‹ La Vie Byzantine au VIe SiecleChapitre 49 sur 60 · LA VILLE · texte numérisé non relu

LA VILLE

La plus jeune des villes de Tancien inonde, improvisée par le conquérant macédonien, était bientôt devenue la première, la mieux faite pour le rôle de capitale d'un empire universel, comme son fondateur le crût, et comme la dernière des Lagides « THélène du Nil, » Cléopâtre le rêva encore. Trois siècles avant Jésus-Christ, l'Alexandrie des Ptolémées l'emportait par la population, la grandeur et la richesse sur Carthage, sur Athènes, même sur Torgueilleusc Rome.

A sept stades de la côte, l'île où brille le Phare dédié aux dieux sauveurs, barre le golfe compris entre les deux pointes de terre qui embrassent Alexandrie. Ses deux extrémités forment un port divisé en deux moitiés presque égales par THeptas-

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tade, gigantesque môle qui la relie à la ville. Un canal navigable, appelé rivière de Canope, qui joint le lac Mareotis à la mer, aboutit à un second port creusé de main d'homme. A gauche de THeptastade,

une petite île pleine de jardins, Antirhodus, fait face au port du palais des Lagides. Sur un roc s'élève le Posidion ou temple de Neptune.

Comme le Palerme actuel, Alexandrie est entièrement traversée, du nord au sud, de Test à l'ouest, par deux Corsos qui se croisent à angle droit. L'un court de la Nécropole à la porte de Canope, l'autre de THeptastade à la Porte du Soleil. Larges de 30 mètres et bordés de portiques à colonnes, ils forment, en se rencontrant, l'Agora d'Alexandrie, voisine du Sôma ou tombeau d'Alexandre, qui donne à cette ville sans passé une incomparable magie.

Dans le rayon des deux ports, vers le nord,* se succèdent les palais royaux qui ne sont que la maison grecque démesurément agrandie et gâtée par le faste oriental, la bibliothèque, le muséum, les théâtres et les temples helléniques. Au sud du Corso longitudinal, une autre région de la ville grecque contient le stade, le gymnase, l'amphithéâtre, les dicastères. A l'ouest, les masses de la citadelle et du serapeum, le temple d'Isis projeté par le conquérant et bâti par ses successeurs, signalent le quartier égyptien, peuplé surtout

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d'artisans : tisseurs de lin, brodeurs, souffleurs de verre. Il touche au quartier juif qui s'étend jusqu'à la porte de Canope, devant laquelle, hors de l'enceinte, se dresse le colossal hippodrome où peut prendre place toute la population de la cité. Le faubourg de l'hippodrome se prolonge jusqu'à la rivière de Canope. Un autre faubourg s'est formé autour de la Nécropole. Des grottes sépulcrales trouent les rochers de la côte. La fumée des bûchers helléniques monte dans l'air, pendant que, dans les sombres galeries des catacombes, les embaumeurs égyptiens accomplissent leur œuvre funèbre ^^\

Dans les emporia qui bordent le circuit du grand port, s'amoncellent le blé, le papyrus, les voiles et les tapis de Memphis, les cristaux et les porcelaines de On, les coupes Alassontes avec figures dont la couleur change suivant l'aspect sous lequel on les regarde, tous les produits de l'agriculture et de l'industrie égyptiennes. Les caravanes venues de l'Afrique intérieure par la voie de Cyrène et des Oasis, le canal de Philadelphe qui joint la mer d'Egypte au port de la Mer Rouge qui reçoit les vaisseaux arrivant de l'Inde et de l'Arabie, y déposent l'or de Chrysé et du pays des Sabéens, la soie et l'ivoire, les épices et les aromates. Autour des marchand^ grecs, syriens, carthaginois, italiotes, s'agite une nuée d'interprètes. Les

tilii) L ' A L E X A N D R I E

trraiuls navires à la flamme rouge, portant à l'arrière un clionisque doré, à la proue Timage d'un dieu, touchent aux quais de granit. Ceux-ci mettent à la voile pour TAttique charges de blé. C'est un don du roi. Athnnes, devenues une ville d'histrions, de déclamateurs et de courtisanes, n'est plus que la cliente, le parasite des Ptolémées. D'autres portent à Rhodes et k Cartilage les balistes, les catapultes, toutes les puissantes machines de guerre perfectionnées par les ingénieurs d'Alexandrie. Des statues de granit rouge et deibasalte noir gisent sur les quais comme des cadavres gigantesques. Ce sont les nouveaux dieux à la mode dont l'Egypte pourvoit tout le monde grecooriental, des Sérapis, des Harpocrate, des Anubis, des Memnon. Un vaisseau corinthien débarque des dieux grecs. Porter des dieux en Egypte, c'est porter des hiboux à Athènes. N'importe, ils trouveront des adorateurs. Des bandes d'esclaves stationnent près des échelles d'abordage. Alexandrie, comme Syracuse, est « l'école des esclaves ». C'est là qu'on les dresse à tous les métiers, qu'on les assouplit à tous les arts raffinés ot luxurieux. Les pueH alexandrini sont célèbres. La grande ville envoie partout, jusque chez les rois Indiens et Parthes, des cuisiniers, des grammairiens, des bouffons, des philosophes, des musiciens, des danseurs.

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