HC
^^Rl
irf'p^UÊ^
^^^^B^^Ki jiff/'" M^'^',^r^Km^^^UmM^(Blm^^^^^t '"'. \^^
s ''ih ' ' ? j^ /If^^^HbH '' ' l "^ ^ 1
#' -"/JF '''^^^I^b'
^^H^^^^^^^^HHv^mI^^iK' '' ' j'is
w!^''i/ ■ w ' '''J^^^BmW^ ''
BHnHHHI^HflHP^^^iHH^^^Hur' ''^ ^k^l^sL ^b
^ '.','# , .■ HEMBi ' '1
MÊÊÊl
Cji^Hi: :l
^^^^^^^HH^B^Hb::'- - ^--^
^B^^^MMHB^^MM':„-,-^^^, .^, a
EBS^^^^^^HvJiHSaË^^iÊ: " ' ^1
I^^B'' K^HH^^^l^^^^^Bidlu I
SflH^^Hj
H^HHI
\^ÊÊEÊm
BH^hHH^hBS^^^k!
fym^^^^ÊÊ^^^f^f^^^^^^^^^f^^Jff^^^ik^^^P^ -./^m^
WKÊ
V ■:aft^■V
aK&\>
wiL^^fK^^'ijf^' l'i'^mjmÊ' 3=
iJKrWB l
ai
mmnip^
le Uspof/nat/iiis Thomsoni du ikhiI de l'Atlantique. A Pori- Pliillip, le Cludlfnrjcr a dra-^nie par 3o brasses le Portitmis corrugatus des mers d'Europe, et à Port-Jakson il a rencontre par 8 brasses le Pachjfjrapsus transversus (Gib.), qui vit aux Herniudcs, à Saint-Vincent, et que M. .Miers soupçonne être identique à une espèce de la Méditerranée (1).
Les Crustacés braciiyures des côtes N. et N.-O de l'Australie sont très distincts, parait-il, de ceux de la côte Estetdes portions Sud de la même terre. Aux Philippines vivent les Scyramathia que nous avons primitivement observés dans l'Atlantique Xord.
Les Crustacés intermédiaires aux Brachyures etaux Macroures
Fig. 30. — Dicranoclromia Maliijeuxi (A. M.-Edw.', pèche à l.l'JO mètres, dans le golfe de Gascogne (grossi de 1/3;.
sont larpremcnt représentés dans les grands fonds. Je signalerai particulièrement les Dicranodromia, dont une espèce (Dicranodromia Mahyeuxï) (fig. 39) vit sur les côtes du Maroc, et une autre [Dicranodromia ovata {k. M.-E.) est propre aux .\ntilles. L'IIomole de Cuvier, qu'on croyait spéciale à la Méditerranée, a été trouvée par l'expédition du Talisman aux Canaries, aux Açores, sur la côte du Sahara.
Les Lithodes n'avaient été signalées que près de la surface dans les mers des pôles nord et sud. iNous les avons recueillies sous
(1) Pachygrapsus mawus iLuc.}.
les tropiques. Seulement, là oùnouslesnvons pochées, elles avaient quitté les faillies profondeurs pour aller vivre à prèsdel ,000 mètres, trouvant en ce point les conditions de milieu nécessaires à leur existence. Certaines espèces passent donc en dessous de Téquateur, peuplant à la fois les hémisphères nord et sud. Ces différents faits nous dévoilent les conditions suivant lesquelles certaines formes animales se sont étendues des couches superficielles aux couches profondes des océans.
J'ai fait représenter une des Lithodes capturées durant le cours du voyage du Tali&man (fig. 37). C'est un des êtres les plus étranges parmi ceu\ qui vivent au fond de l'Atlantique nord. 11 possède une couleur rouge clair, sa carapace est hérissée d'épines très fortes et très allongées. Les hras, les jambes sont également épineuses. Par quelque côté qu'on cherche à saisir cette bête, on se pique cruellement. Ainsi protégé, imprenable, le LitJwdes ferox doit être la terreur des fonds sur lesquels il vil. Nous l'avons pris par 930 mètres, dans des eaux ayant à peine 7° C. et où la vie abonde. Rien ne saurait donner une idée de la beauté et de la variété des formes animales peuplant cette partie du fond de l'Atlantique. Le chalut, qui avait été envoyé deux fois dans cette même région, est revenu rempli danimaux aux couleurs éclatantes. Les Poissons étaient représentés par diverses espèces de Macrttrus et par les rouges Rascasses si estimées des pêcheurs marseillais pour faire la bouillabaisse. De grandes crevettes, des Helerocarpits, des Gnatophausia, des Pentac/ieles, également d'une teinte rouge plus ou moins foncée ou rosée, se montraient en nombre considérable. De grands oursins mous, des Calveria, des Phormosoma, à l'enveloppe formée de plaques articulées les unes avec les autres, d'une teinte brique ou violacée, étaient mélangées à de belles Etoiles de mer, des Zoroaster, des Ophiures. Puis c'étaient des coquilles, des Marginelles, de longs Dentales en forme de cornets, enfin de magnifiques Anémones de mer, des Actinies bivalves d'un violet tendre. Ces derniers animaux, qui, lorsque leurs tentacules sont épanouis, apparaissent comme autant de fleurs, sont tellement nombreux,
(icien une seule l'ois nous en avons trouvé 2o6 dans notre filet. Mélanfîés à eu\, on apercevait quelques polypiers délicats, des StpplKinotmchm. des Flabrllum, véritables l)iJou\ de la nier.
Les Etliuses sont de tous les Crustacés ceux qui paraissent pouvoir gagner les plus grandes profondeurs. L'Elhusa (Ma a été remontée par le eliaint du Talisman d'un fond de 5.000 nièlres.
pig 40. — Xijlopagunis reclus (A. M.-Edw.).
Les Pagures, vulgairement connus sous le nom de Bernardl'Lrmite, habitent toutes les mers, et certaines de leurs espèces ont été trouvées durant la campagne du Talisman jusqu'à 5,000 mètres de profondeur. Ces Crustacés, dont le corps n'olTre de cuirasse que sur la tète et la poitrine, afin de protéger leur abdomen revêtu simplement d'une peau molle, se logent dans des coquilles vides dont la taille est en rapport avec la leur. A mesure qu'ils grandissent, ils changent de domicile. Sur nos côtes et jusqu'à une certaine profondeur ils rencontrent toujours une
l'ILHOL.
demeure à leur taille, mais dans les abysses, comme les coquilles sont toujours de proportions très réduites, les Pagures ne peuvent que très imparfaitement abriterleur train postérieur. Aussi quelle vie pleine d'inquiétude doit être la leur, et quelles précautions ils doivent prendre pour dérober à la convoitise de leurs voisins ou même de leurs semblables leur abdomen gras et rebondi, mets succulent pour les gourmets des abîmes!
Une des espèces de Pagures recueillies sur les côtes du Maroc et dans la mer des Sargasses présente un habitat fort singulier. Elle est logée non dans une coquille, mais dans une véritable colonie animale formée de ces êtres élégants, sortes d'Anémones de mer, qu'on appelle des Epizoanthes. Ces animaux se sont primitivement développés sur une coquille dont le test a été progressivement résorbé, et c'est dans la cavité qui lui correspond que vient s'installer une espèce toute particulière de Beruard-lErmite. L'association singulière des Pagures et des Anémones de mer, des Actinies, nous était déjà connue depuis longtemps à la suite d'observations faites sur nos côtes, et nous ne devons pas être surpris de la voir se continuer à quelques mille mètres de profondeur. Ces animaux ont pensé que la vie devait être plus facile à deux et ils ont mis alors au service l'un de l'autre leurs aptitudes diverses. Tous les pêcheurs de la Méditerranée connaissent un Bernard-l'Ermite, le Pyade comme ils le nomment, qui a pour commensal une Anémone. La bouche de cette dernière est toujours tournée vers celle du crustacé, afin que les débris des aliments broyés par les pinces tombent dans son intérieur. Quant au Bernard-l'Ermite, masqué par l'animal qu'il transporte, il se dérobe aux recherches de ses ennemis et il peut s'approcher sans éveiller de soupçon d'une proie qu'il convoite et qui n'aurait pas manqué d'essayer de fuir s'il fût venu à découvert.
Sur la côte d'Angleterre, vit une autre espèce de Pagure ayant également pour commensal une Anémone de mer. « Ce pagure est surtout remarquable par la bonne entente qui règne entre lui et son acolyte : c'est un modèle d'amphitryon. Le lieute-
nant-coloncl Sluart Waitly s'esl fait le spectateur indiscret de sa vie intime et raconte ainsi le r.'sullat de ses observations: cet animal ne manque jamais d'oilrir après la pèche les meilleurs morceaux a sa voisine et s'assure très souvent dans la journée si elle na pas laim. .Mais c'est surtout quand il s'agit de chan-er de demeure, qu'il redouble de soins et d'attentions. Il manœuvre avec toute la délicatesse dont il est capable i>our faire clianger l'anémone de coquille ; il vient à son aide pour la détacher, et si par hasard la nouvelle demeure n'est pas goûtée, il en cherche une autre jusqu'à ce qu'elle soit complètement satisfaite. » -
Fig. 41. - Pagnrus abyssorum (A. M.-Edw.), pêche à 4,010 brasses de profondeur.
D'après M. .\. Lloyd, si au moment d'un déménagement lAnémone est soulîrante, le Bernard renonce à changer de domicile. De si bons procédés ne sont pas payés par l'ingratitude, disent certains auteurs, et les anémones aiment leur bon Pagure jusqu'à en mourir. Lorsque le Bernard, qui a pour commensal Y Anémone à manteau, vient à succomber, cette amie fidèle serait prise d'une telle tristesse qu'elle ne tarderait pas à quitter la vie. Ne confondrait-on pas dans ce cas la douleur avec la
faim?
La rareté des coquilles dans les grands fonds conduit les Pagures à rechercher d'autres liabitations. Les dragages sousmarins accomplis par M. X. .\gassiz dans la mer des Antilles ont fait découvrir un Bernard-l'Ermite extrêmement intores-
sant, non seulement par suite de la nature de la demeure choisie, mais encore par les modifications que la forme de l'habitation a fait subir à son corps. On voit reproduit le dessin de l'un de ces animaux (fig. 40), d'après un échantillon que M. A. Milac Edwards a bien voulu mettre à notre disposition. Le Xylopar/iirus reclus (A. M.-Ed\v.) vit par des fonds de 300 à 400 brasses, et il s'établit dans l'intérieur de cavités creusées dans des morceauv de bois coulés, ou dans l'intérieur de fragments de bambous. Seulement, comme ces demeures sont rectilignes, le corps, qui chez les Pagures ordinaires senroule en tortillons ù sa partie ]>ostérieure, devient absolument droit (fig. 41). D'autre part, afin dobturer l'orifice inférieur de la demeure et de ne pas avoir, ainsi, ;i redouter des attaques pouvant se produire par derrière, bipartie terminale de l'abdomen s'est élargie et il s'est développé des sortes de plaques résistantes couvertes de fines granulations.
Les dragages sous-marins ont permis de constater la dispersion de certaines espèces de Pagures sur d'immenses étendues. Le Pagiirus striatus de Latreille, qui vit dans la Méditerranée, se ret'-ouve aux îles Philippines. Une autre espèce, le Petrocherus (/7-amilatm (01.), s'étend des Antilles au cap de Bonne-Espérance.
Un groupe très intéressant de Crustacés, celui des Galathéides, est largement représenté dans les grands fonds. La carapace de ces animaux est très dure, très épaisse, l'abdomen développé et les membres antérieurs se terminent ])ar de fortes pinces. Plusieurs espèces de ces animaux, dont quelques-unes vivent sur nos côtes, recherchent comme les Pagures les coquilles vides pour abriter leur abdomen.
Les Galathéens ont été trouvés à profusion dans toutes les zones. Seulement je ferai remarquer que la teinte de leur corps, généralement rougeàtre, devient blanche chez ceux de ces animaux qui vivent à plusieurs centaines de brasses. Une de leurs espèces {Galathea spongicola .\. M.-Edw.) s'établit en locataire, dansl'intérieur de ces belles éponges siliceuses, les ApJirocallistes, dont le tissu ressemble à de la dentelle, et rien n'est singulier comme de voir les mines eiïarées de ces petites bètes au moment
CRUSTACES.
'iipi
rrr ■
7JII
[Lii|ii
i iiiii
cT
'iL 1'
lù^
ri
I^^^Hn R
II^^Hu '
Éa^^Mta
Hliiiii
^^^^^^BF«»^MMI^^™MilHI
\ ' ;i;' in
ïi 1 £
ll'ift
wl
/J^jijfâà; ^^ .ijv'
aiMiMiiJi
'''■■''■''\„ 'S^^^^jMi
■jj^I'IçIMM
[■•j' Sm
'^^mmmmi
Il iliii^i^^^^^^É
■HBlKiifl
,^i;,!jj
B '';'■ W'^SÎSp'jï
^■niHiM
v^i'.''!^ ' Wf'^
iV,
■'» ■ ""-' "' Wf' 1^
wM
il''^^S
iHiiii
:''.' .,:ïH
OÙ leur demeure est retirée do la mer. Elles se précipitL'iil aux diverses oiiverliires. agitent leurs antennes, braifuenl leurs yeux dans toutes les diiections, puis all'olées se retirent hrusciucuient au fond de leur palais Je cristal pour apparaître de nouveau quelques instants après (1). A la quiétude des grands fonds, à la douce lumière tamisée par les eaux ont brusquement succédé les bruits violents et la clarté élincelante du soleil. Quel monde étrange révélé en quelques instants à ces pauvres animaux, et combien lengourdissemenl de la mort doit sembler doux à leurs nerfs meurtris.
Nous avons pris à bord du Talisman, h i.lOO mètres de [•rol'ondeur, le Galathodes Antouii, espèce de Galatliéen encore inconnue (fig. 42). La partie antérieure de l'animal se prolonge en avant sous la l'orme d'un rostre puissant, aigu. Des épines nombreuses, acérées, garnissent le bord et la partie antérieure de la carapace. Les bras également épineux se terminent par une main forte. Les pattes antérieures sont allongées, alors que la dernière est rudimentaire. Les antennes ont un développement excessif, et elles doivent servir à ce Crustacé, dont les yeux atrophiés ne peuvent plus percevoir les rayons lumineux, à se guider dans les ténèbres. C'est encore au groupe des Galathéens qu'appartient un autre Crustacé nouveau, le Ptychof/aster formosus (A. M.-Ed\v.), pris à 9.oO mètres de profondeur durant la campagne du Talisman. Chez cet animal (fig. 43), dont les yeux sont bien préservés, la cara[iace est complètement hérissée d'épines; les bras sont d'une longueur démesurée et revêtus d'épines sur toute leur étendue. Les pattes se terminent par un ongle long et aigu. Avec leurs grands bras, les Ptychogaster doivent aller fouiller sous les roches pour saisir les animaux qui s'y sont cachés ou explorer la vase afin de découvrir quelque vers, quelque annélide dont ils puissent se nourrir. Chez les Galathéens ordinaires l'abdomen est très développé, à courbure peu prononcée, tandis que sur le Ptychogaster formo-
(I) La Galathea spongicola se retrouve jusiju'à 2,000 mètres de profondeur.
l.-iO LA VIE AU FOND DES MERS.
SUS cette partie du corps est repliée deux fois sur elle-même.
Le Galatliodes Anlonii vit sur un fond composé d'une vase fine et blancliâtre au milieu d'une riche faune animale. Comme Poissons, ce sont toujours les Macruriis qui dominent ou bien des Bythites. Quelques belles Crevettes rouges et des Pagures rciu'ésentent les Crustacés. Les coquilles possèdent une coloration d'un ])cau blanc mat; ce sont des Fitsits, des Turritelles. des Dentales. Quant aux Échinodermes ils sont en nombre considérable, et presque tous ceux ijui ont été péchés étaient inconnus. Les Calveria au test dépressible, formé de plaques articulées les unes avec les autres, apparaissaient dans le fond de la drague avec leur couleur d'un rouge violacé ; à côté d'eux on apercevait de magnifiques Etoiles de mer, VHfpncnaster Buuri/eti (Pcrr.) et VUijmenaster rex (Perr.) d'un rouge orangé, et d'énormes Uolotiuiries [Psychropotes) d'un violet éclatant. Dans les faubcrts, attachés après le chalut, se trouvaient engagées de ravissantes petites Étoiles de mer, des Ophyures aux bras longs et délicats et des débris de Bathycrinus, animaux très rares faisant partie de la classe des Crinoïdes. Ainsi dans l'Atlantique, par 4,100 mètres de profondeur, avec une température de 3° C, la vie est aussi abondante, aussi variée et aussi brillante par ses couleurs qu'elle l'est sur nos côtes.
La faune au milieu de laquelle se rencontre le Phjchogaster formosiis est semldable à celle dont j'ai parlé plus haut à propos du Litliodes fcrox (page 128).
Le groupe des Eryonides est représenté à partir de 1,200 à 1,400 mètres par un nombre considérable de genres et d'espèces. Je citerai plus particulièrement les WiUmœsia, les Pentacheles, dont nous donnons une reproduction (fig. 44), les Polijcheles (1). On connaissait depuis longtemps des Eryonides
(1) La dispersion des genres WiUmœsia, Pentacheles et Polycheles est très remarquable. Le WiUmœsia leptodactijla vil par 1,900 brasses dans le Pacifique et dans l'Atlantique. Les Pentacheles dont on connaît six espèces sont répartis, d'après les observations faites à bord du CliaUen'jer, entre 120 et 1,700 brasses. Ils vivent sur les côtes ouest de l'.^mérique du Sud, aux Phi-
CRUSTACES.
CRUSTACÉS. KiO
fossiles dans dos terrains très anciens, cl on pensait (|mc Itnirs diverses formes s'étaient éteintes. Les explorations sous-niarines sont venues montrer que ces animaii\ s'étaient perpétués jusqu'à nos jours sans beaucoup se modifier au point de vue de leurs formes extérieures. Ainsi les Pentachelcs offrent les plus grandes analogies avec des Fryonidcs fossiles trouvés dans les calcaires jurassiques de Solenliofen, en Bavii-re.
Les Eryonides se retrouvent au fond des mers, sur de très vastes élcndu<'s. Les mêmes espèces vivent dans rAtlanti(|iie et le Pacifique. La grande répartition de ces animaux en espace et en profondeur aurait seule suffi, avant que nous n'eussions trouvé des formes fossiles, à affirmer leur apparition très ancienne sur la terre.
Les Crustacés macroures, tribu dont les Crevettes, les Homards, les Ecrevisses font |iarlie, sont abondants à toutes les profondeurs. Seulement leurs formes sont différentes des genres et des espèces que nous pouvons observer sur nos côtes. Comme exemple do la mulliplioilé de ces animaux par de grands fonds, je mentionnerai un coup de drague donné à bord du Talisman dans le voisinage des îles du Cap-Vert. La sonde avait accusé une profondeur de ijOO mètres. Le grand cbalut fui mis à la mer et traîné pendant vingt minutes environ, et lorsqu'il fut remonté nous vîmes son intérieur rempli de poissons et de crevettes rouges appartenant au genre auquel les zoologistes ont donné le nom de Pandaie. .Nous eûmes la curiosité de compter ces animaux, et nous trouvâmes 978 Pandalcs et 1,031 poissons.
Parmi les Crustacés macroures les plus remarquables, je citerai les Aristés. Ces animaux, dont la couleur est d'un rouge éclatant, vivent sur des fonds vaseux entre 700 et 3.055 mètres de profondeur. Nous les avons observés sur les côtes du Maroc,
lippines, aux environs de la Nouvelle- Guinée, des Fidji, des Nouvelles-Hébrides. Nous avons dragué à bord du Talisman, par 1,400 mètres, le Fenlacheles spinosus, sur les côtes du Maroc. Les Polycheles ont été trouvés sur la côte d'Espagne, dans la portion moyenne de l'Atlantique, dans la Méditerranée, dans le Pacifique près des Fidji, des Kerniadec et de la Nouvelle-Guinée.
aux environs des Canaries, des îles du Cap- Vert et des Açores. Ils constituent une des formes caractéristiques d'une zone déterminée dans une partie de rAllantifiuc. Le corps de ces animaux mesure, du sommet du rostre à l'extrémité de la queue, deux décimètres de longueur. Les antennes très allongées atteignent dans certaines espèces cinq et six fois la longueur du corps. Le rostre, sorte d'épée portée par la partie antérieure de la carapace, est très aigu et denté, près de sa base, à son bord supérieur.
De nombreux Crustacés macroures possèdent une teinte rouge rappelant celle des Aristés; ce sont des Glyphiis, des Penem, des yematocarcinm, etc. Une espèce de Glyphiis, pècliée à 882 mètres, entre les îles Canaries et les îles du Cap- Vert (I), possède luie disposition remarquable des lames latérales des premiers articles abdominaux. Ces feuillets se développent d'une manière surprenante cbez la femelle et constituent, en se rapprochant par leur extrémité libre sur la partie médiane de la face inférieure du corps, une véritable poche destinée à contenir les œufs et probablement à servir de refuge durant les premiers temps de leur existence aux larves qui en naissent. Voilà donc un Crustacé qui ne le cède en rien aux Sarigues, aux Kanguroos, au point de vue de la protection qu'il est susceptible de donnera sa progéniture.
Les Nematocarcinus sont représentés à 850 mètres de profondeur par une espèce dont les formes (2) sont des plus surprenantes. Chez ce Crustacé (fig. 45), les pattes ont pris un si grand développement que l'animal paraît être monté sur des échasses. Les antennes se sont accrues à proportion des pattes et constituent de longs filaments dune ténuité extrême possédant trois à quatre fois la longueur du corps. On comprendra, en regardant la figure que nous donnons, combien cet animal doit être fragile, et combien il est peu probable qu'on puisse le remonter intact des profondeurs où il vit. Pourtant cette dernière crainte
(I) Glyphus marsupiatis (A. M.-Eilw.). Longil. 1S»,2-'- I-at. 2o»,;t0. (3) Nematocarcinus gracilipes (.\. M.-EJw.).
CRISTACÉS.
CRISTACÉS. «43
n"a pas lien d'exister; les animau\ se protègent les uns les autres dans le fond du clialut. Ceuv situés au centre sont abrités par ceux placés vers l'extérieur qui jouent le rôle de coussins au nioineiit des chocs. Plusieurs Nematocarcimts f/racilipcs
Kig. 4o. — tsplorations sous-marines du Talisman. — .\e»'alui:a>xi>ius gracilipes (A. M.-Kdw.', poclié ù SôO mètres de profondeur.
sont arrivés dans un élal de perfection absolue à bord du Talisman.
Une autre forme de Xcmatocaixinus, également de couleur
rouge, vit dans rAtlantique par des fonds de 3,100 mètres (1) et par une température de 2°, 3 C.
La couleur rouge semble dominer, comme je viens de l'indiquer, parmi les Crustacés macroures des grands fonds, et des teintes claires elle passe, suivant les espèces qu'on observe, au\ teintes vineuses. Par 2,733 mètres nous avons pris dans lAtlantique un Notostomiis, crevette à long rostre denté en dessus et en dessous, dont la coloration rappelait le rouge violacé des couleurs d'aniline. Les teintes que possèdent d'autres Crustacés du même groupe varient beaucoup. Ainsi, s'il y a des Penetis rouges, il y en a dune teinte vert d'eau parsemée de ([ueiques légères taches roses. \J Acantephira pellucida (A. ^L-Ed\v.) présente une large plaque rouge sur la partie antéi-ieure et supérieure de la carapace, alors que le restant du corps est rosé et parsemé d'un fin piqueté rouge intense. Le Ncphropsis Agassizti est orange sur le dos, rouge dans le restant du corps. Les Pasz/j/^ae sont tantôt brunes, tantôt roses, quelquefois d'un blanc rosé piqueté de fines mouchetures d'un rouge violet. Enfin certains macroures sont uniformément violets, tandis que chez d'autres les couleurs sont variées. Ainsi il existe, au\ environs des îles du Cap-Vert, une toute petite crevette, dont la carapace est jaune dans sa partie antérieure, bleue dans sa partie postérieure. Quant à l'abdomen, il est blanc et parcouru suivant sa longueur par des bandes rouges. La nature, comme on le voit, a largement usé de sa palette pour parer les bêtes du fond des Océans.
Les zoologistes connaissaient, avant les explorations sous-marines, un groupe de Crustacés, celui des Schizopodes, comprenant de tout petits crustacés ayant des patles-màchoires et des pattes thoraciques semblablement constituées et divisées en deux branches portant dans certains cas des branchies libres. Les dragages du Challenger el du Talisman ont fait découvrir que la nature, en revêtant de ces formes certains Crustacés,
(1) Lai. 16°,38'. LoiigiL 20°,44'.
CRUSTACES.
n'avait pas sciili'inrnl l',iit des n.iiiis, mais (jii'elle avait créé aussi des géants auxquels elle avait donné |iour (Ifiiiciire lo fond des mers (1).
l''ig. m. — Gndthoji/taiisia Z'icri (\V. S-lipiicliùc h 1,070 mètres do profoinJoui-, dans le golfe de Gascogne (grossi de l/.j).
Ces remarquables animaux, appelés des Gnathophausia, ont été dragués pour la première l'ois à une centaine de milles à l'ouest de Madère par 1.700 à 1,800 mètres. La Gnathophausia
(I) Les explorations du Challenger ont montré que certaines espèces de Schizopodes étaient répandues sur d'immenses espaces. Ainsi le Lophogastir typ'cus (.Sars) s'étend des côtes de la Norvège et des îles Shetland au cap do lîonne-l-lspéiancc. La Gnalhcphausia zoeu est une des espèces le plus largement dislribuées; elle vit dans l'Atlantique et le Pacilique. L'Euphosia pellucida ;Dana) s'observe depuis les eûtes de la Norvège, dans l'Atlantique, la Méditerranée, le Pacifique, jusqu'aux côtes du Japon. Parmi les Mysidai, qui paraissent être des formes de grande profondeur, le horeomysis sci/phops (Sars) a été trouvé dans les régions arctiques et aiilarctiiiues. Relativement aux formes pélagiennes, les Siriella Thonnonii ilùhv.) et grucilis (Dana) ont été recueillies dans toutes les mers parcourues par le Challenger. Le genre Eucliœtomcra, renfermant deux espèces, est particulier au Pacilique.
l'iLHOI.. 10
gigas a été retrouvée depuis à 400 milles de Madère par un fond de 3,850 mètres. Une seconde espèce de Gnathopliausia, la Gnathophaiisia zoea (fîg. 46), est remarquable par sa forme et son immense extension géographique. Le rostre est allongé et denté comme une scie. Le bord postérieur de la carapace se prolonge sous la forme d'une longue lame également munie de dents. Que, dans une lutte, l'animal avance ou recule, il est toujours assuré de causer à ses ennemis de cruelles blessures. La Giiathophausia zoea vil dans l'Atlantique cl le Pacifique.
Des pièces insérées sur les côtés de la bouche (les pattes-mâchoires), serv.mt aux Crustacés à broyer leur nourriture, présentent chez les Gnathopliausia une organisation extraordinaire. Au bnut de chaque deuxième paire de maxillaires il y a un œil. 11 faut donc que les ténèbres des abîmes soient bien profondes pour certains animaux, car sans cela la nature n'eût pas pris le soin de placer un œil sur chaque mâchoire, afin de permettre de choisir une nourriture convenable.
Les Crustacés inférieurs du groupe des Isopodes, ainsi nommés parce que chez ces animaux les pattes ont généralement entre elles une grande ressemblance de forme et d'étendue, descendent dans les plus grandes profondeurs. Certains de leurs genres sont répandus sur de vastes espaces. Ainsi le genre Serolis s'étend à l'est du détroit de Magellan jusqu'aux îles Aucklands, et au nord jusque sur les côtes de Californie. L'examen des Isopodes, dragués par le Challcuger, a montré qu'on retrouvait aux îles Croizet et Marion des espèces vivant à Kerguelen,et d'autre part que les espèces australiennes forment une section bien définie, différant de celle peuplant les côtes de la Palagonie, de Kerguelcn, les dernières îles que je viens de citer et la Nouvelle-Zélande.
Certaines espèces, avons-nous dit, habitent de très grands fonds. Ainsi le Serolis neœra vit par 2,040 brasses. Le Serolis bromleyana trouvé d'abord dans l'Océan Indien, près de la banquise, par 1,975 brasses, a été recueilli plus tard, par 1,100 brasses, sur les côtes de la INouvelle-Zélande.
CRUSTACES.
Un fait très singulier, opposé à ceux que nous avons notés jusqu'ici sur la répartition des Crustacés en profondeur, s'observe
Fig. -1". — Batynorae géant péché à 1,740 mètres de profondeur, ilaus le golfe du Mexique, et vu par sa face ventrale (î/3 grandeur naturelle).
pour certaines espèces d'Isopodes. >ious avons vu que c'était sou-
vent près de la surface, dans les espaces froids, qu'on trouvait quelques-unes des espèces vivant sous les tropiques ou sous l'équateur par de très grands fonds. C'est le contraire qui a lieu pour certains Isopodes. Ainsi le Serolis antarctica vit aux environs de l'île Croizet par 1,600 brasses et sous l'équateur par 400 brasses. Ceci montre clairement qu'il est certains organismes dont la répartition en profondeur ne saurait dépendre de la température du milieu dans lequel ils se trouvent être placés, ni de la pression qu'ils ont à supporter (1).
Tous les Isopodes que nous connaissons sur nos côtes possèdent une taille très réduite. On a trouvé au contraire des Isopodes énormes dans l'Atlantique nord, par de grands fonds. En 1879, M. A. Agassiz apèciié un de ces crustacés à 9oo brasses, au iN.-E. du banc du Yucatan, aux environs des Tortugas. M. A. M. -Edwards en a donné la description sous le nom de Bathynomits giganleiis {i\g. 47). Sa longueur est de 0'°,23 et sa largeur de 0"", 10. Les Isopodes ont le corps généralement aplati, l'abdomen raccourci et formé de petits anneaux tantôt indépendants, tantôt soudés entre eux. Ils vivent soit libres, soit fixés comme parasites sur le corps de divers animaux. Dans ce dernier cas les pièces de la bouche sont disposées pour perforer les tissus cl aspirer des liquides. Les organes de la respiration sont d'habitude insérés sous l'abdomen et représentés sur les cinq paires de pattes caudales par de minces lamelles membraneuses. « 11 semble, a dit M. A. Milne Edwards, que l'appareil respiratoire d'un Isopode ordinaire aurait été insuffisant pour subvenir aux
(I) Presque toutes les familles d'isopodes, d'après les observations de M. E. Beddard, seraient représentées par des formes de grandes profondeurs, mais dans des proportions différentes. Les plus caractéristi(iues seraient les Munnopsidx et les Arctwidx. Les premières sont les habitants types des abysses, car plusieurs de leurs espèces proviennent de 2,600 brasses.
Les Cymothoadœx et les Spheromidx sont très rares (une espèce de la première famille, une de la seconde. Cette dernière provient de 1,070 brasses).
Les Tandis sont de tous les Isopodes ceux dont les espèces descendent le plus bas, 2,900 brasses. Toutes les formes de grandes profondeurs, à l'exception d'une seule, sont aveugles.
besoins physiologiques du Bathynomc et qu'il lui ait fallu ladjonclion d'instruments spéciaux d'une puissance fonctionnelle plus grande. Les fausses pattes abdominales qui d'ordinaire, dans ce groupe, constituent à elles seules l'appareil branchial, ne forment chez le Batliynome cpi'une sorte de système operculaire au-dessous duquel se trouvent être les véritables organes de la respiration, ou branchies. »
La structure très compliquée de l'appareil respiratoire du Bathynome géant doit lixer raltcnliim, car elle correspond à un très grand perfectionnement de dispositions organiques à peine ébauchées sur les (]rustacés connus, appartenant au même groupe, l'armi tous les genres dlsopodes, il n'y en a que deux. chez lesquels il existe des appendices ranieux sur les côtés du corps (I), el j'ajouterai (jue si on étudie ces appendices, on constate une organisation absolument rndimen taire comparée à celle caractérisant le Crustacé des .\ntilles. (Jue de découvertes semblables, montrant de quelle manière la nature n'a cessé de rendre de plus en plus parfaits des organismes primitivement d'une simplicité extrême, nous sont réservées par les futures explorations sous-marines !
Les yeux du Bathynome géant sont très développés, et chacun d'eux comprend près de 4,000 facettes. Ils sont placés à la face inférieure de la tète, tandis que sur les Cymathoadiens, qui de tous les Isopodes paraissent avoir le plus d'analogie avec l'animal dont nous parlons, ils se trouvent être situés sur le dessus de cette portion du corps. Ce changement de position est évidemment en rapport avec la perception d'une lumière très faible régnant dans les régions habitées par le Bathynome et il doit, comme chez les Gmithophaiisin, faciliter la recherche de la nourriture.
Un autre groupe de Crustacés inférieurs, celui des .\mphipodes, parait, contrairement à ce que nous avons vu pour les Isopodes, posséder peu de représentant* dans les grands fonds oi'i certaines formes, comme celle des Caprelles, font absolument
(1) Genres lone et Kepon.
loO LA VIE AU FOND DES MERS.
défaut. Les Amphipodes profonds dragués par le Challewier se rapporteraient, d'après ce que nous en a fait connaître M. Slebbing, à des formes nouvelles assez localisées, tandis que les espèces de peu de profondeur et plus généralement connues seraient largement distribuées.
Parmi les Crustacés inférieurs, les Copépodes, dont l'origine paraît être extrêmement ancienne, ont des représentants jusqu'à 2,200 brasses. Certaines de leurs espèces s'étendent des mers du nord au Pacitîque (1).
On trouve dans la mer jusqu'à des profondeurs de 4,000 mètres des animaux fort singuliers dans lesquels les zoologistes ont vu tantôt des Crustacés et tantôt des Arachnides modiliées. Ces animaux portent le nom de Pygnogonides (fig. 48). On les trouve près des côtes, au milieu des algues parmi lesquelles ils progressent avec une assez grande lenteur. Leur corps est très mince et allongé ; de ses parties latérales partent quatre paires de pattes terminées par des griffes acérées. De l'extrémité antérieure, se détache un rostre conique portant à sa base des appendices en forme de pinces, qu'on a quelquefois regardés comme des pièces homologues à certaines parties de la bouche des Araignées (2), et au-dessous des palpes tantôt semblables à des pattes, tantôt en forme de pinces. L'abdomen est complètement atrophié, ce qui a pour conséquence d'amener l'estomac à prendre une disposition toute spéciale. En effet, du moment où l'abdomen disparaissait, il n'y avait plus de place pour un intestin devant digérer et absorber. Afin de remédier à cet état de choses, il s'est constitué des prolongements du tube digestif, qui se sont avan-
(1) Dans son rapport sur les Copépodes dragués par l'e.xpédilion du Challenger, M. le D"' G. -S. Bradj- considère une seule espèce, le Pontostratiotes abyssicola pris à 2,200 brasses, comme provenant sûrement de grandes profondeurs. 11 suppose que YHemicalamis oculeatus, le Phyllopus bidentatus pourraient bien être des formes abyssales. Les Copépodes parasites ont paru très rares. Le plus remarquable est le Lenixa abyssicola, pris sur un poisson du genre Ccratias, qui au lieu d'être transparent, comme le sont les autres Copépodes, est d'un brun rougeûtre.
(2) Les chélicères.
CRUSTACES.
'■SIH'
Al
ces dans rintérienr des pâlies. Ceci nous fail souvcnii- d'un vieux dicton français, prélcndant que lorsqu'on a firand faim l'estomac descend dans les talons; il faut espérer pour les Pyg'nogonides, (pie la réalisation de cet état de choses n'cnlraîne pas après elle les soulfrances dont son image nous paraît être enlourc'e.
iJuranl la croisière du L'hallenger, il a été pris, dans un parcours de 68,890 milles d'après ce que nous apprend M. Hoek, trente-six espèces de Pygnogonides, dont trente-trois sont nouvelles. C'est entre des fonds de 1 à 500 brasses que ces animaux sont les plus abondants. Us deviennent rares à 1 ,000 brasses et disparaissent à partir de 2,G.50 brasses. Ainsi dans cent dragages faits par le Challenger, entre 1 et oOO brasses, on eu a pris vingt-six fois, et dans le restant des dragages, faits entre 500 et 3,000 brasses, on eu a pris treize fois seulement. Ces animaux se léparlissent dans vingt-sept genres, dont seize ne dépasseraient pas 50 brasses, et fait en parfait accord avec ceux déjà signalés, ce sont les genres les plus largement répandus qui sont susceptibles d'exister à la plus grande profondeur. Les Nytnphon, les Colossendcis, les Plioxijchillidium ont une distribution universelle, à l'exception du Pacilique [[). La distribution bathymétrique est également très grande pour certains genres. Ainsi les Colosnendeis sont répartis entre 100 et 2.650 brasses.
Une des formes les plus remarquables de Pygnogonides, qui aient été trouvés dans les grands fonds, a été recueillie par le Talisman. De même que le Batbynome, dont nous venons de parler, est un géant painii les Isopodes, de même le Colossendeis titan est un géant parmi les Nympbons. iNous l'avons pêcbé par 4,000 mètres de profondeur. U vivait sur un fond très riche (pi. 7), carie chalut a remonté en même temps que lui des poissons, plu-
(1) Cette dernière observation correspond à l'état de nos connaissances sur le monde sous-marin; mais elle ne doit être acceptée que comme possédant, par suite de la faible étendue des recherches entreprises dans la portion des océans à laquelle elle est relative, qu'une valeur toute momentanée.
lo4 LA VIE Al' KOND llES MERS.
sieurs crustacés : des Penlhachdes, des Ethuses, des Pagures : diflércntes coquilles : des Ftisus, des BitlUi, des Neœra, enfin de grandes Holothuries violettes [Psychropotes), et plusieurs Éponges.
Les Crustacés tout à fait inférieurs constituent l'ordre des Cirripèdes. Les œufs de ces animaux donnent naissance à des larves douées de mouvements vifs, subissant différentes mues. Après avoir mené une vie errante durant laquelle leur organisme s'est peu à peu développé, ces larves se fixent sur des objets étrangers et perdent ainsi à tout jamais la faculté de se déplacer. Les animaux adultes, généralement hermaphrodites, ont leur corps entouré d'un repli de la peau renfermant des plaques calcaires (fig. 49). D'habitude il existe six paires de pieds en forme de cirrhes.
Les Cirripèdes pédoncules descendent jusqu'à une grande profondeur. Ainsi à bord du Talisman nous en avons péché, entre les Açores et le golfe de Gascogne, par des fonds de 4,250 mètres (1). Ces animaux établissent leurs domiciles sur les objets les plus divers et dans des conditions souvent les plus inattendues. Ceux qui vivent près de la surface s'installent sur un morceau de bois llottant, sur la carène des bateaux, sur des roches et très fréquemment sur le corps de gros mammifères marins, de Baleines, de Cachalots dont la peau est peu à peu complètement envahie. Sur les grands fonds vaseux, alors que les roches, les polypiers viennent à manquer, les Cirripèdes en sont réduits à rechercher des hôtes qui leur offrent un point de fixation. Ceux qui ont leurs préférences, sont quelquefois d'autres espèces de Crustacés et on peut voir, sur une de nos figures (fig. 38), un Sci/ramathia Carpcnteri, portant sur son dos un Cirripède appartenant à la famille des Lepadides.
Les Cirripèdes operculés s'observent dans de grands fonds, et pour les Ycrruca, qui descendent jusqu'après de 2,000 brasses, on constate, comme pour \G%Scalpellum, une coïncidence remar-
(1) I^e Chiilknger a recueilli par •2,8;)Û brasses \e Scalpellum regium (Hoek.) et par 2,161 brasses le Scalpellum 1>((/'«'H!( iHoek.).
liiS
quablc cnlie Icui' a|i|iarili(in ancionno. dcvoilrc |iar des débris trouvés a Tétai l'ossile, et leur exleusiou daus les abysses. Les Balanes, vulfrai rement appelées sur nos côtes glands de mer, disparaissent à partir de 1 ,000 à 1,200 mètres.
Au sujet des (hiislacés comme au sujet des Poissons, il est très intéressant de icc lierclier si les inlluences auxquelles sont soumis ces animaux dans les grandes profondeurs n'entraînent pas des modilicalions et des adaptalions de leur organisme.
Pour certaines formes, on note des cbangemenls dans la
Fig. ■19. — CiiTipède pédoncule (Lepas anatifera). Moitié do grandeur naturelle.
structure de la carapace, des muscles et des divers tissus. Ainsi les Wilmœsia, les Penlhacheles, les Poli/cheles, sont tellement transparents qu'on peut se rendre compte, au travers de l'enveloppe tégumeutaire, de la disposition des divers organes, des troncs nerveuxet des vaisseaux. La tilire musculaire est molle, friable, complètement dépourvue de saveur. Ainsi, les magnifiques Crevettes, les Peudales, que nous avons péchés en abondance à bord du Talisman par bOO mètres, n'ont jamais constitué qu'un manger peu agréable, d'une extrême fadeur. Au point de vue des
lo6 LA VIE AU FOND DES MERS.
colorations extérieures, il n'existe rien de tixe pour des profondeurs déterminées, et pour les Crustacés, comme pour les autres animaux, on ne peut dire que les diverses zones marines sont habitées par des êtres présentant des couleurs spéciales. Le fond a-t-il par sa teinte une influence sur la couleur des bêtes qui reposent sur lui? 11 ne le paraît pas, car si entre 4,000 et 5,000 mètres on pêche des Crustacés d'un blanc grisâtre, alors que le fond a cette teinte, on en trouve d'autres en même temps qui sont d'un beau rouge. Cette observation estimportante, parce que, pour certains Crustacés de surface, il s'établit quelquefois une identité de coloration entre l'animal et le milieu dans lequel il se trouve. J'en citerai un exemple très remarquable, qui nous a été présenté par une crevette vivant dans la mer des Sargasses. Lorsqu'on recueillait ce charmant petit Crustacé, il possédait exactement le coloris des algues et, grâce à ce fait, il était très difficile à découvrir. Venait-il à abandonner les varechs et à nager durant quelque temps au milieu des belles eaux bleues de l'Océan, la teinte feuille morte, les marbrures plus foncées répandues çà et là sur son corps s'effaçaient et au bout de quelques instants il était devenu d'une transparence légèrement bleutée telle, que placé dans une cuvette remplie d'eau de mer, il était absolument impossible de le découvrir.
Les colorations de Crustacés de très grands fonds sont d'un rouge plus ou moins intense, quelquefois violacé ou d'un blanc rosé ou (l'un blanc gris (pi. 7). Les teintes jaunes, vertes, bleues, indigo, font complètement défaut et nous verrons plus tard certaines d'entre elles être présentées par d'autres animaux. Les œufs de quelques crevettes, vivant par 500 mètres, sont colorés en bleu ou en vert (pi. i).
Nous avons vu que chez les Poissons les organes de la vision étaient toujours parfaitement développés (1), quelle que fût la profondeur à laquelle on prenait ces animaux. 11 n'en est pas de
(I) A l'exception de Ylpnops Muirayi chez lequel ces organes sont évidemment moditiés.
lo7
im'me clicz los Crustacés, dont plusieurs espères appartenant ;i des groupes l'orl dilïerents présentent une atrophie, et souvent même une disparition complète des yeux. La perte de cesorgaues chez des Crustacés vivant an fond de la mer, dans un milieu obscur, n'a pas lieu de nous surprendre, car nous savons que les Crustacés existant dans l'intérieur des lacs situés au fond des cavernes ne voient pas. Ainsi, il y a dans la caverne de Mammouth à côté de VAmôlyopis spelœus, poisson aveugle dont j'ai eu l'occasion lie parler (I), une Ecrevisse (pii ne voit pas [Astacus
l''ig. .^0. — Cijmonomus ijranulatus (A. M.-Ed\v.\ 800 mùtres do profondeur.
pelhicidits). Chez, cet animal les téguments se sont peu à peu avancés au-dessus des yeux et ont fini par les recouvrir.
.Nous allons constater que pour les Crustacés marins on peut suivre pas à pas la façon dont s'elTectue la disparition de ces organes. Ainsi on trouve dans le golfe de Gascogne et dans la Méditerranée un Crustacé chez lequel les pédoncules oculaires subsistent alors que l'œil qui devrait élre au liout fait défaut.
(1) Voyez p. 83.
La disposition que j'itulique est très apparente sur un échantillon que j'ai fait représenter (fig. 30) et qui a été péché à bord du Travailleur par 800 mètres de profondeur. Le Cymonomiis granulatiis (A. M.-Edw.) avait été trouvé primitivement à Yalentia, puis dans le canal des FariJer lors des voyages du Porciipine, et il avait été décrit par Norman sous le nom A'Ethusa fjranulata. Voici (]uelles avaient été les remarques que ce savant observateur avait pu l'aire relativement à la structure des organes de la vision.
« h'Ellntsa fjranulata appartient à l'espèce trouvée à la hauteur de Yalentia, mais présente dans sa conformation une modification des plus extraordinaires. Les exemplaires remontés de 110 à 310 brasses dans les parages plus méridionaux ont la carapace armée, dans sa partie antérieure, d'un rostre aigu d'une longueur considérable. L'animal paraît être aveugle, mais il a deux remarquables tiges oculaires, lisses et arrondies à l'extrémité oi!i l'œil est ordinairement placé. Cependant chez les spécimens venus du nord, habitant une profondeur de .o42 à 705 brasses, les pédoncules oculaires ne sont plus mobiles; ils sont complètement fixés dans leurs alvéoles, et leur caractère est changé. Leurs dimensions sont de beaucoup plus grandes ; ils sont plus rapprochés à leur base et. au lieu d'être arrondies, leurs extrémités se terminent par un rostre très solide. Ne servant plus pour les yeux, ils fonctionnent comme rostres, et le véritable rostre, si saillant dans les spécimens venus du Midi, a (chose merveilleuse) disparu. Si nous n'avions trouvé qu'un seul exemplaire de cette forme, nous aurions pensé sans hésitation que nous étions tombés sur une monstruosité ; cette hypothèse ne saurait être invoquée pour expliquer cette modification, dans la transformation amenée par h; changement dans les conditions de la vie. Trois individus ont été trouvés à trois reprises différentes et ils sont, à tous égards, parfaitement identiques (1). » Par conséquent, chez certains Cijmoiiomus granitlatus, les yeux
(1) \V. Thomson. La abîmes de la mer, [i. liO.
CRUSTACES.
aisparaisscnt .laLord. leur? pédoncules suhsistanl. tandis (juc
Fig.51. - Uaumaslocheles zakiwu .Sulmi , 150 bi-asscs. (Grandeur naturelle.)
chez d'autres de ces animaux, vivant par de plus grands fonds, les tiges oculaires se modifient pour se substituer au rostre qui disparaît à son tour.
L'atropiiie des yeux des Crustacés se lie donc évidemment à la descente de ces animaux dans des parties de plus en plus profondes des mers.
Un autre exemple de ce fait nous est fourni par les Penthacheles. Ainsi que je l'ai rappelé ù propos des Poissons, durant . les temps géologiques anciens, les mers paraissent n'avoir pas possédé les profondeurs immenses qu'elles ont de nos jours, et nous n'avons rencontré nulle part de Crustacés aveugles dans leurs dépôts surélevés. On trouve assez abondamment dans les couches oolithiques de Solenhol'en,en Bavière, des empreintes de Crustacés, dont un genre, celui des Eryon, possède une extrême ressemblance avec celui des Penthacheles existant de nos jours par 3 à 4,000 mètres dans le fond de l'Atlantique. Les Erijon sont très jjrobablement les ancêtres des Penthacheles, seulement comme ils vivaient dans des eaux peu profondes, ils avaient des yeux, tandis que leurs descendants, qui peu à peu se sont avancés dans les abysses, ont fini [)ar perdre ces organes (1).
Un des crustacés aveugles les plus curieux qui aient été trouvés dans les grands fonds est une espèce d'Ecrevisse, le Thaitmastocheles zateuca, prise durant un dragage exécuté à bord du Chal- Icmjer par 450 brasses, aux environs de Saint-Thomas (Antilies). Comme sur les Wilmœsia les yeux manquent, et on ne trouve pas de trace des pédoncules ayant dû les supporter. Il semblerait, ainsi que l'a dit Wyyille Thomson, qu'un habile opérateur eût extirpé ces différentes parties.
Le Thaiimastocheles zaleiica vit probablement enfoui dans la A'ase, et ses énormes pinces doivent lui servir à se rendre maître de proies vigoureuses passant à sa portée.
Je citerai en dernier lieu comme Crustacé aveugle très intéres-
(I) J'ajouterai que les eiiibiyons de Wilmœsia présentent, durant leur première période de développement dans l'œuf, des organes de vision semblables à ceux des Crustacés ordinaires (iVarr. Chall. E^rped., t. I, p. 324).
Ncphropsis Agasaizii (JL M. Eilw.)
,)la|)sca
■ Map«ca
Pcntacriuus WyviUe-Thomsoni JJeffr.)
Puipliae rubrogiittata [A. M. E"Iw.)
I^phohelia proliféra (H. M. Edw. et Hai.)
Pheroneiiiii Carpeiiteri (W. Tlmiu.
Stopimuotrocbus uobili.-î [Mos.]
Bri^jinga eiulcmcnemos (Alij.)
Kpizoantbu3 pamsitiius
Feiitaclieles spiiinsus [A. M. E"hv ,
Sealnrw luirifica (Fisli.)
Imp ï.«n#rciOT k C*^. Buis.
l\ VIE AU FOND D(
ii'i's se ni'-' - i''''^^' -'^ subiUtucr ai
{.•irhZ M .A} îisieasaA si&qo'iitqs.a ^ '
l:i ai.
tii-'fi ■'<-.'. '
S Crustacés se lie donc évideini liinaux dans des parties de i)lu>*W*'f'"
r.92qoU f
Lir ce Kui lions e^i lourni par les PeritI
ij(ie 'je rctr"f'appelé à propos des Poissons, Hui \ ijlogiques anciens, les mers paraissent n'avoir p.. les profondeurs iVnniou'ses qti*eTi"'s'oStaë nos jours, et avons rencontré nulle part de Crustacés aveugles dans • ' ' ■ "•■ '•• ••ve assez abondamment dans les
I . r n Bavière, des empreintes de ■ntiin genre. ci^f1'?^*'!''^''?*/^^'"f^a,*f1?*io,!ft^ .^,tréme
ni de nr»
{.(iioiIT ,7/) h9iii3qiijr3 <;ai9no-ïûi[*I
(.EoU] ^iiiJoxi ÊUil'jKiîottCilqsaa
lie abord du Ch
s, aux environs de Saiat-Tliomas (Antill.
Comnu- .-lU les W ilmœsia ltii'Ak«»wnî**?fwipa«'frtH et on ne trou
■' 'race des pédoncules ayant dû les supporter. 11 sembleri
ic l'a dit Wyville Thomson, qu nu habile opérateur .
extirpé ces différentes parties.
hatimastochetes zaleuca vil probablement enfoui dan \a ■ ;"'P'f'«f(p9 éR<t»wn* pinces doivent lui servir à se rendre ma-
'''' "1''^ >i" ...n-iMlJCS laissant à sa portée. ;.T,baj£ .a) 8p*ooiq8»(e,t»al.i»1
.ciAxi«âiB)li4«*ifi'i«i«Atf Crustacéa\eiigle In •
les einb npemenl
Wiliirv^ii riii'sentf"
La ine au fond des rner.'i
Spïegel lilk.
Aiunu'iux trouvés enin
■le profondeur
ïmp L«inArcier& C^* Pane
CRl'STACÉS. ICI
sant le Galatfiodcs Antoiiii (A. .M.-Ed\v.), que nous avons pèclu' à bord lUi Talisman par i.lOO mètres île profoiuleiir.
Chez les CriistarfS les plus iulVrieui-s, les Pyguoirouiiles vi\aiit ilaus des eaux peu profondes, ou trou\e ijuatre \eu\. tandis que sur ceuK de ees animaux qu'on prend au-dessous de 400 brasses, ees organes ont disparu ou son! siui]>Ii'niiMit rudiuuMitaires et sans pigment. Ce laiteoncorde complètement avee celui que j'ai signalé à propos du Ci/mofiomiis i/raini/atns.
Ka présence du nombre très élevé d'espèces de ('rustacés répandues sur le fond des mers, on peut dire que la disparition des yeux est. clie/ les animaux de cette classe, un fait assez rare. La plupart des espèces, même celles recueillies par o.OOO mètres, possèdent des \eux bien développés. .Nous sommes donc obligés de nous demander comment fonctionnent ces organes.
D'abord ils peuvent être impressionnés par les lueurs fournies par d'autres animaux ou. comme nous lavons dit antérieurement, par des rayons spéciaux cbeminant jusqu'au fond des abysses: d'autre part les êtres auxquels ils appartiennent sont la plupart du temps susceptibles démettre des lueurs phospborescentes. Ce dernier fait est connu depuis longtemps et il semble que ce soient deux naturalistes français, Kydoux et Souleyet. qui l'aient pour la première fois le mieux étudié, durant le voyage scientilique qu'ils ont accompli sur la Honite. » Dans tous les animaux, ont écrit ces savants observateurs, qui jouissent de la pbospborescence. cette propriété nous a paru dépendre d'un principe particulier, d'une matière sécrétée probablement par ces animaux, mais qui présente des ditVerences dans la manière dont elle est produite au debors.
« Les uns. les petits Crustacés phosphorescents, peuvent émettre ce principe à l'extérieur dans certaines circonstances, surtout lorsqu'ils se trouvent irrites d'une manière quelconque : ils lancent alors de véritables jets, des fusées de matière phosphorescente en assez grande quantité pour former autour deux une atmosphère lumineuse dans laquelle ils disparaissent. Nous avons pu recueillir une certaine iiiiantité de cette matière
FiLHOI.. I I
sur les parois d'un vase qui renfermait un grand nombre de ces Crustacés (1). »
D'autres Crnstacés ne possèdent pas la faculté d'émettre au dehors une matière lumineuse abondante, pouvant ainsi se mélangera l'eau ambiante, et ils ne développent de la phosphorescence que dans des conditions particulières, lorsqu'ils nagent, qu'ils marchent ou lorsqu'on les irrite. Au fond de la mer, c'est très probablement ù l'époque de la reproduction et durant les mouvements que les lueurs se produisent.
Certains Crustacés, le Geryon trideiis, parmi les Brachyures, les Aristés, parmi les Macroures, ont comme divers poissons des yeux lumineux d'un éclat incomparable. L'œil paraît dans ce cas être à la fois un centre de production de lumière et un organe de perception des impressions lumineuses. De même que certains Poissons ont des organes spéciaux destinés à donner naissance à des lueurs phosphorescentes, de même certaines formes de Crustacés portent sur plusieurs parties de leur corps des plaques destinées au même usage. Durant le voyage du Talis7nan nous avons pris une nouvelle espèce à'Acantephyra, YAcantephyra pellucidn (A. AI.-Edw.) dont les pattes sont garnies de bandes phosphorescentes.
Certains Schizopodes présentent également des organes spéciaux de phosphorescence. Ainsi les naturalistes du Challenger ont observé des Euphausiidai chez lesquels il existait, en arrière des yeux, une paire de plaques lumineuses (2). Deux autres paires de plaques de même nature étaient insérées sur le tronc, alors que quatre autres plaques étaient situées sur la ligne médiane de la queue. Les plaques antérieures paraissaient être les plus brillantes. Le pouvoir lumineux était sous la dépendance de l'animal qui en usait souvent, mais pas toujours, lorsqu'on venait à l'irriter.
Ouelquefois les perceptions lumineuses sont singulièrement
(1) Extrait du rapport de de Blaiuville sur les résultats scientifiques de la Bonite. Cumpt. rend. hebd. de l'Acad. des se, t. VI, p. 459. 1838.
(2) Narr. Chall. Exped., t. I, 188o, p. 7i3.
facilitées chez les Crustacés par lo iléveloppeinent d'yeux supplémentaires. Certains petits Schizopodes ont des yeux pairs sur les membres thoraciqucs et des yeux impairs sur les fausses pattes [Ei/p/iausia). Chez d'autres Crustacés du même groupe, les Gnathophausia, il existe des \v\\\ ilisposis sur des appendices dépendant de la bouche. Eiiliii Je ra|>pellerai que, chez certains Crustacés, les yeux prennent un développement considérable ; ainsi ceux du Halhynome géant présentent chacun i,000 fa-
1 i;;. .').;. — ilti/jal'jpwl.a ii(ves(i(jat'ji i.\. M.-liiiw.„ 1,000 mètres de profoiuleur. Grandeur naturelle.)
cettes. Celte disposition, nui parait surprenante, n'est pourtant rien à côté de celle offerte par un autre Crustacé, le Ci/stosoma Neptuni (Guér.-Méa.). Cet animal, trouvé pour la première fois dans rOcéan Indien, a été recueilli durant le voyage du Challenger en divers points de l'.Xtiantique, et Wyville Thompson a supposé qu'il devait vivre tantôt près de la surface, tantôt dans de grandes profondeurs.
Le Crjstosoma Neptuni est complètement privé de couleur, et son corps est si transparent qu'on peut suivre, dans son intérieur.
16i LA VIE AU FOND DES MERS.
la marche des plus petites fibres nerveuses. La tête est large et renflée. Elle est entièrement occupée par deux immenses yeux à facettes rappelant ceux de certains Crustacés fossiles, très anciens, appelés des T riloh'ûes i/Ez/lina).
Les antennes, qui dans certaines formes prennent un développement considérable, doivent singulièrement faciliter aux animaux à qui elles appartiennent la connaissance des objets ou des êtres environnants. Grâce à leur souplesse, elles peuvent se glisser sous les roches afin d'explorer les cavités, ou bien elles peuvent durant le repos, en étant abandonnées à la surface de la vase, alors que leur possesseur est enfoui, avertir, si elles viennent à être heurtées, de la présence d'un ennemi. Le rôle des antennes, comme organes d'exploration, est tellement important qu'on voit, chez des Crustacés de grands fonds, certaines parties du corps être détournées de leurs fonctions et revêtir la forme de ces organes. Un des exemples les plus remarquables qu'on puisse citer à ce sujet, est celui présenté par une sorte de Crevette que nous avons pêchée, à bord du Talisman, par 1,900 mètres de profondeur. U Hapalopoda investigator (A.M.-Edw.), décrit primitivement sous le nom de Benthecisymus Bartleti (fig. 52), est un Crustacé d'un rouge carminé, dont les antennes ont une fois et demie la longueur du corps. Les pattes vont progressivement en augmentant de grandeur. Leurs trois premières paires portent à leur extrémité une petite main didactyle, alors que les deux autres paires, dont la longueur est presque double de celle de la paire qui les précède, se terminent par uue série de petits articles, placés bout à bout, rappelant par leur forme et leur disposition les articles composant le flagellum des antennes.
En résumant les observations précédentes, on voit que les recherches sous-marines ont fait découvrir une foule de Crustacés nouveaux et qu'elles en ont fait rencontrer d'autres connus seulement à l'état fossile. D'autre part, elles ont permis d'apprécier la distribution des différents groupes de ces animaux en profondeur et en espace. Enfin elles nousont révélé de curieuses adaptations accomplies pour assurer la vie au fond des abysses.