CHAPITRE XII
EPONGES.
Le nom d'Épongés a été donné à un très grand ensemble d'êtres, vivant soit à l'état isolé, soit à l'état de colonies.
Le Spongiaire isolé, Yindividu éponge, si je puis m'exprimer ainsi, s'offre à nous avec ses caractères les plus nets, dans la forme décrite par Ha-ckel sous le nom à'Olynthus primordialis (tig. 87). Qu'on se figure une urne au pied élancé, dont la paroi est percée de trous, de porcs, livrant passage à de l'eau qui s'échappe par l'ouverture supérieure {ïoscule), et on aura une première idée de YOlijnthits. Les parois sont formées par deux couches de cellules superposées dont l'interne est due à des cellules munies chacune d'un flagellum, dont l'agitation continue et dans un sens déterminé règle le courant de l'eau traversant la cavité.
Maintenant, si on veut bien se représenter une série d'individus semblables, accolés les uns aux autres, fusionnés et portés par une sorte de squelette formé soit d'un réseau fibreux, soit de baguettes (de spicules) aux formes les plus variées, de nature calcaire ou siliceuse, on aura réalisé aux dépens d'Epongés simples une Eponge composée.
Dans les Eponges fibreuses, les Eponges de toilette, on reconnaît au premier examen deux sortes d'orifices, les uns très nombreux, de diamètres réduits, les autres plus rares et plus largement ouverts. Aux premiers, qui correspondent aux orifices
Ul'iiNGES. -"'
exl.M-iciiis, dont nous avons vu la paroi de \()l>jnthus être criblée, font suite dos canaux venant s'ouvrir dans une cavité correspondant à un des seconds orifices «lui'roiH-rscut.M.t rouvLTture supérieur.- de VOlipitlnis. Les canaux offrent sur leur trajet des élargissements , des sortes d'ampoules, tapissées par des cellules munies de tlagellum (1) dont le mouvement produit un courant
deau.
Le passage de l'eau au travers des canaux est très facile à observer sur des éponges placées dans un aciuarium, si on a le soin de laisser tomber dans le liquide qui les baigne des particules dune substance colorée. Ces petits éléments d'une grande légèreté restent en suspension, et ou les voit être aspirés par les petits orifices, \q% porcs inhalants, et rejetés par les grands, les oscules. Ce mode de structure des Éponges, qui paraît si simple, a été ignoré pendant bien longtemps. Les anci.'us regardaient ces êtres, tantôt comme des végétaux, tantôt comme des animaux, parmi lesquels ils prétendaient découvrir des mâles et des femelles. 11 n'est pas d'idée étrange qui n'ait été émise à propos de ces bètes, et Érasme a eu bien raison de dire qu'on devait passer l'éponge sur tout ce qui avait été avancé à leur sujet.
On ne trouve pas chez quelques Éponges de squelette supportant les diverses parties dos individus ou de leurs colonies (Myxosponges), tandis que chez d'autres cette charpente est très développée et de nature fort dillereute suivant les formes observées. Ainsi, tantôt il est de nature fibreuse (Éponge de toilette), tantôt il est forme par des si.icules calcaires ou des spicules siliceux (fig. 88). A chacun de ces modes divers de structure correspondent des divisions zoologiques particulières.
Le rôle rempli par les spicules est très varié. Certains de ces éléments sont répandus dans les tissus de l'Éponge et servent de points de soutien; d'autres réunissent entre eux diverses parties de l'animal ou de ses colonies; il en est quelques-uns qui se projettent au dehors ou font saillie dans lintérieur des ca-
(I) Corbeilles vibraliles.
naux, devenant ainsi des moyens do défense. Dans quelques Éponges siliceuses une porlion des spicules prend un très grand développement, et elle constitue alors soit une sorte de longue chevelure, comme dans les Holteiiia (fig. 91), soit une torsade comme dans les Hyalonema (pi. I) et elle sert alors à l'Eponge
Fig. 87. — 1, Objuthus pi iinoidialu ^Ua'ck.^. — ■.', elLiucals mâles. — 3, 1, cellules nagellifères. — ,'), cellule amiboide considérée comme un œuf. — 6, coupe d'Ascattis Gegenbanri montrant les spicules, la couche amiboide, les cellules ilagellifères, les oeufs.
ù se fixer, à s'ancrer en quelque sorte dans le fond de vase sur lequel elle vit.
La nature des spicules est toujours la même dans une Eponge déterminée , c'est-à-dire qu'on ne trouve jamais associés des spicules calcaires à des spicules siliceux. C'est en se basant sur la forme, l'agencement des spicules, la forme des oscules, que
ÉPONGES
les naturali<les sont arrivés à reconnaître dans les Kponges des formes génériques ou spécifiques différentes.
L'étude des Spongiaires est des plus intéressantes, mais elle est en même temps des plus difficiles; car à peine est-on arrivé à délimiter des genres, des espèces, ([u'on découvre des formes
Fig. 88. — Spiculos iJ upuiiges. — I, Hijintitat^idun ciunu^u. — 'J, -;, llalychondria incrmtans. — 4, Telhea CoUingsii. — 5, G, Euplectella aspergillum. — 7, 10, 11, Hijalonema mirabilis. — 8, Hymenodesntia JoUnsoni. — 9, llalichondria varianlia. — 12. Réseau siliceux do t'anea.
intermédiaires venant les réunir. Aussi certains naturalistes
(Hseckel, Os. Schmidt) ont-ils fini par déclarer que l'espèce, chez les Éponges, n'existait pas.
FiLHOL. 18
La reproduction s'effectue de manières diverses. Chez quelques Éponges, il se constitue des sphérules protoplasiniques renfermées dans un kyste dont la rupture permet à leur contenu de s'échapper. Celui-ci rampe pendant un certain temps, puis s'immobilise et se transforme en Eponge. Dans d'autres spongiaires il s'accomplit un phénomène, beaucoup plus complexe, dû primitivement à l'apparition des grosses cellules(fig. 87) dépourvues d'enveloppe. Ces cellules à l'état de liberté jouissent de mouvement, d'expansion et de concentration. On les considère comme des œufs, ayant peut-être été fécondés par d'autres cellules garnies d'un long filament, d'un flagellum (cellules flagellifères, fig. 87).
En se plaçant à un point de vue général, on pourrait considérer les diverses parties de l'Eponge, les oscules, les corbeilles vibratiles, les canaux, comme les organes d'une colonie. Enfin la masse entière, ainsi que l'a dit M. E. Perrier, ressent des impressions et peut exécuter des mouvements d'ensemble. » Une Éponge ouvre et ferme à volonté ses oscules, elle peut se contracter plus ou moins sur elle-même, toutes choses qui supposent une coordination de volonté des éléments constituants, et, si on peut parler ainsi à ce degré de la vie animale, une sorte de conscience commune. L'individualité des éléments cellulaires, si indépendants les uns des autres chez YOlynthus et chez beaucoup d'autres Éponges calcaires, est donc subordonnée, chez les Éponges plus élevées, à une individualité plus générale, celle de l'Éponge elle-même. Mais c'est là le point essentiel , ce phénomène s'accomplit graduellement (1). »
Les Éponges cornées et calcaires paraissent faire uniquement partie de la faune littorale, car jusqu'à ce jour aucun de leurs représentants n'a été remonté de fonds excédant 4o0 brasses (2).
(1) Perrier, Colonies animales, p. io8.
(2) Le D' Poléjjaef cite les formes suivantes, comme ayant été draguées par le Challenger, à la plus grande profondeur : Leucosolenia blanca, var. bathybia ; Leuconia cntcifera; CacoS}yongialevis; Stelospongos longispinus ; Ve- Tongia tenuissima.
ÉPONGES
Les Éponges dont nous nous servons pour nos usages doniesliques proviennent eu grande partie de la .Méditerranée, où elles sont surtout pèchées entre Beyrouth cl Alexandrie. Elles vivent peu profondément , et c'est en se servant de plongeurs qu'on procède à leur récolte. Dans le golfe du Mexique, où elles sont également abondantes, on les arrache du fond au moyen de sortes de longs râteaux.
Fig. 89. — Éponge calcaire, Ascamba pinnus iH;i:ck.).
Le D' Polejjaef, auquel ont été remises les Éponges cornées et calcaires pèchées par l'expédition du Challenger, déclare (1) qu'on doit remarquer, « relativement à la distribution géographique de ces deux groupes, que la plupart de leurs représentants dans
(1) Report on the se. rcs. of tke voyage ofH. M. S. .< Challenger», 1. 1, p. 639.
les collections rapportées par ce navire sont des formes nouvelles ; mais que, comme la plupart d'entre elles correspondent à d'uniques échantillons, il est impossible d'arriver à des conclusions ou des généralisations. »
Les Éponges siliceuses, contrairement aux précédentes, font partie de la faune profonde dont elles constituent un des éléments les plus importants. Certains genres s'observent jusqu'à 5,000 mètres. Leurs formes sont très variées et leurs squelettes possèdent dans plusieurs genres une extrême élégance. Suivant la forme des spicules, simples ou radiés, on les a distribués dans différents groupes, les Monaxonides, les Tétractinellides, les Hexactinellides.
Les iMonaxonides (1) (Éponges dont le squelette est formé de spicules en formes d'aiguilles) sont répandues dans toutes les mers ; on les a péchés au-dessus de 100 brasses et à 3,000 brasses. Deux de leurs formes les plus remarquables sont celles qui portent le nom de Cladorhiza et de Condrochladia (pi. IV).
Les Cladorhiza forment au fond des mers d'épais buissons «qui, dans certaines parties, recouvrent des espaces considérables, comme la bruyère revêt une lande (2). » Dans certaines espèces les branches sont raides, tandis que dans d'autres 'elles sont plus souples. Les rameaux latéraux sont quelquefois insérés sur un rachis central, comme des barbes sur l'axe d'une plume. La tige, les branches, sont composées dans leur partie centrale de longs spicules aiguillés, disposés en faisceaux allongés. Les Cladorhiza vivent sur des fonds de vase, dans lesquels la partie inférieure de leur colonie est profondément enfoncée. Leurs rameaux peuvent atteindre jusqu'à 80 centimètres de longueur.
Quelques Éjtonges monaxonides possèdent une vaste distribution géographique. Ainsi VEsperia rotalis (Bow.) qui vit sur les côtes d'.\ngleterre se retrouve en Australie, à Port-Jackson; V Amphilectus Challengeri diffère très peu, dit M. 0. Ridley, de
(1) Les Monaxonides correspondent aux Monaclinellides de M. Zitlel.
(2) W. Tliompson, loc. cit., p. 2o.
ÉPONGES. 277
VAmphilectits Edwardi àes mers de la Grandc-Bretagoe. Quant au genre Rhizochalina, il semble être cosmopolite.
Durant le voyage du Chtdlenrjer, dans la partie de TOcéan Indien comprise entre le Cap de Bonne-Espérance et l'île de Iverguélen, on a remarque que les Monaxonides recueillies constituaient une faune ayant au plus liant degré un caractère européen.
Les localités où on trouve, en plus grande abondance, des l'ormes de ces spongiaires, sont les environs de Baliia, les portions sud et ouest des côtes de la Patagonie (1), les îles Philippines, le détroit de Torrès, les environs de l'île de Iverguélen (2). Dans les portions profondes du Pacifique, le Challenger a dragué des Cladorhiza et des Chondrochladia, genres représentés dans l'Atlantique et dans les mers du nord par de nombreuses espèces (3).
Les Tétractinellides (Eponges dont les spicules ont quatre rayons) vivent presque toutes dans des eaux peu profondes, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'on les rencontre dans les abysses. Leur forme la plus intéressante, au point de vue bathymélrique, est celle qui porte le nom de Thenea; elle s'étend de 95 à 1.800 brasses.
Les genres de ces spongiaires possèdent une large extension
(1) Surtout des Alciion et des Tedania.
(2) Plus paiiioulièiement des Renieridx et des Suberitidx.
(3) D'après l'exarnen des collections rapportées par le Challenger, M. S. 0. Ridley a pu établir le tableau suivant indiquant la distribution des Monaxonides, suivant la profondeur :
Nombre de sfatioDs correspondant à cette profondeur Profoulleurj. dans lesquelles
a été pris des éponges monaxonides.
3000 brasses I
2000-2600 brasses 7
Au-dessous de 100 brasses 31
géographique. JNous devons pourtant faire remarquer que certains de leurs groupes occupent des espaces assez limités. Ainsi les Stellina ont été trouvées seulement en quelques points du parcours effectué par le Challenger entre l'Australie et le Japon.
Les Ilexactinellides (Kponges dont les spicules ont si\ branches) peuvent être considérées comme de véritables habitants des grands fonds. Leurs formes, dont un très petit nombre était connu avant les dragages sous-marins, sont extrêmement nombreuses, et toutes possèdent de magnifiques squelettes aux formes les plus variées. La distribution géographique de certains de leurs genres est immense. Ainsi les Hijaloneina (PI. 1) des mers du Japon se retrouvent dans l'Atlantique, en même temps que les Eitplectelles (PI. III), qui pendant longtemps ont paru caractériser la faune des mers baignant les Philippines.
Les Hyalonema (pi. I) sont constituées par deux parties : une inférieure, une supérieure. La partie inférieure, formée de longs spicules de silice au nombre de 2 ou 3 centimètres, a l'aspect d'une torsade, de 40 à 50 centimètres de longueur: les spicules, qui ont le volume d'une aiguille à tricoter, se terminent à chacune de leurs extrémités en une pointe fine. Les parties moyenne et supéripure » sont soudées, enroulées en hélice par le fait de la torsion des flls dont elles sont composées. La partie inférieure de la torsade, lors(iue l'animal est vivant, plonge dans le limon et est éraillée de façon que chaque fil se trouve isolé des autres, comme les poils d'une brosse luisante ; la partie supérieure, serrée et compacte, est assujettie perpendiculairement dans une Eponge conique ou cylindrique (1) ». Par conséquent la partie inférieure des Hyalonema joue le rôle d'un câble résistant, destiné à maintenir llxée, au fond de la mer, une colonie animale.
Ce mode de structure, si simple, a été longtemps ignoré et cela par suite de circonstances fort singulières.
Les Hyalonema ont été primitivement connues en Europe par un échantillon que Siebold rapporta du Japon en 1833. Seule-
(1) M. W. J. SoUas, Rcp. on the scient, res. ofthe voy. II. M. S. « Challenger », t. I, p. 4S2.
ÉPONGES. 279
ment, au lieu de considérer la torsade de spicules comme la hase de l'Kponge, on la regarda comme s'ocliappanl de son intérieur et comme devant s'étaler au-dessus d'elle en éventail. D'autre part, la présence d'une espèce d'Alcyonaire, établi en parasite sur les liges de<. If i/alotiemo, fitabsolument méconnaître ieurorigine. Les naturalistes se posèrent cette (juestion : les Ili/alniicniu sont-ils un unique organisme, ou bien ne correspondent-ils pas à l'assemblage de deux ou de trois êtres distincts? Ce fut cette dernière opinion qui fut admise. Gray supposa que la tige des H i/alotiema était due à une colonie d'Alcyonaires vivant sur elle, colonie dont il faisait un parasite de l'Eponge. Cette même opinion fut défendue par le U' Brandt en 1859, après l'examen dune nouvelle série de spécimens rapportés également du Japon. Ce fut seulement en 1857 que H. M. Kdwards, en se basant sur ce que les .A.Icyonaires ne forment jamais de polypier siliceux, fit de l'Kpongc et de la torsade un seul organisme. H déclara en même temps que les polypes étaient de simples parasites de l'Eponge. Cette opinion fut confirmée pins tard par les recherches de Max Schultze, de Bonn, qui montra que les polypes (les Pali/thoa) étaient des êtres entièrement distincts de l'Eponge sur lesquels ils s'établissaient en commensaux, afin de prendre dans les courants déterminés par l'appareil ciliaire de leur hôte l'oxygène et les matières organiques nécessaires à leur vie. Ce genre d'association a été retrouvé depuis, par Os. Schmidt, sur deux Éponges [AxineUa chmamomca et verrucosa) vivant dans l'Adriatique (1).
En 1864 M. Barboza du Bocage, directeur du Muséum d'histoire naturelle de Lisbonne, annonça qu'il venait de découvrir sur les côtes du Portugal des Hijaloncma a|)partenaut à une espèce dillerente de celle du Japon. Il proposait de nommer cette Éponge nouvelle Hyalonema lusitaniciim (PI. I). Les échantillons dont il avait pu disposer avaient été recueillis par les pécheurs de Sétubal et ramenés des grands fonds où
(1) Pali/lhoa axinellx (Schm.).
ils vont prendre des Requins par 1,200 on l,oOO mètres (voy. p. 113). Les Eyalonema sont quelquefois accrochés parles hameçons traînant sur la vase et remontés avec les lignes. Connues depuis très longtemps des pécheurs, qui les désignaient par l'appellation de fouets de mer, elles étaient considérées comme des objets devant porter malheur à celui qui les capturait; aussi dès qu'elles étaient prises s'cmpressait-on de les rejeter dans la mer, ce qui a fait que pendant fort longtemps elles nous sont restées inconnues.
Les Uijalonema lusitanicum sont répandues, dans l'Atlantique, sur de vastes espaces. Wyville Thomson les a draguées durant la croisière àvL Porcujnne au niveau de la pointe de Lews, et nous les avons retrouvées durant l'expédition du Talisman en divers points de la côte du Maroc, jusqu'aux lies du Cap-Yert et enfin entre les Açores et le golfe de Gascogne. Nous les avons draguées par des fonds de 800, 2,210, 3,200 et 3,655 mètres. Aux Açores, entre Pico et Saint-Georges, nous les avons pêchées par 1 ,257 mètres, et lors de notre retour nous en avons recueilli des débris, en même temps que des portions d'une autre Eponge siliceuse [Pharonema?), par 4,789 mètres.
A 1,25J mètres la faune, dont ]es Hi/alo)iema lusitanicum (aisaient partie, était extrêmement riche. Parmi les Poissons, je citerai des Macrurus, des Bathijpteroïs aux rayons des nageoires pectorales transformés en organes d'exploration (fig. 31 , p. 93j, et les singulières Chimères, si abondantes au niveau du détroit de Magellan. Les Crustacés étaient d'énormes Aristés (p. 139) d'un rouge éclatant, des Pénés et des Pagures. Les Echinodermes apparaissaient, particulièrement, en grand nombre {Archaster, Pentagonaster, Sticaster, Oplnjurus , Cribrelles , Comatules) , ainsi que les Mollusques (Dentales, Bulles, Pleurotomes, Scalaires). Au milieu de tout ce monde animal on trouvait des polypiers isolés [Flabellum (fig. 80) ou branchus [Lophohelia , pi. Mil), de belles Actinies bivalves (PI. 1) et des Pennatules d'une couleur rouge orangée. A 3,655 mètres la faune accompagnant les Eyalonema était moins riche. Elle comprenait seu-
ÉPONGES
Icment des Arislés d'espèce inconnue, desPénés; les .Mollusques
Hiialonema ioxeres ;partie supérieure^. - Grandeur naiurelle.
Fig. 90. - Hyalonema toxeres (partie inférieure;. 2,400 mètres de profondeur.
étaient des Limopsis et des Dentales, et les Echinodermes.se
rapportaient aux genres Zoroastei', Pentagonaster, Ophiomitsii/m. Le coup de chalut, qui nous a ramené de 4,789 mètres des fragments de liges mutilées de Hyalonema, avait exploré un fond sur lequel vivaient le Melanocetus Jonlistoni (llg. 27), des Dentales (fig. 53), des Fuseaux, des Ai-chaster (PI. TU) et des Oneirophanta (fîg. 73).
Aux environsde l'île Saint-Thomas, Wyville Thomson a dragué par 1,250 brasses, sur les fonds où exitsent les Salenia varispina dont nous avons parlé (p. 225, iig. 71), une belle Jhjaloncma, ditîérenle des espèces du Japon et des côtes du Portugal. Malheureusement l'unique échantillon de Hijalû7iema toxeres, qui a été recueilli, est brisé au niveau du point oii la torsade de spicules pénètre dans l'intérieur de l'Eponge (fig. 90).
On trouve fréquemment, associées aux Hrjalonema, d'autres belles Eponges siliceuses, les Eiiplectelles, dont le corps cylmdrique et treillage d'une manière charmante est fixé dans la vase par une longue touffe de spicules siliceux (PI. 111). L'ouverture supérieure, l'osculc est fermé par une lame en forme de crible et soutenu par une ruche de spicules, qui se redressent, a-t-on pu dire, autourdeluiàla manière de la fraise que portait la reine Elisabeth. Les Euplectelles ont été primitivement connues par des échantillons pris aux environs des îles Philippines. Durant une des campagnes de dragage du Lightnmy, W. Thomson pécha au nord de l'Ecosse une espèce nouvelle de ce beau Spongiaire, qu'il appela du nom tVEuplecleUa siiberea.
Les Eiiplcctella suberea sont largement répandues dans l'Atlantique nord. Pendant la croisière du Talisman nous les avons draguées à diverses reprises par des fonds variant entre 900 et 2,300 mètres. En certains points elles étaient d'une extrême abondance et devaient couvrir d'assez vastes espaces (PI. 111).
La lame criblée, fermant l'ouverture de l'oscule, est destinée évidemment à mettre les Euplectelles à l'abri des ennuis que pourrait leur causer l'arrivée de quelque visiteur se risquant à pénétrer dans leur cavité. Cependant la porte de la demeure n'est pas assez close pour que quelques commensaux audacieux n'arrivent
ÉPONGES
,j-Ussei- cl, trouvant ce palais de cristal lo.ilà fait de leur goût, ne s'y iDslallenl d-uiu- manilTo définitive. Aussi voit-on cmnmn-
as V
fi„ 9,. pj,eyonema Parfaiti ,H. Filh.). 1,200 mètres de profondeur. ° Expédition du Talisman.
28i LA VIE AU FOND DES MERS.
nément, dans ['Eiiplectella aspergillum (PI. VI) des Philippines, une Crevette, un Palémon, y vivre ;ï létat de commensal.
Aux Euplectelles se rattache une ravissante forme de Sponcure, \ Alcyoncellum speciosum (PI. Yl, n° 1) recueilli pour la première foi? par Quoy et Gaymard durant le voyage de Y Astrolabe.
C'est encore dans le même groupe que doit être placée une Eponge de toute beauté (PI. VIII) que nous avons prise sur les côtes du Maroc par 805 mètres de profondeur. Le Thnjcaptella elegans \it fixé sur des Cora.u\ {Lopho/ielia). Sa base est formée de spicules siliceux agglutinés les uns avec les autres et formant ainsi un réseau d'une grande solidité. Le restant du corps de l'Eponge, qui s'élargit dans sa partie moyenne, est souple comme chez les Euplectelles. L'oscule, fermé par un treillage à mailles grandes et irrégulières, est entouré par une collerette de longs spicules d'une extrême délicatesse.
On trouve souvent, sur les fonds où vivent les Euplectelles, d'autres Eponges siliceuses, les Pheronema, dont l'aspect rappelle un nid d'oiseau (fig. 91). L'espèce la plus commune est le Pheronema Carpenteri découvert par W. Thomson lors de la croisière du Lightning. « Le Pheronema Carpenteri, a écrit ce savant naturaliste, est une sphère de 90 à 100 millimètres de longueur. A sa partie supérieure se trouve un oscule d'environ 30 millimètres de diamètre; de cette ouverture part un conduit cylindrique qui se termine en forme de coupe, après avoir traversé verticalement la substance de l'Eponge jusqu'à la profondeur de 00 millimètres. La paroi extérieure de l'Eponge est faite d'un treillis compliqué de spicules à cinq pointes. Une des pointes de chaque spicule plonge dans le corps de l'Eponge, et les quatre autres, plantées à angles droits, forment une sorte de croix à la surface; cette disposition donne à l'animal un bel aspect étoile. Les pointes siliceuses de chaque étoile se recourbent dans la direction des pointes de l'étoile voisine, elles se rencontrent et se prolongent en lignes parallèles. Toutes les pointes de tous les spicules sont enduites d'une matière épaisse.
ÉPONGES. ^^•■'
«rélatincso, .Icmi-transparenlo. .,»i unit le. pointes voisines pur un lien elasti.iue et ,Nunil les angles de chaque maille d'unesubs-
tancc visqueuse. Cet arrangement des spicules, i^m, bien .pi .ndépendanls, adhèrent pourtant les uns aux autres par des hens élasliciues, produit un tissu llevible, extensible et .l'une gran.le résistance. La cavité cylindrique de l'intérieur de 1 Lponge est iloublée d'un réseau à peu près semblable.
u Quand l'Éponge est vivante, les intervalles du filet s.l.ceux sont garnis à l'intérieur et à l'extérieur d'une mcn.brane fenestrée très mince, formée d'un liquide glaireux semblable a du blanc dœuf, et qui est constamment en mouvement, étendant on contractant les ouvertures des mailles, et glissant sur la surface des spicules. Celte substance (sarcode), qu. est la chair vivante de ri::pongo, renferme un nombre infini de sp.cu es presque imperceptibles, dont les formes élégantes et originales caractérisent chaque espèce d'Épongés. Un courant d eau continuel, provoqué par l'action des cils, s'introduit par les ouvertures de la paroi extérieure, traverse les mailles de la subtance intermédiaire, déposant dans les interstices des matières or-nuiiques en solution et des particules nutritives, et s échappe pa^r l'ouverture supérieure. Sur un tiers environ du volume de l-Éponge et à sa partie supérieure, rayonne, semblable a une collerette, une masse de spicules siliceux et hérisses, pendant nue .lu tiers inférieur s'échappe une masse de filaments del.es et semblables à du verre filé ou de fins cheveux blancs, qui pénètrent dans le limon à demi fluide, soutiennent l'hponge sur cette espèce de pied, en élargissant indéfiniment sa surface, sans augmenter son poids d'une manière appreciabl." il,.»
Les Pheronema paraissent être répandus dans tout 1 Atlantique, dont elles habitent en certains points de très grandes profondeurs. Communes sur la côte du Portugal, elles apparaissent encore plus nombreuses au large des côtes du Maroc et du Sénégal. Nous les avons prises à partir de 600 mètres
(1) W. Tompson, loc. cit., p. 30.
jusqu'à 2,200 mètres. Dans un dragage exécuté à 4,789 mètres le chalut a rapporté des débris d'une Eponge brisée, qui semblait avoir dû être un Pheronema. Les espèces nous ont paru devoir être variées. Certaines d'entre elles sont remarquables par un énorme développement, alors que d'autres, telles que le Pheronema Parfaiti (fîg. 92), se font remarquer par leur transparence et l'absence de collerette de spicules autour de Toscule. La coloration des Pheronema , que nous avons capturés, était brunâtre, et nous n'avons jamais eu l'occasion d'observer la belle coloration dun rouge orangé, dont M. Saville Kent a fait mention, h propos d'une espèce de Pheronema qu'il avait capturé dans les environs de Gibraltar.
De même que les Euplectelles , les Pheronema sont envahis par des commensaux divers. Chez presque tous, on aperçoit soit sous le vélum qui les enveloppe, soit dans l'intérieur des canaux, de petites Étoiles de mer (des Cribelles) ou des Crustacés. Sur le dessin que nous donnons du Pheronema Parfaiti, on distinguera diverses Cribelles et un Crustacé isopode d'assez grande taille.
En 1870, M. Gwyn JefTreys, en draguant au sud du Portugal, au niveau du cap Saint-Vincent, ramena par 374 brasses de profondeur une Eponge des plus curieuses et d'une très grande taille, car elle mesurait 90 centimètres de diamètre et 60 centimètres de hauteur (fig. 92). Elle avait l'apparence d'un morceau d'étoffe grossière, d'un blanc grisâtre, et sa forme rappelait celle dun chapeau à larges bords dont la calotte aurait été en forme de cône tronqué. Des fragments de cette Eponge faisaient partie depuis longtemps des collections du Muséum de Lisbonne et leur apparence était si singulière, qu'un très savant naturaliste, qui eut l'occasion de les examiner durant quelques instants, fut trompé sur leur nature et déclara qu'ils provenaient d'un végétal. M. Saville Kent décrivit en 1870 cet étrange Spongiaire, et il montra que sa trame était constituée par des spicules 6-radiés semblables à ceux des Holtenia, des Hyalonema. \JAskonema seto«/ense n'avait été trouvé, jusqu'au voyage du Talisman, que sur
KPdNfiES. 287
les côtes ilu IViitti|i;il. Lors de la cain|)agiie de ce dernier liateau, nous l'avons recueilli sur les côtes du Maroc, au voisinage du cap Bojador, |iar ilO mètres. Les deux exemplaires que nous en avons obtenus vivaient lixés par leur hase sur des roches ou sur des Coraux [LnpliolicUa] dont le chalut contenait de nombreux débris. Ce dragage nous lournit, en même temps, un exemplaire! de ce singulier poisson, le Malacosteus nigci\ (]ui porte des plaques phosphorescentes sur les parties latérales de la tète (fig. 28).
Dans toutes les formes d'Ljionges dont nous venons de parler les spicules sont indépendants les uns des autres. Ces éléments dans certains genres ne conservent pas cette liberté, ils se réunissent, se soudent les uns aux autres par leurs extrémités. Il résulte de cette union la production d'un tissu élégant et léger qu'on ne saurait mieux comparer qu'à une fine dentelle. Parmi les Eponges présentant ce remarquable mode de structure, on doit particulièrement remarquer ]esAphrocallistes{\A. IV), communes sur les côtes du Portugal, du .Alaroc, du Sénégal et s'étendant aux parages des îles du Cap-Vert, des Canaries, des Açores.
Les Ap/irocallistes (PI. IV), au lieu d'avoir un aspect très défini comme les Eponges précédentes, possèdent une structure tourmentée. Elles nous apparaissent sous la forme de masses irrégulièrement arrondies à leur ouverture, bosselées et rétrécies vers leur partie terminale. En divers points de la surface se détachent, sans ordre déterminé, des prolongements, plus ou moins longs, en forme de doigts de gant, qui se terminent en culs-de-sac arrondis ou qui se soudent à la paroi AWphrocallistes voisines ou à la tige des Coralliaires.
Les Aphrocallistes Bucagci, qu'on voit se montrer sur la côte du Portugal et qui se sont étendues à la Méditerranée, vivent généralement sur des fonds rocheux ou de Coraux [Lophohelia) où elles trouvent des points de fixation nécessaires. Leur ouverture (pi. IV) est fermée par un treillage à mailles beaucoup plus étroites que ne le sont celles des réseaux des Eiiplectella, des Alcyoïicelhim, des Trtjchaptella. Elles sont abondantes en des points très nombreux et, comme toutes les Eponges dont je viens
de parler, elles constituent, au fond de certaines portions de TAltantique nord, des colonies quelquefois assez distantes les
Fig. 9Î. — Askonema fctubalense iSav. kent.;. D'après un ocliantillon pris par l'expédition du Talisman à 410 mètres.
unes des autres. Nous les avons observées à des profondeurs bien définies, et cela à partir de 860 mètres jusqu'à 2.200 mètres.
EPONGES. 289
La cavité interne de ces Éponges est assez vaste ; aussi offret-clle un asile très confortable à diverses espèces animales. On y rencontre des Annélides, des Ophyures et surtout une petite espèce de Cruslacé, la Galathea spongicaula (A. M.-Edw.) qui s'y établit en troupes nombreuses (PI. IV).
La distribution générale des Uexactinellides sur le fond des mers nous est actuellement connue par les dragages effectués à bord du Challeiujer. Durant la croisière de ce bateau, il a été pris des Hexactynellides dans cinquante-deux localités différentes et, d'après les observations de M. Franz Eilhard Scbulze, le nombre des espèces draguées à chaque station a été le suivant :
Nombre des statious. Nombre des espèces.
11 résulte de ce tableau que, dans plus de la moitié des cas, les espèces d'Hexactinellides ont été trouvées isolées. Cette observation ne concorde pas avec celles que nous avons pu faire dans la partie de lAtlanlique nord parcourue avec le Ttilismmi, où les chaluts n'ont rapporté qu'exceptionnellement une seule espèce. Les Askonema ont été trouvées avec les i4j&^7'oe«//?sto; les Hijdloiiema, les Eiiplectelles étaient presque toujours associées. La station, dans laquelle le Challoiger a pris dix-huit espèces d'Hexactinellides en une seule fois, est voisine des îles Ri, au sud-ouest de la Nouvelle-Guinée.
Les cinquante-trois localités dans lesquelles le Challenger a pris des HexactincUides étaient réparties de la manière suivante : dix-sept appartenaient à l'Atlantique, vingt-sept au Pacifique, neuf aux mers du Sud. C'est sur les fonds à Coraux, à Diatomées, à Radiolaires ou sur les vases bleues qu'on capture presque toujours ces Eponges. On ne les voit jamais vivre sur les fonds de sable ou de gravier.
FlLHOL. 19