‹ La Vie Byzantine au VIe SiecleChapitre 4 sur 60 · PRÉFACE VU · texte numérisé non relu

PRÉFACE VU

George Sand répondant à l'envoi des Esquisses écrivait : " J'ai laissé passer des siècles sans vous „ remercier de l'envoi de votre livre. Je voulais le ^ lire et je n'ai jamais le temps de faire ce que ^ je veux. Enfin je l'ai lu hier et je suis heureuse „ de vous dire que mon fils et moi, l'avons trouvé „ brillant et remarquable entre tous. — Nohant 8/7,

A ces témoignages, qui suffiraient pour consacrer une œuvre, la presse vint ajouter le sien.

On nous permettra de citer quelques extraits des journaux dont la critique éclairée est toujours recherchée comme un honneur par les savants.

M. Adolphe Viollet-le-Duc avait, dans le Journal des Débats du 3 Juin 1873, donné un compte-rendu des travaux de la session du congrès scientifique de France, tenue à Pau du 31 mars au 7 avril de cette même année : après avoir rendu un hommage mérité à un mémoire produit par un savant magistrat de la Cour, M. Clément Simon, il ajoute :

" Une autre composition a obtenu, deux jours après, le plus grand succès.

" C'est un épisode de l'histoire de Byzance, la description d'une fête dans S**" Sophie, précédant l'assassinat de l'Empereur Nicéphore, lu par M. Marrast, procureur de la république à Oloron (encore un magistrat). Il est impossible de peindre en des traits plus fermes et plus nets et avec des couleurs plus vives, sans être trop variées, le cérémonial pompeux des empereurs d'Orient; il est difficile de mieux indiquer sans commentaires et sans phrases, et par l'emploi seul d'une sobre description, la vanité de ce faste, vernis brillant, voile de pourpre et d'or brodé de pierres précieuses, étiquette menteuse qui cachait tous les genres de vices et de crimes.

Vm PRÉFACE

^ La lecture de ce document, faite par Tauteur arec un accent un peu lent, mais ferme et puissant, a vivement impressionné l'auditoire. M. Marrast, me dit-on, vit seul et retiré dans les montagnes, sur les bords des deux gaves d'Aspe et d'Ossau. C'est dans cet isolement comme dans l'étude qu'il aura puisé l'originalité de son talent, „

La solitude, en effet, favorisant la réflexion, Marrast développa son talent, augmenta — qu'on nous permette cette expression à la mode du byzantinisme actuel — augmenta son capital scientifique ; et quand parut son livre, le savant archéologue, qui en avait apprécié si fort l'auteur en 1873, * lui consacrait dans le même journal une importante notice, que nous (soyons devoir reproduire en entier :

Nous avons parlé l'année dernière d'une lecture que M. Augustin Marrast, procureur de la république à 01ori)n, avait faite au congrès scientifique de Pau. Le sujet en était tiré de l'histoire des empereurs d'Orient au dixième siècle, une de ces tragédies de palais si fréquentes parmi ces souverains qui n'étaient souvent que d'audacieux aventuriers, un meurtre sauvage consommé par l'adultère et succédant à de brillantes et de pompeuses cérémonies, en un mot, Tassassinat de l'empereur Nicéphore Phocas.

Cet épisode purement littéraire, faisant contraste à des Questions d'un intérêt pratique et local, eut, à rassemblée réunie au Palais-de- Justice de Pau, le plus grand succès. M. Marrast, en efTet, ne s'était pas contenté d'offrir à ses auditeurs une sèche relation historique. Mettant à profit les conditions du programme imposé par les organisateurs du Congrès, il avait orné son récit des richesses que lui fournissait l'archéologie.

J'ai été très agréablement surpris de retrouver les scènes qui m'avaient si vivement frappé dans le volumeque nous annonçons aujourd'hui,

* Jourvàl des Débats du 1<' Avril 1874.

PRÉyÀCB IX

intitulé : Esquisses byzantines. C'est plutôt une suite de vivants tableaux, d'un beau dessin et très colorés, venant compléter la saisissante image de la cour de Constantinople vers 970.

Le livre (très court et condensé) est divisé en neuf chapitres : La Ville. — Chez le Patrice^ — Une Tragédie de palais^ — Eudoxie^ — E Empereur et le Stylite, — Un Spartiate^ — Triomphe^ — Beaux esprits, — La Cour et le Sacre.

On sera peut-éti*e tenté de reprocher à M. Marrast d'avoir abusé de la forme descriptive ; mais comment peindre Byzance à cette époque sans prodiguer les couleurs voyantes, sans imiter l'éclat des marbres, des mosaïques, des pierres précieuses P Comment ne pas forcer les tons si l*on veut indiquer cette vive opposition entre l'éclat et le luxe extérieurs environnant le pouvoir, et les basses intrigues qui font sa misère 1 Le meurtre de Nicéphore est précédé de cérémonies pompeuses où l'empereur est vénéré à l'égal de Dieu. Des gardes de toutes armes, de toutes couleurs et de toutes nations l'environnent et l'escortent. On lui ouvre le passage à coups de fouet sur la foule. Le patriarche reçoit le monarque aux portes de Sainte-Sophie, et quand « ces deux représentants de la divinité se sont réciproquement salués et adorés, l'empereur est introduit dans le temple et l'office commence. » Au service religieux succède un festin où le maître est honoré et applaudi à proportion de la qualité des mets. Cependant le soir est venu. Les courtisans ont quitté le palais, les gardes sont gagnés ou dorment. Le puissant souverain est seul dans sa chambre. « Vaincu par le sommeil, il s'enveloppe dans le manteau du moine Michel, son oncle, mort en odeur de sainteté, et dont il vénère profondément la mémoire, puis il se couche, comme il le faisait souvent, sur une peau de tigre étendue parterre au-dessous des images du Christ, de la Vierge et du Précurseur...» Mais bientôt les conjurés, guides par l'Impératrice et Zimiscès, son amant, ont réussi à entrer'jusque dans lecubiculum où l'empereur est massacré. Zimiscôs lui-môme a présidé au meurtre.

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