‹ La Vie Byzantine au VIe SiecleChapitre 16 sur 60 · PRÉFACE XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXV

Malgré les magnificences de la nouvelle Rome, le luxe du palais, le faste de la Cour, les hommages des courtisans, le César-Pape, sent le sol trembler sous ses pas.

Il éprouve le besoin de faire part à ses fidèles d'une confiance qu'il réussit à peine à leur faire partager, malgré les louanges hyperboliques du questeur Tribonien et les flatteries intéressées de l'épicurien Jean de Cappadoce.

Il faut les échos des victoires de Bélisaire, grossies par la complaisance des bulletins officiels, pour relever son âme en proie à un découragement mal dissimulé.

Pourrait-il en être autrement?

Les Anciens Dieux ne sont pas morts. Le second tableau nous le prouve.

Dans la crypte d'Artémis, les vieux partis se donnent rendez-vous : le fanatisme religieux inspire, prépare et attise la lutte politique.

Le pire des maux pour un peuple, la guerre de religion, menace Constantinople.

Si l'arianisme s'est laissé dompter, l'hellénisme, dernier vestige du paganisme restauré par Julien l'apostat, ne veut pas se laisser étouffer dans le sang.

Justinien oubliait que le premier devoir d'un gouvernement fort est de se faire des amis, là où la violence ne réussit pas, la persuasion et la magnanimité triomphent.

Augustfi^ardonnait à Cinna conspirant contre sa vie.

Le César-Pape refuse la clémence à ceux qui ne pensent pas comme lui.

Dans de nouvelles catacombes, l'hellénisme consultait les entrailles des victimes, honorait ses mart\TS,,et son dernier sanglot maudissait le persécuteur.

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Pendant ce temps, la Cour subissait les fantaisies de l'Impératrice Théodora.

Sur son lit de parade, celle-ci reçoit les Evêques dissidents du Concile de Chalcédoine. Elle théologise avec eux, et les prélats s'inclinent devant la pantomime transformée en mère de l'Eglise.

Les marchands d'Orient leur succèdent aux pieds de la parvenue : les richesses du monde étalent leurs merveilles devant ses yeux éblouis et blasés, pendant que des poètes de cour chantent ses louanges.

Entourée de compagnes de débauches, elle prétend diriger l'empire et le moraliser.

Et tandis que sa munificence excentrique fonde un monastère dans lequel elle oblige à la pénitence ses anciennes collègues, les prostituées de Byzance, elle facilite sous les enivrants berceaux des jardins impériaux les amours adultères de la femme indigne de Bélisaire.

Mais son bonheur n'est pas parfait.

Les honneurs, les richesses, la gloire du trône ne lui suffisent pas.

11 faut du sang à la capricieuse souveraine, et c'est dans un des quartiers retirés de Byzance qu'elle enverra ses anciens amants mourir sous le glaive de ses exécuteurs muets.

La fille du montreur d'ours est bien le mauvais génie du paysan couronné.

Ce troisième tableau est la perle de l'œuvre et nous paraît devoir en assurer, à lui seul, le succès.

Dans le quatrième, l'auteur nous fait assister aux curieux préliminaires d'un mariage.

. Les fiancés s'adorent.

Il est bien, lui, le type le plus accompli du dandysme de l'époque. Il mène la vie à grandes guides, partageant son temps entre les écuries du

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cocher à la mode et le boudoir de la courtisane en renom.

Elle, d'illustre origine, est belle et résolue : elle sera l'honneur de son élégant époux.

Mais un problème sérieux se pose entre ces deux cœurs.

Amour et théologie pourront-ils faire bon ménage?

On suit les deux amants sous la colonnade de S^* Sophie où ils se sont donné rendez-vous.

On prête l'oreille. Oji va sans doute entendre ces doux propos d'amour, auxquels la Grèce antique a prêté de si brûlantes expressions, tendres épanchements, mutuelles confidences

Hélas ! le Concile de Chalcédoine n'a pas encore dit son dernier mot. Elle est pour le Concile ; lui s'y montre rebelle.*

La fiancée s'efface devant l'ergoteuse, et leur amour échoue dans une dispute théologique.

Siècle étange, où tant de forces vives vont se perdre dans des querelles de mots sans portée et sans but.

Dans le tableau suivant, le travail de décomposition s'accentue.

Le sport occupe la jeunesse.

A la salle d'armes, à la Palestre, les élégants s'assouplissent aux exercices du corps, sorte de club où l'on se compte, où l'on s'excite et d'où l'on passe chez l'hétaïre, chez Mania, qui tient cour pléirière.

Les princes tributaires aiment à s'y présenter. On y lit des épigrammes contre la Cour, on y parle avec dédain du trône, on y rappelle les vieux dogmes.

On y fait de la morale en nouant des intrigues dans l'éblouissement des soupers fastueux et dans l'enivrement des coupes d'or.

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