XXX PRÉFACE
rast, le triomphe, mais bien le carnaval de l'hellénisme.
Il est vrai aussi que la poésie avait dégénéré en tours de force et énigmes poétiques : pas un grand poème, mais des contrefaçons.
Gœthe a dit : ^ Qui chasse la poésie du monde ? Les poètes ! ^ Et les poètes affluaient à Alexandrie.
Il faut reconnaître encore que l'histoire se changeait en dissertation, l'éloquence politique en déclamations. Le conférencier, comme aujourd'hui, était à la mode ; il attirait, autour de lui, les élégantes et les beaux esprits.
Mais la philosophie^ l'astronomie, l'anatomie, la philologie, toutes les sciences s'épanouissaient sous l'intelligent patronage des Ptolémées.
La bibliothèque s'enrichissait de sept cent mille volumes.
Au Muséum vivaient plus de cent savants, rétribués par l'État, captivant par leurs leçons de nombreux disciples.
Notre époque, si ficre de ses œuvres, traiterait volontiers de barbares ces temps marqués par un si grand développement intellectuel.
Aurait-elle cependant beaucoup à gagner à la comparaison ?
A l'organisation de cet Etat littéraire et scientifique avait présidé une largeur d'idées qui considérait, avec raison, la liberté de penser et d'enseigner, comme la plus sûre garantie du progrès et de la gloire de la patrie.
Cinq conts ans plus tard, l'Empereur Hadrien, dont le règne fut un long voyage, arrive à Alexandrie.
C'est bien là le cadre qu'il fallait à cette curieuse figure de prince, collectionneur et savant.
Il y fit un long séjour.