LA VIE
Matabilis donnent au lion). et une retraite prepitée s’opéra aussitôt. Plusieurs d'entre eux se réfugièrent dans les arbres. Je descendis de cheval, et, m’avancant à une vingtaine de mètres de la lionne, attendant qu'elle eût tourué la tête ; je la visai alors derrière le cou et je | ‘etendis morte à a mes pieds. La balle avait frisé l’épine dorsale” et, après avoir traversé le crâne, était entrée dans le cerveau. Pendant longtemps les indigènes n'osèrents’approcher; mais, quand ils s’y furent décidés, ils ne purent revenir de leur étonnement en voyant cette ennemie formidable si facilement abattue.
Le 3, de grand matin, je me remis en route vers l'est avec une nombreuse suite. Nous trouvames des traces qui nous menèrent vers le sud-est, d’abord à travers une forêt verdoyante et ensuite à une côte escarpée qui s’étendait jusqu'à la chaîne de montagnes. Nous trouvames de l’autre côté un fourré étendu et presque impraticable d'épines wait-a-bit, et, quelques instants après, les chiens, dépistant des éléphants, s’élancérent en aboyant. Un craquement de branches et un cri rauque se firent entendre, et tous les indigènes se mirent à crier : « Machao! » mot qui signilie homme blanc.
Je parvins, avec une peine inouïe, à voir un des éléphants; mais, en m’apercevant que c'était seulement une petite vache, et sachant que si je la tuais les indigènes ne se remettraient pas sur les traces avant deux jours au plus tot, je ne voulus pas faire feu. Les chiens fatigués par l'ardeur du soleil, revinrent à mon appel, et nous laissèmes les éléphants brouter en liberté.
Quelques instants plus tard nous découvrimes les traces fraîches de deux énormes éléphants mâles : après les avoir suivis à une petite distance, nous retrouvames sur notre chemin des ficutes que le soleil n'avait point encore desséchées, et nous etimes ainsi la certitude que les animaux étaient dans la même vallée que nous. Nous envoyämes à la hâte deux jeunes gens à la cime des rochers de la montagne voisine, d'où ils pouvaient voir tout le pays environnant.
Les indigènes s'accroupirent par terre, et je m'assis pour manger un morceau d'éléphant roti, et pour boire un peu d'eau J'avais à peine fini mon repas que les hommes revinrent, tout essoulilés, m'annoncer qu'ils avaient vu les éléphants en train de brouter dans un bois situé à un quart de mille da lieu où nous étions. Bientôt, arbre touflu qui avait servi à masquer mon approche, j'aperçus à une cine juantaine de mètres de moi deux des plus beaux élephants de l'Afrique Une des délenses du plus gros était cassée tout près de la lè-
en tournant autour d'un
Vré; aussi je m'atlaquai à son compagnon, qui en avait deux fort longues et fort belles. Cet élephant
me donna de la besogne, et le soleil était couché avant
que j'en fusses venpiout.
Le 4 je rejoignis mes chariots, qui étaient rangés dans la vallee pittoresque de Sabie aussi près que possible de l'eau. Je m’apercus que l’ivrognerie et le désordre avaient régné pendant mon absence; mes caisses avaient été forcées, les couvertures de mes chariots avaient été endommagées, des bœufs s étaient égarés, et, qui plus est, on avait éreinté les chevaux pour s’emparer d'eux. Kleinboy était de tous le plus coupable. Un jour, après avoir trop bu, il voulnt se distinguer en essayant de chasser une girafe. I! monta Colesberg, mon cheval de prédilection, et, armé dun fusil valant 80 guinées, il galopa dans la forêt sans songer, jusqu'à ce qu’enfin il perdit la tête et s'égara completement. Par bonheur une bande de Bakalaharis le rencontra en chemin et le conduisit au camp sain et sauf.
Je savais désormais comment il fallait aller à la chasse, et. à partir de ce moment, j'allai rarement à la recherche des éléphants sans emporter les objets suivants : une grande couverture de laine pliée et attachée devant ma selle, deux sacs de cuir portés par les indigènes que je payais avec des verroteries. J’emportais une chemise de flanelle, un pantalon chaud et un bonnet de laine, des munitions et une baguette de réserve, du café, du pain, du sucre, du poivre et du sel, de la viande séchée, une écuelle et une petite cuiller Ces gens là portaient aussi ma cafetière, deux calebasses d’eau, deux haches américaines et deux faucilles pour couper de l'herbe.
Un homme me suivait à cheval, portant un fusil et des munitions de réserve. Mon costume consistail en un chapeau de feutre attaché sous le menton par une courroie, une grosse chemise, tantôt un jupon écossais, {tantôt une culotte en peau de daim et une paire de « veldschæens » ou souliers de fabrique domestique. Je me passais entièrement d habit, de gilet, de cravate, et je chassais toujours bras nus; mes talons etaient armés d'une énorme paire d'éperons, et de mon poignet gauche pendait retenu par une double courroie un jambok en vache de mer.
Je portais encore deux ceintures de cuir autour de la taille; la plus petite me servait de‘bretelles, et du côté gauche pendait un « rheimpys » tressé de huit pouces de long. qui soutenait ma baguette à fusil, formée d'un seul morceau de corue de rhinocéros. La plus g'ande des deux était ma ceinture de chasse; elle était de cuir et fort large; quatre compartiments séparés, en peau de loutre, fermant avec des pattes à boutons, y étaient attachés : le premier contenait mes capsules, le second une grande poire à poudre; les troisieme et quatrième, qui étaient à divisions, servaient de poche à balles et à bourres : deux couteaux de poche, un compas cl une pierre à briquet completaient le coslume,
Dans cette ceinture j'avais aussi un maillet à char ger, en corne de rhinocéros, qui claitretenu, ainsi que
la poire à poudre, par des courroies. Et enfin je te- | décrivit un soubresaut et vint rouler dans les pierres
nais toujours selon mon habitude dans ma main un fusil à deux coups et à double rainure, mon arme de prédilection.
Au bout de quelque temps, je m'aperçus que cette arme ne convenait pas à un homme à cheval, surtout Jorsqu'il est obligé de charger vite, parce que dès qu'un fusil à double rainure a été déchargé une ou deux fois il faut une grande force pour enfoncer la balle an fond du canon, ce qui est extrémement désagréable. Un fusil ordinaire à deux canons est préférable à tous les autres.
Aucun régiment, à mon avis, n’était mieux armé que mon ancien corps, celui des « Mounted rifles », qui était muni d'une carabine à deux coups, portant une balle de douze. Cette arme là est ce qu'il y a de-mieux pour chasser le gros gibier de l'Afrique méridionale. Pour charger plus vite, le chasseur doit coudre ses balles dans leurs bourres et bien les graisser avant de se meltre en campagne. Je trouvai cette précaution fort utile, et, avec un peu d'habitude, je parvins à charger mon fusil et à faire feu du haut de ma selle, alors même que je traversais au galop un terrain difficile.
Le 12 au soir, un messager venu de Sicomy vint au milieu de mon camp et proclama à haute voix que, par ordre du roi, tous les hommes devaient retourner le lendemain dans leurs quartiers généraux. Tous alors prirent leurs bagages sur leurs épaules et m'abandonnèrent. Je ne pouvais pas bien deviner la raison de cet ordre mystérieux, mais je l’attribuais à quelque intrigue d'Isaac, qui, me disait-on, demeurail à Sicomy. Je voyais bien que ce changement ne convenait pas à Mutchuisho, et, pour le récompenser de ses services, je le priai d'accepter plusieurs cadeaux considérables : j'en envoyai aussi au roi. Avant de partir, Mutchuisho me promit de revenir au plus tôt, el i! m'assura avoir demandé à une troupe de Bakalaharis de m'aider dans mes chasses pendant son ab-
sence.
XVI , rt de Sabié Magnifique chasse aux éléphants. — L'antilope noire Explosion de mon fusil à double rainure, - Mort de Colesberg
Je demeurai à Sabié à chasser les éléphants et les rhinocéros avec plus ou moins de succès jusqu'au 22 août, et je partis alors pour Mangmaluhy. Chemin faisant je tuai d'un seul coup un rhinocéros qui des
cendait une pente rocheuse. Il tomba sur lu tête, puis
et les broussailles avec une force prodigieuse.
Le 27 nous arrivames près d'une grande pleine d'herbes en feu que les Bakalahari allument pour faire pousser l'herbe nouvelle avec une plus grande facilité, et pendant la journée NW. ie une troupe d'eléphants mâles broutant tranquillement sur le versant d'une colline située à une distance de deux cents mètres.
Je poussai de grands cris pour les déloger, et, choisissant le plus beau, je fis feu des deux canons en le visant par derrière l'epaule. L'animal se tourna immédiatement vers moi, et, dans sa course furieuse, se jeta la tête la première contre un gros arbre touffu qu'il fit voler en l'air devant lui : ientôt il tomba avec violence sur ses genoux et se trouvant ainsi en contact avec l'herbe brülante, il se tourna vers la droite.
Je le suivis en chargeant et en faisant feu aussi vite que possible, le visant tantôt a la tête, tantôt derrière l'épaule, jusqu'à ce qu’enfin toute cette partie de l'animal fit criblee de balles; mais malgre cela il continua bravement son chemin en teignant de son sang l'herbe et le sol de la forêt.
Une fois il essaya d'échapper en se jetant en désespéré au milieu des flammes, mais cela ne lui servit à rien; j'arrivai bientôt auprès de lui et fis feu jusqu'à ce qu'enfin je commeneai à le croire à l'épreuve de la balle. Après avoir déchargé trente-cinq fois mon fusil à doubles canons, je me servis de mon « sixponnder » hollandais. Lorsque quarante balles furent entrées dans sa chair, il commença pour la première fois à se montrer épuisé. Pauvre béte! il n'y avait plus pour lui possibilité de salut, et je me determinai à ne plus brûler de poudre. Tout le temps que dura la chasse il se rafraichit le corps avec des douches d’eau qu'il lancait de sa trompe sur son dos et sur ses flancs, et, lorsque les angoisses de la mort survinrent, il se tint près d'un arbre épineux en tremblant avec violence et ne fit que verser de l’eau dans sa bouche jusqu’au moment de sa mort. If tomba alors, lourdement en avant, et tout le poids de la partie antérieure de son corps reposa sur la pointe de ses défenses.
Il resta dans cette position pendant plusieurs secondes, mais la tête ne pouvait pas supporter ce poids énorme; il tomba la tête baissée, de sorte que les jambes aidaient à peine les défenses à soutenir ce fardeau, Cet équilibre devait cesser, car le poids était trop elles ne céderent pas pour cela; seulement la portion de Ja téte dans laquelle
lourd pour les défenses :
l'ivoire était emboite céda tout à coup jusqu'au-dessus de l'œilets'ouvritavecun bruit sourd. La defense était done libre et tournait dans la tête, de sorte qu'on pouvail facilement la tirer avec la main; le corps roula gur le côté, Cet éléphant était un animal magnifique, et ses défenses fort longues et intactes.
Le 28 je sellai mon cheval et me mis en route pour
aller rejoindre mes chariots. De bonne heure, le 29, tandis que je galopais à travers la forêt, je vis subitement un des plus gracieux quadrupèdes de ce beau pays, un vieux male antilope noire, l'animal le plus rare et le plus beau de toute l'Afrique. Cette antilope est grande et forte et ressemble sous bien des rapports au bouquetin; elle a le dos et les côtes d'un noir brillant, et contraste d'une façon charmante avec le blanc pur et argenté de son ventre. Les cornes ont plus de trois pieds de long; elles se recourbent fortement en arrière et touchent presque à ses cuisses.
Le capitaine Harris, du régiment du génie du Bengale, découvrit le premier cet animal, en 1837. Re était le premier que j'eusse vu, et je n’ou-
rai jamais ce que je ressentis en contemplant ce quadrupede si beau pour un chasseur. Il se tenait sur notre chemin, avec une petite troupe de « pallahs », mais malheureusement il nous avait aperçus le premier. Je galopai après lui en appelant ma meute. L'air était lourd et chaud, et les chiens avaient perdu toute animation Mon cheval, qui était fort peu rapide, perdit aussi bientôt du terrain, et la magnifique bête gagna une côte rocheuse où je ne pus l'atteindre : elle disparut enfin pour toujours de devant mes yeux. La nuit suivante je cherchai en vain à fermer l'œil; l'image de l’antilope noire était toujours devant moi.
Le 34 nous nous dirigeames vers Towannie, fontaine qui coulait dans le lit sablonneux d’un torrent. Une fois parvenu là j’apercus l'éléphant mâle le plus grand et le plus gros que j’eusse encore vu. Il se tenait en garde, à une distance de plus de cent mètres. J'arrêtai mon cheval, je le visai à l'épaule : je le tuai du premier coup; la balle l’atteignit à la partie antérieure de l'omoplate et le priva à l'instant de l'usage de la jambe.
Avant d'écorcher ce noble éléphant, je désirai le regarder pendant quelque temps. C'était vraiment un animal extraordinaire, et. en contemplant ce vétéran de la forêt, je songeai aux cerfs rouges de mon pays natal. Je compris alors que, bien que le sort m'eût exilé sur une terre lointaine, j'avais gagné pe change, car je régnais alors sur des forêts sans fin qui m'offraient une chasse bien plus noble et bien plus attrayante. Après avoir admiré l'éléphant à loisir, je fis quelques expériences pour trouver des points vulnérables, et, m'approchant tout près, je tirai plusieurs balles dans différentes parties de son énorme crâne. Ces projectiles ne parurent pas même pénétrer, seulement à chaque coup il fit un mouvement gracieux avec sa trompe et en porta la pointe à la blessure de la manière la plus sanguinolente,
Etonné et chagrin de voir que je ne faisais que tourmenter et prolonger les souffrances de ce noble animal, qui supportait ces épreuves avec tant de di-
oo tete peter eee
gnité, je résolus de mettre fin à ses souffrances le plus vite possible. A cet effet, je fis feu six fois sur lui derrière l'épaule : ces blessures auraient da servir à le tuer, mais il ne montrait pas encore d'émotion. Je visai trois fois au même endroit avec mon fusil hollandais à canon rayé. De grosses larmes tombèrent alors de ses yeux, qu’il ferma et rouvrit lentement; sa taille colossale trembla convulsivement, et tombant sur le côté il expira. Les défenses de cet éléphant étaient arquées d’une facon très-gracieuse; elles étaient plus lourdes que celles de tous les éléphants que j'eusse tués. Leur poids à chacune était de 26 livres.
De peur que mes lectrices ne se trompent sur mes intentions quand je faisais des expériences pour trouver des points vulnérables, je les prie de croire que je ne désirais pas torture: l'animal, mais qu’au contraire je voulais mettre fin . sa vie et à ses souffrances ie plus vite possible Java: souvent regretté d'être obligé de blesser tant de fois ces animaux avant de les tuer!
Le 4er septembre nous sellames nos chevaux et nous nous mimes en route pour Mangmaluky. En galopant à la base d'une chaîne de montagnes j'apercus deux « klipspringers » qui montèrent la côte en rebondissant comme une balle en caoutchouc et en choisissant les pointes saillantes des grands fragments de rochers. J'en abattis un; c'était le premier de l'espèce que j'eusse tué : mais quelques années plus tard je me procurai un grand nombre de forts beaux échantillons en chassant l’antilope noire.
Cette charmante petite antilope habite les côtes escarpées des collines et les montagnes rocheuses, elle bondit sur les tables de rochers avec une grâce et une agilité extraordinaires; on la voit souvent perchée comme un chamois sur la pointe d’une roche ou d'une pierre, les quatre pieds rapprochés; leurs sabots dilférant de ceux des autres antilopes, ils ne conviennent qu'à un terrain rocheux, et leur forme est telle que tout le poids de l'animal repose sur la pointe. En regardant au fond d'un précipice, j'ai souvent vu deux ou trois de ces intéressantes bêtes, couchées sur un rocher plat, garanti des rayons du soleil par le feuillage touffu d'un arbre de sandal ou de quelque fougère des montagnes. Les klipspringers sont à peu près à moitié aussi grands que la biche écossaise, et leur poil ressemble beaucoup à la fourrure d'hiver de cet animal, avec cette seule diflérence qu'il est plus roide et plus jaune.
Le soir je baignai dans la fontaine mes yeux fatigués par le soleil et irrités par l'éclat du terrain su lequel je poursuivais les éléphants. Lorsque le soleil se couchait, le nombre d'oiseaux de toute espèce qui venaient sabreuver à la fontaine était vraiment surprenant ; les tourterelles et quelques petits pigeons à longue queue étaient les plus nombreux, Je remarquai aussi quatre espèces de perdrix, et il y avait, ea
cutre; des troupeaux de vingt à soixante pintades. Le 4 je m'occupai, depuis le lever jusqu’au coucher du soleil, à nettoyer le crâne de mon elephant el à en
détacher les défenses, Le lendemain je relournai au |
camp en les portant sur mes,¢paules,et accompagué dune bande de Bakalabari.
Le 6 je me remis en campagne avec une quarantaine d'indigènes et Je rencontrai deux rhinoceros blancs, dont l'un portait une corne d’une longueur démesurée. Jesme décidai à le poursuivre et l'atteignis après une chasse difficile. Je le tuai an moyen de quatre balles derrière l'épaule.
L'après-midi, je tins tête pendant trois ou quatre heures à un méchant éléphant que je parvinsa abattre grâce à trepte-cing balles, au milieu d'un fourré impraticable d’epines wait-a-bit et de fougères. Le canon de mon fusil éclata avec un bruit formidable au dernier coup. La platine et la moitié de la monture volèrent à droite.et à gauche et faillirent mettre fin à ma Carrière aventureuse. Jen fus quitte heureuse-
ment pour une légère brülure au bras gauche et pour |
la perte, pendant plusieurs jours, de l'usage de mon creille gauche, qu'un fragment du canon avait frisée ce trop près.
La perte de mon {ail à double rainure était irréparable dans cette partie éloignée du monde; cette arme m'était indispensable, et, lorsque je songeai aux innombrables services qu'elle m'avait rendus en temps Gpporlun, je me sentis complétement accablé par le chagrin.
Il me restait encore mon fusil à deux coups de Moore et Purday, qui portait une balle de,seize à la livre, et je m'occupai à couler des halles durcies de ce calibre; mais j'eus la mortification de découvrir que loul mon étain avait disparu grace à quelque procédé mystérieux entre mes serviteurs et Sicomy. Je fus donc reduit 4 faire fondre le contenu de mon ancienne cantine militaire pour durcir les balles, à savoir : le plateau des mouchettes, les cuillers, les chandeliers, les théiéres et deux timbales qui convenaieut on ne peul mieux a cel usage.
Le soir, j'eus le plaisir de voir mon vicil ami Mut- Cusho entrer dans le camp, suivi d'une troupe nombreuse d'indigènes, |) parut content de me revoir, et nous nous décilämes immédiatement a faire dès le lendemain une expédition vers l'est. En conséquence,
Nous hous mimes en route de honne heure le 9, et
I marchanes jusqu'au soir sans découvrir de tra-
ces (ruiches
Nous nous arrclanes alors pour la nuitet le lende-
main je contioval mon chemin à travers des forêts HMS, jusqu a ce gu'enfln je me trouvai dans un
payer loul nouvenu pour moi
Le 43, apres deux jours de peine et de fatigues ja suivre des traces, je donnai la liberté à mes } ch , ès les premières lucurs du crépuscule,
| Je reprends avec mes chariots le chemin de la colonie. —Chasse
aux éléphants. — Commencemeat de Ja saison pluyieuse. — Je quitte le pays des éléphants.
J'avais réussi jusques là dans mes chasses au gré de mes désirs, et mes deux chariots étaient maintenant chargés de défenses d’éléphants, produit de mes exploits, comme aussi de beaucoup d'autres curiosités intéressantes. Je me décidai enfin à retourner vers les demeures lointaines de mes compatriotes. Mais, le23 septembre, malgré mes inquiétudes et la crainte de
perdre tous mes chevaux si je ne partais pas immé-
diatement, je cédai aux conseils de Mutchuisho etme Jançai encore une fois à la poursuite de deux éléphants mâles qu’on disait avoir visité une fontaine éloignée d'une demi Jieue. : | Avautdeme mettre en route, je confiai ma Jancelte à Johannus, et, après lui avoir donné à la bate les instructions nécessaires dans l'art desaigner, je lui enjoignis de tirer du sang en abondance à tous les chevaux qui donneraient Jes moindres indices de la maladie. Nous cheminames vers l’est, et au coucher du second
jour je tuai un rhinocéros-blane, ainsi qu'un iciliélé-
phant male magnilique. Nous établimes notre bivouac à côté du corps de ce dernier.
Dans la matinée du 28, je me décidai à retourner au camp accompagné d'un seul homme. La journée était fort-belle, le ciel couvert, et un vent frais soufflait de la mer du Sud. Après avoir marché quelque temps vers le nord et traversé le lit profond et sablonneux d'une rivière torrenticlle, nous entrames dans un grand bois d'ubres couverts d'un feuillage duplus délicieux vert tendre.
En atteignant le sommet. d'une pente douce située à un mille du bois, mon regard plongea dans une vallée étendue où j'apereus deux éléphants mâles . très-vieux. Ceci me promettait une chasse magnilique. Le terrain était propice; mes deux chiens, Wolf et Bouteberg, qui s'étaient déjà distingués à la poursuite des éléphants me suivaient : je m/avancai d'un pas si rapide que les chevaux et les chiens étaient tout essoullles : aussi je me décidai àne pas attaquer tout de suite, mais à observer lentement les animaux sans les perdre de vue.
Les éléphants marchaient contre le vent, et la dislance qui nous séparait ne dépassait pas cing cents mètres, Je m'avançai tranquillement vers eux, et j'avais franchi à peu près la moitié du chemin, lorsqu'on lournant mes yeux vers Ja droile japergus tout un roupeau d'éléphants males hissés sur une côte boisée
situee à moins de trois cents mètres de nous. Ces éléphants étaient presque sous le vent.
‘Ce que je devais faire c'était de tuer le plus bel animal de chaque troupeau, et j'y réussis de la manière
suivante : je me placai entre le vent et les éléphants, © et, dès qwils eurent senti mon odeur, je les vis dresser ©
leurs trompes en lair pendant uu moment; puis, une terreur panique s’emparant d'eux, ils se retournérent vivement et se sauvèrent à travers la forêt dans la direction du vent. Mon désir était de choisir le plus beau male et de le chasser à une assez grande distance de lautre troupe avant de prendre sa peau pour une cible. Je m'élançai donc au grand galop a la poursuite des éléphants eflrayés, qui traçaient leur chemin par des nuages de poussière rouge.
J'arrivai bientét pres d'une clairière, et là je vis distinctement Ja chasse que nous poursuivions. C'était vraiment un magnifique spectacle : Ja troupe était composée, à une exception près, de neuf ou dix éléphants males, qui poriaient tous de longues defenses, fort lourdes et très-unies. Leur première frayeur passée, ils ralentirent le pas et s'avancèrent lentement et avec majesté en suivant un seul chef à la file.
Cette vue était si remarquable que la description la plus fidèle ne pourraiten donner qu'une faible idée. Jexcitai mon chevalet dépassai les éléphants au ga- Jop, en me tenant éloigné d'eux pour mieux examiner leurs défenses. 1 m'était diflicile de me décider à choisir dans la troupe : chacun d'eux paraissait plus grand que son voisin; mais enfin, je conclus à l'attaque d'un vicux patriarche, à cause de la grosseur et de la beauté extraorditaire. de ses défenses : comme il étail le plus lourd, il marchait le dernier, et je le séparai en le chassant vers le nord, i
Cest.un art diflicile que celui de chasser un éléphant dans la direction que l'on désire; au premier abord cela paraît la chose la plus simple, tandis qu'il faut au contraire que le chasseur emploie toute sa ruse pour réussir. C’est là une chasse toute différente que celle de l'élan, qui demande pourtant beaucoup d'habitude. Si vous vous approchez trop près de l’éléphant, ou si vous criez pour l'elfrayer, il se jettera avec furie sur vous; d’un autre côté, si vous lui laissez trop de distance, i] vous échappera probablement dans le fourré, ce qui lui est très-faciie, mulgré sa taille colossale, Dès qu'on le perd de vue, il est à craindre que Jechasseur ne le revoie jamais. Le terrain était propice, Kleitboy me cria done de commencer l'attaque, en remarquant avec raison que l'animal était sur le chemin de quelque fourré d'épines où nous finirions par le perdre; mais, malgré cela, je réservai mes coups jusqu'à ce que je Veusse chassé à une certaine distance des deux vieux que nous avions découverts les premicrs.
A la tin je m’approchaiet je forçai la béte à se tourner vers moi; ce qu'elle fit bravement, ct alors je lui jetai an cri de défi, C'est ainsi que le combat com-
| menca, et, le terrain étant toujours favorable, j'onvris
le feu. Au bout d'un quart d'heure j'avais logé douze balles dans le corps de l'éléphant qui donnait des sisnes d’une mort prochaine et prenait de la poussière sur la pointe de sa trompe, la jetant en tourbillons tout autour de lui. É
Il est fort dangereux de s'approcher à pied d’an élé-
phant dans un moment semblable, car, quoique pres-
que mort, il lui reste encore assez de force pour altaquer son adversaire avec impétuosité. Je souhaitais en finir avec lui, aussi descendis-je de cheval en m’abritant derriére un arbre gigantesque dont le trone n'avait pas moins de six pieds de diamètre. J'arrivai ainsi à vingt mètres de lui et je lui envoyai mes deux balles à droite eta gauche au defaut l'épaule. Ces deux coups décidèrent de son sort. Après les avoir reçus; il entra à reculons dans le bois, et, bientôt après, je l'entendis tomber lourdement. Mais, hélas! ce son fat accompagné d'un affreux craquement, et, en m’avancant de ee côté, je le vis étendu mort, tandis que sa défense, qui se trouvait dessous, était cassée en deux par le milieu.
Jene perdis pas beaucoup de temps à examiner l'éléphant : remontant à cheval, je me mis immédiate— ment sur les traces des deux vieux mâles que j'avais d'abord aperçus. Je n'étais pas très-éloigné lorsqu’en regardant vers la droite je vis, à un quart de mille, une
troupe de huit ou dix éléphants femelles avec leurs pe-
tits, paissant tranquillement sug une petite colline légèrement boisée. Nous laissames les femelles diner en paix ct nous suivimes les traces des mâles. L’indigéne qui nous conduisait élait le meilleur traqueur des Bamangwatos, et je fus heureux de voir que les éléphants ne s'étaient pas laissé eflrayer, car leur route était jonchée de branches d'arbres qu'ils avaient arrachées tout en cheminant lentement.
Enfin nous arrivames à une chairière, et, après avoir tourné un bosquet de mimosas épineux, je vis l'un des animaux à découvert. Je m'avançai avec preeaution, et je découvris son camarade dans un fourré de wait-a-bit nains, à cent cinquante mètres de moi. Tous deux étaient de vieux miles magniliques, et le premier qui s'offrit à mes yeux enchantés portait deux defenses très-longues cl parfaites.
J'étuis descendu de cheval pour faire celte reconnaissance : j'y remontaiaussitôtet m'avançai vers] éléphant qui marchait devant moi à une distance de quarante mètres, en soulevant doucement ses énormes oreilles qui l'empêcharent complétement de me voir Jehadtai legerementle pasenm'éloignaut vers la gauche et je dépassai l'animal d'une soixantaine de mètres, Ce fut alors qu'il m'observa pour la première fois,
Probablement il prit Dimanche pour an harle-beast, cav il me regarda fixement, mais saus montrer la moindre crainte, Les indigenes m'avaient prié de le pousser vers l'eau qui se trouvait au mord, si la chose Gait possible, et C'est ce que je me décidai à faire.
EEE a
Après m'être avancé un peu, je me placai entre lui et le vent. A l'instant même l'éléphant entra à reculons dans les broussailles, en tenant sa tête haute et tournée vers moi. Je fis seulement quelques pas en décrivantun demi cercle, afin de pouvoir le viser à l'épaule, et, arrétant mon cheval, je tirai du haut de ma selle. Il reçut la balle dans l'omoplate, et, lorsque je continuai silencieusement mon chemin, il me regarda avec le plus profond étonnement.
A ce moment les indigènes lâchèrent deux de mes chiens, qui, un instant après, aboyèrent autour de lui de toutes leurs forces. Je criai pour les encourager et embarrasser l'éléphant, qui paraissait ne pas savoir ce qu’il devait penser de nous. Enfin il courut tête baissée après Bill et Flam, en faisant entendre des cris percants; puis il rentra à reculons dans un fourré, se rejeta encore une fois sur les chiens, et se sauya ensuile à toutes jambes dans la direction que je désirais lui faire prendre.
Je l’atteignis bientôt et je lui envoyai deux balles au défaut de l'épaule. Les chiens se firent bientôt entendre et il se jeta avec furie sur ses persécuteurs, qui se sauvèrent immédiatement vers leur maître. Je me frouvai ainsi face à face avec un éléphant courroucé.
Je n'avais pas le temps de me remettre en selle, et ma vie ne dépendait plus que de mes jambes. Les chiens, heureusement, ne me suivirent pas, mais ils coururent après Dimanche qui, effrayé par ces sons de trompe, se sauva comme un fou; et je ne pus m’empêcher de rire, quoique je me trouvasse engagé dans un combat des plus dangereux.
Après avoir rattrapé mon cheval, je retournai à l'éléphant blessé et je compris qu'il se mourait; mais je continuai à faire feu sur lui pour hater sa mort. Aussitôt qu'elle eut lieu, j'eus le profond chagrin de découvrir qu'une de ses défenses sans pareilles s'était cassée près de la lèvre, La chasse avait été magnifique ; j'avais abaltu, dans une seule après-midi, deux éléphants, probablement les plus gros de Bamangwato, et, net été la perte des deux plus belles paires de défenses que j'eusse obtenues cette saison, mon triomphe eût été complet et sans mélange.
Le lendemain, de bonne heure, laissant à Kleinboy et aux indigènes le soin de veiller à l'ivoire, je parlis accompagné de deux hommes à qui je voulais montrer l'endroit avant de retourner au camp, où j'avais laissé l'autre élephant.
trèspeu d'eau élait tombée depuis mon arrivée dans le
Jusqu'ici le temps nous avait été favorable :
pays; mais, à la fin, la saison pluvieuse arriva; des pluies torrentielles nous surprirent souvent à la chasse, accompagnées d’éclairs et de tonnerre. Bientôt les mares et les lits sablonneux des rivieres, jusqu ich secs, se remplirent d'eau; les arbres desséchés des forêts se couvrirent d'un feuillage verdovant: les pleines arides se changérent comme par
enchantement en prés fleuris. Lorsque la pluie venait ainsi nous suprendre à la chasse, je forcais les indigènes à ériger une chaumière pour nous abriter C'était là un ouvrage qu'ils ne faisaient pas trop volontiers, mais j'arrivais toujours ames fins en leur ex-
pliquant que, si mes fusils et ma poudre étaient
mouillés, ils mourraient infailliblement de faim, parce que je ne pourrais plus leur tuer d’éléphants.
Lorsqu'une bande nombreuse m'accompagnait, il était très-facile d'élever une bonne chaumière, et l'on s'y prenait de la manière suivante. Quelques hommes, armés de haches, allaient à la recherche de longues perches fourchues qu’ils coupaient d'une longueur de dix pieds; d’autres ramassaient des broussailles vertes, et faisaient une bonne provision d herbe longue et desséchée qu'ils arrachaient avec les racines. On fichait les perches en terre dans un rond, de facon à ce que les bouts fourchus se rencontrassent en dessus de nos têtes. Alors on les entrelaçait fortement avec les broussailles, en laissant une ouverture basse pour servir d'entrée : enfin on couvrait le toit avec l'herbe desséchée, et le sommet était ordinairement couronné d’une énorme oreille d’éléphant ou bien encore d’une partie de sa peau.
Telle fut mon habitation pendant le reste de cette saison comme aussi durant tout le temps que je chassai parmi les Bechuanas. Mais il m'arrivait souvent de n'avoir pour m’abriter que la voûte du ciel, et alors mon sommeil paisible était souvent brusquement interrompu par la pluie qui tombait par torrents sur ma figure. C'était extrêmement désagréable, sur tout lorsque l'orage avait une force qui nous empêchait de tenir nos feux allumés. Par un temps pareil, le roi des forêts rôde partout à la recherche de sa proie, et, de temps en temps, nous entendions les voix formidables d'une troupe de lions, que le succès de notre chasse attirait près du lieu de notre campement.
Dans la latitude où j'étais parvenu je trouvai pour la première lois cet arbre admirable que l'on nomme le « Nwana » dont le tronc, une vraie tour fortifiée, avec crénaux et Machecoulis, a quelquefois soixante et cent mètres de circonférence, particulièrement vers le Limpopo. Le feuillage du Nwana ressemble à celui du figuier et ses fruits sont des noix de la grosseur d'un œuf de cygne. Quant au bois il est mou et impropre à aucun usage.
Un fait remarquable, par rapport à ces arbres, est la manière dont ils sont disposés dans la forét. On les trouve ou seuls ou alignés, mais toujours à une grande distance l'un de l'autre, comme s'ils avaient été plantés par la main de l'homme, et leur taille vraiment extraordinaire leur donne toujours l'apparence d'êtres étrangers à la terre qu'ils occupent.
Mes bœufs n'avaient fait que paître et se reposer depuis plusieurs mois; ils étaient maintenant pleins de vigueur, et tratnaient d'un pasrapide mes chariots, tout
lourdement chargés qu’ils étaient, par-dessus des collines escarpées eta travers les routes impraticables de la forét, de sorte que le soir du 4 octobre je campai encore une fois dans les montagnes de Bamangwato.
Sicomy arriva bientôt pour me souhaiter la bienvenue. I] me rendit visite accompagné de beaucoup d’hommes de sa tribu, se disant fort heureux de me voir revenir sain et sauf de mes excursions périlleuses. Sa majesté me fit l'honneur de me complimenter sur mou succès et mon habileté extraordinaires à la chasse. Il observa que la médecine des blancs devait en eflet être fort puissante.
Pendant toute la soirée, la bizarrerie de ses questions m’amusa beaucoup. Il me demanda si mon père et ma mère vivaient encore; combien j'avais de frères et de sœurs; si mon roi avait des troupeaux abondants, et si ses sujets étaient plus nombreux que les siens. Quand je lui dis que notre chef était une femme, cette nouvelle parut l’amuser infiniment, mais lorsque j'ajoutai que ses sujets étaient aussi nombreux que les saulerelles, il regarda ses sujets avec un sourire d’incrédulité, et me demanda alors si tous mes compatriotes pouvaient abattre des éléphants aussi facilement que moi.
La question était embarrassante, aussi je lui répondis que je n’en étais pas stir, mais que je savais que les cœurs de lous mes compatriotes étaient faits comme le cœur du lion lorsqu'il a des petits à défendre. Cette remarque spirituelle émut profondément l’assemblée, et un murmure de surprise et d’admiration se manifesta parmi ces hommes à peau noire, lorsque chacun d’eux la répéta à son voisin.
Le vieux Mutchuisho comprenait mon baragouin mieux que les autres, et il me servait d'interprète auprès du roi, puisque je n'étais pas encore assez bien versé dans la langue pour soutenir seul une conversation. Mutchuisho me dit ensuite que deux amis de Sicomy, avec leurs deux domestiques, désiraient m'accompagner à la colonie pour soigner mon bétail : ils promettaient de se rendre utiles en allant à la recherche de bois à brûler et en portant la venaison aux chariots. ;
Par bonheur j'acceptai cette proposition, et les quatre aspirants sortant de Ja foule. me furent dûment présentés. Les noms de ces quatre Béchuanas étaient : Mollyee, Mollyeon, Kapain et Kuruman; les deux premiers appartenaient à l'aristocratie ; ils m'avaient souvent aidé à la chasse, de sorte que nous étions d’anciens amis. Ces hommes promirent de m'accompagner jusqu'à la mer et de retourner avec moi au pays de leur chef, en me servant tidèlement : de mon cOté, je consentis à leur donner une vache et un fusil, en récompense de leurs services.
Mollyee et Mollyeon étaient frères. Ils étaient grands et actifs et possédaient tous les deux de grands yeux étincelants et des traits agréables. Kapain était
gros et bruyant, d’une laideur remarquable, et le plus amusant de tous les habitants de Bamangwato. Kuruman, garçon fort complaisant, âgé de seize ans, avait une assez jolie figure, mais qui lui donnait plutôt l'aspect d'une fille que d’un homme. J'offris de la viande cuite et du café à Sicomy, qui passa la nuit au camp avec sa suite.
Le lendemain, de bonne heure, j'échangeai des perles, des munitions et d’autres articles contre de belles défenses d’éléphant et de forts jolis échantillons d'armes et de costumes d’indigènes. En m'informant auprès du roi de ce qu'était devenu Isaac, j'appris qu'il était retourné à Kuruman depuis longtemps en compagnie d’un fils du vieux Seret, Béchuana de distinction, qui demeurait dans ces parages.
Cet individu, dont le nom signifie bosse, était surtout renommé par l’opiniätreté avec laquelle il s’opposait aux progrès de la religion chrétienne, Sa nombreuse progéniture était aussi fort nombreuse.
Après avoir dit adieu à Sicomy, le 5 à midi, je me remis en marche pour Corriebely, où j'arrivai dans
l'après-midi du lendemain ; un grand nombre d'indi-
gènes m’accompagneérent, comme à l'ordinaire, dans l'espoir d’obtenir une provision de chair fraiche, car on disait que des éléphants avaient reparu à Massouey. Je déterrai dans cet endroit une grande quantité de plomb, que j'avais enfou: dans un trou, sous les cendres de mon feu, avant de traverser les montagnes de Bamangwato.
Le 16, de grand matin, je me mis en route pour Bootlonamy, où j'arrivai le soir : je rangeai mes chariots à l'ombre d’un bosquet de beaux mimosas ornés d’une profusion de fleurs jaunes qui embaumaient l'air et dont la couleur contrastait avec le vert tendre du feuillage. Je continuai : y chasser pendant plusieurs jours.
Le 19 après midi, un violent orage éclata sur ma tête; le tonnerre grondait avec une force telle que je me pris à trembler. A vrai dire je craignais pour mes barils de poudre qui contenaient trois cent livres de ce dangereux ingrédien. Par bonheur l'orage se dissipa au coucher du soleil, lair s'était purilié et un parfum d'une douceur sans égale s'élevait de la terre reconnaissante et de la forêt fleurie.
L'orage recommença vers dix heures du soir, accompagné d'éclairs et de tonnerre, et dura la plus grande partie de la nuit,
Fuite de mes domestiques. — Tristes prévisions, — Arrivée chez le docteur Livingstone.
J'étais parvenu dans une z0ue éloignée et le moment
ee
était critique pour mon expédition, lorsqu'un événement arriva qui me sauva dès ennuis et des inquiétudes sans nombre. J'appris cependant bien des choses qui me servirent plus tard., car je découvris d'abord combien de difficultés un homme peut surmonter lorsqu'il a à luttter contre l’adversité : je devins en méme temps un conducteur de chariots fort habile.
Je raconterai ici la désertion de tous mes domestigres hottentots, à l'exception de Ruyter, le petit Bushman. Je crois qu'ils furent poussés à cet acte de lächeté par la crainte de ne pas pouvoir conduire les chariots en sûreté à travers les déserts sablonneux qui nous séparaïent du poste lointain des Missionnaires, à Bakatla, à cause du mauvais état d'un essieu de mon chariot de voyage. Un jour, Kleinboy étant ivre, l'avait heurté contre un arbre avec tant de force qu'une des jantes de l’essieu de devant se fendit en travers, de sorte que la roue n’était plus tenue que par la clavette et le moyeu. ‘
Le 22 octobre je remarquai sur la figure de mes domestiques une expression extraordinaire, et aucun d'eux n'osait me regarder en face. Le 23, un peu avant le jour, comme je dormais dans mon chariot, Ruyter vint me réveiller pour m’annoncer que mes quatre Hottentots avaient déserté pendant la nuit; il m'apprit que chacun avait emporté un grand paquet de billongue, viande séchée au soleil, et qu'ils avaient fait tout leur possible pour lui persuader de les accompagner.
C'était là une nouvelle désolante, car, quand ces gens là étaient avec moi j'avais à peine assez de monde pour faire mon ouvrage, et les quatre sauvages de Pamangwalo, pas plus que moi, ne connaissaient l'art fatiguant et difficile de construire des chariots. Je m'imaginai que les Hottentots ne persévéreraient pas dans une démarche aussi téméraire, qu'ils changeraient d'idées et retourneraient à leur maître
lorsqu'ils rélléchiraient à la faute qu'ils avaient com- |
mise; aussi je n’essayai même pas de lesrattraper, mais je passai la matinée à charger Jes chariots, à arrimer fortement à leur place Tes pots, les pelles, les haches, ete., et à préparer les harnais avant de nous mettre en roule.
Après avoir déjeuné, aidé du petit Bushman et des sanvages, je raltrapai, réparai et accouplai vingtquatre bœufs, douze devant chaque chariot; puis nous limes claquer nos fouets et nous nous mimes en route pour Bootlonamy Mollyee et Mollycon menaient Vattelage, tandis que Kapain et Bureman suivaient en conduisant les chevaux et les bœufs de réserve. Dans mon jeune temps je guidais assez habilement un tandem et un altelage de quatre chevaux, mais j'avais cette fois une tout autre affaire, Je dee vins cependant bientôt complétement au fait des
mysteres de l'art des antomédons anglais, et j'appris à
conduire mes chariots presque aussi vite que les Hottentots.
Le vley de Bootlonamy était ferme et uni, et nous avancâmes à bon pas : mais le soir, lorsque nous le quittames pour entrer dans les terrains sablonneux, les bœufs ayant découvert que leurs nouveaux conducteurs ne savaient pas se servir de leurs fouets avec la rapidité et la sûreté des anciens, refusèrent de marcher autrement qu'au pas allongé, et ils s'arrétèrent souvent de leur propre volonté. Enfin, à la monée d'une colline de sable, le chariot de Bushman s’enfonea dans le sable, et, en essayant de len dégager, les bœufs cassèrent le timon.
En découvrant que les Jabeurs que nous venions d’entreprenére était plus grands que nous ne nous l’étions imaginé, je me décidai le lendemain à poursuivre les fugitifs; en conséquence, à la pointe du jour, laissant les chariots et tout ce qu'ils contenaient à la merci des sauvages, je partis avec le Bushman et un cheval de réserve pour essayer de les atteindre; mais, après des recherches infructueuses de plusieurs heures, nous perdimes notre chemin dans le dédale de la forêt. Nous fûmes obligés d'y passer la nuit. Pour comble de malheur j'avais perdu mes allumeites, de sorte que nous ne pümes pas faire de feu, et je craignis fortement de nous voir dévorer, nous et nos chevaux, par les bêtes féroces de la forêt.
Nous étions à peine descendus de cheval, que deux énormes rhinocéros vinrent se poster à moins de vingt mètres de nous, et pendant longtemps il nous ful impossible de leur persuader de partir. Peu après une hyenes’approcha aussi; mais jeluijetaidespierres, etellese retira, comprenant que sa compagnie ne nous faisait pas plaisir. Les chevaux étaient éreintés et ne voulurent pas manger, quelque excellent que fat le pâturage.
Dans la matinée du 27, après avoir donné la liberté à mes chevaux et à mes bœufs, je déballai mes outils, etau bout de deux heures j'eus fabriqué un nouveau timon au chariot, avec la tige dure d’un mimosa. Après être venu à bout de cette entreprise, j'accou= plai douze bœufs au chariot qui était enfoncé dans le sable; mais ces bêtes rustes, comprenant qu'il était entrayé, ne voulurent pas faire un effort pour l'en retirer, Après une peine inconcevable, et en changeant constamment la position des bœufs, j'obtins enfin un heureux arrangement; les bêtes tirèrent toutes ensemble, et le chariot se remit en mouvement.
J'attelai ensuite l'autre chariot, et en me rendant à la source Ta plus proche j'eus le plaisir de tuer une jeune girafe mâle à l'aide de trois balles. Jobtins alors une provision de viande et d'eau; ce qu'il y avail de plus pressé était de souger aux moyens à prendre pour traverser le désert sablonneux qui nous séparait du kraal de Booby. Ul était évident que je ne pouvais pas) “tourner par le chemin que j'avais suivi
pour venir, puisque j'avais appris qu'à cause du manque d’eau cette partie du pays était impraticable pour les chariots traînés par des bœufs.
Tandis que j'expliquais cela à ma suite, Mollyeon me dit qu'ilavait une fois traversé ce pays, longtemps auparavant, pendant la saison dés sécheresses, et que lui et ses compagnons avaient obtenu de l’eau dans des puits profonds creusés par des Bakalaharis, dans une partie rocheuse du désert, fort loin à l’est de ma première route. Il assurait qu'il nous faudrait près de deux jours pour arriver à cette eau, puisque nous aurions à traverser tantôt un terrain mou et sablonneux, tantôt des forêts impraticables ; mais il ne paraissait pas très-sûr de pouvoir trouver cet endroit et craignait que, dans tous les cas, les puits ne fussent à sec.
C'était [à une perspective peu agréable, surtout puisque l’eau lx plus proche, qu'il me disait être une fontaine intarissable, était située à deux jours de marche au delà des puits.
Le 29 j'attendis que le soleil fût Icvé alin de faire boire les bœufs à leur soif; puis j'attelai sans perdre de temps et je commencai mon pénible voyage:
Le 30 j'attelai avant le jour, et je poursuivis ma route à travers un sable profond et une forêt où il fallait constamment se servir des haches. Dans Fa-
près-midi nous arrivames aux puits indiqués, mais nous eûmes: le chagrin de découvrir qu'ils ne contenaient guère qu’un peu de boue. Les Béchuanas, cependant, détachèrent les béches dont il se servirent vigoureusement, etl'eau commença, maiscomme à regret, à toinber goutte à goutte de tous côtés; au bout de deux heures j'en obtins une petite quantité pour les bœufs; mes pauvres chevaux n'en eurent pas même une seule lampée, et nous nous remimes en route sous un ciel extraordinairement brülant. Le sable dévenait, en quelque sorte pire que jamais, et les chariots s'y enfonçaient continuellement, tandis que les toiles de mes chariots étaient mises en loques par les épines du wait-a-bit. Au coucher du soleil je m'arrêtai pour la halte de nuit, et je dételai mes malleurcux bœufs.
Le 34, vers quatre heures de l'après-midi, et & ma grande joie, nous arrivämes à ane fontaine abondante.
Pendant la nuit je fas réveillé par un mouvement inosité dans le camp : en levant la tête, je vis tous les Bécliuanas debout, le dos au feu, tandis qu'ils parlaient avec ane volubilité extraordinaire. Les chiens aussi alloyaient avec’ fureur et se réfugiaient de temps et temps auprès du feu, comme si quelque bdte les poursuivait, Cae obseurité complete régnait partout, de sorte qu'il me fat impossible de rien voir ; mais Mollyvon m’affirma qu'un lion et un léopard rddaient antour dw vous etvessayaient de s'emparer de la chair des zèbres que nous avions pendue en feston
| dans les arbres qui nous entouraient. Un instant
après j'entendis les voix des deux animaux, car le lion rugissait et le léopard jetait des cris percants en poursuivant les chiens. :
Bientôt leur audace augmenta; le lion courut sus aux chiens en grognant et arriva ainsi à une vingtaine de mètres dé Vendroit où nous étions, tandis que le léopard sauta d'un bond au milieu de mon garde-manger, à côté du feu : il emportait un grand morceau de viande, lorsque les chiens se jetè- rent bravement sur lui, mais il les lacéra si cruellement que deux d’entre eux moururent bientôt après de leurs blessures.
Nous nous armames alors de tisons enflammés et,
: allant à la rencontre du lion, nous les jetames contre
lui, ce guile fitsauver. Je n’osais pas me servir de mon fusil de peur de tuer les chiens. Les chevaux et les bœufs n’étaient pas encore remis de leur fatigue, mais, quoique extrémementeffrayés, ils n’essayèrent pas de rompre leurs liens. à
Dans la matinée du 2 je tuai un Koodoo ; cette espéce d’antilope paraissait fort abondante ie. Ce jourlà mon pauvre cheval gris fut attemt de Ja maladie africaine. Je l’amenai au camp avec beaucoup de peine et je le saignai tout de suite, mais tout fut inatile, et une heure après il se coucha par terre pour ne plus se relever; le soir le lion fit un festin de sen cadavre, et, lorsqn’i! se fut bien repu, le leopard et les hyènes achevèrent ses restes.
Dans la matinée du 3 je me remis en marche pour Booby, et j'y arrivai le 5 vers midi. Baachy, maintenant chef de Booby, ayant été dépossédé, le premier comme je l'ai déjà raconté, me fittrès-bon accueil. El Io’apprit que mes Mottentots fugitifs s'étaient arrêtés à son kraal, extrêmement épuisés par la marche, qu’il leur avait donné du blé eu les avait fait passer à Bakatla. [ls avaient déclaré au chef que je les avais renvoyés après avoir pris d'autres domestiques à Bamangwalo.
Je quittai Booby le 7, à midi, accompagné d'une grande suite d'indigènes, dont quelques-uns menaient des bœufs appartenant à Baachy, pour les charger de la chair d'un certain nombre de rhinocéros que j'avais promis de lui abattre. Ces hommes me menèrent à Bakatla par une route autre que celle que j'avais déjà prise.
De bonne heure, le 13, je rencontrai une bande d'hommes de Bakatla, que le docteur Livingstone, le missionnaire de l'endroit, avait eu la bonté de m'envoyer, Cnapprenant que mes domestiques coloniaux mavaient abandonné. Ce renfort consistait en un Béchuananommeé Mabal, appartevanta Kurumimie, quai dwit M, Livingstone à instruire lesenfants des Bakatlas. et en trois hommes de la tribu des Bakatlas, Ces gens marriverent juste au bon moment, car à peine avions+ nous parcouru ane trentaine de kilomètres que
ne
l'essieu fendu se brisa en deux, et, Ja roue se détachant, le chariot tomba sur le côté. C'était là une catastrophe que je prévoyais depuis longtemps, et je fus heureux de songer qu'elle n’était pas arrivée plus tôt. Nous dételames les bœufs, et, après avoir déchargé le chariot, nous le soulevames et nous construisimes un faux essieu de bois d’epines.
Le 15 nous attelames, et. apres avoir traversé la gorge pittoresque des montagnes de Sésotabie, nous campämes sur les bords d’une rivière périodique, dont les rives escarpées et le litde sable mou et profond me causèrent de graves appréhensions pour notre route du lendemain. :
Le 16 je déballai mes bèches et ma pioche, et je travaillai pendant plusieurs heures à niveler le bord de la rivière et à frayer une route pour mes chariots; après quoi nous attelames et nous nous préparames à traverser la rivière.
Je me chargeai du chariot aux bagages, qui s’enfonca deux fois dans le sable pendant le passage de la rivière, mais les boeufs l’en retirèrent, et ils l’avaient à peu près amené à la moitié de la côte, presque perpendiculaire, lorsque l’indigène qui conduisait lattelage, sans songer qu'un chariot y etait attaché, fit tourner tout à coup les premiers bœufs lelong desrives, et il devintainsi impossible au conducteur de diriger les autres bœufs. Le chariot sortit donc de la belle route que je lui avais tracée, et, après avoir tremblé un moment, comme s’il ne succombait qu'à regret, tomba lourdement et roula dans la rivière avec un bruit affreux, en brisant ma tente eten jelant mon ivoire et tous mes précieux trophées péleméle dans le courant.
Il y avait là de quoi désespérer l'homme le moins nerveux, mais j'avais tellement l'habitude de l'adversité, que je ne fis que rire de ce malheur, et, après avoir dételéles bœufs, nous commençàmesà transporter l'ivoire et les autres articles sur le terrain uni, au haut des bords escarpés; puis nos redressdmes le chariot, et tout un attelage de bœufs le traîna au sommet de la berge. Je m'occupai alors de raccommoder la tente avec des branches vertes, et avant le coucher du soleil nous avions remis en place la plus grande partie de ma cargaison. Le mème soir ma vache mourut.
Dans la soirée du 20 nous arrivames au poste des missions à Bakatla, où madame Livingstone me son mari et elle avaient éprouvé de grandes inquiétudes sur mon compte; et tous deux avaient craint qu'il ne me fût arrivé quelque malheur, M, Livingstone était parti pour Sichely, où il surveillait la coustruction d'une vaste église et d'une mission au kraal d’un chef nommé Chouaney, où il avait l'intention d'aller demeurer sous peu, lly avait déjà un autre missionnaire
recut avec beaucoup de bonté
nommé M. Edwards, établi à Bakatla, mais qui dans ce moment était absent, Mistress Livingstone m'apprit
que la guerre était déclarée entre les Béquainas, dont Sichely est le chef, et les Bakatlas, et que ces derniers s’attendaient journellement à se voir attaqués.
En causant avec mon hôte, je découvris que j'avais perdu un jour pendant mon séjour dans l’intérieur. Le 23 était un dimanche ; j’assistai au service divin dans l'église des missions, et j'eus toutes les peines du monde à garder mon sérieux lorsque divers membres de la congrégation vinrent y prendre place. Quelques-uns portaient de vieux chapeaux fantastiques, ornés de chiffons et de plumes d’autruche, qu'ils ne quittaient qu’à regret, et l’un de ces individus garda le sien jusqu'à ce que le sacristain lui eit commandé de I dter.
Je désirais rendre visite a Sichely eta sa tribu, et je partis le 24 avec M. Livingstone pour Chouaney. Nous traversèmes un pays magnifique en quittant la vallée, à travers laquelle serpentait la rivière limpide de la Ngotwani, qui. après avoir coulé vers le nord-est, tombe dans le Limpopo à une soixantaine de milles au-dessous de sa jonction avec la Marigna. La Ngotwani contient différentes variétés de poissons bonnes à manger, qui offrent aux pêcheurs de grandes ressources. On pêche généralement avec des mouches ou des vers.
Tandis que nous cheminions lentement nous apperçümes tout d’un coup une nombreuse troupe de bulfles occupée à paitre dans la plaine qui nous séparait du vley ; leurs escadrons sombres et imposants couvraient un grand espace de terrain. D'après nos calculs. il devait y avoir la de six à huit cents bêtes. Lorsque je m'en approchai ils me regardèrent pendant un moment avec étonnement; puis toute Ia troupe, saisie d’une terreur panique, s’élança en même temps en une masse compacte sur les roseaux.
Leur nombre extraordinaire retarda leur fuite, de sorte que je n’eus aucune difliculté à galoper auprès d'eux; je désirais tuer le plus beau, mais dans un aussi grand nombre il n’était pas possible de choisir, car, aussitôt que j'en avais remarqué un, il disparaissait parmi ses compagnons. Enfin je fis feu à droite et à gauche sur les buflles, qui, un instant après, gagnèrent le bord des roseaux; là toute la troupe s'arrêta avec la régularité et la précision d'un régiment de cavalerie, et après m'avoir regardé pendant une demi-minute, ilsdescendirent tous tête baissée dans la vallée boueuse : et un instant après ils avaient complétement disparu. Je vis le sroseaux se pencher devant eux sur ma droite et sur ma gauche, lorsqu'ils s’efforcèrent de traverser la marne; bientôt ils atteignirent l'autre côté elfranchirentla plaine pour rejoindre leurs places fortes dans la forêt. Lorsque les nuages de poussière qu'ils avaient élevés se dissipèrent, je regardai en arrière, et je vis une belle vache tomber morte : un veau blessé se tenait près d'elle, avec sa mère, qui n'avait pas voulu quitter son pelit.
ee ee SEE a cae
Je retournaialors auprès de M. Liwingstone, et nous fimes avancer le chariot pour y charger les buflles. Nous venions de dételer lorsque, abrité derrière un des bœufs, je tuai un wild-beast bleu d’un coup de fusil. Le lendemain, de bonne heure, les hommes qui devaient couper les roseaux arrivèrent, et grande fut leur surprise de voir qu'une aussi bonne provision de moma (de chair), leur nourriture favorite, les attendait. Nous ne dételames que fort tard à Chonanney : un messager vint nous souhaiter immédiatement la bienvenue de la part de Sichely, qui se disait très-content de notre arrivée et promettait de venir le lendemain malin déjeuner avec nous.
Arrivée au kraal de Sichely. — Faiseurs de pluie. — La médecine des fusils. — Bakatlas. — Campbellsdorfs. — Colesberg et Grahamsville.
Le 26 novembre Sichely arriva de grand matin avec une suite nombreuse. L’extérieur de ce chef prévenait en sa faveur ; il avait des manières polies, une taille de cinq pieds six pouces anglais, et manifestait des propensions à l’embonpoint. Il était habillé d'un beau kaross en peau de léopard, et ses bras et ses jambes étaient ornés d’une profusion d’ornements de cuivre fabriqués par des tribus qui demeuraient fort loin vers Vest.
Dans la matinée j'accompagnai Sichely à son kraal, qui était situé au milieu de la ville : ses femmes, au nombre de cinq, avaient dressés leurs kraals près du sien. Ils étaient de forme circulaire et bien bâtis ; les murs et les planches étaient enduits d’un mélange d'argile et de fumier, et les toits étaient couverts de longues herbes solidement entrelacées. Chaque kraal était entouré d'une clôture impénétrable de six pieds de haut. La ville était bâtie sur une pente douce, située au bord d'un vallon large et étendu qui était couvert de champs et de jardins entourés de haies de wait-a-bit.
Peu de temps avant mon arrivée, Sichely, ayant appris qu'ilse verrait peut-être attaqué par les Boers émigrés, avait songé tout d'un coupà entourer sa ville d'un mur de pierrequi étaitmaintenantterminé. [était construit avec des meurtrières à de certains intervalles, pour faire feu sur l'ennemi avec les fusils qu'il comptait acheter des chasseurs et des marchands ambulants.
Je fus dûment présenté aux cing reines, à qui je rendis visite l'une après l'autre. Ces dames étaient toutes grandes et belles; elles possédaient un grand assortiment de beaux kaross de différentes espèces,
et elles portaient toutes une profusion d’ornements de perles et de fil de cuivre. Sichely prétendait être un habile « faiseur de pluie » et toute satribule regardait comme tel, c'est-à-dire qu'il disait avoir le pouvoir de faire tomber de la pluie quand les champs et les jardins en avaient besoin. -
C’est là un métier reconnu parmi les Béchuanas; les gens qui en font profession sont vénérés de tous et on leur assigne un pouvoir surnaturel. Comme ils reconnaissent pour vrai le principe que personne n’est prophète dans son propre pays, ils exercent toujours leur art parmi des tribus éloignées de la leur.
Le lieu de naissance et les premières années de ces faiseurs de pluie sont toujours enveloppés d'un grand mystère, et ils prétendent avoir été subitement créés hommes faits, dans quelque caverne éloignée ou sur le sommet d'une montagne, sans avoir eu à passer par une naissance et une enfance ordinaires. Il y a certains de ces nécromanciens qui se font une bien plus grande réputation que leurs confrères ; les plus célèbres sont fort recherchés, et les chefs sur le territoire desquels les orages périodiques n'ont point éclaté les envoient chercher aussitôt.
Ces charmeurs ont diverses manières deserendre les nuages propices. Celledont ilsseserventle plus souvent est de cueillir quelques feuilles de toutes les differentes espèces d arbres de la forêt, qu'ils font bouillir dans de grands pots, à petit feu, et, pendant qu’on tue un mouton en lui enfonçant une lemue ou longue aiguille dans le cœur, le faiseur de pluie met en pratique diverses cérémonies absurdes.
Ces gens là s'imaginentque la vapeur qui s'élève des feuilles monte aux nuages et les rend propicès: toute la tribu emploie le reste de la journée en danses qu'on fait durer jusqu'à minuit et qui sont accompagnées de chants dont les refrains célèbrent toujours les louanges de la puissance du faiseur de pluie, et se chantent tous en chœur. Mais il arrive souvent que les nuages ne veulent pas se rendre aux prières des sorciers et que le blé en herbe périt faute d'eau. Dans ce cas ils ont recours à d'autres manœuvres.
Un grand nombre de jeunes gens sortent dans la campagne et forment un grand cercle, de façon à entourer quelque montagne rocheuse, afin d'avoir la chance de trouver quelque klipspringer. En resserrant alors leur cercle petit à petit comme les highlanders d Écosse , ils parviennent ordinairement à s'emparer de quelques animaux vivants et leurs cris passent pour attirer la pluie.
Les malheureuses petites antilopes ainsi faites prisonnières sont promenées autour du kraal, tandis que le faiseur de pluie les fait crier en les pinçant. Mais, comme il arrive souvent que toutes ces manœuvres sont inutiles, le faiseur de pluie est quelquefois obligé de se soustraire pendant la nuit à la colère de ses par
trons, et alors la tribu envoie à la recherche d'un plus habile, °
Lorsque ces sorciers ne peuvent remplir leurs promesses , ils attribuent toujours leur insuccès a la présence de quelque agent mystérieux qui à détruit l'effet de leurs remèdes infallibles ; ils croient encore quel'ivoirea le pouvoir dechasser la pluie; aussi pendant l'été ils ne le découvrent qu'au coucher du soleil, et même alors l’apportent-ils soigneusement enveloppé dans un kaross quaud ils veulent le montrer aux marchands.
Je me rappelle m'être attiré le blame de toute une tribu en étalant une quantité d'ivoire à midi, et l’on crut fermement que j'avais voulu chasser la pluie. Une autrefois un chef commanda à un missionnaire de reürer tous les soliveaux du toit de sa maison parce que le fxiseur de pluie prétendait qu'ils l'empêchaient de réussir dans ses enchantements.
Les Griquas, profitant de l'esprit superstitieux des Béchuanas, les trompent souvent. Peu de temps avant mon arrivée, des hommes de cette tribu, qui chassaient dans le territoire de Sicnely, se: firent downer plusieurs Kaross’ de prix en échange d'une petite quantité de soufre qu'ils assuraient’ être’ une médecine tres-effieace pour les fusils: [ls firent croire à Sichelÿ qu'il n'avait qu'à s'er frotter un peu Jes mains avant d'aller à là chasse pour abattre sans peine Daninral qu'il désirerait.
Un jour, en causantiavec le chef, Ja conversation tomba sur l'habileté au tir, et le roi, se fiant probablement au pouvoir de sa « médecine», offritde parier deux beaux kaross contre une grande mesure remplie de ma pondre; mais il stipula que ses deéux'frères seraienb de la partie
Tandis que Sichely chargeait son fusil, je medirigeai vers la eaisse de devant mon chariot, et veyantque plusieurs dés indigènesm'observaient, jememis à frotter du sonfre surmes mains, lafnoavellé en fut immediatement transmise aw chef, qui courut. vers mov sans tarder et me tapant sur l'épaule me-pria delui donner un peu'de ma médecine pour son fusil.
Notre cible consistait em un petit moncean de bors de six pouces, de long sur quatre de large, eb était piacee sun wih gone d'arbre à une distance de cent pas. Sichety fit faw le premier, et naturellement manqua le hut; puis jesvisai eb fendis le bois. en deux : onen remit on aalreren, place, eb Sichely et ses frères con: inuerent à tiren jusqu'à la nuit, sans réussir à le tous cher une seule lois.
Tous ceux qui étaient présents: attribuerent, mon succes Uiquersent, & la médecine, dont je m'étais servi,
Lorsque M Livingstone apprit ce qui s'était passe; en fut fort coutrarié, can il oraignait qua l'avenir les indigenes ne le crussent plus lorsqu'il dénoncerait tous les agents surnalurels, du moment qu'ils avaiout
vu un de ses compatriotes faire usage du souffre.
Je parvins à obtenir plusieurs beaux kaross, de. l'ivoire, des plumes d’autruche et différentes choses curieuses et intéressantes, de Sichely et de sa tribu, en échange d'autres objets, et, dans l'après-midi du 24, nous partimes pour Bakatla.
Le lendemain, dans la soirée, Immense Brute (on se rappelle que c'est le nom d'un de mes chevaux) mourut, et, dans la matinée du 26, nous perdimes aussi le poney bai.
Le 29, dans l'après-midi, nous dételames & Bakatla. Une bande de Baralongs rendait alors visite’ a Mosielely pour acheter des peaux. Ces hommes avaient établi leur quartier général à l’ouest de Moüs, sur les bords du grand désert de Kalahari. La nuit, un orage épouvantable éclata et la foudre tomba sur le kraal occupé par les étrangers ; l'un d'eux fut tué immédiatement et trois autres souffrirent plus ou moins.
M. Livingstone m'aflirmaque cet événementcauserait. de grandes craintes et des inquiétudes sans fin à Mosielely, parce que toutes les tribus le regardtraient
‘comme étant la cause de cet accident. Le lendemain
les indigènes accomplirent les cérémonies ies plus absurdes afin de puriiier le Kraal et ceux qui vivaient encoredes effets de-l’électricité.
Pendant mon séjour à Bakatla je trafiquai beau+ coup avec les indigènes, et j'obtins ainsi des kaross’ et divers articles curieux:
Nous étions aw milieu de l'été, et vers-midi la chaleur était accablante. De temps:en temps des orages accompagnés de pluies abondantes venaient raffaichir l'air; on les attribuait toujours au pouvoir du faiseur de pluie. Tous jes: soirs, la vallée retentissait de chants joyeux, et un chant prolongé célébrait les louanges: dw sorcier:
Avant de quitter Bakatla, Sunday mourut, et, de mes dix chevaux, il ne m’en restait plus que deux.
Afin de ne plus revenir sur ce sujet je dois dire: que je parvins à sauver ces deux bêtes: de la maladie’ en les empêchant de manger de l'herbe et en les enveloppant la nuit dans: des couvertures de laine.
Le di je fismes-adicux aw bon M. Livingstone, et, après une course de plusieurs jours, jarrivai le 2 jam vier à Kuruman, ol M. Moflat me reeutavee sa bonté endinaire.
Le Jendemain (ait un dimanche, etj'assistai le ma linet lesoir ausenvice divin dans la grande église, où l'ont baptisae seize hommes. et femmes qui venaient. d'embrosser la religion chrétienne: |
C'était la saison des fruits, et les arbres: plantés: dans les jardins des missionnaires, pliaient sous) le poids de pêches, de liguus eb de pommes délicieuses ; les vignes aussi portaient de grosses, grapper de rai sin noir qui n'était pas encore maw, Jd laissa à Korte man un des chariots avec son contonu, ainsi. que Lous.
mes bœufs, à l'exception de deux avec lesquels je partis pour Honing, dans la soirée du 7; et j'y arrivai de bonne heure le lendemain au matin.
Je quittai Honing le 8, dans l'après-midi, et me remis en marche pour Daniels-Kuil. Deux cavernes remarquables se tronvent entre Honing et Daniels- Kuil; elles servirent longtemps d’abri à une horde de Bushmans voleurs qui, de leur retraite, enlevaient le bétail de leurs voisins plus laborieux, les Griquas et les Béchuanas ; mais ces pillards recurent leur récompense, car, à la fin, leurs ennemis se servirent du feu pour les déloger, et tous ceux qui ne furent pas asphyxiés par la. fumée périrent à coups de haches et d’assagais en cherchant à s'échapper.
Lorsque les Bushmans sont poussés à bout, ils déployent un grand courage et se battent jusqu'à la fin. Dans le courant de l’année 4847, un chef béchuana , nommé Assyabona, envoya un détactiement nombreux de sa tribu contre une horde de Bushmans sauvages, dont Jes vols étaient si audacieux et si considérables qu'ils étaient devenus des objets de terreur pour tous ceux qui demeuraient dans un rayon de cent milles. A celte occasion beaucoup d’entre eux furent atteints dans une plaine et massacrés.
Un homme détermmé ramassa à la hâte plusieurs carquois remplis de ffèches empoisonnées quiavaient appartenu à ses compagnons morts, puis il se réfugia près d’un groupe de rochers; de cette position il tinttête pendant longtemps à toute l'armée hostile des Béchuanas, dont il tua deux hommes sur place et en blessa un grand nombre. Tout en se défendant bravement, il paraissait sentir qu'il ne fui était pas possible d'échapper. En effet, tandisqu'illançaitunedeses flèches contre les Béchuanas et qu'il leur reprochait leur lächeté, un fils de Mahura, chef des Batlapis, le tua d'un coup de fusil dont la balle Vatteignit au from.
Le #0 je quittai Daniels-Kuil, et le 42, de bonne heure, je campai à Campbellsdorp, où je trouvai M. Bartlett et le capitame Cornélius Kok avec une suite nombreuse ; j'y découvris aussi mes Hottentots fugitifs, ev, ew égard à leur malheureuse condition, je leur payai le montant de leurs gages pour le temps qu'ils avaient été à mon service.
Assez tard dans la soirée du 43, au clair de la lune, je déteiai bœufs et chevaux sur les rives embeaumées de la rivière la Vaal, et le lendemain, comme heureusement les cuux étaient basses, je traversai le courant sans diflieulté, Le 20 je me préparai à traverser la grande branche, mais sans espérer que mes bœufs éreintés poussent me traîner à travers les sables, ear je savais que deux Boers, qui avaiént fait le même chemin une heure avant, avaient cr nécessaire d'atteler seize betes très-bien portantes à leurs légers chariots.
J'avais deviné juste, car, après avoir excité mes bœufs du foust et de la voix, ils né trubnérent le cha-
riot qu'à mi-chemin et là il s’enfonea dans le sable : rien ne put forcer ces animaux à faire un pas de plus. Un Griqua offrit de me louer deux fortes bêtes, et, avec leur aide et celle des miennes, j’alteignis enfin l’autre côté : je campai encore une fois sur les domaines de Sa Majesté. Je me remis en marche pour Colesberg, et j’avancai jusqu’à près de minuit: le pays était desséché et aride ; il ne s’y trouvait pas un seul brin d'herbe pour la nourriture de mes bœufs.
Le 21 je laissai le Bushman conduire le chariot, et je pris les devants sous un ciel torréfiant pour aller à la ferme où j'avais autrefois acheté Prime et Bouteberg. Mon costume consistait en un chapean de feutre délabré qui avait soutenu l'attaque des épines des bois de wait-a bit, en une chemise déchirée et fort poussiéreuse, un pantalon, on plutôt une culotte, car j'en avais coupé les jambes au-dessus du genou; ma figure était orné d'une barbe rousse inculte; en somme, mon aspect ressemblait à celui d’un échappé de Bedlam.
Les habitants de la maison furent effrayés de mon air sauvage, el deux des Boers sortant timidement la tête par la porte entr’ouverte, me criérent de poser mon fusil. La ferme appartenait à l’un d'eux. et e’était lui qui m'avait vendu les chiens ; mais if ne me reconnut pas, et, prenant pilié de mes jambes, il nvoflrit de me prêter des culottes de euir.
Je refusai le vêtement et j'entrai dans la maison sans cérémonie : là les enfants me reconnurent à l'instant même comme étant le « Carle-wha-heb-vor- Bowteberg-ha-quoch, » c’est-à-dire l'homme qui avait acheté Bouteberg.
Le 26 jentrai dans le village de Bolesberg, où j'appris que mes vieux amis avaient été remplacés par un détachement du 45e. Je me rendis tout &'abord à la poste, mais à mon grand désappointement je n'y trouvai point de lettre. Après avoir déchargé mon chariot je le donnai au forgeron pour qu'il y [it les réparations nécessaires.
La grandeur et la beauté de Bolesberg étonnèrent fortement mes serviteurs béchuanas, et les évolutions des soldats les jetèrent dans des transports de joie et d'admiration.
Le Aer janvier, après avoir repris M. Kleinboy à mon service, je quiltal Colesberg et le 22 j'arrivai à Graliamstown , où je fus reçu par le capitaine Hogg, du 7e dragon. Les officiers de ce régiment avuent emmené avec eux d'Angleterre une meute de chiens pour cnasser les renards, et tant qu'ils vécurent ils leur furent fort utiles; mais malheureusement le elimat de l'Afrique méridionale, surtout vers les côtes, convient si peu aux chiens de chasse anglais que, quoiqu'on n'épargnAt ni peines, ni dépenses, qu'on en importât constamment d'autres et qu'on élevat soigneusement les petits nés dans la colonie, la meute avait diminué de beaucoup et finit par s'éteindre tout à faut,
SS
Départ pour l'intérieur. — La citadelle Beaufort. — Chasse aux éléphants. — Mort d'un éléphant.et d'un rhinocéros. — Je
quitte le territoire de Bamangwato.
Je s¢journai à Grahams-Town jusqu’au 7 mars, et, ce jour-là, je me mis en route encore une fois pour les forêts éloignées de l’intérieur Avant de partir, je pris à mon service, en qualité de domestique en chef, un ancien soldat du 94°, nommé Gcorges Martin, bel homme, qui venait de Haddington; il avait été fort bien vu dans son régiment, aimait beaucoup les chevaux, et était habitué à les soigner.
Mes emplettes les plus importantes consistaient en un fusil à deux coups, de Wrally Richards, et en deux fort beaux chevaux. L’un d’eux était un magnifique hongre noir, que j'achetai du capitaine Walpole, du génie, pour 20 livres sterling, somme qui ne représentait pas à beaucoup près sa valeur.
Je nommai ce cheval «Black-Jack» ; pour lecaractère et la démarche, il ressemblait à mon regretté Colesberg, et, tout bien considéré, je n'avais jamais monté une plus belle bête. L'autre cheval était gris, et comme probablement je parlerai de lui à l'avenir sous le nom du « Vieux-Gris, » j'espère que le lecteur ne le confondra pas avec mon premier cheval de ce nom
Le9, dansla matinée, j'arrivaià la citadelle Beaufort, et le 15 je me remis en marche pour l’intérieur, après avoir acheté quatre chevaux excellents des ofliciers de la garnison. L'un d'eux était un cheval d'un noir de jais, nommé Schwartland; c'était un des plus beaux chevaux de chasse de toute l'Afrique méridiovale, et il comprenait si bien mon désir qu'il s’arrélait tout court au grand galop quand je désirais faire feu : je n'avais pour qu’à poser la main sur son cou.
A la ferme de MM. Nilson et Blanc j'achetai encore deux autres chevaux, que j'appelai Brown-Jack et Mazeppa, ainsi que deux bœufs et quelques vaches laitières,
J'arrivai à Bolesberg le 2 et j'y restai jusqu’au 9. Je pris là à mon service deux domestiques hottentots nommés Booi et Kleinfeld; ce dernier était un de ceux qui mavaient abandonné à Bootlonamy, et j'ajoutai deux chevaux aux huit que j'avais déjà. Je me vis ainsi à la tête de dix bonnes bètes jeunes et vigoureuses.
J'achetai aussi un grand nombre de chiens à poil rude et à longues pattes, qui, avec plusieurs levriers décharnés que les Boers me cédèrent sur ma route,
composèrent une meute de vingt chiens connaissant bien leur affaire.
Nous quittames le village, et nous ne nous arrétames que lorsque nous arrivames à la rivière Orange, à Roalas-Deift, où nous detelames à l’ombre d'un bois de saules. Je traversai la rivière à cheval et je mappercus qu’elle était trop profonde pour les chariots ; mais je remarquai que les eaux baissaient, et dans la matinée du lendemain elles furent assez basses pour permettre aux chariots de traverser sans mouiller la cargaison.
Je me mis en route alors pour la fontaine des Éléphanis, à Massouey, où je désirais arriver au plus tôt. Le 45, lorsque je venais d'atteindre le kraal Bastard de Kohama, je recontrai mon ancien domestique Ca- . rollus, qui m'avait abandonné à Bootlonamy ; il avait yu ses anciens camarades Kleinfeildt et Kleinboy, et il avait résolu de retourner sur ses pas et de rentrer à mon service; je n’en fus pas faché, car je manquais d'hommes pour l'expédition lointaine que je venais d'entreprendre. Je rencontrai aussi le capitaine Arkwright et M. Christie, qui faisaient une excursion pareille à la mienne vers l’intérieur.
Le 15 mai je m'arrêtai à Thouaney, et le 20 je trouvai sur ma route une troupe de neuf éléphants mâles, dont je tuai le plus beau. Ensuite nous avancâmes rapidement vers ma fontaine favorite, à Massaney, et nous y arrivames le 29.
Je ressentis un plaisir véritable à revoir cet endroit remarquable que les éléphants fréquentent toujours; deux troupes de femelles et deux vieux mâles s’y étaient abreuvés la veille.
Dans la matinée du 4er juin je partis sur les traces d'une grande troupe qui était venue à la fontaine la veille. Je montai le cheval blond, mon meilleur cheval de chasse, et j'étais accompagné de Kleinsfeld sur Dreadnougth. Nous fûmes obligés de parcourir plusieurs milles avant d'apercevoir l’imposant escadron.
La troupe était composée de dix éléphants mâles, dont huit n'avaient atteint que les trois quarts de leur croissance ; mais les deux autres éléphants étaient de vieux mâles énormes et de toutebeauté. Nous nousarrétâmes pour laisser boire leschiens, et pendant ce tempslà je fis lentement le tour de la bande pour découvrir lequel était le meilleur. Après avoir passé deux fois devant eux, tous, comme d'un commun accord, tournerent la tête vers moi, et s'avancèrent lentement à une quarantaine de mètres de l'endroit où je me tenais ; ils m'offrirent ainsi une très-bonne occasion de faire mon choix. A la fin pourtant ils m'aperçurent, et, après avoir donné l'alarme, ils se sauvèrent dans la plus grande terreur.
Je galopai à côté d'eux pour prendre une décision définitive ; et mon choix tomba sur le plus gros : mais j'eus une peine extrême à le séparer de ses cama-
rades, dont quelques-uns étaient très-fermes et couraient la queue et la trompe en l'air, en jetant des cris effrayants. Tous mes chiens étaient partis à droite et à gauche à la poursuite d’autres éléphants, et Dreadnougth arriva près de moi après avoir jeté bas son cavalier qui n’était pas parvenu à le rattraper.
Mon éléphant, en entendant les aboiements des chiens et les sons de trompe de tous côtés, s'arrêta près d’un arbre touffu, la tête haute et tournée vers moi; mais bientôt il me présenta le côté, et je visai alors au défaut de l'épaule. Les chiens, en entendant les coups de fusil, accoururent à mon secours.
Le conflit devint furieux, et le plus bel éléphant me donna une rude besogne : sa fureur se tourna principalement contre les chiens, qui ne lui laissèrent pas de repos. De tous les éléphants à qui j’avais eu affaire, c'était celui qui avait la vie la plus dure ; je lui envoyai trente-cinq balles dans la région de l'épaule, à une distance de quinze à trente mètres, avant de réussir à l’abattre.
Depuis plusieurs jours les éléphants n'étaient pas venus boire à la fontaine, de sorte que le 5 je me décidai à quitter mon séjour favori de Massouey, et nous nous mimes en marche à une heure de l'après-midi.
A Bolesberg il y avait de l’eau en quantité suffisante pour les chevaux, et j'y rencontrai Mutchuisho, avec une bande nombreuse de Béchuanas que Sicomy m'avait envoyés pour me persuader d'aller trafiquer avec lui. Je fis une halte d’une heure après le coucher du soleil, puis je continuai ma route tant que la lune se montra. Je m’arrétai à l'endroit où j'avais autrefois établi mes quartiers généraux, après avoir fait une marche longue et fort pénible.
Le 6 nous arrivämes à Lesausau, etle soir même je tuai deux vieux rhinocéros noirs, le mâle et la femelle, près de la fontaine, avec celui de mes fusils qui portait six à la livre. Il y avait encore là deux autres vieux mâles avec la femelle borelé qui se blotlirent pendant trois heures près de moi.
Le 7, Sicomy, que j'avais vu la veille, arriva de bonne heure, et vers le soir il m’acheta de la poudre et du plomb moyennant sept dents d'éléphants. Dès que nous cûmes terminé le marché, il commanda à ses hommes de reprendre les dents et il rejeta la poudre à mes pieds; mais je la lui rendis de la même façon, en jurant que je tirerais sur le premier homme qui oserait toucher à l'ivoire Dès ce moment il renonça à ses intentions premières.
Le 8 Sicomy rôda autour de mes chariots toute la journée, Tout à coup je vis arriver Arkwrigth et Christie, qui avaient perdu un bœuf et deux chevaux dans des pièges, En courant au secours de leurs coursiers, ils étaient aussi tombés dans un autre trou, qui heureusement n'était point garni du pieu pointu qu'on y plaçait ordinairement pour y empaler le gibier.
Le 9 Sicomy m'apporta de l'ivoire et me demanda
d’aller à l'endroit où j'avais l'habitude de chasser, eu me disant que 1a il trafiquerait avec moi; il était évident qu’il désirait ardemment me séparer des miens. Aussi, j’attelai le plus tôt possible et je descendis le large vallon, en me dirigeant sur le sud, quoique les indigènes déclarassent que je n'y trouverais point d’eau et qu'ils voulussent me faire aller vers le nord. Après avoir parcouru un espace de huit milles, je découvris la demeure des Bakaas, au grand chaerin des Bamangwatos. Je m’y arrêtai pendant la nuit, après avoir envoyé un messager à Sichely, le vieux chef, pour lui dire que j'étais prêt à trafiquer avec lui. Il arriva le lendemain de bonne heure , accompagné de ses femmes et des chefs : avant midi, j'avais acheté plusieurs défenses d’éléphants , ainsi que deux forts beaux kaross en peau de leopard, ete. J’attelai ensuite, et, en deux heures, je sortis des montagnes de Bamangwato. Je me dirigeai alors vers l’est, à travers une forêt épaisse, et je passal la nuit auprès d'une petite fontaine où les chevaux ne purent point s’abreuver. Sur notre chemin, nous renconträmes en abondance des pallahs qui étaient fort apprivoisés.
Le 18, après le déjeuner, je menai mes chevaux boire à Mammaluki. Dans la nuit, une panthère vint se placer à dix mètres de mon feu, et elle tua Braddoch et blessa Wolf, mes deux meilleurs chiens de chasse.
Le 21 je me dirigeai vers le sud et j'atteignis une belle vallée fort large, remplie d'arbres de différentes espèces ; c'était là sans doute une retraite favorite des éléphants, car chaque arbre portait leurs traces.
La fontaine du sud de cette vallée était la plus remarquable que j'eusse epcore vue ; l'eau jaillissait des ouvertures les plus agrestes, formées par des masses de rochers de toutes formes et de toutes les grandeurs. Dans certains endroits ces roches semblaient jetées au hasard; dans d’autres elles étaient entassées à une hauteur prodigieuse comme par la main d'un géant. Tout le sol près de l’eau était couvert d'une couche de fumier d'éléphant d’un pied de profondeur.
Le 29 j'arrivai à une fontaine appelée Lotlokane; je chassai dans le voisinage et j'abattis de forts beaux éléphants.
Le 43 juillet je me dirigeai vers l’ouest, avec Mollyeon et une vingtame d’indigénes, sur les traces d'éléphants mâles qui dataient déjà de deux jours, mais, à la tombée de la nuit, nous nous arrétimes sous un arbre touflu pour y souper d'un élan que je tuai et que nous fimes rotir.
Le lendemain au matin les traces nous menèrent tout droit vers l’ouest, et nous suivimes sans nous arréter les limites du désert jusqu'au coucher du soleil.
Le lendemain dès l'aube, nous nous remimes sur les traces de nos éléphants, et, après les avoir snivis pendant l'espace de dix milles, nous nous apergimes
qu ils s'étaient réfugiés dans le désert où les hommes ne pouvaient les atteindre ; aussi abandonnames-nous ja partie et nous rendimes-nous à la fontaine où les femmes avaient puisé de l’eau la veille: La nous vimes imprimé, dans le sol mou et sablonneux , les traces de quatre éléphants males; ils avaient quitté la fontaine fort lentement, et nous les suivimes dans l'espoir de les atteindre le jour même.
Au bout de quelque temps nous atteignimes un pays boisé et nous appercümes les éléphants dans la forêt à cent mètres de nous. Deux d’entre eux n'étaient pas encore parvenus à leur croissance, mais les deux autres étaient très-grands; l’un méme était immense. Cet éléphant, le plus gros que j'eusse jamais vu, avait malheureusement ses défenses cassées près de la lèyre, aussi je donnai la chasse à son camarade qui portait une paire magnifique au coin deses lèvres.
Au sixième coup de feu, l'animal s'arrêta el tomba ; je descendis de cheval et courus vers lui : il sereleva, alors s’avanca à quelques pas, puis retomba et mourut. Les dents de cet éléphant étaient les plus belles que j'eusse jamais encore obtenues ; elles pesaient certainement cent livres chacune. C'était un très-vieux mâle qui avait souvent été blessé avec des assagais. Nous trouvames dans son dos les pointes de deux de ces armes.
Le lendemain au point du jour, de l’endroit où j'avais couché, je tuai avec une balle à travers le cœur, un spring-book, lancé à la course, à une distance de cent mètres.
Après avoir coupé les cornes d’un rhinocéros noir que je tuai, je me mis en route pour Letlochee et je couchai à Lotlokane, fontaine perpétuelle et abondante. 2
Le 19, au lever du soleil, je continuai ma route; en gagnant les bords du vaste bassin où se trouve Letlochee, je tuai un koodoo mâle et une girafe que j'abattis d'un seul coup.
Le 24 je quittai Letlochee et m’acheminai vers Lotlokane.
Un des Hottentots m’annonea en chemin qu'il avait trouvé un buffle qu'un lion venait de tuer, ct que le roi de la forêt était couché dans les broussailles, à peu de distance, occupé à guetter sa proie. Après avoir sellé trois chevaux, je galopai vers le lion, accompagné de Booï et de Kleinboy, de mon Moore, de Wissley Richard et de fous mes chiens.
En approchantdu cadavre du bulfle, qui était étendu dans un bois d'épines wait-a-bit, les chiens s'élancèrent à gauche en aboyant, et, immédiatement apres, nous enitendimes les rugissements prolongés du lion qui semblait s'avaneer précisémentvers l'endroit où nous nous tenions, Je lournai la tête pour demander mon Cheval de chasse à KMleinboy, mais mes braves servi teurs avaient pris la fuite en entendant les rugisse-
mens. La branche d'un arbre avait fuit tomber Booi de
cheval avec mon meilleur fusil, tandis que Kleinboy, également effrayé, se sauvait avec mon second fusil dans une autre direction.
Au bout de quelques instants je rejoignis Kleinboy à qui je donnai ma malédiction ; et, après avoir changé de cheval et puis avoir pris possession de mon fusil, je m'avançai à la rencontre de mon terrible adversaire.
Je dirai pour lui rendre cette justice, que son aspect était terrible; toute sa crinière était tente du sang du baffle, et les rayons du soleil couchant y ajoutaient un éclat qui donnait à l’animal exaspéré un air de férocité extraordinaire. I] s’acheminait vers les montagnes adjacentes et marchait devant les chiens, la queuc droite et roide, d’un air de fierté et d'indépendance dont rien ne peut donner une idée. Il n'y avait pas un moment à perdre; aussi je galopai vers lui, et, lorsque je fus arrivé à une trentaine de mètres, j’arrétai mon cheval et, du haut de Ja selle, je visai au cœur. En se sentant atteint il se retourna, et je lui envoyai une seconde balle un peu au-dessous de la premicre, qui le blessa mortellement. Tl fit quelques pas en avant, puis il tomba mort. C'était un vieux lion fort beau, qui avait très-bien nettoyé son buffle, et avait mis la chair à part en tas à quelque distance du cadavre. Chose étonnante, il avait fait le guet toute la journée pour chasser les vautours.
Après déjeuner je fis un tour dans la vallée avec l’intention de chercher des gems-boks-bastards de l’autre côté des montagnes, et je n'avais encore fait que la
- moitié du chemin lorsque j'apperçus à une distance
d'environ deux cents mètres, une antilope noire tant désirée, les yeux fixé sur moi. C'était un vicux mâle magnifique : comme j'avais entendu dire que les chiens attrapaient facilement ces animaux, j'envoyai les miens, qui m’accompagnaient tous, à l’altaque, et je fis feu pour les encourager. Une demi-minute apres ils atteignaient la bête et la forçaient à descendre la côte. Le gems bok traversa la vallée devant moi et monta un petit sentier rude el escarpé dans les rochers à ma droite, où les chiens ne le suivirent qu'avec peine.
J'espérais entendre les aboiements, mais j'écoutai inutilement. I] m'était impossible de suivre la chasse à cheval; aussi je galopai vers un point opposé, et j'écoutai avec une anxiété croissante, en m'élevant sur mes triers pour saisir le moindre cri de mes chiens fideles. Je n’attendis pas longtemps; je les entendis bientôt dans un vallon éloigné des rochers.
Les battements de mon cœur redoublèrent : ce ne pouvait être que l'antilope noire, et je savais que les chiens ne la quitteraient jamais ; je compris qu'elle m'appartenait, Je fis passer Mazeppa sur d’aflrcuses masses de rochers adamantins, et j'arrivai enfin à l'endroit où sé tenaient mes chiens.
D'épais buissons derobaient le gibier à mavue; je jetat un coup d'œil par-dessus, et, à mon grand
désappointement, je vis en place de l’antilope un grand ‘kooiloo noir qui défendait bravement sa vie ; je Vabattis'a l'aide d’une baile dans le cœur Æn me retournant j'apperçus une aatre antilope noire: dès que j'eus attaché les chevaux, je me misen chemin-et je grimpai sur les'rechers pour la surprendre.
Je pris un peu plus sous le vent; le Bushman me suivait en tenant Boxer attaché, et je vis enfin la bête sous les arbres à cent mètres de moi. Après m'en être approché d'une dixaine de mètres, je m’étendis par terre pour attendre'le moment où-elle se déciderait à changer de place, ce qu'elle fit bientôt. Elle eut l'obligeance de s’avancer de quelques pas et de présenter de profil sa téte orné de cornes magnifiquement courbées, qui touchaient presque à ses harches. Je fis feu.
La halle lui brisa une des pattes.de devant à l’épaule-et Jafit tomber, mais l’antilope se remit bientôt sur ses jambes et traversa la cdte en boitant. Boxer arriva aussitôt, et, en levoyant, l'animal.se retourna et je lui envoyai une seconde balle dans les côtes. Aussilot-elle disparat suivie des chiens. Je courus après elle aussi vite que possible et je la trouvai assise sur la montagne , après avoir fait la moitié de la descente : je l'achevai au moyen d’une balle ‘dans le cœur. C'était une magnifique antilope noire, fort jeune, trés-grasse et dont la chair étaitexcellente.
Le 28 je traversai apiedup terrain -recailleux, et le soir je préparai un bivouac dans Ja yallée pour y passer la nuit.
Dans Ja matinée du 4 août je me décidai'a quitter le pays de Bamangwato pour retourner à Sichely par Mauchily, et j'y arrivai le 15; mais cet endroit était rempli d indigenes et tout le gibier avait disparu. Je me mis aussitôt en route pour le Lesseby. Lavaussi les indigènes s'étaient assemblés, et je m'acheminai vers Loobie, où je trouvai le crâne d’un:très-grand lion, que les indigènes disaient avoir été tué par un autre lion.
Le soir je couchai près d'une source avec Kleinboy. De nombreux animaux vinrent y boire, mais il faisait trop noir pour que je pusse tirer avec certitude. A minuit, un ‘lion et une dionne s'avaneèrent à dix mètres de nous avant que nous leseussions aperçus. J'étais à moitié endormi, mais Klcinboy prit à coté de moi le grand fusil et, par un heureux hasard, blessa le lion au cœur. Aussitôt celui-ci bondit en avant à une distance de cinquante metres, on faisant emendre d'affreux gémissements, puis il expira. Bientôt après nous entendimes les hyènes et les chacals dévorerson corps; et, avant le jour, il n'en restait plus de traces. Au bout de quelque temps, la lionne vint à la recherche du mâle et nous approcha de fort presen faisant entendre d'horribles rugissements, Uy avail de quoi eflrayer l'homme le plus brave ; Kleinboy perdit complétement courage, J'entendais d'autres
lions arriver du côté‘opposé, et:comprenant alors que nous élions en grand danger, je lui permis de faire du ‘feu.
Je continuai à demeurer dans cet endroit jusqu’au fer septembre. Je fis une chasse magnifique, et j'abattis de fort beaux échantillons de teutesles diverses espèces de gibier qui fréquentaient le pays.
Le €
Je tire, à.minuit, sur un lion, du trou où j'étais placé. — Mort de mon cinquième éléphant.—Les.serpents des rochers.— Fin prématurée de cing rhinoceros. — Je rencontre un terrible lion. — Colesberg. — Grahants -Town.
Dans l'après-midi du 3 septembre je restai encore près la fontaine. et, ‘vers le «coucher du soleil, j’envoyai une balle à travers leæorps d'un pallah dont la tête était magnifique J ordonnai qu'onleplacatà l'entrée de mon .affüt , à côté de l’eau, afin d'attirer kes hons, et, après souper, je revins près de da ‘fontaine avec Kleinboy et Mollyen. La tune était dans «son plem, et nous étions à peine étendus sur la terre depuis quelques instants quand j’entendis vers l'est la terrible voix d'un dion. Je distinguais aussi les cris des chacals qui faisaient un festin avec les restes du rhinocéros que j'avais tué. Bientôt un troupeau de zèbres, accompagnés d'élans, s’approcha de l’eau; ces animaux étaient trop timides pour venit boire ; ils étaient suivis d'un grand nombre de chiens sauvages. Quand je tirai sur-eux, ils S'éloïignèrent avec le pallah. Ils essayèrent de revenir ane seconde fois ; je fis encore feu et j’én blessai un.
Quelques minutes après, le bruit des pas d'un grand nombre d'animaux se fit entendre ; c’étaient ceux des wild-beasts bleus. Ils avaient très-soif. La femelle qui Jes conduisait s’avança et se placa hardiment en face de moi.
Je lui envoyai une balle ; elle courut d soixante mètres sur Je talus qui se trouvait derrière nous, et tomba morte. Les autres animaux traversèrent la vallée, et se placèrent sur le terrain élevé qui se trouvait vis-à-vis, abandonnant le corps de leur conductrice aux hyènes et aux chacals.
Quelque temps après, un lion poussa mm rugissement; il se tenait sur un montieule ombragé, à cinquante pas de nous. Ce rugissement fut suivi d'un silence mortel qui dura presque une minute, ct, sans même oserrespirer, je le surveillai très-attentivement, m'attendant &-whaque instant à voir s'approcher le terrible roi des animaux ; mais il était trop rusé pour cela, Ayant vu les animaux s'enfair timidement du voisinage de fa futaie ; A fit un circuit pour éviter la
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source. Quelques minutes après il rugit de nouveau; puis j’entendis les cris de nombreux chacals qui paraissaient l'inviter à traverser la vallée pour venir près du cadavre du wild-beast ; le lion semblait leur répondre, et tout demeura tranquille.
Après avoir prété attentivement l'oreille pendant un quart d'heure, j'entendis des hyènes et des chacals qui abandonnaient derrière moi les restes du wild-beast. Je tournai la tête et j'aperçus un lion fort et majestueux. Sa crinière touchait presque à terre; il etait près du cadavre. Il paraissait savoir que je n'étais pas loin de lui. Il baissa la tête, saisit le wild-beast, et l'emporta un peu plus haut sur la colline. Il s'arrêta alors pour reprendre haleine, sans exposer ses côtés. Avant qu'une minute fut écoulée, il reprit le wild-heast, le traina à douze mètres plus foin environ, puis releva sa noble tête. :
Je n'avais pas de temps à perdre. Il me présentait le flanc droit et se tentait dans une position oblique. Je fis feu. Ma balle atteignit le Jion : il tomba. Pendant quelques secondes aucun bruit ne se fit entendre. Tout à coup il poussa un profond gémissement, se releva doucement, rampa lentement jusque sous les arbres, s’y arrêta, et rugit d’une manière plaintive, comme s'il allait expirer. J'avais tout lieu de eroire qu'il était mort ou qu’il était près de mourir. Sije n'avais été à sa recherche que le Tendemain, je devais m’attendre à ce que les hyènes et les chacals l’eussent dévoré.
Pour éviter cette perte, je me rendis au camp j'y sellai deux chevaux et j'allai avec Martin, suivi de fousles chiens queles naturels tenaient à la main. En arrivant près du wild-beast, ils voulurent s'échapper pour courir après les hyènes et les chacals Nous écoutâmes en vain pour entendre les rugissements du lion. J'étais persuadé qu'il était mort aussi; j'avançai sans peur vers l'endroit d'où était parti son gémissement. Là, jeus la satisfaction de voir le magnifique quadrupede étendu au pied d'un arbre.
La balle avait pénétré dans son ventre, un peu en avant du flanc, avait traversé la longueur et la lareur du corps et lui avait fait une large blessure à l'épaule. Rien ne peut donner une idée de la beauté de ce majestueux animal, couché encore chaud à mes pieds, Je lis du feu et je pus contempler avec délices sa belle crinière noire, ses jambes énormes, ses grilles glauques et aiguës, sa parfaite beauté, Je compris alors que j'avais conquis le plus beau prix que ce vaste monde pit accorder à un chasseur.
Jenvoyai chercher des chevaux et un chariot, et hous portames le lion au camp, sur le chemin qui conduisait à la source, Ce soir la, avec une seule balle, je tuai encore un vieux rhinocéros noir.
Le 4, dans | après-midi, je creusai davantage mon trou et j'abaltis trois rhinocéros, puis enfin un pallah, roi d'un troupeau qui vint se désaltérer,
Le lendemain soir, il ne restait presque plus de viande des deux rhinocéros étendus sur le chemin que le gibier suivait pour se rendre à la fontaine. Cependant je voulus qu’on laissat le troisième rhinocéros presque en face du lieu où je me tenais caché, dans l'espoir d'attirer un lion. et, après le coucher du soleil, je descendis avec Kleinboy et deux naturels qui se cachèrent dans un autre trou avec Wolff et Boxer, près à s’élancer si je blessais un lion.
En arrivant près de la fontaine je dirigeai mes yeux sur les restes du rhinocéros, et, à mon grand élonnement, j’apercus le terrain environnant couvert d'énormes animaux. Kleinboy prétendait que c’étaient des zèbres; je ne le contredis point; mais je ne comprenais pas que des zèbres vinssent cabrioler près d’un rhinocéros mort. J’arrangeai donc rapidement mes couvertures, mon oreiller et mes fusils dans le trou, et m’étendis à terre pour jouir du spectacle intéressant que j'avais devant moi.
Il faisait clair de lune, et je pus apercevoir six lions vigoureux, douze ou quinze hyènes et de vingt à trente chacals entourant et dévorant la carcasse du rhinocéros.
Ces lions étaient très-paisibles, mais les hyènes et les chacals se battaient après chaque bouchée, se chassant les uns les autres, et poussant des cris non interrompus. Les hyènes ne semblaient pas avoir peur des lions, quoiqu’elles fuient ordinairement devant eux.
J'observai qu’elles les suivaient d'une manière peu respectueuse, et paraissaient se réjouir quand un lion s'avançait près de ses camarades pour examiner les morceaux de chair ou les os qu'il traînait plus loin.
: J'étudiar ce banquet pendant près de trois heures.
J'espérais que les lions, après avoir mangé, viendraient boire. Bientôt deux grands rhinocéros blancs et deux noirs parurent devant moi : l'odeur du sang les fit reculer.
A la fin les lions, apparemment satisfaits, s'éloignèrent la tête haute; ils semblaient vouloir se diriger vers la source. Au bout de deux minutes l'un d'eux
| tourna la tête vers moi: il s'avança, et fut suivi immé-
diatement par un de ses compagnons, puis quelques secondes après, par les quatre autres. C'était une marche générale; il était évident que tous voulaient apaiser leur soif à une distance de quinze mètres de l'endroit où je me trouvais.
Je saisis mes armes et j'obligeai Kleinboy à rester immobile; il voulait s'élancer; je savais par expérience où les lions désiraient boire. Je tins mon fusil à la main et pris la position que je jugeai la meilleure, Les six lions s'avancèrent tranquillement le long de l'élévation rocailleuse ; ils étaient à soixante mètres de moi et s'arrétérent quelques instants pour se reconnaître, L'un d'eux allongea ses lourdes pattes sur le roc et se coucha; les autres se rappro-
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chérent de moi. Comme je l'avais pensé, ils venaient boire à leur ancienne place; trois lapèrent bruyamment l’eau. Kleinboy leva sa vilaine tête; je me tournai doucement pour le faire tenir tranquille. Jexaminai alors encore les lions, et j'acquis la certitude-que j'étais découvert.
Une vieille lionne, qui semblait servir de guide, m'avait appercu la tête levée : les yeux fixés sur moi, elle marchait lentement autour des lèvres de la petite source: dans le désir de cultiver ma connaissance. Je l'empêchai de me contempler davantage, et je pensai aussitôt qu'il était plus prudent de tirer sur elle, surtout avant qu'aucun autre lion m’eul aperçu.
Je la visai donc : elle vitce mouvement, s'arrêta et me présenta le flanc. Je fis feu; la balle entra par une épaule et sortit par l'autre. La lionne fit encore quelques pas et poussa plusieurs rugissements ; ses compagnons la suivirent. Ils étaient enveloppés dans un nuage de poussière; ceux-ci ne s'arréterent que sous les arbres placés derrière moi, à l'exception d’un seul qui regarda en arrière pendant quelques secondes. J'écoutais attentivement pour entendre le cri plaintif qui m’annoncerait la mort de la lionne; ce ne fut pas en vain : elle poussa bientôt son dernier rugissement. Alors je lachai Wolf et Boxer et je les suivis pour chercher la victime. Je la trouvai étendue, morte, à vingt mètres du lieu où était tombé le vieux lion deux nuits auparavant. C'était une vieille lionne dont les dents étaient encore parfaites.
La nuit du 8 nous portämes nos regards du côté de la fontaine; sans avoir reçu d'ordre Kleinboy tira sur un rhinoceros noir et la balle lui traversa l'épaule: Le hozelé s'emporta follement et furieusement à travers les arbres et buissons, marchant droit sur le camp et faisant le bruit le plus affreux ; puis enfin il s'arrêta près des wagons, chancela et tomba mort. Je Vappercus en revenant; c'était un magnifique spécimen qui portait trois cornes bien distinctes.
Le 10 nous nous dirigedmes vers Bootlonamy. Nous y arrivames au coucher du soleil; et le lendemain nous nous mimes en marche. Nous erràmes pendant trois jours; les bestiaux et les chevaux mouraient presque de soif. Nous atteiznimes Moselakose, une fontaine éloigée dans la première chaîne de montagnes qui se présenta à nous, el y restimes jusqu'au 20.
La matinée du 21 était froide, Un grand vent soufflait du sud-ouest. Je me mis en route pour marcher a Ja frontière bien avant que l'étoile du mat n ne fit visible; il me tardait de me reposer, Je sortis de mon trou pour voir quelle espèce de gibier était venue se désaltérer pendant la nuit. A mon grand étonnement je remarquai les traces d'un énorme éléphant qui devait être venu là quelques heures auparavant. Je revins au Camp en toute hâte, où je lis tous les préparalifs nécessaires pour une excursion de trois jours et je suivis | 8traces avec deux cavaliers etsix naturels. Nous
parcourümes cinq milles vers l’est. L’élephant avait songé à sa nourriture le long de son chemin. Tout à coup nous apercümes l'animal à la distance de vingt met es : un arbre touffu nous cachait presque entièrement à sa vue. Les chiens s clancèrent sur lui : je l'atteignis d'un coup mortel avant qu'il soupconnât notre présence; puis je le poursuivis sur un terrain plus diflicile et je l’achevai d un second coup de fusil.
C'était le cinquième éléphant que je tuais depuis mon séjour en Afrique; je ne parle pas de ceux que j'avais blessés et perdus.
Dans la même journée je vis un magnifique bufile étendu à terre qui avait pris celte position, espérant que nous passerions sans l’apercevoir. En Ecosse les cerfs et les chevreuils se couchent ainsi.
La quanuté de buffles dont je découvris les empreintes de ce côte de la chaîne de montagnes me fit penser qu'il devait y avoir une vaste source sur ce versant; car seulement un ou deux buflles étaient venus par hasard boire à la fontaine où j étais campé. Les natifs m’assurerent que j elais dans l’erreur. Malgré leurs assertions je partis avec Kleinboy et le Bushman. Nous avancames d'abord du côté de l’ouest et traversdmes les montagnes en suivant une multitude de vallées rocailleuses et de ravins, au-delà desquels nous primes un sentier foulé par le gibier. I cireulait sur une étendue de deux ou trois milles et aboutissait à une belle fontaine qui sortait d'une gorge profonde, La terre élait encore fraichement remuée en cet endroit par des rhinocéros blancs et noirs, par des buf- Îles, par des vaches sauvages, par des sassaybies, par des koodoos et par des klipspringers, etc. Les cavaliers qui venaient après moi decouvrirent aussi, dans la direction de Vest, un ravin qui contenait de l’eau.
Devant l'ouverture d'un autre ravin nous traversânes des chemins étroits bien baitus, ce q ime fit soupconner que ce ravin contenait aussi une fontaine. Quand nous fumes arrive à peu près à la moitié de la route du camp, je tuai un élan; qui avait une belle tête, et était, malgré la saison avancée, dans un trèsbon état.
Sur notre route je tuai encore un bouc koodoo à une distance de deux cents mètres, près de la fontaine; je lui décochai deux balles simultanément. En examinant les empreintes laissées par le gibier, j'aperçus tout à coup un serpent qui se glissait dans une crevasse du roc place près de mor, C'était un enorme r ‘ptile; et comme je n'avais Jamas eu allaire à ses pareils, j'ignorais les moyens à prendre pour m'en emparer, Je dés rais conserver sa peau inlacte et ne voulais pas faire usage de ma carabine, Je coupai donc un fort bâton à peu près d'une longueur de huit pieds el je commençal l'attaque. Je le saisis par la queue en essayant de lui faire abandonner le lieu où il s'était réfugié : mes ellorts furent vains ; loin de là, ii se rat dissait davantage, A la fin je lui langat une courroie
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qui le saisit par le milieu du corps, puis Klenboy et moi nous tirames énergiquement. Le serpent comprenant quil y allaitde sa vie desserra ses replis, montra tout à coup sa tête et se jeta sur nous la gueule héante. Avant que j'eusse pu m'éloigner il était sorti de son tron.
Il s'élança de nouveau, s’avanca à environ huit ou dix pieds, et fit claquer ses horribles machoires à un pied de mes jambes nues. Je me hâtai de sauter pour éviter sa rencontre, et reprenant la branche verte que j'avais coupée, je revins à la charge. Dans ce moment le reptile se glissait sur le sol cherchant à atteindre le commet des rocs brisés, où il aurait été à l'abri de mes attaques; mais, avant qu'il y fût parvenu, je lui appliquai deux terrlbles coups sur la tête.
Il se dirigeait cependant vers un marais d’eau bourbeuse qu'il traversa rapidement : je Pattaquai de nouveau, à la fin pourtant il parut rester immobile. Alors nous le pendimes par le cou aux branches d’un arbre; i] semblait mort, et pourtant il s’agitait ençore ; lorsque nous le dépouillames, il se repliait de tous côtés. Ce serpent avait quatorze pieds.
Dans le voisinage de ces fontaines, je fis une excellente chasse pendant quinze jours. Je veillai la nuit dans différents trous qui me servaient de retraite. Je tuai des buffles, des rhinocéros blanes et noirs, des koodoos, des zèbres et d'autres espèces d'animaux. Une nuit, un horrible serpent, que Kleinboy essaya de tuer avec un baton, se précipita vers moi et me lança son venin dans l'œil; je m’approchai immédiatement de la fontaine et m'y lavai. Je souflrais beaucoup; mais quand le matin fut venu j'étais guéri.
Le 16 Gctobre nous partimes pour Sichely. Le so- Jeil était brûlant et nous fimes une halte. Vers la fin de la journée nous n’avions pas d’eau, et pourtant le pays élail couvert de traces de toute espèce de gros gibier, en y comprenant même des éléphants.
Le 17, après une traite de plusieurs milles, je me re- {rouvai encore sur les bords du Ngotwani, qui, excepté à sa source, élail cette année généralement à sec. Heureusement nous pümes, en creusant, nous procurer assez d'eau pour nous tous, hommes et animaux. Les natifs, chargés du soin des bestiaux, étaient abondamment pourvus de viandes, ils demeurèrent en arrière. Les six chevaux et les douze bœufs qui me restaient furent absents toute la nuit; mais je n'étais pas inquiet de cela, car j'avais confiance en | intelligence des naturels. Ce
mais il
ens-là nous reyoignirent après déjeuner ; baccompagnaient pas les bœufs, dont ils ne purent nous donner aucune nouvelle; ils les crovaient \ | in '
dier deus caval
avec nou lant même je pris le parti d'expé- J LI
rs pour retrouver leurs traces.
Le 19 Kleinboy revint sans les baufs; les naturels croyaient que les Bakalaharis les avaient capturés cl ef
i Sichely. Le lendemain le chef nous en nt dire
ren 8x en nous fui que les autres n'a-
vaient pas été trouvés, mais qu'on avait aperçu les empreintes de leurs pas.
Le 22 au matin je revins au camp après avoir suiviinutilement vers l'ouest les traces d’un troupeau d'éléphants. Je pris quelques rafraichissements, sellai deux chevaux; puis avec le Bushman nous allames sur les bords du Ngotwani pour tuer du gibier quel qu'il fut. Après avoir fait un mille, j'apercus un vieux léopard couché à l'ombre d’un bosquet d'arbres épineux et paraissant souffrir de l’extrême chaleur. Quoique je ne fusse plus qu'à soixante mètres de lui, il n'avait pas entendu le bruit des pas de mon cheval; je pensais d'abord que c’était une lionne. Je mis pied à terre et m'appuyant sur la selle du Vieux-Gris je lui lancai une balle. I se releva, courut; puis s’arréta sur le chemin qui descendait à la rivière, pour regarder autour de lui. Je lui décochai une seconde balle, qui lui traversa la poitrine et il disparut sur la rive. Le terrain était trop dangereux; je ne le suivis pas. J'expédiai Ruyter au camp afin qu’il ramenat les chiens. fl revint avec Wolfet Boxer, très-abattus par l’ardeur du soleil. Aussi vainement voulus-je avancer et les encourager en tirant quelques coups de feu : ils ne paraissaient pas disposés à me seconder.
A la fin j'abandonnai la partie et crus le léopard perdu pour moi. Je me retirais, quand j’entendis derrière moi l’aboiement de Wolf. Je revins sur mes pas, et le trouvai aux abois avec le léopard, au-dessous de l'endroit où j'avais fait feu. Ce dernier, gravement blessé, avait glissé dans la rivière. Au moment où j'approchais, il sortit de l'eau, se rua sur Wolf, l’abatüt, regagna le courant et alla s’abriter sous un épais buisson. Wolf le suivit. Mes autres chiens revinrent après avoir entendu une décharge, et le chassèrent hardiment.
Le léopard se précipita sur eux, et, comme il traversait la rivière pour aller sur l’autre rive se cacher sous quelque épais ombrage, je lui envoyai une troisième balle du haut de mon cheval. Aussitôt que le Iéopard eut gagné la terre je lui en envoyai une quatrième qui l’acheva. Dans ce conflit, comme toujours, le malheureux Alert avait été blessé. Sa tête ensanglantée et sa poitrine, qui portaient encore les marques que la bête féroce lui avait faites, étaient horribles à voir. Le léopard était un vieux mâle très-beau.
Dans la soirée, j'ordonnai à mes Hottentots d'aller veiller près d'un bel étang, près de la rivière; mais, craignant qu'ils ne désobéissent, je descendis le long de L'eau et je rencontrai un vieux bullle accompagné d'une troupe de vaches. Je l'étendis à terre après avoir tiré deux fois sur lui, Ce buffle portait les traces des blessures que lui avaient faites les lions.
Lorsque j'eus atteint le bord de l'eau je fis une halte ; la place me parut favorable. Jattachai mes deux chevaux à un arbre près de la rivière. Sur les bords se dressaient plusieurs bosquets formés d'arbres touflus
qui portaient des épines. Je me préparai une cacheite près de là et me eouchai pour passer la nuit. Lorsque je me fus reposé quelques instants, j entendis venir un escadron de buffles: ils avancereat jusqu'aux bosquels situés sur la rive orientale, et se trouvèrent bientôt au-dessous de moi.
Quelques minutes s’écoulérent, puis les conducteurs s’aventurèrent à aller boire ; ce fut le signal d'un mouvement général dans le vaste étang. Les buffles avancèrent au galop comme un régiment de cavalerie ; ils faisaient beaucoup de bruit et obscarcissaient lair d’épais nuages de poussière. Je me décidai à envoyer
une balle à l’un d’eux ; tous tressaillirent à ce bruit,
et, suivant le bord de l’eau, ils s'arrétèrent, en écoutant attentivement. Je savais que le buffle était dangereusement blessé, mais il n’était pas abattu. Quelque temps après je tirai sur un second. Cet animal fut alors grièvement blessé ; mais néanmoins il ne tomba pas non plus immédiatement.
Un peu après j'en visai un troisième. fl put courir à quarante metres, et alors il tomba et poussa un gémissement, ce qui engagea un grand nombre de ses camarades à se jeter sur lui dans l'intention de l'achever, car telles sont leurs habitudes brutales. Je me glissai près d’eux et lirai un quatrième coup : un autre buffle sauta à quelques mètres, s’abattit, gémit comme le premier, et les siens le traitèrent de la même manière.
Je rampai de nouveau et fis une cinquième décharge ; un troisième bufile alla expirer près des autres. Quelques moments après, ceux que j'avais épargués s'éloignèrent. A Vimstant j'entendis un bruit de dents qui déchiraient de la chair, Je pensai que c'était une byéne, et je fis feu pour qu’elle s’eloignat, puis impatient d'examiner les têtes des bufiles, j'avançai avec les naturels qui m'avaient accompagné.
Nous étions à peine éloignés de cinq mètres du premier buffle quand je distinguai une masse jaune étendue près de lui. Nous ne tardimes pas à entendre la terrible voix d'un lion. Je crus que c'en était fait de moi, quand mon compagnon s'écria «Tao!» et à l'instant il recula, et commenca à souffler daus une relique faite en os, qu'il portait à son collier,
Je me retirai aussitôt dans mon trou; mais une fois Ja la fatigue se fit tellement sentir que je m'endormis; Jes naturels veillaient dehors à ma sûreté et à la leur. Un peu après minuit on entendit plusieurs autres lions; ils venaient de differents côtés. Celui que nous avions
aper@h commença à rugir si fort que les naturels pen.
sérent qu'il aurait dû m'eveiller, Le lion avait soif et suivait la route où se trouvaient les deux chevaux. Je craiguis pour eux, quoique cependant j'eusses l'espoir qu'ils avaient mangé assez de chair pour une nuit, Je me recouchai, en prétent attentivement l'oreille, Bientôt j'entendis le «Tuo» pousser un rugissement ct se précipiter sur un des coursiers qu'il renversa.
Le pauvre animal hennit doucement, et {out retomba dans un profond silence qui ne dura pas longtemps, car nous perciimes encore le bruit que faisait le lion en dévorant le buffle. Il vint ensuite près de moi, rugissant d'une manière encore plus effrayante, marchant cà et là et paraissant méditer quelque projet sinistre. Je crus que nous devions prudemment faire du feu.
Nous rassemblames promptement quelques roseaux desséchés et quelques broussailles, et nous obtinmes bientôt une flamme brillante. Le lion n’était pas encore instruit de notre voisinage. Il s’avanea pour s'assurer d’où provenait la clarté. Comme il n’y voyait pas assez distinctement du haut de la rive, il descendit dans le lit de la rivière par un sentier foulé par le gibier. Ce sentier était situé à quelques pas de nous; il arriva à l'instant où je me rendais en cet endroit pour chercher plus de bois. Jusque-là de grands roseaux m'avaient derobé à la vue du lion; mais tout d'un coup nous nous trouvames face à face.
Ce que je remarquai en premier lieu ce fut le mouvement qu'il fit de côté en s'accompagnant de rugissements répétés. Involontairement je reculai lout en tremblant, puis je poussai un cri craintif, tel que je ne me rappelle pas en avoir poussé auparavant. Je m'imaginai que le lion venait sur moi. Je me trompais ; il avait eu probablement aussi peur que moi et me laissa me retirer.
Nous augmentames le tas de bois et entretinmes un très-grand feu. Jusqu'au jour les lions ne cessèrent de se régaler près de nous, malgré les récriminations des naturels qui, animés du véritable esprit des Béchuanas, se lamentaient qu'on laissal perdre tant de chair. Ils ne cessaient de crier et de lancer des brandons allumés aux lions, qui semblaient ne pas s'inquiéter de ce bruit et continuaient leur repas.
Dès qu’il fit jour je me levai et visitai les buflles. Les trois qui étaient tombés étaient des vaches belles et vieilles. Deux avaient été en partie dévorées par les lions. Je me rendis ensuite à l'endroit où se trouvaient les chevaux; le sable qui les entourait portait l'empreinte des pas du lion. I “trier mon Vieux-Gris, mais il s'était contenté de lui écorcher le dosà travers le cuir de la selle; les rênes l'avaient peutêtre préservé, ou bien encore le féroce animal en découvrant la maigreur de la bête avait préféré le buflle.
Le 24 nous remontames le Ngotwani; nous nous arrdltames près du vaste étang où deux nuils auparavant j'avais tué trois buflles.
Ruyter et quelques naturels, que j'avais laissés pour sui veiller les restes des buffles, racontèrent que toute la nuit ils avaient vu des lions dans le voisinage ; qu'ils s'avauçaient hardiment à quelques mètres d'eux, et ne se retiraient que lorsqu ils leur jetuient à la tête des brandons enflammés.
Le 27 au malin, la chaleur était étouffante ; ntan= moins je résolus de plier hagage et de partir pour
Chouaney. En chemin, la roue de derrière de mon vaggon sedétacha, mais heureusement l'axe ne fut pas brise. Nous atteignimes Sichely un peu après le coucher du soleil.
Le lendemain Je temps était un peu couvert et quelques averses tomberent. Dans la soirée le chef vint me voir; il ramenait les quatre bœufs que je croyais perdus, ou pour dire vrai, s'était enfin décidé à me les rendre.
Je continuai lentement mon voyage en passant par Lotlokane, Mattito et Campbellsdorp, et j'atteignis Ja riviére de Vaal le 41 novembre. La hauteur des eaux m'obligea de rester là quelques jours.
Le 46 nous essayâmes, à dillérentes reprises, ce traverser la riviere, mais nous fümes obligés d’y renoncer, car nous laissdmes notre waggon le plus lourd au milieu des eaux Je dormis peu la nuit; j'avais de graves sujets d'inquiétude, car, si le courant se fit élevé, mon waggon aurait été emporté, et il contenait presque lout ce que je possédais ; j'aurais done été complétement ruiné.
A la pointe du jour jus la satisfaction de voir que les eaux avaient un peu baissé. Après des efforts incroyables et avec l'aide des Griquas et de plusieurs bœuls qui n'étaient pas fatigués, nous retirämes le lot rd waggon hors de l'eau sans qu'ileut éprouvé aucun dommage, et nous le conduisimes sur le sommet de la côte elevée.
Je voulais faire traverser le courant aux autres wagmais les Griquas firent quelques objections en disant que c'était dimanche. Je les levai bientôt en leur prometiant de leur préparer quelques aliments et du café, Hs se mirent done à l'ouvrage, remplis de
la meilleure volonté, et deux heures après les wag- £ons etaient sur l'autre rive.
Le 8 nous entrames dans le village de Colesberg, el jemployai toute l'après-midi à decharger deux de mes vehicules. Nous étalames toutes nos curiosités sur la place du marché, dans le but de faire parade. La vue en était vraiment remarquable et frappait d'admiiration tous ceux qui examinaient ces trophees,
Le 13 je partis pour Grahams’-Town, et le 1: je traversal la plame de Chebus. Le 25 nous arrivames à Deaulort, où je dinai avec quelques bons amis que j'eus
Le 29 nous nous dirigeâmes vers la rivière Fish. La,
rand plaisir à revoir.
Je lrouvar environ soixante waggons qui attendaient la baisse des eaux pour la traverser. Quelques-uns de nous se mirent à | ouvrage pour nettoyer sur l'autre nye unendroit houeux ; après quoi plusieurs waggons legerement charges purent passer; mais, quand nous Cssivines de transporter mon grand waggon, il enfonca, et nous ne pümes le retirer qu'a grand'peine, I Claut temps, car les eaux montuient; une demi heure aprés elles formaient un torrent rapide qui avait au moins dix pds de profondeur
Le 4er février la rivière était beaucoup plus basse : après avoir enlevé la boue qui se trouvait des deux côtés du courant, je fis passer mon second wagson, et me mis en route. J'atteignis Graham’s-Town le 2. La je vendis mon ivoire et mes plumes d’autruche , el je réalisai à peu près mille livres.
Départ pour une autre chasse aux éléphants. — Les crocodiles. — Les hippopotames. — L’antilope sérolumootlooque.
Je n’avais pas encore pris de résolution, etje restai quelques semaines à Graham's-Town. A la fin, je me décidai à entreprendre un autre voyage, et le 11 mars je partis pour le centre. Je voulus essayer de suivre un chemin plus court sur le territoire du chef Mahura,
Je pris cette route, traversai la rivière de Vaal, et le 8 mai je m'acheminai vers l’est, en m'écartant de ma première direction.
Le 7 nous entrames sur le vaste territoire arrosé par le Hart, et de bonne heure, dans la journée, nous primes une direction parallèle à celle de la rivière. Ce même jour nous rencontrames la plus grande quantité de chiens sauvages que j eusses jamais vue; ils étaient environ quarante. Quand mes chiens les chassèrent, au lieu de fuir ils se retournèrent contre eux et leur livrèrent bataille.
Le 12 nous marchâmes dans l'intérieur. Avant déjeuner nous n’etions plus qu'à trois milles de Mahura; après avoir pris notre repas du matin, nous allimes présenter nos hommages à M. Ross, le missionnaire résident.
Nous entrames ensemble dans la ville, et visitames Mahura et son frere : la physionomie de ces deux hommes prévenait en leur faveur. M. Ross m'apprit que le premier avait l'intention de faire la guerre à une tribu qui habite le nord-est, puis que Mochuarra, le chef de Motito, avait l'intention d'attaquer Sichely.
J'obtins de Mahura six kaross en échange de munitions; je lui présentai un fouct et deux livres de poudre et le marché fut conclu.
Vers midi je me mis en route, en suivant les anciennes traces de trois waggons. On m'assura qu elles me conduiraient dans mon premier chemin à Groat- Choi. Le 20 nous atteignimes la rive du Meritsane, deux milles plus bas que nous ne l'avions deja fait. Ce jour-là nous n'avions pas encore aperçu de vestiges de gibier, Nous commençämes pourtant bientôt à disünguer l'empreinte des pas de rhinoceros noirs, de pallahs, de koodoos et de hartle-beasts.
Le 23 j'arrivai près de Molopo, charmante petite rivière, À l'endroit où je l'aticignis elle est entière-
ment cachée par de grands roseaux et de longues herbes qui occupent sur ses rives un espace d’au moins cent mètres ; de chaque côté les reitbucks sont très abondants. En remontant à cheval le cours de l’eau, je vis sortir de dessous un ombrage voisin deux lions qui se dirigeaient vers les roseaux.
Je galopai en avant pour essayer de me placer entre eux et la rivière. Ces animaux simaginérent alors que nous étions nous-niémes des animaux; ils n’essayérent pas de reculer, s’arrêtèrent, et rezardèrent jusqu'à ce que je fusse à cinquante metres d'eux, juste entre le dernier et les roseaux. Je fus frappé de surprise et d'admiration; ces deux nobles quadrupèdes étaient vraiment majestueux et terribles.
Tous les deux étaient énormes. Le premier était un lion à crinière noire; le second, qui était le plus vieux et le plus beau, un lion à crinière jaune.
Le lion à la crinière noire, après m'avoir examiné pendant quelques minutes, marcha doucement en avant et s'élança dans les roseaux; son camarade voulait limiter, mais j'étais maintenant entre lui et Ja rivière. Il ne semblait pas être enchanté de ma présence, et ne pas savoir non plus qui j'étais; croyant que je ne l'avais pas aperçu, il se coucha dans les hautes herbes. Je chargeai et attendis un instant afin que tous mes chiens fussent venus ; puis j avancai lentement vers le lion, comme si je voulais passer à quelques mètres de lui.
Ce mouvement me fut fatal, car j'avais découvert un passage de retraite dans la direction des roseaux. Lorsque je fus à une courte distance de lui, je maintins mon cheval de manière à pouvoir faire feu. Le lion portant ses regards d’un autre côté, examina le terrain entre luiet les roseaux et, voyant un chemin libre, il s'élança en avant. Je n'avais pas eu le temps de descendre de mon cheval, frappé de terreur. que déjà il était près des roseaux. Il y entra. Plusieurs chiens le suivirent, mais ils revinrent immédiatement en aboyant. Il était évident qu'ils étaient très-effrayés et reculaient devant le lion.
Ileût été par trop dangereux d’allerattaquer ces deux animaux dans leur fort et je les y laissai tranquilles.
Le 27 nous arrivämes à Thouaney et nous y restâmes le lendemain pour faire du commerce. J'obtins de Sichely deux naturels pour m'accompagner au Limpopo; leur salaire devait être un fusil pour chacun d'eux.
Vers midi, nous nous mimes en route et nous arrétames près du Ngotwani, dont je devais suivre le bord. Le pays que parcourt cette rivière est sablon neux et généralement couvert d'épais fourrés remplis d'épines, ce qui retarda beaucoup notre marche, car nous étions oblizés de couper un passage avant que les Waggons pussent avancer, Après le coucher du soleil plusieurs lions rugirent autour de nous. Dans la soirée du lendemain, je tuai un magnifique bullle dont la tête était ornée de cortes fort régulières.
Le 8 juin nous découvrimes le Limpopo; c'était là ce que nous désirions depuis fort longtemps. Je fus frappé d’admiration à la vue de cette splendide rivière. Les arbres qui croissent sur ses bords sont d'une grandeur prodigieuse et d’une surprenante beauté
Le jour suivant je montai à cheval et me placai avec Ruyter en avant des waggons. Je tuai un daim près d'une source où les pallahs étaient très-nombreux. A midi je chassai un troupeau de ces mêmes daims, dont je voulais éprouver la vitesse ; ils me conduisirent dans un labyrinthe de vallées marecageuses, et je fus obligé d'abandonner la partie. Ensuite je rencortrai un énorme crocodile se réchauffant sur le sable, mais il se jeta immediatement dans l’eau.
J'observai une nombreuse quantité de plusieurs espèces de canards sauvages et de poules d’eau. Ces oiseaux n'étaient nullement effrayés. Il y avait aussi des poules de Guinée, trois espèces de grosses perdrix et deux de cailles. Je tuai, ce même jour, un vieux pallah et un daim de forte taille, mais je n'emportai pas ce dernier.
Le 10, dès que le jour parut, nous nous remimes en route, toujours à cheval. Je précédai les wageons. Japercus, pour la première fois, des empreintes nombreuses de pas d’hippopotames. Ces pas étaient semblables à ceux du Borele, le rhinocéros noir, mais plus larges, car leurs pieds portaient quatre membranes au lieu de trois.
Dans l'après-midi je repartis avec le Bushman et de nouveaux chevaux. J'ordonnai que les wagzons suivissent la ligne droite ; mais je suivis les méandres de la rivière.
Là japercus, sur le sable de la rive opposée, trois énormes crocodiles se chauffant au soleil. Je lus étonné de leur taille. L'un d eux semblait avoir seize ou dix-huit pieds de longueur; son corps étail aussi gros que celui d’un bœuf.
Lorsqu'ils nous virent, ils plongèrent dans l'eau. Une minute aprè:, l'un d'eux sortit la tête au milieu du courant; je visai juste, et lui envoyai une balle dans la cervelle. Les convulsions d'agonie qui suivirent furent vraiment efrayantes D'abord il s'enfouca sous le coup; mais, immmédiatement après, frappant le fond avec sa queue, il revint à la surface, et se débattant avec violence, se plaçant quelquefois sur le dos, quelquefois sur le flanc. Une fois il nous montra sa tête et ses deux pieds de devant; puis, après, sa queue et sesqambes de derrière dont il frappait l'eau avec une force étonnante,
Des nuages de sable accompagnaient tous ces mouvements, et le rapide courant l'entraiuait, Bientèt l'a gonie cessa, et il tomba pour ne plus se relever,
Un instant après je vis sur le bord un petit crocodile. Je trai, et tout à coup le saurien s élang: dans L'eau. Un peu plus loin j'en blessai un troisième et enlin un quatrieme,
Nous arrivames à un tournant de la rivière, couvert de verdure. et renconträmes nez à nez une troupe de cing ou six beaux léopards. F
A la première courbure du courant nous distinguâmes, sur la rive opposée, {rois monstrueux crocodiles rampant sur un chemin facile. Je fis feu sur l'un d'eux et l'atfeignis à la têle et au côté. Atteint par la balle, le crocodile fit mille circuits et porta son horrble gueule vers sa blessure comme pour se lécher.
Je lancai mon cheval au galop pour rejoindre mes waggons, et je rencontrai tout à coup un lion et une lionne étendus à l'ombre d’un antique et gigantesque mimosa. Je fis une première décharge sur le lion. Au premier coup je le manquai; mais je le blessai la seconde fois. Il se leva furieux, poussa plusieurs rugissements, et s’'éloigna.
Lorsque je parvins au camp, mes hommes m’apprirent qu'ils venaient d’apercevoir deux énormes hippopotames au bas de la rivière. Je me dirigeai vers l’endroit indiqué; j'en visai un, lui envoyai trois balles daus la tête et il tomba. La nuit était trop obscure, aussi le perdimessnons.
Le 12, vers la pointe du jour, nous entendimes pendant environ vingt minutes, un bruit qui provenail de la rivière. Ce bruit était semblable à celui de la mer et provenait des cris de buffles: c’etait un troupeau de ces animaux qui traversait r eau.
Je pris mon cheval et me rendis à Vendroit d'où partait le bruit pour examiner les bufiles. C’était dans une lagune éloignée du courant ; les bords, pendant étaient très-ombragés de grands ro-
iux et d'herbes qui s’élevaient au-dessus de ma tête, lorsque j'étais en selle. Au delà des roseaux et de l'herbe se trouvaient des arbres de toutes tailles, fornant un ombrage épais. C'était, au reste, l'aspect qu'ofraient les bords du Limpopo, dans la partie que ais déj visitée.
Je m'en retournais doucement au camp lorsque j'ap{c'cus une antilope de la plus exquise beauté, peve entièrement incounue aux chasseurs et aux naturalistes, L'animal s'arrêta au milieu de mon chemin et me regarda en face. C'était un vieux bouc de des Bakalaharis, le ishbuck du Limpopo, etilavait une très-belle paire ‘© cornes, En l'apercevant, je fus frappé de surprise t de joie; mon cœur palpitait d'un indicible plaisir.
Je de cheval;
plusieurs acres,
l'espèce « scrolomootlooque »
scendis de mais, avant que je pusse tirer, ce bel animal s'était élancé dans les roseaux, et J l'avais perdu de vue. Dans ce moment j'aurais donné tout ce que je possédais pour tuer cette charmante lilope. Je ré expedition jusqu'à ce que je l'euxse ajoutée à ma col-
lection, dût cette chasse mecodter un mois de peines,
an ‘solus de ne pas pousser plus loin mon
Tinmediatement je donnai mon cheval à garder au cavalier qui maccompagnait. Avec ma carabine bien
chiat
eve, Jem avancal vers le fourré; je le parcourus en
| y conduisaient dans toutes
long et en large : ce fut en vain; l’antilope s'était enfaie, et je ne savais plus où la trouver. Je retournai donc lentement vers le bord de l'eau, afin de me rendre au camp. Je n'étais plus qu'à cent mètres des wagzons, médilant comment je pourrais m’emparer du serolomootlooque, quand pour la seconde fois l’antilope se trouva sur mon passage. Je l'avais chassée devant moi le long de la mer. Elle trottait comme un chevreuil sous l’épais ombrage, ct s'arrêta enfin au milieu de taillis épineux ; je tirai alors et la manquai. Elle m'offrit une autre chance de tirer, mais avant que ma carabine fit mise à l'épaule, le serolomootlooque se coucha et resta immobile sur te sable.
La balle avait percé la peau le long de cian elle était entrée dans le corps, avait passé le long du cou, et s’était logée dans la cervelle, où nous la trouvämes en préparant sa tête pour la conserver. J'étais enfin sûr de ma bonne fortune. Je possédais un nouveau trophée d’une grande valeur.
Je fis immédiatement transporter l'animal au camp et je pris toutes les mesures nécessaires pour en faire une description exacte qui püt servir aux naturalistes. Je baptisai ma victime du nom d'Antilopus Roualeynei ou bush-bock du Limpopo.
Le lendemain matin je trouvai de fraîches empréihtes d'hippopotame : c’étaient celles desdeux bêtes de la nuit précédente; je les suivis à une grande distance, sur les bords de la rivière. Enfin j'en aperçus un troupeax couché à l'ombre d’arbres de taille gigantesque. Le: eaux, au moment des inondations, avaient dépos: en cet endroit de larges banes de sable dans lesquels les hippopotames avaient creusé leurs lits.
D'épais taillis et des roseaux entouraient leur retraite située près d'un raisseau large et profond, dans le voisinage duquel ils avaient tracé des sentiers qui les directions.
Ce qui m'apprit que j'étais près d'eux, ce fut le cri d'un vieux taureau qui prit l'alarme à Ja fuite soudaine dune espèce de héron ; ce eri ressemblait un peu à celui d'un éléphant. Il était dans l'eau, qui lui montait presque jusqu'au cou, et agitait au soleil ses courtes oreilles; chaque demi-minute il disparaissait dans le courant, puis se remontrait et poussait des mugissements terribles.
Tout en Vobservant je mis pied à terre chaque fois qu'il n'était plus visible; j'avançai ainsi jusqu'à ce que je lusse arrivé derrière les grands roseaux, environ à vingt mètres de lui; de 1a j'aurai pu le frapper mortellement avec une seule balle, mais malheureusement je résolus de laisser en repos lui et les siens jusqu'au lendemain, quand j'aurais mes hommes qui m'aideraient à les transporter sur le rivage,
Bientôt il me vit, plorgea entièrement, et nagea autour d'un promontoire ombragé qui se trouvait au milivu du courant, La, ses camarades et Ini ne cessorent point de souffler très fort. Me rotournai au camp et
j'ordonnai à mes hommes de se mettre en marche. J'allai en avant et jetraversai le Limpopo; l'eau montait jusqu'à la selle de mon cheval. Je n’essayai pas de faire passer mes waggons en cet endroit. Nous nous dirigedmes sur la rive nord-ouest, et traversämes la rivière environ à un mille de l'endroit où j'avais vu les hippopotames.
Au coucher du soleil le vaches marines recommencèrent leur course sur l’eau, en passant en face de notre camp; elles faisait un bruit très-extraordinaire, soufflant, reniflant et mugissant. Quelquefois elles se hasardaient en jouant jusque dans les roseaux; d'autres fois elles nageaient tranquillement. Un faible clair de lune éclairait cette scene. Je descendis avec un de mes hommes, nommé Carey, et m'assis quelque temps au bord de l'eau, pour y contempler ces monstres extraordinaires. C'était vraiment un grand et surprenant spectacle; la rive opposée était couverte d'arbres gigantesques et magnifiques, ce qui ajoutait encore à la beauté de la scène. |
Lelfje partis avec trois cavaliers après nous être munis de deux carabines à double canen et d’une quantité de munitions ; je me rendis à l'endroit où la veille j'avais trouvé les hippopotames, mais tous avaient en peur et s'étaient enfuis. Leurs traces indiquaient qu'ils avaient remonté la rivière. Je suivis le long des rives, j'examinai tous les étangs, jusqu'à ce que
mon cheval füt épuisé de fatigue; mais je ne trouvai pas une seule vache marine. ;
Je compris qu'il faudrait m’arréter pour dormir sur la route que je parcourais, aussi j’expédiai Ruyter au camp pour qu'il me rapportat mes couvertures, ma cafetière, du biscuit, etc., et amenât de nouveaux chevaux; puis j'examinai tous les coins de l'épais fourré qui ombrageait la rivière. Je commencais à avoir très-faim quand j'eus l’heureuse chance de tuer une jeune femelle de l'espèce « antilopus rouan » bleue; une demi heure après elle était rôtie.
Mon repas achevé je fis de nouvelles recherches pour découvrir des hippopotames, et juste au coucher du soleil j'en aperçus un vieux, qui reposait au milieu des grands roseaux qui ombrageaient un étang large et profond, En m'entendant approcher il plongea en
faisant jaillir l'eau, mais immédiatement il reparut |
un peu plus haut, soufflant bruyammentet se tenant à vingt mètres du bord. Après avoir regardé autour de lui il plongea de nouveau et continua à remonter le couraut ; on pouvait suivre le sillon qu'il formait, Jecourus en avant et lui décochai une balle qui l'atteignit à la tête, Ll se débattit un moment et coula au fond. Il n'y resta probablement qu'une demi-heure ; mais, quelques minutes après, l'obscurité étant devenue complète, j'eus la mortification de perdre mon hippopotame, le second que j'avais tué en Afrique.