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CHAPITRE XI CORALLIAIRES

Les zoologistes ont placé dans une classe particulière, celle des Coralliaires, de très nombreux animaux, possédant des analogies avec les êtres auxquels est duc la production de ce brillant polypier, qu'on appelle le Corail rouge.

Les Coralliaires sont répandus dans toutes les mers, dont ils peuplent les rivages et les abysses. Leur apparition remonte aux temps géologiques les plus anciens, et à partir du moment oii ils ont été constitués, certaines de leurs espèces n'ont cessé de contribuer en diirérents points du globe à la formation de puissants dépôts.

Les Coralliaires sont des animaux aux formes gracieuses, revêtus des plus vives couleurs. On les répartit dans deux grands groupes, celui des Zoanthaires et celui des Alcyonaires.

Les Zoantbaires (animaux fleurs) sont distribués dans des groupes différents suivant que leur corps est mou ou suivant qu'il se développe dans son intérieur un axe solide, une sorte de squelette, un pohjpitr.

Parmi les Zoantbaires au corps mou. nous trouvons tout d'abord les Actinies ou Anémones de mer dont de nombreuses espèces, d'une riche élégance de formes et de colorations, habitent nos rivages.

Les Anémones de mer, comme tous les Coralliaires, ne sont

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autre chose que des Polypes, c'est-à-dire des animaux ayant la forme d'un sac dont l'ouviM-lure est garnie de tentacules. Le sac c'est le corps, la cavité qu'il limite l'estomac, l'ouverture la l)ouclie, les tentacules les bras servant à la défense ou à la capture d'animaux à dévorer (1).

Les Anémones de mer possèdent des goûts sédentaires ou nomades. Chez les premières, leur base s'élargit pour permettre à l'animal d'adhérer aux corps solides, tandis que chez les secondes elle se rétrécit de telle manière que la fixation devient impossible. Dans l'Atlantique nord, sous les tropiques, nous avons dragué a bord du Talisman, jusque par des fonds de 4.000 mètres, de nombreuses Actinies errantes sur des fonds de vase d'une étendue immense, ou bien fixées sur des débris de roches.

Les Anémones, qui s'immobilisent, peuvent pourtant se mouvoir sur la surface où allasse sont établies et rien n'est curieux comme de les voir progresser en avançant tout doucement une partie de leur base et retirant à mesure celle qui lui est opposée. « Lorsqu'une vive lumière, ditFrédol, éclaire une Anémone, aile épanouit ses tentacules, comme un capitule de Pâquerette qui étale ses demi-fleurons. Ces organes s'allongent ou se raccourcissent, vont et viennent, se balancent et se tordent autour de sa bouche dilatée. Touchez l'animal avec le bout d'une baguette, ou bien agitez l'eau qui l'environne, et soudain tout se rapproche, se ferme, se contracte et s'amoindrit.

« Pendant que l'Anémone étale ."^a brillante collerette, si un petit ver,unjeunecrustacé,un poisson nouvellement éclos, viennent s'y heurter étourdiment, aussitôt, par un brusque mouvement, l'animal vôraca pousse l'imprudente victime vers sa gueule béante, et la précipite dans sa bourse, c'est-à-dire dans son estomac... et consummatum est! La vie des Anémones est un affût continuel.

« Les tentacules filamenteux de certaines espèces semblent être de véritables armes offensives. M. Gosse a surpris un de ces

(1) Les produits sexuels naissent de replis mésenléroïdes, existant sur la face interne de la cavité du corps, dont ils se détachent à leur maturité.

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filaments au moment où il s'attachait à un petit poisson. La pauvre bète fit quelques efforts pour fuir, et ne tarda pas à succomber, yi. HoUard a vu de jeunes Maquereaux se coucher sur le flanc et mourir au simple contact d'une Actinie. »

Le pouvoir meurtrier des tentacules est dû à la présence de petits organes rappelant les nématocystes des .Méduses. Comme sur ces animaux, ce sont encore des capsules microscopiques qui renferment dans leur intérieur un fil, garni de dents aiguës, susceptible d'être projeté au dehors. Ce fil, ces dents sont enduits d'un fluide venimeux sécrété dans l'intérieur de la poche nù ils sont contenus.

Chez les Anémones de mer la reproduction sexuelle est la règle, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'elles se multiplient par bourgeonnement ou scission. Les embryons sont renfermés dans l'intérieur des tentacules, qu'ils abandonnent, à un certain moment, pour descendre dans l'intérieur de la cavité stomacale, d'où plus tard ils sont rejetés au dehors par la bouche. Si, comme chez la Sai/artia viduata {Gos.), la reproduction se fait par bourgeonnement, on voit apparaître, à une certaine période de l'année, sur le pourtour de la base du corps des élévations isolées, qui s'accroissent, se transforment en autant de petites .\némones ne devant pas larder à se séparer de leur mère pour jouir d'une vie indépendante.

Quand on arrache violemment une Anémone du rocher sur lequel elle est fixée, il arrive quelquefois qu'on déchire sa base et que des parties de son corps restent adhérentes. 11 s'accomplit alors des phénomènes surprenants. L'Anémone mutilée reconstitue en peu de jours les morceaux qui lui ont été enlevés, alors que ces derniers conservant leur vitalité ne cessent de s'accroître pour finir par donner naissance à autant de jeunes Actinies.

Si on coupe transversalement une .\némone en deux, la partie inférieure se complète en transformant son ouverture supérieure en une bouche autour de laquelle se développent des tentacules. Quant à la partie supérieure, elle éprouve tout d'abord

les surprises les plus jrramlos, résultant de son nouveau mode de constitution. Klle veut continuer comme par le passé à eufrloutir des proies saisies par les tentacules; mais alors, à mesure ([u"elle les avale, elle les sent s'écliappi'i- par sa parli(! iult-rieui'e. Cet état de choses, qui l'ait Ao lAnémone un tonneau vivant des Danaïdes, ne persiste pas longtemps. L'ouverture inférieure se resserre et se terme, ou bien elle se transforme en une bouche. Grâce à ce dernier arrangement, l'Anémone après une capture ferme ses deux orifices buccaux, et elle est ainsi assurée de conserver son repas. Il semblerait que ce nouveau mode de constitution, grâce auquel l'Anémone possède pour pécher deux couronnes de tentacules au lieu dune, dût la satisfaire. Il n'en est pourtant rien, et son seul désir consiste à reprendre sa forme primitive. Aussi voit-on se produire, au bout de qiudque temps, im étranglement au milieu du corps, étranglement qui s'accentue peu à peu et qui finit par entraîner la division de l'animal luimitif en deux êtres indépendants et parfaitement constitués.

Par conséijiicnt, comme la dit l'abbé Dicquemare, qui avait entrepris de uomlireuses expériences sur la vitalité des diverses parties du corps des Anémones, mutiler ces animaux n'est pas un acte de cruauté, car non seulement on augmente la durée de leur vie, mais encore on les rajeunit.

Quel([ucs genres d'Anémones vivant sur nos côtes se retrouvent sur les plus grands fonds, pourtant ce n'est là qu'une exception, car les formes abyssales de ces animaux possèdent presque toutes des caractères génériques très particuliers. Comme genre littoral descendant très bas, je citerai les Sagartia, dont à bord du Talisman nous avons pris de nombreux exemplaires par 4,000 mètres de profondeur (1).

Un des genres les plus remarquables d'Anémones de grands fonds est celui comprenant des animaux dont la bouche, au lieu de rester circulaire, se fend en quelque sorte de manière à

(1) Sayartia abyssorum [E. Porr.) ei Sarjartia Antoiiiii [E. Perr.), 4,165 mètres.

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constituer deux énormes lèvres portant à leur base les tentacules. Nous avons péché durant la campagne du Talisman ces singulières Actinies bivalves (PI. 1) par des fonds de 900 mètres (1), et elles étaient tellement nombreuses, là où nous les avons rencontrées, qu'un seul coup de clialut en a rapporté deux cent cinquante à bord [Actinotheca pelhicida, Mar.).

L'expédition du Challcmjer a également trouvé des Anémones dans les plus grandes profondeurs (2,300 brasses); elle a observé que les espèces et les genres étaient presque tous nouveaux, et que même communément ils appartenaient à des familles encore inconnues.

Certaines formes littorales, qui se sont étendues aux grands fonds, ont conservé leur structure et elles diffèrent considérablement par ce fait d'autres formes ayant gagné les abysses, probablement depuis longtemps et s'y étant modifiées sous l'influence de conditions différentes de vie. Un des caractères particuliers aux Actinies profondes consiste dans la disparition des tentacules, qui dans certains genres ont la forme de tubes très courts, et qui dans d'autres sont représentés par de toutes petites élévations perforées à leur centre et entourant la bouche. Cette atrophie peut être suivie, en quelque sorte, pas à pas (2). Sur \q Paractis tubidifet-a péché à 1,87.5 brasses, les tentacules sont bien développés et ressembleraient à ceux des Actinies normales, sauf une modification de leur sommet, qui s'élargit et porte un large orifice bâillant. Dansle Poli/sip/io?iia hcberosa (565 brasses), les tentacules largement ouverts sont raccourcis et très élargis à leur base. Chez le Polystomidhmi patcns (1 ,825 brasses), et le Pohjopis striata (2,160 brasses), un petit rebord annulaire surmonte seulement les orifices, alors que chez les Z,?)jo?2em« (1,875 brasses), ce dernier vestige des tentacules disparaît complètement. La place de ces appendices est marquée seulement par les ori-

(1) Actinotheca pellucida (Mar.).

(2) Voir à ce sujet les observations de M. R. Hertwii;, dans son rapport sur les Actinies draguées par l'expédition du Challenger. liep. on the sci. rcs. ofthe vog. ofH. M. S. Challenger, part. XV, 1882.

ficesqui Irui' correspondent. A cette transformation des or-anes préhenseurs des Anémones se lie bien évidemment un mode tout diiïérent de nourriture. Les Actinies de grands fonds, au lieu de capturer des crustacés et des poissons, doivent trouver <lans l'eau qui les baigne et quelles avalent un,- foule de petits organismes suflisammont nombreux pour assurer leur exis-

1ence.

Certaines Actinies, au lieu de posséder une vie indépendante comme celles dont nous venons de parler, constituent par leur groupement des colonies animales. Parmi ces Polypes agrégés il en est de très remarquables, les Épizoantbes (PI. V), qui vivent

Fis.

79. - Stephanotrochus nobilis (Mos.), 2,000 mètres de profondeur.

au loin au fond des mers. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler en retraçant l'histoire d'une espèce de Pagure, qui s'installe au centre de leur colonie (p. 130). Les Épizoantbes, dont la coloration est d'un beau violet, s'établissent sur une coquille dont le lest est peu à peu résorbé, et c'est dans la cavité lui correspondant que vient babiter un Bernard-l'Ermite particulier. La colonie d'Épizoantbes s'accroissaut par bourgeonnement finit par prendre un aspect circulaire et représente alors une roue dentée, dont chaque saillie est un polype.

Dans un second groupe d'Actinies, celui des Madréporaircs, il se constitue un squelette au fond de chaque j-olype. Les Madré-

poraires vivent solitaires ou bien ils forment de volumineuses colonies.

C'est parmi les .Madrépoi'aires isolés qu'on rencontre les formes les plus belles, les plus élégantes de polypiers. Aous en avons fait représenter deu\ très remarquables pèchées à 2,000 mètres de profondeur. Les Stephanotrochus dont on voit le squelette sur notre figure 79 ont leurs tentacules disposés autour de la bouche comme chez les Actinies. Les Flahrllum ou éventails sont comprimés dans le sens latéral (fîg. 80). Tout autour de leur bouche sont disposés cinq cercles de petits bras immobiles, correspondant chacun à une division longitudinale de la cavité du corps. Cette dernière est parcourue par des cloisons très minces disposées suivant le système du développement binaire : 3 au premier cycle; 6 au second; 12 au troisième; 24 au quatrième et 48 au cinquième. De chaque espace compris entre deux cloisons s'élève un tentacule, dont le nombre est par conséquent finalement de 96. Les tentacules du cinquième et du sixième cycle sont les plus nombreux, et ils sont en outre garnis de petits tentacules supplémentaires n'émanant point des cloisons intérieures. Les Flabellum sont vivaces, et lorsqu'après les avoir capturés on les place dans un bassin rempli d'eau de mer, on ne tarde pas à les voir étaler leurs tentacules d'une teinte légèrement rougeàtre, parés près de leur base de bandes de gris ou de jaune tirant un peu sur le rouge.

Avec les Stephanotrochus, les Flabellum., nous devons citer comme Madréporaires isolés, vivant sur les grands fonds, les Deltoajathus, les Ceratotrochus, les Bathi/actis,]es admirables Z-e/3/openus, dont une espèce (1) se présente sous la forme dune coupe renversée, criblée de mille petits orifices, disposés en cercles, qui eu font une vraie dentelle ; des cloisons s'élèvent au milieu des séries rayonnantes que constituent ces ouvertures et présentent un bord libre gai'ni de longues pointes se projetant au dehors comme de puissantes épines. Toutes ces ravissantes bètes vivent

(i) Leptopenus hypocœlus (Mos.).

r,OR.\I,Ll.\lliF,?. 2-i3

légèrement enfoncées dans la vase, à la surlace de laiiiielle elles épanouissent leurs tentacules diaprés.

Certaines foiunes do Madréporaires solitaires présentent de l'intérêt par leur ancienneté ou par leurs distributions bathymétrique et géographique. Ainsi le Drltoct/nthns itnlkus (Pourt.), commun aux Antilles et dragué aux Bermudes par le Challenffcr, avait été trouvé antérieurement à létal fossile dans des couches tertiaires de l'Italie. Les Slephanotrochm. si abondants dans lAllautique par des fonds do 500 à 1.500 brasses, ont été recueil-

Fi". 80. — Flabellum atnbastrum (Mos.), 2,000 mètres de profondeur.

lis, sur les côtes d'Australie, aux environs de Sydney. Les Flabellum, également très communs dans l'Atlantique par 1,000 brasses, ont été trouvés par le Challenger jusqu'à Vile du Prince- Edouard, par conséquent dans l'Océan Indien, plus au sud que le cap de Bonne-Espérance. Une espèce de Bathijactis [B. sijmetrica, Mos.), vit depuis 30 brasses (aux environs des Bermudes) jusqu'à 2,900 brasses (dans la portion est du Pacifique).

M. Moseley, qui a pu examiner une grande série de ce dernier Madréporaire. a constaté que la nature du fond, la profondeur, la température, n'entraînaient aucun changement dans ses formes

extérieures. Cette espèce possède, d'autre part, une vaste distribution géographique. Elle existe dans rAtlantique ;'nord et sud), dans la partie sud de l'Océan Indien, dans l'archipel malais, dans les parties est et ouest du Pacitîque, sur les eûtes du Japon.

La forme de Madréporaire isolé peut-être la plus intéressante au point de vue paléontologique est le Stephanophyllia complicata (Mos.) pris par 129 brasses, aux îles Ri, par l'expédition du Challenger. Elle est très voisine des StephaiioplujlUa fossiles dans des couches de la craie et du tertiaire. Elle se rapproche beaucoup, dit 31. Moseley, du Stephanophyllia discoïdes de l'argile de Londres et il est singulier de la rencontrer dans un point si éloigné de celui où elle existait antérieurement, sans que ces deux habitats soient reliés l'un à l'autre par des stations intermédiaires (1).

Avant les expéditions de dragages sous-marins, les Madréporaires isolés étaient considérés comme très rares, et nos connaissances étaient surtout relatives aux Madréporaires constituant de volumineuses colonies. Parmi ces derniers, il en est un assez voisin, comme organisation de ses polypes, de ceux dont nous venons de parler et qui habite des profondeurs variant entre 300 et 2,000 mètres. Le Lophohelia proliféra (IL M.-Edvv.) dont on voit une reproduction surnotre planche Vill couvre en certains points de ses épais buissons de vastes espaces au fond des mers. On le trouve au nord de l'Angleterre, sur les côtes de la Norvège et dans tout l'Atlantique, où il a été dragué jusqu'au niveau de l'île de Tcjstan d'Acunha dans le sud. Il est représenté dans les mers baignant la portion est de r.\sie par quelques espèces très voisines.

Dans certains Madréporaires agrégés, les polypes sont quelquefois complètement isolés et d'autres fois assez pressés les uns contre les autres pour que l'ouverture de leur polypier perde sa forme circulaire, qui est remplacée alors par un contour polygonal (fig. 81). Enfin, chez certains Madréporaires tels que les Den-

(1) M. .Moseley, Narrative of the voy of the « Challenger », p. 797.

drof/i/ra, les Diploria, etc., les polypes se fiisiomient laUTalemuiit à un tel |ioiiit, qu'il ileviont presque impossible de découvrir, dans le polypier auquel ils donnent naissance, la part ù accorder à chacun de ces constructeurs.

Les Madréporaires agrégés forment des l)ancs et des récifs

A L.Clc'ttcrl;.

Fig. 81. — Madréporaires agrégés. — A.itroMes catycularis. — 1. polypes rétractés et épanouis. — 2, polypier dont les polypes ont été eolcvés.

d'une très grande importance, qu'on rencontre en certains points d'une zone circulaire comprise entre le vingt-huitième degré de latitude de chaque côté de l'équateur. Us s'établissent, soit dans le voisinage des côtes, soit au milieu des océans, là où un fi>nil

surélevé leur permet de se fixer; ils donnent naissance par le dépôt de leur squelette calcaire à des récifs soit longitudinaux, soit circulaires (1).

Les vagues qui viennent se briser contre les amas de polypiers circulaires, les atolls, en détachent des quartiers, qu'elles réduisent peu à peu en une sorte de gravier, puis en un sable plus ou moins lin recouvrant la partie supérieure du récif. Alors sur ces nouvelles terres germent des graines apportées, et au bout de quelque temps, le récif a donné naissance à une île revêtue d'une belle végétation.

Les espèces produisant ces puissantes assises de coraux vivent dans des conditions physiques toutes particulières. La température de l'eau de mer ne doit jamais descendre au-dessous de 20° au-dessus de zéro, et la dernière profondeur qu'elles atteignent est 40 mètres au-dessous de la surface. Le choc violent des vagues ne fait qu'accroître leur activité, car on voit toujours le côté extérieur du récif, celui sur lequel la lame vient se briser, être plus développé que le bord intérieur.

Darwin, durant son voyage en Océanie, avait étudié le profil des récifs, et il avait été très surpris de constater une forme abrupte, et de reconnaître, d'autre part, que certains d'entre eux devaient avoir 2 à 300 mètres de hauteur. Etant acquis que les organismes constructeurs ne descendent pas à plus de 40 mètres, il devenait dès lors difficile de s'expliquer cette épaisseur énorme. Darwin crut trcmver l'explicatiim du fait qu'il observait en admettant que le fond du Pacifique subissait un alVaissement lent et que les coraux, pour se maintenir dans leur zone d'existence, ne cessaient, afin de contrebalancer ce mouvement d'immersion, d'élever leurs colonies. Celte explication, qui rendait un compte satisfaisant de la disposition observée en même temps que de la variété des formes de récifs, fut généralement acceptée. « En effet, imaginons une île située dans la

(I) Les récifs frangeants bordent étroitement la côte, tandis que les récifs barrières s'élèvent à une certaine distance d'elle, et constituent comme autant d'oiivra;.'es avancés sous-marins.

CORALLIAIRES. 2o7

réfrion de la mer oii les espèces coralligèncs peuvent prospérer, et ollrant, dans sa partie émergée, une pente convenable pour que les coraux y trouvent leur assiette. Une plantation coralliaire s'y développera tout près du bord, et quand elle atteindra le niveau de la basse mer, donnera naissance à un récif franrjeant. Comme d'ailleurs le récif s'accroît mieux du côté du large, et que, tout contre le rivage de l'île, le ruissellement des eaux pluviales peut entraîner des sédiments nuisibles aux coraux, il subsistera généralement, entre lile et le récif, un petit espace formant une ligne d'étroites lagunes. Si maintenant l'île s'affaisse lentement, le récif continuera à croître en épaisseur, en même temps que la largeur de la lagune augmentera. L n jour viendra où la distance du récif à la côte sera devenue assez grande pour

Tig. 82. — Atoll.

que la digue corallienne forme un récif barrière. Mais que le mouvement continue à se prononcer, ou bien l'île disparaîtra tout entière, ou elle se réduira à quelques îlots insignifiants, autour desquels s'étendra une barrière annulaire interrompue ou non par d'étroits passages. Cette barrière pourra, d'ailleurs, être totalement ou partiellement émergée. En effet, les vagues des grandes tempêtes en dégradent constamment le bord extérieur; tandis que la plupart des blocs ainsi arrachés tombent dans la mer, au pied du récif, quelques-uns viennent s'entasser sur la plate-forme, et dépassent définitivement le niveau des plus hautes mers. Les vents et les oiseaux y apportent des semences, et ainsi pouf se constituer un anneau de verdure entourant un lac intérieur, dont la tranquillité contraste avec l'agitation des ûots au dehors.

FiLHOL. 17

2o8 LA VIE AU FOND DES MERS.

« A cet état de perfection, le récif est devenu un atoll. Sa forme, plus ou moins irrégulière, n'est que le reflet des contours de lîle h laquelle il était originairement accolé, d'abord en qualité de frange, puis sous forme de barrière. L'ile a disparu, pendant que l'atoll élevait sans cesse de nouvelles assises sur sa base primitive, et le mouvement dalîaissement ayant un jour cessé de se produire, l'anneau corallien, d'ordinaire immergé à marée haute, a été définitivement conquis h la terre ferme. Un jour peut-être sa lagune intérieure elle-même se comblera, soit par le progrès de la végétation de l'atoll ou par des accumulations de déjections d'oiseaux.

« En résumé, pour employer une ingénieuse expression de Dana, chaque atoll serait une sorte de monument funéraire marquant la place d'une île engloutie, en même temps qu'il attesterait la mobilité du fond de l'Océan au point en question (1). »

Cette théorie, très séduisante, appuyée sur des faits habilement groupés, ainsi que sur quelques preuves indiscutables d'immersion, fut acceptée tout d'abord par la presque unanimité des géologistes et des zoologistes. Peu à peu cependant quelques arguments de grande valeur vinrent faire douter de son exactitude générale.

Ainsi en 1831 L. Agassiz montra qu'elle ne pouvait servir à expliquer la formation des récifs de la Floride, et en 1870 .Al. Rein déclara que les- Bermudes n'avaient été primitivement qu'un plateau sous-marin, sur lequel s'était fait à la longue un amoncellement assez considérable de débris de polypiers, de mollusques, d'échinodermes, etc., pour que sa partie supérieure atteignît la zone dans laquelle peuvent vivre et se développer a l'infini les coraux constructeurs. En 1880, M. Murray, à la suite de la croisière du Challoirjer, fit connaître de son côté diverses observations, qui sont venues enlèvera la théorie de Darwin beaucoup de sa valeur générale (2).

(1) A. de Lapparent, Théorie des yécifs coraHiens, Revue scientifique, l«'sem. 1885, p. iio6:.

(2) Proced. of the royal Society ofEdinburg, l. X, p. 503.

Les îles possédant des récifs coralliens sont presque toujours d'origine volcanique, par conséquent il semble très juste il'admcttre que les inégalités e\istanl sur le fond des mers à récifs sont dues u des phénomènes éruptifs. « Mais, parmi les accumulations de débris édifiées au sein du Pacifique par l'action volcanique, beaucoup ont dû s'arrêter à une distance de la sui'face supéi-ieure à 20 brasses. Étaient-elles pour cela condamnées à ne jamais servir d'assiette aux coraux? En aucune façon. En

Fig. 83. — Branche de corail rouge avec ses polypes.

efl'et, c'est un des résultats les plus saillants des dernières explorations maritimes, (|ue la constatation de l'extrême richesse, en organismes calcaires, des fonds situés sous la zone tropicale. Les eaux de la surface, dans les mers largement ouvertes, nourrissent en abondance des foraminifères calcaires, surtout de globigérines, dont les menues enveloppes s'entassent sur le fond, partout où la hauteur ^de l'eau ne dépasse pas 4,000 mètres. Déjà l'accumulation de ces débris peut faire naître des dépôts cal-

caires ; mais surtout la matière organique de ces protozoaires fournit un aliment à des êtres beaucoup plus élevés, polypiers, rayonnes, mollusques, lesquels se développent sur le fond. Le phénomène est surtout remarquable sous le parcours des grands courants chauds, tels que le Gulf-Stream. Les récents sondages du Blake ont montré qu'au-dessous de ce fleuve d'eau chaude, qui charrie de la matière organique en grande abondance, il s'est constitué une véritable plate-forme d'un calcaire très dur, résultant de l'agglomération des coquilles. Nulle part, d'après A. Agassiz (1), ce résultat n'est mieux marqué que dans la mer des Antilles et dans le golfe du Mexique, entre 500 et 2,000 mètres de profondeur. Les mollusques, les échinodermes, les polypiers, les alcyonnaires, les annélides, les crustacés se développent en nombre incroyable sur les plateaux sous-marins qui bordent la côte de la Floride, et les recouvrent, par Taccumulalion de leurs enveloppes, d'une couche de calcaire répandue sur plusieurs milliers de kilomètres carrés. M. Agassiz n'hésite pas à attriluier cette aliondance aux matières organiques charriées par les courants tropicaux et qui, venant s'ajouter à celles que contiennent toujours les eaux littorales, assurent aux êtres marins une nourriture copieuse. De même une riche faune, sans doute explicable par la même cause, a été constatée par le Challenger au-dessous du courant chaud de la côte japonaise. Par contraste, les côtes occidentales des continents, le long desquels les courants issus des tropiques font défaut, manifestent une moins grande richesse biologique.

« Cela posé, un grand nombre de protubérances volcaniques qui, dans l'origine, n'atteignaient pas la zone balhymétrique des coraux, ont pu s'exhausser peu à peu par des accumulations d'organismes calcaires, sous l'influence des conditions tropicales, et arriver assez près de la surface pour que les espèces coralligènes pussent s'y établir (2). »

Ces nouvelles vues sur la formation, dans certains cas, des

(1) Trans. of thc American Academy, t. XI, p. 1883.

(2) A. de Lapparenl, loc. cit., p. 559.

CORALLUIRES. 261

îlots niadri'pori(jues ont été confirmées par les observations faites par M. Giippy aux îles Salonion. où il existe d'anciens récifs soulevés lie JO juscjn'ù 300 et même (iOO mètres, dans lesquels le couronnement corallien est de peu d'importance, alors que le reste de la masse se compose d'un calcaire pétri d'organismes pélagiques, tels que des foraminifères ou des ptéropodes.

Par conséquent les récifs, les atolls, peuvent quelquefois s'accroitre d'une manière continue et acquérir une grande épaisseur, lorsqu'un affaissement vient à se produire; mais dans la plupart des cas ils sont établis sur des cônes volcaniques ou sur des plates-formes constituées de débris d'êtres divers, qui se sont progressivement élevées jusqu'à une vingtaine de brasses delà

Fig. 84. — Polype du corail.

surface. Les organismes constructeurs ne contribuent alors que pour une faible part à donner son épaisseur au récif. Cette disposition, a fait remarquer M. de Lapparent, doit faire plutôt penser à un soulèvement qu'à un alTaissenient , car, ainsi que Darwin l'avait indiqué le premier, les lignes de volcans mar([ucnt toujours des rides en voie d'exbaussement.

La seconde division de la classe des Coralliaires, celle des Alcyonaires, comprend des animaux pourvus de buit tentacules bipinnés (fig. 84), vivant en colonies plus ou moins nombreuses. C'est dans ce groupe qu'est compris le Corail (fig. 83 et 84).

Dès les temps les plus anciens on a utilisé le Corail comme bijou et on s'est alors préoccupé de connaître sa nature et son

mode de formation. « Orphée a dit en vers ses propriétés et son origine. Par une fiction ingénieuse et poétique, il a donné la raison de sa forme, de sa couleur et de sa dureté.

« Chacun a conservé dans ses souvenirs l'histoire mythologique de Persée débarrassant le monde de la Gorgone Méduse, ce monstre dont le regard métamorphosait eu pierre tout ce qui l'approchait. La fiction s'aidant de cette fable trouva dans le Corail une plante rougie par le sang et pétrifiée par le contact de la tète de Méduse, que Persée avait posée sur le rivage quand, après son triomphe, il vint purifier ses mains du sang qui les souillait (1). »

Ovide pensait que le Corail était mou sous l'eau et se durcissait au contact de l'air. En 1700, Tournefort, admettant une idée ancienne défendue tour à tour par Théophraste, Dioscoride, Pline, regardait le Corail comme un végétal. En 1706 le comte Marsigli annonça qu'il venait de voiries fleurs du Corail, et ce ne fut que plusieurs années après qu'un jeune médecin de Marseille, Peyssonnel, releva cette erreur et montra que « le calice de la prétendue fleur était le corps même de l'animal avancé et sorti hors de la cellule. » Cette découverte ne fut admise qu'avec beaucoup de difficultés et qu'après un temps assez long.

M. Lacaze-Duthiers, dans une très belle étude qu'il a faite du Corail, a montré que les polypes constituant la colonie sont tantôt mâles, tantôt femelles, tantôt hermaphrodites, et que généralement sur un même rameau les individus d'un sexe sont plus nombreux que ceux d'un autre sexe. Les œufs donnent naissance à des larves ovoïdes, se creusant d'une cavité qui s'ouvre au dehors par un orifice représentant la bouche et qui, couvertes de cils vibratiles, nagent à reculons, c'est-à-dire l'extrémité buccale en arrière, la grosse extrémité en avant. Au bout d'un temps assez long, les larves se fixent, et alors se produit une métamorphose. L'animal quitte sa forme de ver et devient, en s'élalant, en quelque sorte disco'ide. La partie qui portait la bouche rentre

(I) Lacaze-Duthiers, Histoire naturelle du Corail, 1864, p. 2.

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dan.sriiil('TiiMir(liicnrpspt,ens"oiilVni(;ant,s'euloiirc(l'iin bourrelet circulaire sur lequel apparaîtront les huit tentacules hipinnés. Le polype ainsi constitué donne naissance à une grande colonie ramifiée par suite de la production successive de bourgeons d'où naissent autant de nouveaux polypes. L'axe de la colonie, c'est-àdire cette nialière pierreuse, qui pour le public est le Corail, se trouve recouverte d'une sorte d écorce vivante (1), et chacune des petites cavités qu'il présente est la loge d'un polype.

Le Corail rouge vit dans la Méditerranée et dans l'Atlantique nord par des fonds qui, dit-on, pourraient n'être que de 10 mètres, mais qui sont généralement de oO à 00 brasses. On a, dans (pielqucs cas, péché du Corail à plus de 100 brasses. Très abondant dans la première de ces mers, il paraît être extrêmement rare dans la seconde, où on ne l'a encore rencontré qu'aux îles du (■ap-Vert. Durant le voyage du Talistnan, nous nous sommes rendus sur les points de cette dernière localité dans lesquels s'est pratiquée pendant un certain temps la pêche du Corail, et nous avons été assez heureuxpour obtenir quelques spécimens vivants, qui nous ont permis de bien constater l'identité absolue d'espèce entre le Corail de la Méditerranée et celui de l'Atlantique nord. Ku un autre point de l'Atlantique nord (2), nous avons recueilli par 500 à 600 mètres une forme d'Alcyonaire encore inconnue et voisine du Corail (PI. 1), le Coralliopsis Perrieri (Mar.) qui a des affinités avec un autre Corail {Pleurocoral/iiitn seciindiim), vivant au Japon et probablement, d'après les dragages du Challenger, près des iles Ki. Le Coralliopsis Perrieri (PI. 1) vivant a ses tiges d'un beau i)lanc et ses polypes d'un beau rouge. A l'île

(t) Les Polypes sont enfoncés en quelque sorte dans une niasse de lissu (sarcosome) qui Imir est commune et dans l'intérieur de laijuelle existent des vaisseaux. .M. Lacaze-Dutliiers distingue dans le Corail des vaisseaux profonds longitudinaux et donnant à l'axe solide son aspect cannelé, et des vaisseaux superficiels à mailles étroites établissant des communications entre les cavités gastro-vasculaires des Polypes. Par suite de cette dernière disposition, ce que mange un Polype profite à toute la colonie.

(2) Long. r.)'',49. Lat. 22°,o5',:jO.

Maurice on trouve un vrai Corail, mais d'une espèce différente de celle du Corail rouge.

Il est parmi les Alcyonaires des polypes qui, par l'élégance de leurs formes, leur coloris brillant, les lueurs éclatantes qu'ils dégagent au fond des mers, sont des êtres vraiment merveilleux.

Fig. 85. — I, Pteiocides griseum. — ?, Veretillum cynomorium.

C'est parmi eux qu'on rencontre les Pennatules ou Plumes de mer, agglomération animale composée d'un axe garni sur ses côtés de barbes supportant des polypes (fig. 85). La coloration de certaines espèces prises à bord du Talisman^Av 500 mètres de profondeur était d'un beau rouge mélangé de jaune. L'extrémité inférieure

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(Icl'axo, qui est dégarni de polypes, est onroncée dans la vase. Les Vérctillcs, (lu'on lenconlre par les mèiues fonds que les Pennatttles, ont une couleur orangée ; leur axe, garni de polypes sur tout son pourtour dans sa partie supérieure, a la foriuc d'uni' massue allongée (fig. 80).

A de plus grandes profondeurs et jusqu'à 2,440 brasses on trouve de ravissantes colonies d'Alcyonaires, les L'mbi-llulaires, chez lesquelles les polypes groupés au lioul d'un long axe apparaissent comme autant de fleurs vivantes (PI. III) d'une belle teinte violette. Les Lnibellnlaires appartiennent à la forme la plus simple, la plus primitive des Pcnnalidides ; leurs polypes sont sessiles sur la tige. Avant les campagnes de dragages sousmarins on ne les connaissait que dans les mers du Groenland.

M. le professeur V. Kolliker, qui a examiné les Pennatulides dragués par le Clialloiujpr. dit qu'au point de vue géographique les Umbeilulaiies on( la distribution la plus étendue. Ou les rencontre dans les mers arctiques, dans l'Atlantique, dans les mers antarctiques, dans l'Océan du sud à l'ouest delverguélen, dans le nord et le sud du Pacifique (1).

(1) •< Les Stilchyptitidse, les Protocaulidx et les Protoptilidse possèdent deu.x centres, un dans l'Océan Pacifique, sur les côtes de la .Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle-Guinée et du Japon, un autre dans l'Allantiqne nord et la mer du Nord. Dans le Pacilîque, l'Atlaiilique, et les mers du Sud, dans des points éloignés des côtes, des représenlanls de l'ordre sont très rares, et ils apparaissent d'autant plus nombreux qu'on s'avance vers des eaux peu profondes et vers la terre. Les AnthoptUidse ont seulement élé trouvés sur la cûte est de l'.Vniérique, et s'étendent depuis Halifax au nord jusqu'aussi sud que Buenos-.\yres et Tristan d'.\cuidia. Les Kophobelcmnonidx et les VeretiUidx, d'autre part, paraissent avoir une distribution limitée, mais les investigations du Challenger ont très peu accru nos connaissances sur la distribution de ces deux familles.

•< Parmi les formes plus complexes, les Virgulaires et les Pennatules sont plus largement distribuées; ces dernières se rencontrent sur les côtes d'Europe, de Cbine, du Japon, de l'Australie, de la Nouvelle-Guinée, sur la côte ouest de l'Amérique du Nord, sur la côte est de l'Afrique. Les Pteroeididœ ont un centre bien défini sur les côtes sud-ouest de l'Asie; il s'étend au nord jusqu'aux côtes du Japon, à l'ouest jusqu'à la mer Rouge et la côte est de l'Afrique ; une espèce {Pteroeides Qi-iseum) vit dans la Méditerranée. » [Nair. of the voij. of the « Challenger», p. .ïl.)

â66 LA VIE AU FOND DES MERS.

En certains points des mers, le fond est recouvert de véritables forêts d'Alcyonaires dont les polypiers ramifiés à linfini apparaissent comme dépaisses broussailles vivantes. On trouve là les Gorgones à axe corné ou calcaire dont les rameaux de la colonie se soudent souvent à leurs points de contact et les Isis à axe articulé, formé d'une série alterne de cylindres calcaires et de rondelles de tissu corné.

Les phénomènes de la phosphorescence sont extrêmement actifs chez la plupart des Alcyonaires. Suivant M. Panceri, les Polypes des Pennatulides émettent de la lumière dont la production est localisée dans huit cordons, qui adhèrent à la face externe du tube œsophagien. << Ces cordons lumineux sont composés principalement dune substance de nature grasse, contenue dans des cellules, avec des noyaux multipolaires et des granulations albuminoïdes. Ils sont tellement mous et fragiles, qu'il est impossible de les soumettre à un examen microscopique. Quand on vient à toucher, même légèrement, un polype, les cordons se désagrègent; la substance grasse tombe dans l'intérieur des tentacules ou dans la cavité viscérale, d'après le sens suivant lequel la pression a été exercée; c'est ce qui explique comment Spallanzani a vu sortir un jet lumineux par le pore situé à l'extrémité de la tige, et comment délia Chiage a vu le bulbe d'un Funiculaire briller comme un tis"feu enflammé. La matière photogénique des cordons peut devenir phosphorescente sous l'influence d'excitations exercées non seulement d'une manière directe sur le polype, mais encore sur un point éloigné du polypier. Enfin elle peut encore donner de la lumière en dehors du polype, par suite soit de chocs, soit de frottements, non seulement quand on vient de l'enlever du corps du polype, mais encore après la décomposition de celui-ci (1). »

Durant une des croisières du Porcupine \V. Thomson eut l'occasion d'étudier la splendide lumière se dégageant du corps des Plumes de »2e?'(fig. 85, 1). « En descendant le détroit de Skye, a ra-

(0 Claus. ZooL, noie du traducteur, p. 179.

CORXLLl.MRES.

conlé ce savant zoolof^iste, depuislc Loch Ton -nlan. |.ondant notre Aova-e de retour, nous draguions par une profondeur de lUU tirasse.' .^tla dra-ue revenait tout enchevêtrée de longues lignes roses, de la singulière Plume de mer [Pavonaria quadvangidaris). A cha-

A L.ru=4

Fig. 86. - StylaHer flabeinfonnis, vivant à 250 mètres do profondeur.

cune de ces tiges se cramponnaient parleurs longs bras àesAsteronyx Loveni, dont les corps mous et sphériques ressemblaient a des fruits mûrs et charnus suspendus aux branches d'un arbre. Les Pavowa-ia resplendissaient d'une phosphorescence lilas pâle, semblable à la flamme du gaz cyanogène. La lueur n'était pas

scintillante, comme la lumière verte de VOphiacantha, mais elle était presque continue, éclatant plus brillamment sur un point, puis s'efTaçant presque entièrement, mais demeurant cependant toujours assez vive pour éclairer parfaitement toutes les parties d'une tige accrochée dans des houppes ou adhérant aux cordes. D'après le nombre de Pavonaria qu'un seul dragage a ramenés, il est évident que nous avons passé au-dessus d'une forêt. Les tiges avaient 1 mètre de longueur, et elles étaient frangées de centaines de polypes. »

A bord du Talisman, nous avons à maintes reprises joui du merveilleux spectacle de la phosphorescence des polypes des Gorgones et des Isis, et nous avons cherché, par notre planche V, adonner une idéedel'aspect admirable quedoitposséderlefondde la mer sur lequel scintillent ces innombrables foyers de lumière.

Les campagnes dedragages sous-marins nousontfaitconnaître, en dehors de ces faits généraux, diverses particularités de structure très remarquables, offertes par des animaux que l'on considérait, à tort, comme de vrais Coralliaires. Ainsi les Millepores, dont le squelette est criblé d'une multitude de petits trous correspondant aux polypes, sont, d'après les études faites à bord du Challenger, par M. N. Moseley, des Hydraires qui, au lieu de produire des polypiers cornés comme tous les animaux connus de ce groupe, fabriquent des polypiers calcaires. D'autre part, d'après le même observateur, des Polypiers placés presque en tête desMadréporaires (les Oculaires), tels que les Stylaster (fig. 86), les Àllopora, le Cryptohelia (pi. I), dont différentes formes sont très élésantes, ne sont nullement des Coralliaires. mais bien des Polypes hydraires.

Les Stylaster fabriquent de ravissants polypiers aux branches flexueuses, quelquefois anastomosées les unes avec les autres et garnies de nombreux rameaux. La coloration de leur axe est d'un beau blanc chez \e Stylaster /labelli/onnis (fig. 86), vivant dans les parages de file Bourbon jusqu'à des profondeurs de 160 brasses, et d'un rose tendre sur le Stylaster roseiis des îles Sandwich. Les Allopora descendent dans les grands fonds de l'Atlantique et

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du Pacifique. (Juaut aux. Cryploltflia, cJunI iiuus avons l'ail représenter (pi. 1) un ravissant polypier pris pendant rcxpcdition du Talisman par 800 mètres de profondeur, ils ont un axe blanc dont chacun des calices est surmonté par une lame fixée en un point de son contour (1).

(1) 11. N. .Moseley, On tlie structure of the Slylasteridse, a f'amihj of th' Hydroid stony Corals. (Pliil. Tiaiis. of the R. S. L. 1878.)

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