LES SAVANTS
On a comparé à tort le Muséum d'Alexandrie des Académies de Paris et de Berlin, aux collèges d'Oxford et de Cambridge. C'était une société scientifique tout à fait à part, comme on n'en a jamais revu depuis, une universitas litterarum dans le sens absolu du mot, créée par les Ptolémées avec une étonnante largeur d'esprit.
Les savants, au nombre de 100 environ (ce nombre s'accrut sous les empereurs romains), étaient nommés par le roi, probablement sur la présentation de la compagnie. Ils étaient logés gratuitement et jouissaient d'un traitement considérable. Le Muséum, considéré comme une personne civile, pouvait recevoir des donations et possédait de grands biens.
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Chacune des écoles philosophiques et des sections savantes avait son directeur ; tous ces directeurs formaient un conseil d'administration sous la présidence purement honorifique du grand-prêtre de Sérapis, nommé par le roi. C'était un trait de génie du fondateur de l'institution, Ptolémée II, d'avoir placé les lettres et les sciences sous le patronage de la religion.
Les membres du Muséum n'étaient nullement tenus d'enseigner ; leur seule obligation consistait à consacrer leur temps et leurs efforts à l'avancement des sciences. La plupart, cependant, groupaient autour d'eux des disciples. Ce n'était pas là un enseignement officiel, régulier, ex cathedra^ mais de libres entretiens, des conférences à l'ombre des arbres de la promenade, sous les portiques, dans la bibliothèque.
La science des sciences, la philosophie, n'était pas oubliée au Muséum. Aristote et Platon, cette double étoile qui s'était levée le siècle précédent, dans le ciel de la philosophie grecque, y continuaient leur antagonisme éternel dans la personne de leurs successeurs. Le platonicien rêveur, respectueux pour les mythes sacrés tout en les interprétant, le péripatéticien froid et sagace, l'épicurien contempteur des dieux, le sectateur du portique se raidissant contre la tyrannie militaire qui pesait partout sur le monde civilisé, le pyrrhonien, ce jongleur ingénieux et subtil, fraterni-
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saient et disputaient tout le jour dans ce couvent philosophique. Il n'y manquait pas non plus de ces penseurs que les anciens appelaient isolés, qui ne relevaient d'aucune école, et cherchaient la vérité tout seuls. La philosophie dite Alexandrine n'était pas née. Ce n'est que beaucoup plus tard que les néo-platoniciens, les pythagoriciens, les éclectiques, devinrent thaumaturges, mystagogues, apôtres d'une religion nouvelle déguisée en philosophie et destinée à se perdre dans le christianisme.
La plus complète liberté de penser et d'enseigner régnait au Muséum. Théodore l'athée y développa ses doctrines. Straton, de Lampsaque, qui professait le déterminisme absolu, devint le précepteur de Philadelphe. Hegesias Peisithanatos qui, devançant Hartmann et Schopenhauer, prêchait que la vie est un mal auquel il haut se hâter d'échapper, ne se vit interdire d'enseigner, par ordre du roi, qu'après que ses leçons eurent poussé plusieurs de ses élèves au suicide.
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