‹ La vie au desertChapitre 90 sur 175 · FIN DE LA DAME · texte numérisé non relu

FIN DE LA DAME

que nul s’en doutat; c'était, comme dans les contes de fées, un véritable enchantement. Les ayant-postes français étaient fort loin de là; on ne s'attendait pasa une surprise de cette hardiesse : il fallait être Francais pour en former le dessein, et pour Vexécuter surtout. Mes ravisseurs auraient pu égorger les dragons endormis; j'avais mis pour condition qu'il ne leur serait fait aucun mal. D'ailleurs, le parti qui m’enleyait était peu nombreux : c'était une douzaine d'enfants perdus, ayant traversé le pays comme un ouragan, et se donnant pour des maraudeurs de l’armée savoyarde; ils avaient pris l'uniforme piémontais, et la conformité de langue empéchait qu'on ne les découvrit. ah

Nous courûmes ainsi toute la nuit; il y avait partout des provisions et des cheyaux prêts; on ne s'arrêta pas un seul instant, Au jour, nous rencontrames un parti considérable qui nous attendait: nous ne craignions plus rien, et je me trouvais enfin au milieu de mes compatriotes, où je reçus force compliments. 1 gi

Le comte d’Estrées me vint demander où je voulais qu'on me conduisit. Je répondis que j'irais à Paris, aux Carmélites de la rue du Bouloi, où j'avais plusieurs bonnes amies. : f fp [ SN

— Touche donc à Paris! dit-il à mon cocher, comme pour les princesses qui viennent de se marier.

Je ne voulus pas passer la frontière sans écrire au due de Savoie; voici ma lettre :

« Monseigneur,

» Je pourrais essayer de tromper Votre Altesse, lui dire qu'on m'a enlevée et que j'ai quitté, .aalgré msi, l'Italie : je me regarderais comme une indigne de yous cacher la vérité. Je suis partie volontairement, aidée par M. le chevalier de Luynes et par nos amis.

» Je n’en conserve pas moins une reconnaissance éternelle des bontés que Votre Altesse royale m'a prodiguées, et je la prie de croire que l’ingratitude est bier loin de mon cœur. Je lui recommande mes enfants qu'il m'a été bien cruel d'abandonner; ils n’ont plu, qu'elle, ils sont éloignés à jamais de leur mère, qui ne peut rien pour eux. Si vous me conservez quelqu, ressentiment, je vous supplie qu'il ne retombe pas su: ces pauvres innocents; ils ne doivent vous rappeler qu'un temps de bonheur qui ne peut plus revenir, hélas! Ne m'oubliez pas tout à fait, et croyez bien, encore une fois, que je vous conserverai un souvenir éternel... »

Je ne lui donnai pas te raisons de mon départ. Il aurait fallu nous accuser tous les deux, et pourquoi faire?

DE VORUPTÉ,

Cuony —Imor, de Maurico Loronos at Cie, rue du Bao-d'Annières, 42,

ALEXANDRE DUMAS

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