‹ La Vie Byzantine au VIe SiecleChapitre 15 sur 60 · XXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXII PRÉFACE

ques, la fantaisie et le caprice présidèrent à ses actes, et cherchant à venger les injures de la pantomime, elle poussa son époux dans la lutte des Bleus contre les Verts.

Elle n'eut pas gr^nd effort à faire pour cela. Depuis longtemps Justinien ' était Bleu.

De nos jours où l'on se passionne pour les luttes de l'Hippodrome, où le grand prix de Paris prend les proportions d'un événement national, où la suprême élégance consiste à parler la langue bâtarde du turf, on s'explique facilement l'engouement des Grecs pour les jeux olympiques,

Euripide ne chanta-t-il pas la gloire d'Alcibiade trois fois vainqueur dans ces illustres jeux? Néron n'apprit-il pas à Corinthe à rechercher les applaudissements du Cirque avec plus de passion que les suffrages du Sénat?

Ce qu'on s'explique moins, c'est que l'Empereur d'Orient, législateur et théologien, se jetât dans la mêlée des factions et suspendit le règne des lois au profit de l'une d'elle.

Les hommes opprimés se laissent facilement aveugler par le désespoir qui envahit leur âme, quand ils ne peuvent plus compter sur l'appui des lois et sur le secours de l'autorité publique.

Le jour de la revanche venu, ils ne reculent devant rien de ce qu'ils considèrent comme une revendication légitime, et quand le pouvoir ouvre les yeux, il est souvent trop tard pour rendre son influence et sa force au droit méconnu.

" Je n'ai fait prendre le deuil à aucun athénien, „ disait Périclès. L'autocrator ne put en dire autant.

Il ne se rendit pas compte de la situation véritable des esprits.

H ne vit pas que l'odieuse protection dont il

PRÉFACE XXm

couvrait la faction des venètes (les Bleus), sapait, son autorité, en même temps qu'elle ébranlait, jusque dans ses bases, l'empire Romain tout entier *.

Le sang coula partout où les factions étaient groupées, et un jour vint où le trône menaça de sombrer dans l'émeute formidable suscitée par les excès de la faction favorite.

Justinien se crut perdu : la mâle énergie de Théodora releva son courage ; la valeur de Bélisaire sauva la monarchie.

Dans l'enthousiasme d'un succès inespéré, on appela ces sanglantes journées nika, qui veut dire victoire, et qui ne signifiait réellement que l'effondrement prochain de l'autocratie Byzantine.

C'est cette situation vraiment surprenante, cet état social fécond en enseignements, que Marrast a étudiés et exposés dans les scènes de la Vie Byzan-- Une au vi® siècle.

D y représente cette société marchant, d'étape en étape, vers le grand cataclysme qui menaça d'engloutir la monarchie.

Monument grandiose de la toute-puissance, si de loin on n'en considère que la façade étincelante.

Edifice qui paraît bien délabré, si l'on en fouille tous les recoins.

* Ergo proritatis tuin ab eo concitatiRque palam Venetis, universum convulsum Buis sedibus est Koniaiiuin imporiuin, quasi ab hostibuB Tastatœ urbes, vel terr® quodam motu prostratœ vel eluvione oppressœ; nam omnia passim concuBsa locoque dimota jura, lejjes ao tohis Boipublicœ status susque dequo tracta sunt. — Hist, Arc. Vn.

XXrV PRÉFACE

La Vie Byzantine au vi^ siècle n'est pas un roman historique : encore moins un pamphlet.

Ce n'est pas davantage une description technique, dont la précision rigoureuse pourrait atténuer la monotonie.

C'est une étude consciencieuse et vraie dans laquelle chacun des éléments qui prirent part à l'avènement, figure avec son caractère propre et ses couleurs particulières.

Ce sont des récits, sortes de tableaux vivants, formant chacun un tout distinct, mais reliés entr'eux par une idée générale, dans lesquels le coté dramatique de la situation s'impose dans toute sa vérité, le dessin se détache avec les richesses du détail, l'exactitude archéologique s'affirme sans sécheresse et sans ennui.

Polybe recommande que V historien ne vise point à dlonner le lecteur par le merveilleux du récit.

Fidèle à ce précepte, Marrast, dans son œuvre nouvelle aussi bien que dans les Esquisses^ ne cherche ses (îffets que dans la propriété du terme et la simplicité du récit.

La société politique, religieuse, militaire, élégante revit dans son livre.

Le costume y est décrit avec une précision qui charme et étonne ; c'est d'un pinceau sûr et sincère qu'il nous montre les divers aspects d'une époque que, sous plus d'un rapport, on est tenté de comparer à la nôtre.

L'auteur n'a pas échappé à cette tentation, mais c'est dans une habile mesure qu'il a souligné de piquants rapprochements.

Le premier tableau nous représente Justinien dans le rayonnement de sa gloire.

-Cependant les points noirs ne manquent pas à son ciel resplendissant,

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