagnes. Ils avaient cultivé dans les vallées de très-vastes jardins où le blé et les melous d’eau croissaient en abondance Jefus enchanté de me trouver dans mon camp, où j'étais plus à mon aise, et surtout de boire un bol de café.
Dans la soirée du 26 une foule d'hommes arriva lourdement chargés de la viande de l'éléphant; la plus
grande partie de cette provision était pour Sicomy ; ils |
demeurèrent près de moi pendant la nuit et se remi- . : La rent en marche le lendemain malin.
Chasse aux éléphants avec les indigènes, — Mort d'un éléphant mile, = Renvoi de mon interprète, — Une lionne tude d'un seul coup de fusil, x
* Le 27 juillet je me décidai à faire avancer mes
chariots vers l’est et j'informai les conducteurs de ma détermination; mais ils firent des objections sans nombre et refusèrent presque de m obéir. Je ne connaissais pas la position des sources et j'étais convaincu qu'Isaac ne m'aiderait pas à les découvrir; aussi je trouvai plus prudent de faire moi-méme une petite excursion dans cette direction. A cet effet je plaçai des munitions et une baguette dans ma vieille gibecière, qui était couverte à l'intérieur d’une couche épaisse de graisse.et d'huile , ainsi que des plumes tachetées et souillées de sang de perdrix et de coq de bruyère : je pris aussi une provision de pain et de café en poudre pour trois jours, et je donnai l’ordre à deux de mes hommes de se tenir prêts à m’accompagner le [lendemain au matin. Mon interpréte avail toujours un air rechigné et de mauvaise humeur. Cetie fois, au lieu de se prêter à mes désirs, il employa toute son énergie à faire naître de la mésintelligence entre moi et les indigèues et à metre les Hottentots en état de révolte. Je découvris qu'il m’avait constamment trompé en me cachant les endroits où les éléphants étaient les plus abondants. et je commencai à croire que je me devais à moi-même de le chasser honteusement.
Le 28, pendant que j'étais en train de déjeuner, des indigènes vinrent m’annoncer qu ils avaient découvert des traces d’éléphants toutes fraîches, à un mille du camp. Je résolus donc de remettre pour le moment mon excursion projetée, mas il se trouva que ces traces me conduisirent dans celte direction, et, de plus, me firent découvrir une sorte d’endroit où les éléphants et les rhinoceros abondaient. Tout étant prét. je me mis en route, accompagné de plusieurs hommes à cheval et d’une centaine de Bamangwatos dont plusieurs nouvelles bandes s'étaient jointes à moi. Je m'aperçus bientôt que les traces elwent celles d'une petite troupe d'éléphants femelles.
Mutchuisho et ses compagnons les suivirent avec une grande sagacité ; ils s'avancèrent d'un pas rapide
toute la journée, s’arrétant à peine avant d'avoir
trouvé les éléphants. Les traces nous conduisirent d'abord à travers une gorge de montagnes dont j'ai déjà dit avoir fait le tour le 24; ensuite elles se tournerent vers l’est au pied de la chaine de montagnes. L'aspect du pays devenait de plus en plus piltoresque. Après que nous edmes suivi les traces pendant quelques heures, hous nous trouvames dans un pays nouveau, et, à ce qu'il me parut, dans un climat different. Tl y avait abondance de grands arbres, et l'herbe et les feuilles y étaient beaucoup plus vertes que dans le pays que nous venions de quitter,
Nous traverses les ils sablonneux de deux rivières torrenticiles; dans l'un d'eux je remarquai les empreintes récentes des pas d'une troupe d'elephants males profondément marquées dans le sable. Ce jour-
EE ee
Ja le vent froid et percant soufilant des bancs de glace du sud, qui regnait depuis quelques semaines, changea de direction et devint doux et tiéde.
Les traces des éléphants sur les arbres aussi bien que sur la terre devinrent de plus en plus fréquentes, et, à une heure avancée de l'après-midi, nous arrivâmes à un endroit où une nombreuse troupe de vaches avait du paitre le matin même. Nous nous trouvâmes en défaut pendant quelque temps, et Mutchuisho grondant fortement ceux qui avaient suivi les traces. donna ordre a plusieurs bandes de chercher à se remettre sur la bonne voie et de faire des excursions sur notre gauche; puis il s’assit à l'ombre d'un arbre et se prépara, avec quelques-uns de ses intimes, à humer son tabac à priser.
Apres avoir achevé cette cérémonie importante, ils aplanirent une portion du terrain avec le plus grand sérieux, et se mirent en devoir de jeter les dés mystiques que la plupart des Béchuanas portent en collier. Ces dés sont en ivoire et ont diverses formes extraordinaires ; ils sont au nombre de quatre, et les Béchuanas les consultent invariablement avant d’enireprendre quelque affaire importante, afin de connaître d'avance leurs chances de succès. Après avoir désenlilé les dés ils les secouent entre les mains, puis les laissent tomber à terre, et alors les vieillards les étudient avec soin et décident de la réussite, suivant leur direction.
Cette fois le sort nous fut favorable et présagea la capture d'un éléphant. Au mêmeinstantun des hommes envoyés à la piste vint nous dire que ses compagnons avaient retrouve les traces, et nous nous hatames de nous remettre en route. Nous aviôns à peine fait un mille lorsque nous aperçûmes une douzaine de vieilles femelles dont quelques-unes étaient accompagnées de leur progéniture, occupées à paître sur le versant d'une montagne rocheuse située à notre droite, à une distance d'à peu près cinq cents mètres.
Le terrain qui nous en séparait était couvert à la hauteur d'une vingtaine de pieds d'une masse impénétrable d'épines de wait-’-bit-thorns dont chaque pied Cait autant à craindre que les crochets d'un trident. En apercevant les éléphants noirs nous nous arréâmes, et Mutchuisho envoya deux hommes du côté du vent dans l'espoir de les faire descendre de leur position impraticable pour se réfugier dans la forêt où nous Cons ; Mais ces animaux avaient beaucoup trop d'instinet pour quitter leur place forte, En sentant les hommes ils agitérent leurs trompes ; puis, se retournant, ils descendirent rapidement la montagne et ne s'arrélérent que lorsqu'ils eurent atteint une autre foret d'épines dont tous nos efforts ne purent les deloger.
Cette forêt d'épines couvrait les côtés et le fond d'une petite vallée, et partout les broussailles étaient
pénétrer. Lorsque les éléphants prirent leur élan, je galopai après eux; les autres hommes à cheval me suivaient, et, comme nous ne comprenions pas leurs intentions, nous les suivimes par le chemin qu'ils avaient frayé, jusqu’à ce que nous nous trouvassions au centre des taillis. Quand nous les apercimes tout à coup à quelques pas de nous, les chiens se mirent à aboyer, les cris et les coups se succédérent, et, vu la nature dangereuse du terrain, je ne fus pas faché de battre en retraite.
Tout rentra bientôt dans le silence, la chaleur avait fatigué les chiens et ils ne voulaient plus se battre. M'imaginant que les éléphants avaient dû s'éloigner de.nous et craignant de les perdre, je continuai mon chemin toujours en suivant le même sentier, lorsqu'un grand craquementse fit entendre près de nous, le bruit se fit dans toutes les directions, accompagné de hurlements qui firent tinter mes oreilles. Nous étions au beau milieu des éléphants. Toute la troupe était des plus féroces, et si ce n’avait été pour les chiens, pas un de nous n'aurait échappé. Heureusement pour nous les éléphants semblaient croire qu'ils voulaient attaquer leurs petits, de sorte qu'ils ne songèrent qu’à les protéger : quant à nous, vu la couleur de nos chevaux ils nous prirent pour des animaux de leur espèce et, quoiqu'ils se frottassent contre nos montures, ils nous laissèrent pour poursuivre nos chiens.
Je me suis rarement trouvé dans une position aussi dangereuse et aussi effrayante. Notre vie était réellement menacée et nous nous servimes avec énergie de nos éperons etdenosjambocks. Le temps manquait pour choisir un sentier : aussi, plaçant ma tête sous le cou de mon cheval et me recommandant à la Providence, je m'élançai à travers le plus épais de la forêt et je me trouvai bientôt loin des éléphants. de ne connais rien de pareil au cri de ces animaux, quant il retentit à quelques pieds derrière le chasseur et lui fait malgré lui traverser d'une manière pittoresque les halliers et les forêts de wait-a-bit. Après quelques-unes de ces leçons, on apprend à mettre sa poitrine en contact avec le cou de son cheval et à placer sa tête dessous pour la garantir contre toute atteinte des épines. Alors en pressant les éperons on traverse les fourrés les plus impraticables, avec autant de facilité qu'un élève d'Éton pique une tête dans la Tamise au Saut-du-lion.
Nous nous débarrassimes des épines avec peine, mais enfin nous nous retrouvames dans la forêt située dans la direction opposée. Les indigènes couvraient les côtes de la montagne tout près de nous et poussaient des burlements effroyables dans l'espoir de faire sortir les éléphants, mais pas un d’entre eux n'osait se risquer dans le fourré. Bientôt plusieurs de ces
hommes vinrent me trouver ; je leur proposai d'y entrer | à pied, mais ils ne voulurent pas en entendre parler, | disant que les elephants étaient extrêmement feroces
si épaisses qu'un homme à pied aurait eu peine à y | et me tueraient pour sûr. Je demandai alors aux in-
ad
digènes d'y pénétrer à la file pour les en chasser, mais ils déclarerent qu'aucune puissance humaine ne pourrail en venir à bout avant le coucher du soleil.
À ce moment les animaux changèrent un peu de place et se frayérent un passage à travers le fourre jusqu’à la partie supérieure du bassin : laissant alors les chevaux à la garde d’un indigène, j'allai rejoindre les hommes placés sur la montagne. De là je pus voir parfaitement les élephants exaspérés. J'étais placé audessus d'eux et à peine éloigné d'environ deux cent cinquante mètres : je remarquai qu'ils montraient une grande ruse dans tous leurs mouvements.
Je plaçai ma carabine sur une branche fourchue et après l’avoir convenablement ajustée, je fis feu sur la femelle la plus rapprochée et la blessai grièvement Le coup résonna dans la vallée; les chiens s’élancerent une seconde fois et les éléphants firent entendre des hurlements affreux. Ils poursuivirent les limiers à une grande distance en brisant et en foulant aux pieds les épais wait-a-bit et les autres arbres de la forêt, comme s'ils n'avaient été que des brins d herbe. Puis ils se retournérent dos à dos et formérent deux détachements séparés qui se touchèrent par derrière, mais deux vieilles femelles de méchante mine se tenaient avèc leurs petits à quelque distance, la tête tournée vers nous, prêles à se jeter sur la première personne assez hardie pour les approcher.
Je vis qu’il serait extrèmemeut dangereux de les attaquer, mais le soleil disparaissant derrière la montagne, etje me décidai à courir le risque. Je fis d’abord feu sur les éléphants qui formaient la garde avancée, el je les atteignis tous deux dans les côtes; en se sentant blessés ils se réfugièrent auprès du corps principal, écrasèrent les arbres pour manifester leur colère, et, après avoir ramassé des quantités considérables de poussière rouge dans leurs trompes, ils en rejetèrent d'épais nuages. Je m'aventurai alors dans le fourré avec Mutchuisho et nous nous avancämes à pas de Joup, en écoutant la respiration des éléphants, qui étaient allés vers la partie basse et se tenaient tous ensemble à cent mètres des bords du fourré.
Aussitôt que nous fimes assurés de leur position nous sortimes du bois et nous suivimes la lisière jusqu'au moment où nous nous trouvames en face des éléphants. J'y entrai alors doucement, et, lorsque je me trouvai à une vinglaine de mètres, je visai l'éléphant Je plus rapproché sur le côté de la tête, et, avant que la fumée ne se fût dissipée, je me sauvai à toutes jambes. Les éléphants ne bougèrent pas; aussi, après avoir rechargé mon fusil, je retournai sur mes pas et fis feu sur un autre; puis je pris de nouveau la fuite. En rentrant dans le fourré une troisième fois, je tendis l'oreille pour découvrir la route qu'ils avaient prise, lorsque j'aperçus tout à coup un éléphant magnifique étendu à ma gauche: la balle avait pénétré jusau'au cerveau et il était tombé mort sur place.
Peu après, une vieille femelle arriva à la poursuite des chiens et s'arrêta dans le fourré, tout près de nous; elle se préparait à revenir à la charge, aussi les indigènes s'empressèrent-ils de battre en retraite, mais je fus assez téméraire pour l’attendre et la viser au front au moment où elle quiltait son abri. Sans faire altention à sa blessure, elle s’élança sur moi d'un pas rapide en faisant entendre des cris percants. Je courais un grand danger, car, chargé de ma carabine, d'une baguette à fusil en corne de rhinocéros, j'avais en outre ma ceinture de chasse contenant une quarantaine de charges. Je fus pourtant assez heureux pour l'éviter, et, dès qu’elle s’arréta, je déchargeai mon second canon entre ses épaules.
La nuit vint et je napercus plus les éléphants : j'en avais blessé plusieurs mortellement, mais celui que j'avais tué me suffisait. Les indigènes me rendaient plus prudent que je ne l'aurais été autrement, et probablement, si j'avais rencontré cette troupe de meilleure heure, j'en aurais tué la moitié. Accables de fatigue et à demi morts de faim, nous formames nos kraals et nous allumämes nos feux : puis, je m'endormis après avoir mangé de l'éléphant.
Le 29 j'envoyai Carollus aux chariots avec l'ordre de m’amener le Bushman et les chevaux, et d'apporter du pain, du café et des munitions. Dans le courant de la matinée je fis l’ascension des montagnes environnantes, et, après avoir franchi le premier sommet, je dominai une vallée profonde et pittoresque qui entrecoupait la chaîne et réunissait les forêts des deux côtés. Bien au- dessous de moi j'apercus le lit sablonneux d’une rivière encaissée qui coule vers l’est, dans la saison pluvieuse. Dans ce moment le lit était sec partout, excepté à cel endroit, où il se
trouvait retenu entre les montagnes. Là se trouvait une source d'une eau délicieuse, et les éléphants y avaient creusé plusieurs trous de deux pieds de profondeur, afin de pouvoir s'y abreuver. Je descendis au bord de l'eau par un sentier qu'ils avaient frayé, et je contemplai pendant longtemps ce lieu avec intérét. Le lit de la rivière offrait à la vue les traces des éléphants, des buffles et des rhinocéros qui y avaient passé à diverses époques ; le ravin était assez large sur le bord de l'eau, et ses berges, escarpées et rocheuses, étaient couvertes d’une grande abondance d'arbres et de broussailles. Un peu plus loin la vallée se resserrait et la rivière serpentait entre d'énormes rochers qui s'élevaient à droite et à gauche à la hauteur prodigivuse de plusieurs centaines de pieds
Carollus arriva vers le soir avec les chevaux et les munitions et accompagné d'une grande troupe d'indigènes, Je me mis en route le 30 de grand matin, ac- | compagné de Mutehuisho et d'une suite nombreuse, pour rechercher des elephants vers Pest en traversant le lit sablonneux de la rivière Mahalapia, à une distance d'un mille au-dessous de la gorge que j'avais
visitée la veille. Quelques années plus tard je renouvelai connaissance avec la Mahalapia, sur les bords du beau fleuve Limpopo, dans lequel elle se jette assez loin vers lest. C’est là un endroit enchanteur, comme j'en ai peu rencontré dans l'Afrique méridionale.
Dans le lit même de la rivière nous remarquames les traces d'un énorme éléyhant mâle, et, après Jes avoir suivies à une petite distance au centre de la forêt verdoyante, un indigène l’entendit, mais il crut que c'était un rhinocéros Une demi-minute plus tard nous nous aperciimes de son erreur et nous courtimes sur les traces de l'animal. Je sifflai les chiens, qui suivirent la piste en nous devancant tous. Je galopai derrière eux en m’atlendant à chaque instant à apercevoir l'eléphant dont je voyais les traces sous les pas de mon cheval, lorsqu'une malheureuse troupe de girafes s'elanca à travers notre chemin; les chiens les suivirent, et je restai seul au moment même de trouver l'éléphant.
Par houheur les traqueurs arrivèrent bientôt etnous continuames notre chemin à bon pas Nous n'etions pas trop eloignés lorsque nous trouvames le terrain tellement couvert de traces nouvelles qu'il nous fut impossible de distinguer celle que nous suivions; car les indigenes, malgré toutes nos remontrances , serraient loujours de près les traqueurs ce qui occasionna un long delai. Pour comble de malheur une nouvelle troupe de girales s'approcha de nous en courant du cote du nord et nous depassa bientôt. Le vieux Mutchuisho arriva en ce moment, très excité, les yeux Jarmoyants et fixés sur la terre, la langue continuellement en mouvement; il se mit à gronder les traqueurs, qui parurent craindre son aspect menaçant; aussi coulinuérent-ils leurs recherches avec une ardeur nouvelle.
hentôt l'un d'eux annonça en se frappant par derrière qu'il avait encore retrouvé les bonnes traces; (les Béchuanas se servent souvent de ce signal pour donner des avertissements à leurs compagnons). Ils apissaient invariablement ainsi à la chasse, et, lorsqu'une enfilade d'hommes traversait une épaisse lorêt, chacun d'eux prevevait ce ui qui le suivait, par le même signe amical, d'éviter toutes les büches, pierres el epines qui obstruaient le chemin,
Nous nous remimes sur la piste au pas accéléré ; loule notre troupe s'avança sur la méme ligne, et bientôt j'entendts sur ma gauche le signal joyeux de la presence « klow +, Je galopai dans cette direction, et bientôt j'aperçus un énorme éley hant male s'avançant dans cette direction : en un instant jarrivais à ses côtés. Ce jour li je montais le meilleur et le plus sûr de tous mes chevaux : la forèt se pr tant assez a ce genre damusement, je vins bientôt à bout de l'éléphant Je lui envovai treize balles , el, en recevant les deux derniers coups entre les épaules, il se retourna rapidement et disparut derrière les arbres.
Je le suivis avec précaution et le trouvai couché sur le ventre, les deux pattes de devant étendues devant lui. Croyant qu'il vivait encore, je déchargeai mes deux coups sur son oreille; mais, quoique les balles pénetrassent avec force dans cette tête vénérable, le noble animal ne les sentit pas; il était déjà mort. Ses défenses étaient presque entierement usées, elles avaient été brisées probablement sur un terrain rocheux , depuis bien des années. Mutchuisho manifesta uue grande joie et envoya des messagers à travers la gorge des montagnes qu’on appelle Sabié, pour avertir Sicomy de la mort de l'éléphant La chasse m'avait conduit à une portée de fusil des trois beaux acacias que javais admiré: le matin; je me creusai un berceau à l'ombre d'un wait-a-bit-thorns et j'entourai mon feu d’une haie de branches du même arbre.
Je me décidai à faire avancer mes chariots jusqu’au délilé de Sabie, où il y avait assez d’eau pour toutes mes bêtes, car mon intention était de continuer à chasser dans les forêts de Vest et de retourner à Bamanawato par une route différente; mais je compris qu'il me faudrait renvoyer fsaac avant de proposer une pareille mesure. À cet effet, je retournai au camp le tet août pour lui annoncer que je désirais me dispenser de ses services. J'expliquai ensuite ma route future aux Hottentots, et, après leur avoir donné l’ordre de me suivre à Sabié par le chemin le plus court, sous la conduite des indigènes, je montai mon cheval Isis et me mis en devoir d'aller retrouver mon berceau sur les rives de la Mahalapia. Le terrain entre Letlochee et Sahié était presque impraticable pour les chariots ; aussi je ne m'attendais pas à les voir arriver au terme de leur voyage avant le lendemain dans l'après-midi, mais ils ne parurent point avant le soir du troisième jour. Les Hottentots ne semblèrent pas goûter l'idée de me suivre; mais, voyant qu'il n'y avait pas à choisir, ils se résiemeérent à leur sort.
Je partis le lendemain de bonne heure, accompagné d’une soixantaine d'indisènes , et, pendant que nous siivions les traces fraîches de deux élephants males, les chiens s'élancèrent dans la direction du vent et leurs voix réveillérent tous les échos de la forêt. Persuadé qu'ils avaient trouvé des éléphants, je les suivis le plus vite possible à travers les broussailles, et, en m'approchant, j'entendis un son rauque qui ressemblait au cri d'un de ces animaux : mais je cherchai en vain à voir son dos élevé au-dessus des waita-bit. Je m'imaginai alors que ce devait être un buffle; mais, en tournant l'épaisse haie derrière laquelle mes chiens aboyaient, je me trouvai face à face avec une lioune courroucée qui foucttait ses flancs avec sa queue et regardait Les chiens en faisant entendre un grognement féroce.
Dès que je vis cela, je criai aux indigènes qui me suivaient tous que c'était un « Tao » (nom que les