‹ La vie au desertChapitre 83 sur 175 · LA DAME DE · texte numérisé non relu

LA DAME DE

— Ne craignez rien et écoutez-moi. Il s’agit de vos intérêts.

Je me retournai pour tècher de voir qui me parlait ainsi; mais tout était si sombre, que je ne distinguai rien. C'était effrayant.

— Vous êtes malheureuse, reprit-on ; vous avez une méchante belle-mère.

Je ne répondis rien, je pensai que-c’était là son ccnfessionnal et qu’elle y pourrait bien être cachée, elle ou quelqu'un chargé de m'épier de sa part.

— Vous vous défiez de moi, vous avez tort : je suis un ami. Si vous le voulez, le bonheur peut vous être rendu.

J'ouvris l'oreille un peu plus grande, mais je ne répondis toujours pas.

— Vous pouvez vous débarrasser de ce Verrue ct trouver un meilleur sort, ajouta la voix mystériense.

— Qui-da! répliquai-je en colère et plus vivement que jen’aurais dû, je ne veux point me débarrasser de mon mari.

— Quoi! vous l’aimez?

— Je l'aime, certainement, je l'aime; et qui est-ce qui en doute?

— Ainsi, vous ne permettriez pas qu’on vous aimat?

— Je donue tonte permission de prendre de amour, à condition que je ne le devrai point rendre.

— Comment! si un galant, riche, puissant, jeune, amoureux, venait vers vous, vous le repousseriez?

— Je ne sais qui vous êtes ni pourquoi j'ai la faiblesse de vous répondre. Je devrais vous faire prendre par mes gens et mettre hors de cette chapelle, qui appartient à mon mari, et où vous n’avez pas le droit d’enirer.

— Soyez cruelle jusqu'au bout; faites-le, et vous vous en repentirez après.

Cette assurance me donna à penser que cet inconnu pouvait bien étre M. de Savoie lui-même, qui me voulait sonder, et qu’en le faisant mettre dehors, j'aljais amener un événement qui me conduirait ensuite plus loin que je ne voudrais, et qu'il ne faudrait pour Ja fortune de ma maison. Je me décidai done à lever le siége sans rien ajouter davantage.

L'homme du confessionnal s’en apercut et s’empressa d'ajouter :

— De grace! restez encore, je n’ai pas tout dit.

— J'en ai assez, j'en ai trop entendu.

— Non, un instant, je vous en supplie! ne me laissez pas ainsi. r

—Je ne parle pas à des inconnus, à des malfaiteurs, peut-être.

— Ah! madame, vous ferez mourir les gens! mais nous nous retrouverons, malgré vous, et alors...

Je men voulus pas écouter davantage; j’appelai Marion, je fis avertir ma livrée et je sortis.

Mon écuyer voulut aller tourner la clef et fermer la chapelle; c'était un bon moyen de vengeance, sans doute, mais ma gioire en pouvait souffrir; on me pouvaitaccuser de l'avoir caché là et d’en être la complice. Je fis signe de laisser la grille ouverte, en ajoutant qu'un pèlerin m'avait demandé la permission de prier le saint patron de Verrue, et que, d’ailleurs, le comte ou sa mère pouvait arriver également.

Je rentrai chez moi fort intriguée, l'esprit occupé, et me demandant quel était cat étranger ct dans quel but il m'aurait interrogée, si ce n'était de la part de Son Altesse.

- Un autre n’oserait point, ajoutai-je. Il faut être

VOLUPTÉ

tout-puissant pour s'attaquer à moi, qui ne cherche personne, et s’y attaquer de cette manière.

Je me trompais cependant, j'étais moins inattaquable que je ne le pensais. J’en eus bientôt la preuve.

La semaine sainte tombait, cette année-là, à la fin d'avril; le printemps, à cette époque de l’année, est, en Italie, dans toute sa beauté. Ce ne sont que fleurs de toute sorte, avec cette jeune verdure si fraîche qui apporte de bonnes senteurs et de douces pensées.

La veille de Paques, j'étais restée presque toute la soirée à l’église, au milieu des chants, de l’encens, des prières ferventes. J'étais dolente et fatiguée. Je soupai seule chez moi, et, comme un clair de lune charmant faisait rire devant mes yeux les roses du parterre où M. de Verrue avait commencé de me trouver belle, je me laissai tenter, et m'y allai promener par les allées.

Je m'y promenai tant et si bien, que le jour arriva, ce jour de résurrection, salué dès l’aube par les cloches, par le canon, par les acclamations de la foule, déjà répandue dans toutes les rues.

Le peuple va se décarêmer dans les cabarets et chez les petits marchands qui bordent les maisons. Rien n’est plus gai que ce coup d'œil. Beaucoup de dames et de seigneurs en jouissent, inconnus, cachés sous des mantes et de grands feutres espagnols. C’est une des récréations du bel air. L’enyie m'en prit. Jappelai Marion, qui n’avait guère plus dormi que moi, et qui était en compagnie du petit Michon, lequel accourait pour me souhaiter le premier les bonnes fêtes. :

Je me fis habiller ainsi qu'il convenait pour cette escapade. Je pris, pour toute escorte, ma suivante et mon abbé poupin, et je me lançai parmi la canaille, enchantée de n’étrespas reconnue et de pouvoir m’amuser, en vraie petite fille, de tout ce que j'allais voir.

Michon riait et sautait. On le connaissait partout, sa bonne figure réjouie prétait à rire dès qu’elle paraissait. Je lui donnai quelque monnaie qu'il dépensa en saucissons et en lard salé de toutes les espèces. Je m'arrêtai avec lui auprès d’une boutique de pâtisseries, où il s’en trouvait d'excellentes, et j’en allais manger une, lorsque je vis un bras s’ayancer de mon côté pour écarter une manière de bélitre qui me génait en passant. Je me retournai pour remercier mon libérateur, et, sous les grands bords d’un feutre noir, je vis briller les veux du prince de Hesse, un de mes plus fidèles et de mes plus assidus courtisans, Il me demanda de rester avec moi pour me préserver; je ne le refusai point, et nous nous mimes à marcher près l'un de l’autre, ayant Michon et ma suivante derrière nous.

Il commença à parler de lui d’abord, selon la coutume de tous les hommes, et de moi ensuite, et puis de tous les deux, c’est-à-dire qu'il me voulut faire entendre qu'il se mourait d'amour pour moi, qu'il n’avait jamais trouvé l’occasion de me l’apprendre, et qu'il prenait celle-ci aux cheveux dans la crainte de la laisser échapper et quelque singulier que je pusse trouver ce parti-là.

C'était un moment hors de saison, me semblait-il, à moi, Française, que la semaine sainte, pour me vou loir faire pécher; et cependant, eu Italie, c’est un des plus opportuns, à cause de la facilité de se rencontrer à l'église sous des habits qui déguisent les gens, Mais,

semaine sainte ou carnaval, n'étant pas disposée à accueillir la demande, je la trouvai fort mauvaise, et je rudoyai ce pauvre Hesse de la bonne façon. C'était une excellente créature, il ne m'en voulut point, se contenta de soupirer et de me répondre :

— Le moment n’est peut-être pas venu; je repasserai plus tard.

Il n’en continua pas moins, pendant toute la promenade, à soupirer très-haut, si bien que je le quittai et que je rentrai beaucoup plus tôt que je n’eusse souhaité de le faire. Ma fatigue était extrême, je me jetai sur mon lit pour me reposer jusqu’à l'heure de la messe, où je devais assister en grande pompe à la cathédrale avec toute la cour.

Je ne dormis pas. Ces deux hommes et leur parole dorée ne me sortaient pas de la mémoire. Peut-être ne faisaient-ils qu'un ; peut-être le prince était-il, en effet, le mystérieux inconnu de la chapelle. Pourtant, si c'était lui, quelle apparence qu'il ne m'en eût pas

parlé? Et si ce n’était pas lui, qui ce pouvait-il étre?

Je répondis mal à ces questions. Il faut bien l'avouer, je fus plus longtemps à ma toilette, je la soignai davantage. Je voulus être charmante et je me trouvai plus belle que je n'avais cru l'être jusque-là. Mon mari m'avait si vite délaissée, que j'en prenais défiance de moi-même.

Je partis avec lui et ma belle-mère. Nous nous rendimes au palais. Nous avions Vhonneur de suivre Leurs Altesses et nous devions les attendre selon leur bon plaisir.

Je ne paraissais plus à la cour, depuis plusieurs semaines. Lorsque M. de Savoie m/’apercut, je vis très-bien une expression de joie sur son visage; je détournai le mien, car je rougissais.

Les cérémonies eurent lieu comme à l'accoutumée. Les princes avaient communié la veille, et presque tous les courtisans aussi. En ce pays, on communie plus facilement que chez nous; on ne se fait pas un scrupule de l’amour. Presque toutes les dames ont un galant pour le moins; les plus sévères s’en tiennent là, mais les autres ne s’en génent guère, et on ne pense pas faire mal. Si les prêtres refusaient l’absolution de ce péché-la, les églises seraient vides,

On alla ensuite chez madame la duchesse, où était servie une magnifique collation, les dames à table. On west pas exigeant pour les rangs comme ici, et, heureusement, il n’y a point là de ducs et pairs qui fassent de la tyrannie comme les nôtres.

Victor-Amédée ne s’assit point; il fit le tour de la table, parlant à chaque dame. Quand ce fut à moi, il me demanda, avec une voix très-émue, si ma santé était meilleure et si je pourrais prendre ma part des fêtes qu'il comptait donner, et cela bientôt, entre-ci et la Pentecôte. Il ajouta que, d'ailleurs, il les remettrait si je n'étais pas assez bien, ne voulant absolument pas que j'y manquasse et qu'elles perdissent leur plus hel ornement.

Le due, fort sur son épargne, n'avait pas coutume de prodiguer les fêtes ; il ne pouvait me dire plus clairement qu'il me les destinait. J'en demeurai songeuse le reste de la collation, malgré ce que je fis pour avoir mon air habituel, et j'en enrageais, M. de Savoie me regardant sans cesse et semblant jouir de cette préoccupation. Elle n'était pas ce qu'il croyait, Je cherchais simplement le moyen de me débarrasser de lui sans porter dommage à notre état à la cour, Je le connaissais bien:

il avait de la rancune, comme tous les hommes de ce caractére-la.

Cette séance finit, à ma grande joie, par les vépres, auxquelles il fallut aller. J’y réfléchis tout le temps, et, voyant ce bon M. Petit à l’autel, l’idée me vint de lui conter l'affaire, et cela incontinent. Je le fis done demander aussitôt après son office; je prétextai la fatigue pour ne pas aller au souper de Leurs Altesses, et je restai seule dans ma chambre, très-impatiente d'ouvrir mon cœur au digne abbé.

ll ne se fit pas attendre. Jamais aucune misère ne Pattendait, et, me trouvant pale et triste, il m’en demanda promptement le sujet.

— Hélas! je suis tourmentée, mon bon père, et c'est là ce que j'ai voulu vous dire tout de suite.

— Parlez, madame; ayez confiance, Dieu vous entend.

Je lui contai l’histoire, depuis le premier jour où je l'avais devinée, y compris le confessionnal et le prince de Hesse.

Il m'écouta sans m’interrompre ; ensuite, il me loua de mon honnéteté, de mes craintes, d’étre venue à lui sur-le-champ, sans laisser le temps au mal de gagner du terrain.

— Il n’y a qu'une chose à faire en ce moment, car le plus dangereux de tout ceci, c’est l'amour de Son Altesse; qu'elle sache qu’elle perd son temps, elle cherchera ailleurs. Refusez les fêtes.

— Hélas ! je ne demande pas mieux; mais comment les refuser?

— Il n'est pas besoin de subterfuge; faites qu'il vous les offre de nouveau et dites non, hardiment.

— Et sil s'en prend à moi, s’il s'en prend surtout à M. de Verrue, s’il ruine son crédit et son avenir?

— C'est difficile, je le sais; si vous étiez plus âgée, il faudrait louvoyer peut-être ; mais une si jeune personne ne peut s’exposer au danger; soyez droite et franche.

— Ai-je le droit de perdre mon mari, sans qu'il en sache le motif?

— Prenez garde, madame, de marchander avec le devoir; c'est un péché que d’en supposer M. de Verrue capable.

— Je n'y songe méme pas; mais, s’il était instruit, il trouverait peut-être un moyen que nous ignorons.

Le curé secoua la tête.

— Temporiser, c'est tout perdre, madame. Songez à la qualité du galant, songez à son pouvoir, songez à son mérite,

— J'aime mon mari, monsieur, répliquai-je simples ment,

— C'est la meilleure raison, madame; cependant l'absence ne nuit pas.

Nous causimes longteinps, retournant la question de toutes les manières. La conclusion fut qu'il fallait ôter l'espoir au prince, et, si l'on me forgait d'assister à ces fêtes, tout avouer à ma belle-mère, ma meilleure défense, et ma meilleure barrière en ceci.

En conséquence, dès le lendemain, je pris un air grave et j'attendis M. de Savoie de pied ferme pour lui faire mon compliment de congé.

Il vint à moi dans un moment où je m'étais retirée près d'une fenêtre, et me demanda si j'étais remise de cette fatigue subite qui m'avait empéchée de repas rattre la veille au souper.

— Non, monseigneur, au contraire, je suis plus fatiguée que jamais.

— ll faut vous guérir pour les fêtes qui commencerout bientôt, madame.

— Je serai plus malade en ce temps-là, monseigneur.

— Qu'est-ce à dire, madame?

Je voyais dans ses yeux une ironie et une facon d’être certain de son fait qui me révoltaient.

Je lui répondis avec une hauteur suprême :

— Cela veut dire, monseigneur, que je n'aime pas les fêtes et que je ne compte pas y assister.

— Mais si on attend que votre santé vous le permette?

— Oui, monseigneur, même en ce cas-là, et surtout dans ce cas-là,

— C'est bien, madame, répliqua-t-il d'un ton piqué.

Je crus en avoir assez dit, ef, sans attendre qu'il me congédiat, je fis une révérence des plus humbles, et je me retirai.

Cette énormité parlait plus haut que tout. Il resta encore un instant près de la fenêtre pour se remettre. Il était fort en colère; il revint près des dames, et fit Vagréable tout en enrageant. Il en eut assez pour ce jour-là; il ne me parla plus, et resta plusieurs semaines à bouder.

Je n’avais pas confié, mon secret à mon confesseur en titre, le père d’Aubenton. Je n'avais que de la répulsion pour ce jésuite, et ses airs de cafard n’étaient pas faits pour me séduire et m’engager à me dévoiler à lui. Bien souvent il avait cherché à sonder tous les replis de mon âme. Mais il n'avait vu que ce que j'avais bien voulu laisser voir. Il avait eu des insinuations singulières. Il voulait voir ce dont j'étais capable et dans quel sens on pouvait me diriger. Je ne sais pas s’il travaillait au profit de l'influence de la Compagnie ou bien au profit des amours de l’abbé de la Seaglia. Quoi qu'il en soit, il m’initia à des intrigues de cour queje ne connaissais pas encore, en me supposant capable d'y être mêlée et me demandant si je n’y participais pas. Tl me parla aussi des passions secrètes qui s’allumaient entre divers membres d’une même famille.

— Frère et sœur, cousin et cousine, oncle et nièce, n’en sont pas exempts quelquefois, me dit-il.

Voyant que je demeurais stupéfaite et indignée de ces révélations, il n’alla pas plus loin. Mais il avait appuyé sur ces deux mots oncle et nièce.

Jl termina en me disant de tenir mon cœur contre toutes ces amours illicites.

Infamie!

Je sus plus tard qu'à l'issue de cette conversation, il eut un entretien avec l'abbé de la Scaglia.

{ls en eurent une plus significative à l’époque où ye suis de mes Mémoires.

Le d’Aubenton avait, malgré mon silence et ma réserve, éventé les amours du duc de Savoie, et on conçoit de quelle importance était pour Ini et la Compagnie la découverte d'un pareil secret.

Désormais, je pouvais devenir un instrument de la puissance des jésuites.

Aussi le Je re d’Aubenton s'était constitué Pauxiliaire de M, de Savoie, et il préchait mon cœur d’un amour qui n'était pag tout à fait celui de Dieu.

L'abbé de la Scaglia, avec ses passions surannées, fut éconduit d'une belle façon. Le père confesseur pritun air indigné et lui fit honte de ses desseins. L'abbé comprit que le vent soufflait d'un autre côté, et il se promit bien de chercher à connaître à quelles influences étran-

gères obéissait le directeur de mes conférences, qu'il avait pourtant choisi lui-même, sur la foi du moine Luigi. s

Puis, après avoir longtemps songé :

— Je perds le poison de l’âme, se dit-il; mais jai au moins d’autres poisons terribles. Ah! pére d’Aubenton, vous prétendez diriger au profit seul de votre puissance le cœur de la contessina ; eh bien, avant que vous puissiez utiliser, je briserai; janéantivai Vinstrament que yous espérez faire agir. A t

Je crois qu’à cette époque l’abbé de la Senate’ n ge: rait pas les secrètes aspirations de M. de Savoie. L’oncle de mon mari était un peu diplomate, etil avait vécu au milieu des intrigues. Il avait donc l'œil sûr et exercé.

Revenons maintenant à Victor-Amédée.

Un soir, madame de Pezzia, jouant avec lui fort familièrement, se mit à rire et lui demanda ce qu'étaient devenues ces fameuses fêtes qu'il annoncait mes si longtemps, et si l'on n'aurait jamais la Joie dy assister?

— Ceci n’est pas ma faute, madame ; la divinité à qui je les offre, les refuse.

— Monseigneur , elle les prendra bien lorsque vous les lui offrirez tout de bon. Ge sera le moyen de Pattendrir et de l’amener à vous écouter.

— Le croyez-vous, madame? *

— En doutez-vous, monseigneur ? Je vous supped plus instruit en ce qui touche les dames. Elle refuse pour se faire prier. Votre inhumaine n’est pas ule invincible que les autres. ii

Madame de Pezzia était une vieille femme de beaucoup @esprit, en possession de son franc parler à la cour. Elle avait été fort galante et ne s’en cachait que tout juste ce qu’il fallait pour n'être point | cynique. Elle racontait volontiers sa jeunesse et excusait celle des autres. Elle ne s'était point faite dévote de profession; seulement, elle priait Dieu, elle allait à église et disait que le Seigneur valait mieux que ses créatures et que cet amour-la était le seul qui nett point de lendemain pénible et d'abandon à déplorer. Le” duc Paimait et la mettait de ses parties.

J'entendis cette conversation en tremblant. Je me croyais délivrée, je ne l’étais point; j'allais recommencer les combats, et certainement ceux de l'intérieur s’ensuivraient. Je tichai de ne pas m'en déconcerter. J'y réussis assez bien.

Quant à M. de Savoie, il ne me regarda point, ilue fit semblant de rien, et l'observateur le plus attentif n'aurait pu penser qu'il ne songeait qu'à moi seule,

Deux jours après, nous fimes RE comme toute la cour, que Son Altesse allait donner des fétes splendides et qu'il fallait s'appréter à y paraitre eta xy faire honneur.

La situation devenait critique. J’eus de nouveau recours à mon abbé. Nous tinmes un long chapitre dans lequel il fut décidé que je mirais pas à ces bals, que je prendrais ma santé pour prétexte, que je tiendrais bon envers et contre tous.

Madame de Verrue ne manqua pas de me demander, dés le lendemain, quel habit j'allais préparer.

— Aucun, madame, répondis-je.

— Comment, aucun? s'écria-t-elle, Vous voulez done (tre autrement que les autres et faire honte à notre maison ?

— Non, madame; mais jé ne compte aller à aucun de ces bals. |

de (me?

A Nb Ve Sees

» — D'où yient cette fantaisie, madame, s’il yous plait?

— Je suis malade depuis longtemps, les veilles me fatiguent et la chaleur des salles où l’on danse m'est fort nuisible. :

— En vérité, je ne vous puis concevoir. Quoi! vous vous donnez des façcns de vous faire prier, et vous oubliez qu'une inyitation de Son Altesse est un ordre! Je yous avertis que nous n'y consentirons point et qu il vous faudra venir avec moi, sans tous ces grands + airs de France, qui ne sont point de mise ici, entendez vous? | PT en Je vous demande pardon, madame, je n’irai point. f — Vous irez, vous dis-je!

- — Je wirai point, répétai-je ayec tant de fermeté, BE ils se regardèrent remplis d’étonnement.

Je ne les avais pas accoutumés à cette décision. — Yous n'irez point et votre santé seule s’y oppose? ‘pet Oui, madame.

— Vous n'avez pas d’autres raisons?

— Je n’en ai pas d’autres, et lors même que j'en aurais, je saurais les taire.

. — Vous vous défiez de notre discrétion ?

— Non, madame, mais de votre bonne volonté pour moi.

* Nous nous attaquimes ainsi de propos aigres-doux pendant un instant; mon mari ne disait mot, selon son habitude. En pensait-il davantage? Je ne le crois

pas; il s’était habitué à rester si bien neutre dans mes -

discussions ayec sa mère, qu'il le devenait tout à fait.

… L'heure appelait la douairière au palais. Eile me - lança en partant un trait de Parthe.

— Souvenez-yous, madame, que vous viendrez au hal de Leurs Altesses,. parce que vous le devez et que

je le veux.

Je ne répondis pas. A quoi bon?

M. de Verrue regarda partir sa mère, ensuite il se tourna nonchalamment de mon côté et dit :

— Tout de bon, ma chère comtesse, vous ne voulez pas aller au bal de Ja cour? Pourquoi cela? Quelle fantaisie! qui vous en empêche?

.… Je vous l'ai dit, monsieur, c’est ma santé.

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