‹ La Vie Byzantine au VIe SiecleChapitre 58 sur 60 · AO VI' SIÈCLE · texte numérisé non relu

AO VI' SIÈCLE

W Page 6. — Le Trisagion était l'hymne en l'honneur de la Trinité, dite aussi Chérubique.

Étymologie : T/Bi^àycoç, de T/biç, trois fois, et ^coc saint.

Ce chant, qui fut l'occasion de troubles nombreux, était l'objet d'une vénération toute particulière de la part de la population de Constantinople. Pendant la cinquième année du règne de Théodose-le-Jeune, un violent tremblement de terre ébranla les murailles de la cité.

Cet événement fut considéré comme un châtiment de l'im* piété des Amalechites, qui tournaient le Trisagion en dérision. Des prières publiques furent ordonnées par l'Empereur.

Le peuple était réuni au Forum autour du patriarche Proclus, quand un jeune enfant fut, aux yeux de tous^ enlevé dans les airs. Quand il en descendit, il annonça à la foule qu'il avait entendu les Anges chantant l'hymne sacré : « Sanctus Deus^ sancius foriis, sancius immortalisa miae^ rere nobis/ 9

Le peuple^ à son tour^ entonna le cantique et le tremblement de terre cessa : Populus ad eundem modum cecini desiiique ierrœ motus.

De fonnii ot ambltu nrbii ConttaatlaopoliUa».

GtorgUtê Codiniu.

Edlt. de Bons.

(*> Page 7. — Les controverses sur le dogme de la Trinité et sur la personne du Christ, s'étaient produites bien avant le règne de Justinien qu'elles ne cessèrent de troubler. La doctrine de la Trinité paraissait à beaucoup de chrétiens incompatible avec le principe fondamental de l'unité de Dieu et avec le précepte évangélique: Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi. Ils y voyaient une résurrection du polythéisme païen. Il se forma un parti nombreux de monothéistes appelés aussi monarchienSy comprenant deux nuances opposées : Tune rationaliste, l'autre mystique.

La première se propagea en Occident, la seconde en Orient, tandis que l'orthodoxie tint une sorte de juste milieu.

Les Monarchiens représentés à l'origine par les Théodocianiens avec lesquels les Ebionites et les A loges s'accordaient pour le fond, disaient : Il n'y a qu'un Dieu et le Christ n'était qu'un homme.

Les mystiques, représentés par les Artémonites, arrivaient à cette conclusion opposée : Il n'y a qu'un Dieu et ce Dieu est le Christ.

Au iv« siècle, le rationalisme monarchien tourna à VArianismef le mysticisme au Monoph^tisme.

Ces deux oppositions à l'orthodoxie s'émoussaient visi-

blement, car les Ariens ne prétendaient plus jcomme les anciens monarchiens que le Christ n'était qu'un homme, mais seulement qu'il n'était pas de la même essence que le Dieu unique et lui restait subordonné.

Les monophysites ne rejetaient plus la Trinité comme triplicité de personnes divines, et se bornaient à nier la nature humaine du Christ comme inconciliable avec cette triplicité.

La doctrine Arienne fut condamnée à Nicée (en 325), la doctrine Monophysite à Chalcédoine (en 451), ce qui n'en arrêta pas la propagation.

Le dogme rationaliste Arien régna bientôt dans toute l'Europe occidentale et en Afrique. Toutes les nations ger* maniques établies sur les ruines de l'Empire Romain d'Occident l'adoptèrent.

La forme mystique du Monophysitisme devint prédominante en Orient (Egypte et Syrie), et compta bientôt de nombreux adhérents à Constantinople^ grâce à la tolérance d'Anastase. Justin persécuta cruellement les Ariens ; Justinien, à son tour, chercha à fortifier l'orthodoxie contre les monophysites que leur nombre, leurs richesses et leur fanatisme rendaient très-redoutables, et dont la masse principale habitait l'Orient.

Les Monophysites réclamaient du César-Pape la suppression des décrets du Concile de Chalcédoine, la reconnaissance de la nature exclusivement divine du Christ, Dieu triple et un, dont les miracles et la passion n'avaient pas

eu trait à deux natures différentes mais à une seule. Ils

exigeaient que le baptême fut administré dans le Dieu unique, et que dans le Trisagionion introduisit ces mots : Qui as été crucifié pour nous, pour identifier Dieu et le Christ. Ils voulaient aussi que Marie fut appelée Mère de Dieu et non du Christ^ car Téglise orthodoxe la désignait comme la Mère de THomme contenu dans le Christ.

Justinien^ tout en ménageant d'abord les Monophysites dans la forme^ les condamna au fond et donna une nouvelle sanction aux décrets du ConciledeChalcedoine.il accordait que les mots miracles et passion s'appliquaient à une seule et môme personne^ mais il ajoutait que le caractère de personne unique n'était pas supprimé par les deux natures. Il se défendait du reproche d'introduire une quatrième personne dans la Trinité disant que le Christ par sa nature divine était de la même essence que le Père et par sa nature humaine de la même essence que nous^ et que le Fils de Dieu (Deum de Deo) avait porté la Croix^ mais seulement en tant qu'il était devenu homme.

Il maintenait contre les Nestoriens la notion de la Mère deDieu^et contre les Eutychiens monophysites l'iùcarnation réelle de l'essence humaine de Dieu. (A» Marrast, notes inédites).

(«) Page 8. — Le Néorium, port et arsenal maritime. Neorii sive natalis prima fundamenta posuit Constantinus magnus:illic forum erat eorum qui maritimas negotiationes exercebant.

Georgius Codinus^ de Signis C. P.

Edit. de Bonn.

NcttjBiov quemadmodum latinorum navale et porium significat et locum ubi naves fabricantur. Sic Constantinopoli duo fuere loca nominata v^pûi, quorum unus erat

portus manufactus al ter fabricandis navibus destinât us

erat,

Lambecii ad Codinum notce. Edit. de Bonn, page 349. V. 5.

Ce port creusé par la nature mais enrichi par la magnificence de Constantin, créait à la ville nouvelle une situation exceptionnelle « Augei Byzantii felicitaiem opporiuniias maris. »

Procope, de Œdificiis 1. I, C. 5, Ed. Bon. VIII.

« Le port de Constantinoplefut connu très-anciennement » sous le nom de Corne d'Or. La courbe qu^il décrit a, à » peu près, la figure du bois d'un cerf ou plutôt encore de » la corne d'un bœuf. L'épithète d'Or fait allusion aux » richesses que tous les vents amènent des pays les plus » éloignés dans le port vaste et sûr. » Gibbon. — Histoire de la décadence de l'Empire Romain. Chap. XYII, traduct. de Guizot^ p. 310. Edit. de 1812.

— Quippe Byzantium fertili solo, fecundoque mari, qui avis piscium innumera Ponto erumpens^etobliquis subterundas saxis exterrita, omisse alterius littoris flexu, hos ad portus defertur. Unde primo quœstuosi et opulenti

Tacite, Annales. Liv. XII, 63.

<^> Page 8. — Pontife et législateur, Justinien ne parut jamais à la tète de ses armées. Deis naiuram curiosius perscruiari...neque hostem debellare Ne pourrait-on lui

35(i APPENDICE

appliquer ce que le poète Hermipus disait à tort de Périclës: « Quand tu parles de la guerre^on te dirait enthousiaste des » batailles et que le génie belliqueux de Telès t'inspire. » En vain^ Cléon cherche toujours ton ardeur belliqueuse. »

W — Page 9. — Le règne d'Anastase avait duré 27 ans. L'ordre le plus scrupuleux fut introduit et observé dans le maniement des finances de TEmpire, dont le trésor contenait à la mort du souverain, généreux quoique économe, une somme de 3,200 centenaires d'or. Le centenaire d'or, soit 100 livres, équivalant à une somme de 112,854 fr. de notre monnaie, on trouve que le trésor d'Anastase s'élève au chiffre considérable de 361,132,800 francs.

Cette opulente réserve que l'empereur Justin respecta, fut absorbée par son neveu et successeur, Justinien.

« Le neveu de Justin, dit l'historien Gibbon, négligea cet » exemple et dissipa ce trésor, léguant à son successeur le » paiement de ses dettes. » — Histoire de la décadence de l'empire Romain. Chap. XI, page 375 et en note. — V. Corippus, de Laudibus Justini Augusti, 1. 11.

Plurima sunt vivo nimium neglecta parenti, Unde toi exhausius eontraxU débita Jlscus.

On apporta, à force de bras, des centenaires d'or dans l'Hippodrome.

Débita genitoris persolvii, cauta recepU,

Procope s'exprime ainsi sur ce trésor célèbre : « Verum

» JustinianuS) cum avunculus cepit imperiura reipubliciB » œrarium refertissimum habuit. Nam Anastasius, om- » nium imperatorum providendo publicœ ac domesticœ rei » aptissimus,veritusne (ut plane accidit) successor imperii, » arcta re subjectos exagitaret, antequam fato concederet,

» thesauros afiTatim opplevit auro Prœfecti thesauris

» œrariisque publicis affirmarunt, reposita ter centum et 9 vigenti millia auri pondo nullo labore. » Procopius p. 113, Édit. de Bonn.

(6> Page 10, — Emporta de emporium (Etwro.oiov) marchés ou entrepôts dans lesquels étaient déposées les marchandises de l'étranger, marchandises qui abondaient à Constantinople et dont l'Empereur s'était attribué le monopole.

^ Page 11. — L'art de tracer des cadrans au soleil, à la lune et aux étoiles, remonte, d'après les historiens anciens, aux Babyloniens et aux Phéniciens. Le gnomon (yywfMiyy) est l'index ou style qui, par son ombre, faitconnaitre la hauteur de l'astre et indique ainsi les heures.

W Page 12. — Les protospathaires formaient la garde du corps de l'Empereur : dans les cérémonies publiques, aux processions, au cirque, ils marchaient immédiatement devant, lui, portant diverses armes propres à défendre son auguste personne, telles que de larges épées au bout de longues piques de bois et de solides boucliers. Leur costume brillant ajoutait à la splendeur du cortège impérial.

<9) Page 13. — // y a encore des co/i«ute. Ce n'étaient plus, il est vrai, ces magistrats renommés et redoutables, les premiers delà République Romaine. Ils ne devaient plus leur

dignité aux suffrages des centuries, ni à ceux du Sénat. César se réservait seul l'initiative de la nomination et le choix du personnage :aCum de consulibus in annum crean- » dis solus mecum volutarem^ te consulem et designavi et » declaravi, et priorem nuncupavi », écrivait TEmpereur Gratien au poëte Ausone^en lui envoyant les insignes du consulat. D'ailleurs^ si le titre avait survécu aux nombreuses révolutions romaines^ les fonctions avaient disparu, cç qui permettait à Mamertin de faire ce singulier éloge du Consulat : c( In Consulatu honos sine labore suscipitur. »

Caligula, affolé de tyrannie, avait pu rêver de faire un consul de son cheval InciiatuSy après en avoir fait un pontife. Le choix des Césars Byzantins, enivrés de servilisme, paraissait parfois aussi étrange. Le temps de la célèbre formule : Caveant conaules nequid respuhlica deirimenii copiai était passé.

Mais l'installation des consuls n'était pas moins solennelle. La même pompe entourait les nouveaux élus et rien ne manquait à la fête, pas même l'image de la liberté reconquise dans la personne d'un esclave qu'ils affranchissaient en plein Forum.

Auspice mox lœto sonnuit clamore tribunal^ Te/asios ineunie quaier ; solemnia ludii Omina liherioB : deductum vendice morem Lex seroaij famulusque jugo laxaius herili Ducitur, et graio remeat securior ictu.

Claudien : in IV Cons. Honorii,

Le titre de pcUrice, purement honorifique^ ne conférait aucune autorité. Il a son étymologie dans celui de père (pater).

Le commentateur de Constantin Porphyrogenète, rappelle que les patrices étaient comme les pères des villes, des provinces, de l'Empereur lui-même ; ils devaient les aimer, les soutenir, les défendre, comme un père ses enfants.

Cette paternité politique se retrouve dans Thistoire moderne : « Marie Stuart envoya en Ecosse pour négocier son 9 rétablissement, Jacques Hamilton, chef de la maison la 9 plus illustre d'Ecosse. Elle lui donna le titre de son lieu- » tenant général et l'adopta pour son père, titre nouveau, » excepté dans l'ancien temps. » Péta val. Causes illustres, t. IX, p. 179, cité dans les commentaires de Reskius. Bon. 1839.

i^^) Page 13. — La divine hiérarchie fut réglementée par une série de dispositions législatives, qui dénotent de la décadence des esprits et des caractères.

Les préséances avec leurs petitesses mesquines renfermées dans des titres retentissants, occupaient, en la satisfaisant, la vanité de l'époque.

Grâce à cette tendance si naturelle à la faiblesse humaine, l'Empereur Gratien qui venait de confirmer une loi sur la préséance, publiée par Valentinien, père de sa divinité, put édicter cette monstruosité : « Si quelqu'un a usurpé une » place qui ne lui était pas due, qu'il n'excipe pas de son » ignorance, et qu'il soit immédiatement déclaré coupable » de sacrilège pour avoir méconnu ces divins préceptes. »

Nul n'était censé ignorer la loi, même en matière de pré- {^ance^ dans une société qui se complaisait aux appellations suivantes^ que le Code Théodosien nous a conservées : « Ampliiudo iua, audoritas tua^ illustris audoriias tua^ celsiiudo tua, culmen iuum, excelleniia tua, magnUudo tua, excelUna emimeniia tua, gravitas tua, aublimis magnificentia tua, pi'œatentia tua, prudeniia tua, einceriias tua^ solleriia tua, etc. »

(11) Page 13. — Les cubiculaires étaient attachés à la chambre impériale, sous la direction du prœposUus palatii ou Préfet du palais. Les cubiculaires devaient tous être eunuques.

(is) Page 15. — Les Silerdiairea étaient des personnages fort importants de la cour Byzantine. Sous la direction de chefs nommés décurions, ils étaient chargés de veiller à ce que le silence et Tordre ne fussent pas troublés dans le Palais.

Gardiens du silence autour de l'Empereur, (fxiynç arimarai oiuufi rov BoKTikii — Agathias. histor. v. 9.), dont la majesté souveraine ne devait jamais être troublée, ces of&ciers jouissaient de grande faveur à la Cour : le titre de silentiaire était considéré comme un honneur insigne et fort envié.

Les empereurs consacrèrent par de nombreuses lois^ cette situation privilégiée et Justinien, voulant y ajouter encore, exempta du rapport à faire à la succession, les biens donnés d'avance par le père de famille aux enfants, qui acquièrent la charge de silentiaire du sacré palais.

Il y avait encore à la Cour d'autres officiers d'un ordre élevé auxquels^ nous dit Procope, le trésor public payait des traitements d'autant plus élevés, qu'ils avaient eux* mômes acheté leur charge à gros deniers.

C'étaient les Domesiici et les Proiectores : ils approchaient eux aussi la personne sacrée du souverain et rehaussaient par leur prestance et leur costume l'éclat des vestibules et des salles impériales dans lesquels ils paradaient ; fort peu militaires, ils ne faisaient que le service intérieur.

Eux aussi, jouissaient d'énormes privilèges qui se trouvent édictés dans le code de Justinien livr. XII tit. XVII : « Domestici et protectores, osculandi, cum salutaverint » vicarios, tui culminis habeant potestatem. Pœna enim » sacrilegii similis erit, si his honorificentia non deferatur, » qui contingere nostram purpuram digni suntexistimati. » C'est l'Empereur Valentinien qui s'adressant au chef des Domestici, élevait à la hauteur de son Altesse — iui Culminis — les simples officiers de ce corps privilégié et menaçait de la peine des sacrilèges quiconque refuserait la considération et l'honneur dûs à des hommes jugés dignes de toucher de près à la pourpre impériale.

Ils connaissaient bien la nature humaine, ces Césars qui basaient le dévouement de leurs serviteurs sur une si complète satisfaction de l'amour-propre.

La garde militaire du Palais était confiée à un corps de 3.500 soldats nommés Scholarii, scholaires : c'étaient d'abord des hommes d'élite choisis parmi les Arméniens; dans la suite, on en vint à vendre pour de l'argent la faveur

fort recherchée d'entrer dans ce corps. Sous TEmpereur Justin un corps supplémentaire de 2.000 surnuméraires fut organisé par les soins de son neveu Justinien, qui arrivé au pouvoir, ne tarda pas à en prononcer la dissolution.

(w) Page 16. — Les Cataphractes formaient la grosse cavalerie de l'époque ; le cheval comme le cavalier était bardé de fer — d'où le mot de cataphracte x«Tec y/Mt^roç, cuirassé — « Cette armure^ nous dit Rich, dans son diction- » naire des Antiquités Romaines et Grecques — était par- » ticulière à quelques nations étrangères telles que les » PartheSy les Perses, les Sarmates. »

Les armées romaines comprenaient des contingents auxiliaires recrutés parmi ces nations. Ils y avaient conservé leurs armures et leurs méthodes de combat. Les Empereurs avaient des corps de cavalerie et d'infanterie cataphractes.

(14) Page 18. — Jean de Cappadoce dont nous retrouverons le nom et les aventures plusieurs fois rapportés dans cet ouvrage est resté célèbre dans les fastes de la « divine hiérarchie »• Tour à tour au faîte du pouvoir et disgracié, il connut tous les honneurs et toutes les humiliations.

Procope nous donne un portrait intéressant de cet épicurien, dans son histoire de la guerre de Perse, Il le représente comme tellement fin et rusé que personne ne l'égalait pour trouver les solutions les meilleures et pour résoudre les plus inexplicables difficultés. Cependant il n'avait pas fréquenté les écoles : il était naturellement doué.

Débauché à l'excès il consacrait aux plaisirs de la table

la majeure partie de son temps. Comblé de richesses qu'il

acquérait par les moyens les moins avouables, il ne se

refusa aucune jouissance : « Quibus artibus, cum ad

» magnas pecunias brevi tempore venisset, extra modum

» in crapulam sese efifudit, ita diem partiri solitus ut ad

» horam prandii expilandis subditorum fortunis vacaret :

» quod suspererat, in temulentia obscœnisque corporis

» voluptatibus traducerety adeo sui impotens, ut cibis se

» ad vomitum expleret « Procopii de bello persico. I. 24 p. 121 et 122 édit. de Bonn.

N'était-ce pas bien-là Je véritable « ^picanï è gregeporcum iï Horace. • Epit. I. IV. 16. « Non respeciua Dei », comme le dit Procope, ne croyant ni à Dieu ni à diable, il finit étrangement. Tombé du faîte des grandeurs où l'avait appelé la faveur de Justinien, il fut, par l'ordre de l'Impératrice Théodora, dépouillé de ses richesses, condamné à mort, puis exilé, puis enfin obligé d'entrer dans les ordres : le libertin devint, malgré lui, prêtre d'un Dieu auquel il ne croyait pas ; le richissime, l'illustrissime préfet fut réduit à la mendicité.

(î6) Page 20, — noMià m tw oipx^p€t BaaiUL

Porphyr. de Ceremoniis.

<*•) Page 21, — V. supra sit que plané sacril^ii reus

qui DiviNA PRvECEPTA neglexcrit.

(17) Page 21. — Les Logoihèies ou Censitores étaient des intendants chargés de vérifier les finances de l'Etat; ils étaient attachés aux diverses branches de l'administra tion.

Le logothèie des finances ou du revenu vérifiait le travail des inspecteurs des provinces, des mines, des curateurs, etc.

Le logothèie de la course recevait et contrôlait les rapports sur la police de sûreté générale et réglait tout ce qui concernait les diplomates, les généraux et les gouverneurs.

Le logothèie des troupeaux avait la surveillance des administrateurs des troupeaux impériaux.

Le logothèie de la chose privée avait sous ses ordres les directeurs des manufactures impériales où Ton fabriquait les étoffés brochées d'or, les soieries, les objets d'orfèvrerie, les armes offensives et défensives.

(V. Rambaud : l'Empire grec sous Constantin Porphyrogénète).

Le plus important de tous était, sans contredit, le logothèie militaire. Sa mission consistait dans la vérification des finances militaires^ la solde des troupes et les fournitures' de l'armée. Les plus grands abus s'introduisirent dans cette partie si importante du rouage administratif byzantin ; Téloignement des provinces, la multiplicité et la dispersion des corps d'armée facilitaient les exactions, et ces hauts fonctionnaires purent impunément, d'après ce que rapportent les historiens de l'époque, s'enrichir aux dépens de l'armée.

Ils prélevaient d'abord un douzième sur les fournituret^ des troupes.

La solde variait selon les années de service; quand un vieux soldat quittait l'armée, un soldat plus jeune prenait sa place et se trouvait à son tour remplacé par un plus jeune enco^, uno aoulso non déficit aller. Ce mode d'avan-

cernent était fort apprécié des militaires^ car il permettait au vétéran^ qui avait pu supporter les fatigues d'une longue cahrière^ de compter sur un pécule suffisant pour assurer le bien-être de ses vieux jours, pécule qui, en cas de mort du titulaire, était assuré à ses héritiers. Au départ du vétéran ou à sa mort, il arrivait souvent que le vide n'était pas comblé : c'est le logothète qui s'attribuait la solde destinée au soldat auquel l'avancement était dû.

Cette façon étrange et sans pudeur de réaliser des gains illicites, diminuait sensiblement le nombre des hommes présents sous les drapeaux.

A certains moments, les cadres des légions étaient incomplets ; les intérêts de la défense du sol étaient compromis, mais le logothète avait fait fortune et revenait en jouir à l'ombre de la faveur du souverain aveuglé.

(«) Page 22. — La division de l'Empire en thème répondait aux nécessités militaires de l'époque.

Le thème, comme notre division militaire territoriale, empruntait son nom tout à la fois au territoire et au corps de troupe ou légion qui l'occupait.

A la tète du thème se trouvait le stratège^ chef militaire, dont le titre et les fonctions équivalaient au titre et aux fonctions actuels de général; il pouvait avoir sous ses ordres plus d'une légion et plus d'une province.

Le thème anatolique était le premier des thèmes d'Orient (ave(To>îxa Oipcree), désignés aussi SOUS le nom de grands thèmes : provinces riches, paisibles, poste de choix, où les stragètes privilégiés exerçaient des pouvoirs fort étendus.

<*) Page 27. — Diane chez les Romains, Ariemis chez les Grecs, la bonne déesee était la divinité tutélaire de la Grèce antique.

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Kpfn\kiç loxjMtfiK

Homère. Iliade xx. 70.

Déesse aiue fuseaux d'or, bruyante, qui seplaU à lancer des traits j Diane était honorée par les chasseurs. Mais « la plus belle des vierges » xaUîora iroXû frajdOcvMv, elle recevait les hommages des jeunes vierges qui, avant leurs noces « cou- » peront leur chevelure en son honneur, lui offriront le » tribut de leurs larmes et Tauront pour éternel sujet de » leurs plaintives chansons. » Hippolyte 1425. 599.

Sous le nom de Poiamia, elle était honorée près des sources^ des fleuves et des lacs. C'est à la faveur de sa

lumière et sous le calme épanchement de ses rayons, que la végétation altérée boit la fraîcheur de la nuit, qui lui donne une vie et une croissance nouvelles. Diaprés une croyance qui a survéci^ au paganisme, l'influence de la lune, bienfaisante pour la végétation et pour les cultures, s'étendait encore aux animaux dont elle favorisait la multitiplication. Heureux Thomme des champs sur qui Artémis jetait un regard favorable; ceux^ au contraire, que la déesse poursuivait de son courroux, voyaient leurs troupeaux décimés par la peste, leurs champs dévastés par la grêle, leurs femmes frappées de mort au jour de Taccouchement. Elle était honorée sous le nom d' Artémis Lochia, déesse des accouchements. Comme la terre, les animaux se croyaient soumis à l'action soit bienfaisante, soit funeste d' Artémis. (Decharme : mythologie de la Grèce antique. -^ Parifï, Gamier frères 1879, pages 130 et 131).

Donc, honorée la nuit, grâce à son influence lunaire, honorée le jour, comme déesse de la pure lumière, ses emblèmes sont bien le croissant discret de Tastre de la nuit et l'étoile lumineuse du matin (phoaphora).

Peu de légendes mythologiques, on le voit, étaient plus en honneur dans une société et sous un ciel, où les esprits toujours portés à la poésie, éprouvaient le besoin de s'attacher à un culte qui donnât satisfaction à leurs ardentes aspirations.

Les peuples de la Grèce avaient fait d'Artémis une déesse de prédilection, prodiguant les épithètes les plus variées et les plus enthousiastes à « la douce Vierge », comme en

Orôte ; à « la bonne mère », à « la nourrice de l'humanité » comme à Ephèse ; à « la déesse des filets » comme dans les ports de pêcheurs et comme partout, « à la déesse de la paix et de rharmonie ». Artemis Soteira.

Cette véritable litanie en l'honneur de la divinité vraiment nationale, n'avait-elle pas admirablement préparé les esprits à la partie la plus poétique et la plus douce du culte chrétieuiau culte de l'humble Vierge de Nazareth, Viei^e et Mère tout à la fois 7

W Page 27. — Le croissant et l'étoile, tantôt unis, tantôt séparés, employés jadis parles Ninivites et les Babyloniens comme des symboles de la royauté et que l'on retrouve sur les plus anciens cylindres, brillaient aussi sur les enseignes et les médailles des rois Parthes. On voit môme avec surprise apparaître pour la première fois sur leurs pierres gravées, l'aigle à deux tètes, aux ailes déployées, parfaitement semblable aux insignes héraldiques. Les Ârsacides ont prêté ce symbole aux empereurs romains d'Orient et d'Occident. — Gobineau : les Perses, t. II. page 488.

(3) Page 89. — La Grèce chrétienne avait salué avec enthousiasme la Vierge, Mère du Christ. Ses autels resplendissaient des magnificences du luxe Byzantin; son nom vénéré, empruntant à la langue antique ses plus riches images^ fut accompagné des titres les plus pieusement passionnés. Aucun ne rend mieux le culte de la perfection absolue que celui de Panagia (de im tout, cpfioç saint). Ne méritait-elle pas, en effets ce nom, la Vierge admirable

qui résumait en elle toutes les perfections^ que~nous saluons du nom seul de Sainte- Vierge y et dont le paganisme lùiméme'Jaissait percer la notion divine sous les voiles étranges de sa théogonie.

i^)iPage 29. — Les '^historiens n'insistent pas assez sur rimportance de l'élément païen dans la société du v« siècle. Bien qu'ayant définitivement perdu la partie, l'ancien culte conservait encore de profondes racines. Les religions ne meurent pas si vite. Les édits réitérés de Justinien contre les Hellénisants, sa préoccupation incessante à cet égard, !o suicide du patrice Photius, les soupçons qui pesèrent sur des personnages les plus considérables de l'époque en sont la preuve.

N'entendit-on pas dans la scène extraordinaire qui précéda la grande insurrection de 532 le démarque des Verts s'écrier en plein Cirque devantcent mille spectateurs : « Oui, » mieux vaudrait helléniser avec les païens, que de vivre » avec l'Empereur et les Bleus ! «Procope, malgré ses excès de scepticisme^ est encore à moitié païen, ou plutôt pour parler le langage de son commentateur M. Dahn, il professe unesuperstition cosmopolite, adoreun vrai Pandémonium, où figurent, avec le Dieu chrétien et la Panagia, tous les dieux de l'antiquité gréco-romaine, ceux des Perses et des barbares!

La bible, les livres sybillins, ceux des Mages lui semblent également dignes de foi et de respect. Il admet les oracles^ les omina et les augures, le pouvoir surnaturel des Mages, les divinations . germaniques tirées du vol des oi-

seauX) les iles des Morts des Celtes, les légendes hunni-

ques, les prophéties des sorcières Maures. Il dit gravemem qu'Artémis resta courroucée contre les Achéens jusqu'au sacrifice d'Iphigénie et parle de la conquête de la Toison d'Or, des voyages d'Oresteetde Pyladeetdu séjour d'Ulysse chez Calypso comme de faits historiques. — Augustin Marrast. Notes inédites.

<^) Page So. — La notion du Dieu Un, supérieur à tout, introduite par la secte ionienne dans la philosophie grecque, et consacrée officiellement pour la première fois, dans un procès célèbre, par Périclès et Aspasie, disciples d'Anaxagoras, s'imposait au paganisme comme un besoin impérieux de Tàme.

Malgré la multiplicité des divinités qui peuplaient TOlympeyZeuSyJoviSyJupUerjdominsiii.Les poëtes de tous les âges, s'étaient inclinés devant l'intelligence unique, omnipotente, supérieure, qui gouvernait l'univers.

Bien que nommant le plus souvent Zews, Homère désigne souvent aussi l'être suprême par ce seul mot 610;, Dieu, rendant ainsi hommage au Dieu par excellence, à Tidée d'unité et de toute puissance.

Faut-il rappeler ici les vers célèbres où cette toute puissance, attribut d'un seul, a été proclamée par lui comme par tant d'autres poëtes :

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