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AU W SIÈCLE

JUSTINIEN

L'Empereur Justinien, « égal aux apôtres, » et sa très-pieuse épouse Tlmpératrice Théodora, régnent depuis sept ans.

On est sans nouvelles de la guerre de Perse et Tinquiétude est gï*ande. Le bruit court qu'après de preiniers succès, Bélisaire a perdu y ne bataille décisive sur les bords de TEuphrate.

Unecoraètea paru, se dirigeant d'Occident en Orient. Large comme la pleine lune, son noyau diminue à mesure que grandit sa queue en forme de glaive. D'aprèâ une révélation faite en songe à une moine du couvent des Acomètes, par saint Théodore d'Héraclée, ce signe céleste annonce la défaite de l'armée et la chute prochaine de l'Empereur

6 LA VIE BYZANTINE AU Vl' SIÈCLE

La situation justifie ces pressentiments populaires. La dynastie nouvelle fondée par le paysan slave Justin, oncle et prédécesseur de Justinien, est loin d'être affermie.

Contre elle se dressent trois groupes formidables d'opposants : les Verts du cirque, les dissidents religieux et les partisans de la famille déchue.

La dynastie d'Ânastase revit dans les neveux de cet Empereur, les patrices Hypathius, Probus et Pompée, riches, puissants, honorés, connus de l'armée.

Anastase avait favorisé les Monophysites, partisans de la nature exclusivement divine du Christ et, sous son règne, leur formule principale : « Dieu qui as été crucifiée pour nous, » avait été introduite dans le Trisagion <*> .

Les Monophysites, très-nombreux à Constantinople, y comptaient beaucoup d'églises. Théodora partageait, dit-on, leurs doctrines, et les ménageait, mais l'intolérance de Justinien en avait fait des ennemis déclarés.

Il venait de donner une sanction nouvelle aux

décrets du Concile de Chalcédoine qui les condamnaient.

Par un édit récent, qui troublait profondément Constantinople, il les assimilait aux hérétiques, et interdisait leurs paroisses.

Malgré ces rigueurs,^ Justinien n'échappait pas luimême au soupçon d'hérésie. Les purs lui reprochaient de chercher un moyen terme entre TArianisme et le Monophysitisme, et se plaisaient à lui opposer, comme type d'orthodoxie, Théodose, le grand adversaire des Ariens w.

Les luttes de l'hippodrome passionnaient les esprits jusqu'à la rage et ce délire étrange, compliqué d'un fanatisme théologique d'où tout vrai sentiment religieux était absent, donnait parfois à la grande cité Taspect d'une immense maison de fous.

Anastase avait protégé les Verts. Aussi l'opposition dynastique et religieuse se fondit avec l'opposition du cirque, et en prit la couleur.

Les orthodoxes, de leur côté, s'identifièrent avec le parti dynastique des Bleus dévoué à Justinien. Les gens de cour et de bureaux^ les magistrats, les époptes, les agents de police, étaient Bleus. Cette couleur officielle donnait droit à toutes les faveurs, autorisait toutes les injustices et tous les excès contre la couleur contraire.

La haine entre les deux factions s'envenima tellement que la vie sociale byzantine devint un enfer, et que la neutralité ne fut plus possible, même aux étrangers.

D'autres causes produisent un mécontentement uni-

versel et menacent Justinien d'une coalition de tous les partis.

Depuis Théodose, la plupart des Empereurs ont été des maires du palais (des eunuques). Tels flirent Arcadius, Honorius et Théodose II,cetexcellentcalligraphe.

Avec le nouvel Empereur, de race plébéienne, un autre esprit préside au gouvernement. Une activité fiévreuse a succédé à Tinertie séculaire.

On s'inquiète des projets gigantesques de Justinien; il a hâte, dit-on, de terminer la guerre de Perse pour arracher l'Afrique aux Vandales. Déjà le Néorium <*> de Constantin se remplit d'armes et de machines de guerre ; d'innombrables navires sont prêts à Constantinople et au Pirée. On recrute des matelots dans les îles grecquesjet sur les côtes de la Dalmatie : et ce ne sera que la première entreprise de ce conquérant singulier, qui, pareil à Philippe II, doit troubler le monde sans quitter ses palais, et ne paraîtra jamais sur un champ de bataille ^*>.

Après l'Afrique, il convoite l'Italie, l'Espagne, la Gaule, la Grande-Bretagne elle-même.

Cette politique ambitieuse et folle (car l'empire résiste à peine aux Barbares sur le Danube, à la Perse sur TEuphrate), fait présager une guerre éternelle, odieuse surtout aux populations grecques, chez qui le patriotisme et l'esprit militaire sont éteints.

Constantin-le-Grand avait improvisé sa capitale avec une telle hâte, qu'un siècle après lui, beaucoup de ses fastueuses constructions tombaient en ruines. L'orgueilleux Justinien ambitionne le titre de second fondateur de Byzance. Des portiques de marbre, des forums monumentaux remplacent les ruelles étroites aux chétives maisons de bois, oîi les pauvres logeaient à peu de frais. Beaucoup des édifices de Constantin sont agrandis ou rebâtis en entier.

Au faubourg de Sykae, à Chrysopolis, à Chalcédoine, s'élèvent des palais, des temples, des théâtres rivaux de ceux de la capitale. Des ponts relient les deux rives de la' Corne-d'Or, des jetées gigantesques sont poussées en avant de TEuxin. Sur le forum Augustéon, une colonne de porphyre porte la statue de Théodose, en argent doré. Justinien vient de la remplacer par la sienne, et cette fantaisie de parvenu a exaspéré les orthodoxes. On raconte qu'il prétend vaincre un jour Salomon lui-même, en reconstruisant Sainte-Sophie avec une magnificence fabuleuse, sur un plan que les anges lui ont apporté,

Après avoir épuisé les trésors accumulés par Anastase ^^\ Justinien a donné une impulsion nouvelle à la formidable machine administrative. Ce merveilleux instrument d'extorsion que les sultans recueilleront un

jour dans Théritage des Empereurs byzantins, réduit les populations au désespoir.

Le Souverain s'est d'abord attribué le monopole des marchandises les plus rares, telles que la soie ; il y a joint successivement celui des principaux objets de consommation journalière.

Les marchands de Gonstantinople s'approvisionnent de blé, d'huile et de vin dans les emporia du gouvernement <*\ La cherté des vivres est extrême. Les droits de douane ruinent le commerce national. Le propriétaire rural n'est plus qu'un contribuable immobilisé dans sa métrocomie^ astreint à suivre la profession de son père, responsable de l'impôt que les autres habitants ne peuvent payer. S'il abandonne ses terres pour fuir en Perse ou en Scythie, ce qui arrive souvent, le fisc n'y perd rien : les propriétaires voisins combleront le déficit

En revanche, la noblesse administrative qui. forme l'aristocratie de l'époque est exempte d'impôts. L'armée des fonctionnaires et des scribes, plus nombreuse encore que les bandes des mercenaires barbares à la solde de l'Empereur, dévore et stérilise les provinces.

LB CÉSAB PAPB 11

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