LES MÉDUSES
jours ils soiil tlenticulés, ou garnis de nombreux prolongements allongés, i\c tentacules, utilisés pour pécher (fig. 75).
I.es Méduses pélagiques se nourrissent danimaux marins très divers, de poissons, de crustacés, de vers, de mollusques, et quel-
Fig. -.h. - Méduses. I, Pélagie noctilu'iuo. v, .Vuiriie .i.,.-illardc.
quefois le volume des proies saisies et dévorées est surprenant. La gloutonnerie de ces habitants des mers est inouïe ; les bètes capturées sont avalées entières en quelques secondes. « Des Méduses, dit Frédol, emprisonnées dans un vase avec des crustacés ou des poissons de petite taille, les dévorent fréquemment. Et
cependant ces derniers, plus compliqués en organisation, sont doués d'une intelligence plus que suffisante pour apercevoir le danger. » « Apparemment, dit M. Forbes, les Méduses trouvent des jouissances toutes démocratiques dans la destruction des animaux des classes élevées. 0 rivalité des castes et des conditions! Il y a donc partout de la démocratie et de l'aristocratie? »
Les Méduses sont désignées fréquemment par le nom d'orties de mer, par suite de ce fait que certaines dentre elles, lorsqu'on vient à les toucher, procurent une sensation brûlante, souvent très pénible. Tous les baigneurs connaissent la Méduse chevelue (1), dont ils s'éloignent avec crainte dès qu'ils l'aperçoivent. Quand on se laisse atteindre par les longs filaments garnissant son ombrelle et s'allongeant dans la mer comme une chevelure presque diaphane, on ne tarde pas à ressentir des douleurs atroces.
Les organes urlicants des Méduses sont répartis dans l'enveloppe extérieure et principalement distribués sur les tentacules. Us se présentent sous la forme de capsules renfermant un long fil, enroulé pendant le repos. Ce fil, lorsqu'on excite l'animal, peut être projeté, et on aperçoit alors à sa base de petites pointes aiguës, d'une extrême délicatesse, assez résistantes pour s'enfoncer sans se briser dans notre peau. C'est en utilisant ces poignards microscopiques que les Méduses se défendent ou qu'elles attaquent.
Certaines Méduses, celle de Cuvier (2) dans la Manche (fig. 74), celle d'Aldrovande (3) dans la Méditerranée, sécrètent, dit-on, une sorte de bave susceptible de causer des démangeaisons pénibles.
Les Méduses voient et entendent. Leurs yeux et leurs oreilles consistent en capsules sensitives insérées sur le bord de l'ombrelle, à la base des tentacules. Ces différents appareils sont en rapport avec un système nerveux bien défini.
La manière dont s'effectue la nutrition des diverses parties
(1) Cyanxa capillata lEsch.).
(2) Rhizusloma Cuvicvi (Per.).
(3) Ehizostoma Aldi-ovandi {Pev.).
LES MEDUSES. 2:)9
de l'orgauisinc est 1res siinple. De l'osloniac (la rient des canaux qui se portent vers la |iéripliérie de lonibrelle. Chez ceitaines Méduses (les Méduses à cloche) les canaux restent simples et sont unis entre eux a leur terminaison par un canal ciirii-
Fig. 7(). — lieproduciion des Méduses. 1, Poljjie (scypliistome provenant de la transfoiÈiiatioa d une larve). 2, 3, Polypes transformés (strobiles). 4, 5, jeunes .Méduses détachées des Polypes transformes.
laire (flg. 78); sur d'autres (les Méduses en forme de champignon) les canaux se ramifient et leurs branches s'anastomosent, constituant ainsi un vaste treillis. Cet appareil dans lequel circulent, sous liulluence des contractions de l'ombrelle et par
l'action de cils vibratiles, tapissant les parois des canaux, les matières digérées par l'estomac et rendues ainsi absorbables, est en communication avec l'extérieur au moyen de diverses ouvertures. L'eau peut ainsi pénétrer dans ce qui représente chez les IMéduses l'appareil circulatoire, et le sang n'est plus dès lors qu'un mélange d'eau et de matières digérées.
Ce qu'il y a de plus étrange dans la vie de ces animaux a rapport à la manière dont ils se reproduisent.
Les glandes génitales sont placées soit dans l'épaisseur du sac stomacal, soit dans différentes parties de l'ombrelle, près de son sommet ou dans le voisinage des vaisseaux. Généralement les sexes sont séparés.
Chez les Méduses dont l'ombrelle a la forme d'un champignon, les œufs deviennent libres et tombent dans la mer. Au bout de quelque temps naissent des larves au corps allongé, se mouvant avec une assez grande rapidité sous l'action de cils vibratiles répandus à leur surface. Ces larves ne tardent pas à se transformer et elles revêtent alors (fig. 7G, n" I) la forme de polypes pourvus de huit tentacules (I). A partir de ce moment chacun de ces polypes acquiert le ])ouvoir de se reproduire par des bourgeons apparaissant en différents points du corps. Un individu unique peut ainsi donner naissance à une colonie.
Les polypes se transforment à leur tour dès que leur développement est terminé, et cela de la manière la plus merveilleuse. Le corps semble se séparer en différentes parties, il s'articule en quelque sorte. Chacun des segments (2) ainsi formés (fig. 70, n° 2) s'élargit, se creuse à sa portion supérieure et, au bout d'un certain temps d'accroissement, l'animal représente une série d'assiettes creuses placées les unes sur les autres. Les bords de chacun de ces disques se découpent en lobes séparés par de profondes échancrures. Puis surviennent des contractions, des mouvements eu quelque sorte convulsifs, qui amènent leur dé-
(1) Le scyphistome de Sars.
(2) Le slrobile de Sars.
LES MÉDUSES. iH
lacliement. (^.hiquc sejrment, ainsi rendu libre, n'est autre chose (liriiiie jeune Méduse dig. "Il, n"" 4 et o).
l'ar conséquent, des animaux sexués « se propagent suivant les lois ordinaires, mais ils engendrent des enfants qui ne leui'
fig. "7. — Reproduction des Méduses. 1, colonie de Bongninvi/lia ramosa portant de jeunes Méduses : a, Polypes nourriciers; 6, jeunes Méduses à divers états de développement. — 2, Méduse devenue libre.
ressemblent pas et qui sont neutres, c'est-à-dire non sexués {(Kjames). Ceux-ci produisent, par bourgeonnement et par scissiparité, des individus semblables à eux. Ils peuvent aussi donner des individus sexués; mais, avant l'apparition de ceux-ci, l'ani-
FlLUOL. Ib
2i2 LA VIE AL' FOND DES MERS.
mal, qui était simple, se transforme en animal composé, et c'est de la désagrégation des éléments de ce dernier que naissent des individus pourvus de sexe, c'est-a-dire les animaux les plus complets (1). »
Les Méduses dont l'ombrelle a la forme d'une cloclie ne naissent pas de la division transversale des polypes. Elles sont le produit de l'évolution de bourgeons, apparaissant en ditTérents points d'une colonie d'Hydres. Chez les Bougainvillia (fig. 77) dont les colonies sont ramifiées, les Méduses se développent sur un rameau semblable à ceux supportant les Hydres. Chez les Syncorynes , elles apparaissent parmi les tentacules (fig. 78). Dans certaines colonies d'Hydraires il y a une division du travail; quelques individus sont chargés des fonctions de nutrition, d'autres des fonctions do reproduction.
11 semblerait que les Méduses, par leur structure délicate, par leur mode de vie, fussent des animaux absolument spéciaux aux couches superficielles des Océans. Pourtant il n'en çst pas ainsi, caria drague en a rapporté de nombreux exemplaires sûrement saisis au fond des abysses.
M Deux familles de Méduses, dit .M. Haeckel(2), peuvent avec un grand degré de certitude être regardées comme caractéristiques des mers profondes : ce sont les PectiUydœ parmi les Méduses craspédotes, et les Periphijllidœ parmi les Méduses acraspèdes(3]. »
Les Peclyllidœ (genres Peclis, Pectyllis,Pectanthis) sont remarquables par suite de l'existence de tentacules suceurs, répartis en grand nombre sur le pourtour de l'ombrelle. Ces tentacules, dit M. Hœckel, rappellent étroitement les organes de marche, les ambulacres des Oursins. Ils sont puissamment contractiles et élastiques. Les Pectyllidœ s'en servent pour se fixer et égale-
(1) Frédol, loc. cit., p. 192.
(2) Hœckel, Re})oit on thedeep seailedusx, Zool. Chall. exped. par., XII, 1881.
(3) Les .Méduses craspédotes sont celles qui sont pourvues d'un velura ; les Méduses acraspèdes sont celles dont les bords du disque, non en forme de cloche, ne présentent pas de membrane. Vo.v. p. 239.