‹ La vie cachée de JésusChapitre 11 sur 59 · TP SOUPE PR · texte numérisé non relu

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pagne, en qualité de conseiller, Caïus Cæsar, chargé «le pacifier l'Arménie (16). Le consulat de Quirinius est He — 42 etla mission de C. Cæsar en Arménie de — 1; mais, comme il passe plus d’un an en Syrie avant que d'agir et que son expédition contre Tigrane n'est que de + 3, c’est entre — 12 et + 3 que se place la guerre contre les Homonadenses. Or. la Uilicie, qui devint, au temps d’Hadrien, province particulière, commença par êlre rattachée à la Syrie; il est donc possible que Quirinius fût gouverneur de Syrie quand il réduisit les montagnards ciliciens et, comme nous ne savons pas qui gouvernait la Syrie en — 3/2, il est permis de penser que c'était lui et que c’est à ce moment que se place la guerre contre

les Homonadenses (11).

On a trouvé confirmation de ce raisonnement dans une inscription, découverte près de Tibur en 1764 et dont on a peut-être quelque peu abusé. Le nom de Phomme à qui elle se rapportait a disparu, mais elle

dit qu’il a été proconsul d’Asie et semble aussi dire

qu'il a été deux fois légat impérial en Syrie et Phénicie; elle fait allusion à une victoire suivie de l'octroi des ornements triomphaux. Tout cela s’accorde assez bien avec ce que nous savons d’autre part de Quirinius et c’est pourquoi on accepte généralement aujourd’hui, conformément à l’hypothèse de Mommsen, que l'inscription de Tibur atteste le double gouvernement de Quirinius en Syrie (18). Mais, si cette première mission se place en — 3/2, 0n ne voit pas que l’allégation de Le y gagne grand crédit. Comment expliquer qu'un cens ait été entrepris à ce moment-là ?

Certains (Lagrange) disent qu’à la mort d’'Hérode il existait en Judée un parti qui souhaitait l’annexion, qu’en tout cas les fonctionnaires romains de Syrie y poussaient, et qu’ils en escomptaient l’imminence, même après que le fils d'Hérode, Archélaüs, eut été rétabli, par grâce. Le nouveau gouverneur de

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4 dé, | 4 Syrie, Quirinius, aurait donc commencé dès ce ! moment, en vue de l'avenir tout proche, un ee ment, qu'il n'aurait achevé qu’en + 6/7 et auquel

Archélaüs ne pouvait s'opposer. Malheureusement

c’est là une hypothèse en l'air et qui se brise contre | le silence de Josèphe. Ramsay a naguère (1912) repris ; son ancienne théorie, qui recule jusqu’en — 8 la pre- . mière mission de Quirinius, pour la faire coïncider à peu près avec un des recensements du cycle

égyptien; mais l'argument nouveau qu'il prétend .

tirer d’une inscription découverte naguère à Antioche | de Pisidie ne porte pas et ne convaincra, je le crains, personne (19). Il reste impossible de placer une legatio de Quirinius en Syrie avant le début de — 3, au plus tôt, puisque c’est encore Varus qui combat.

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l'insurrection consécutive à la mort d'Hérode (mars .

ou avril de — 4).

Un critique allemand, Zahn, pour sauver l'aflir-. mation de Ze, ne craint pas de supposer que c’est. Josèphe qui s'est trompé, en plaçant le recensement en +- 6/7 : Quirinius n’aurait été gouverneur de Syrie .

qu’une fois, en — 4/3, dès l'automne qui suit la mort.

d’'Hérode. La preuve que Josèphe s’est trompé, c’est, paraît-il, qu’il rapporte deux fois les mêmes faits : deux dépositions du grand-prêtre Joasar, une par Archelaüs (Ant., 117, 13, 1), l’autre par Quirinius en + 6/7 au moment du cens (Ant., 18, 2, 1); deux, insurrections de Judas le Galiléen, l’une à la mort

d'Hérode (Ant., 17, 10, 5), l’autre au moment du. cens (Ant., 18, 1, 1). Dans les deux cas, c’est un fait

unique qui se trouve dédoublé, mais il est mis en relation avec le recensement, lequel peut donc se placer soit en — 4/3 soit en + 6/7; Le nous invite à préférer la première date et il a raison (20). Malheureusement il est difficile de donner le pas à un. raisonnement de ce genre sur l'affirmation très précise de Josèphe, d'ordinaire si bien renseigné sur

tout ce qui touche aux grands-prêtres, d’autant plus.

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| quela répétition des faits en cause, dans les circons- - tances où ils se placent, n’a rien que de vraisem-

convient, que Le s’est trompé en plaçant le gouvernement de Quirinius et le recensement avant la mort d’'Hérode.

Pour les critiques qui ne veulent sacrifier ni Le ni Mi, il ne reste plus guère d’autre solution que de

pinus, interrompu par la mort d'Hérode et les troubles qui la suivirent, et achevé par Quirinius, qui lui a donné son nom; Jésus serait donc né sous Saturninus. Le premier gouverneur aurait recensé les Juifs pour s'assurer que tous prêtaient le serment g. exigé par Auguste (en — 8), le second pour asseoir les impôts (en — 3) (21). Seulement, une supposition, même ingénieuse, ne vaut pas contre les vraisem-

> blances historiques, et elles sont ici pour quele cens * ait accompagné la réorganisation financière de la - … Judée, soumise à un régime nouveau.

“#0 Il s’agit bien, en tout cas, d’une opération romaine. ‘3 Mais que signifie le voyage de Joseph, de Nazareth à Bethlehem, et pourquoi Marie l’accompagne-t-elle? k. - Cest à Nazareth que Joseph comptait comme contri- - buable, et, même soumise à la capitation, la femme …—. en puissance de mari n’avait pas à paraître en personne. La question n’est pas de savoir si un Juif habitant Nazareth pouvait se croire citoyen de Bethlehem, parce que sa famille en sortait, comme un Maronite, vivant aujourd’hui à Jérusalem, se considère toujours comme un indigène du Liban, mais bien s’il y avait une raison quelconque, en vue de l’établissement des rôles de l’impôt, d’obliger tous les Galléens, dont beaucoup sans doute ne savaient plus exactement quel était le lieu d’origine de leur famille, à un si étonnant voyage. Il faut, en effet, supposer que tous les Galiléens y furent soumis, puisque les Juifs de Galilée étaient tous des immigrés dans le pays.

blable. Il faut, en tout cas, admettre, et Zahn en

supposer ceci : le cens a été commencé par Satur-

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On a suivi, insinue-t-on, un usage juif; mais quel . usage? À quoi s’appliquait-il? Qui prouve qu'il ait . jamais existé (22)?

Deissmann (Zicht?., p. 201) a cru, il est vrai, trouver une justification de l’allégation de Ze dans un édit de C. Vibius Maximus, préfet d’£gypte en 104. Ce texte, qu'un papyrus nous a rendu, enjoint à tous les habitants qui, pour une raison quelconque, se trouvent hors de leur nome, d'y rentrer en vue du recensement prochain. Mais il est visible qu'il s’agit ici de tout autre chose que du voyage de Joseph : le recensement d'Égypte se fait par maison (xar” ofxiav) et les habitants qui se trouvent accidentellement hors de leur résidence sont invités à la regagner ; rien de plus; or Bethlehem, selon Le, n’est pas la résidence de Joseph, qui n’y compte pas dans une maison. À la rigueur, je pourrais admettre que le rédacteur lucanien a tiré parti de l’usage d'Egypte pour fonder son invention, mais je n'irais pas plus loin.

En réalité, tous les systèmes que je viens de passer en revue — et il ÿy en a d’autres — ont pour but de sauver Le de l'accusation d’erreur et posent en axiome qu'il n’a pas pu se tromper. Or, tout semble prouver qu'il s’est trompé et que son erreur, ou celle de sa source, est volontaire, qu’il n'y à eu qu'un seul recensement en Judée vers le temps de la naissance de Jésus : celui auquel a procédé Quirinius en + 6/7, quand la Judée est devenue province romaine; celui qui avait causé dans le pays tant d’émoi que, longtemps après, on continuait de l'appeler « le recensement », tout court, ainsi que Le lui-même en témoigne en Actes, 5, 37 (23). Pas plus pour l’uvangéliste que pour Josèphe, il n’y à d’hésitation et c’est bien de ce premier recensement qu’il entend parler en 2, 1. 11 disposait d’une tradition, dont il nous est présentement impossible de vérifier le bien-fondé, qui plaçait la naissance de Jésus « dans les Jours d'Hérode »; il tenait de l’Ecriture, ainsi que nous le

tre à tRiohem ct de Giro ni vieux roi de national, et les souvenirs apostoliques plaçaient en

à Galilée la maison paternelle de Jésus; il a donc cher-

ché un moyen de rendre vraisemblable la naissance à Bethlehem d’un enfant dont les parents habitaient

la Galilée et il a songé au recensement. Je ne crois ; pas téméraire de supposer que si on parlait encore de cette fâcheuse opération dans le monde juif de la

> diaspora, pour lequel écrit Le, on ne l’ÿ datait plus du

5 une fermeté qui rendit impossible son transport ut dans les jours d’Hérode ». Le dernier roi juif avait popant être déjà étendu jusqu’à elle l'espèce d’attraction que les personnages historiques très connus exercent autour de leur temps, et qui s’impose à la

mémoire populaire. L'invention même du voyage de

Joseph, peu acceptable en Judée, pouvait passer pour L vraisemblable en Asie-Mineure, ou en Grèce, et elle ES offrait l’avantage de paraître confirmer la conclusion hr de foi d’où elle procédait: l’origine davidique de Jésus. #1 se peut que l'inventeur de cet arrangement de fan- | Laisio ne soit pas notre Ze lui-même, qu'il lait emprunté à quelque source, mais lorsqu'on voit avec quelle désinvolture l’Evangéliste transpose, retouche. et interprète les récits qu’il prend chez Me, on le croït acilement capable d’avoir organisé sa propre chro- . nologie. L'erreur fondamentale de trop de critiques a été de le croire sur parole lorsqu'il assure qu’il s’est informé exactement de tout ce qu'il rapporte (4, 3), et de le prendre poùr un historien; ce n’est qu’un apologiste qui accommode librement les traditions et les souvenirs à son dessein particulier (24). N’oublions pas qu'il se trompe de quarante ans dans les

Actes (5, 36 et s.) en plaçant la révolte de Theudas avant celle de Judas de Galilée. Au vrai, sa prétendue précision, fondée sur le recensement de Quiri- | nius, nous laisse dans la plus complète incertitude ouchant le jempe de la naissance de Jésus.

III. — Les autres affirmations de Le. — La quinzième, année de Tibère et les trente ans de Jésus. — L'ère chrétienne. — La date de Noël.

Nous n’avons aucun moyen de contrôler l'affirmation qui fixe à la quinzième année du règne de Tibère le commencement de la prédication du Baptiste et, d’ailleurs, serait-elle véridique, qu'elle ne nous permettrait de nous approcher de la date de naissance de Jésus : 4° que si nous savions au juste quand celuici commence sa vie publique, par rapport à celle de Jean ; 2° que si nous n'avions pas de doutes sur le sens du fameux verset (3,23) où se trouvent les mots «environ trente ans »; 3° que si nous étions sûrs que, même dans les limites d’élasticité que le mot environ Jui donne, l'information de Le est exacte. — Cr, sur le premier point, Le nous laisse dans la plus complète incertitude; comme je l'ai déjà dit, il ne sait rien de plus que Mc, qui fait commencer la vie publique de Jésus après l'arrestation du Baptiste, et nous n'avons pas les moyens d'évaluer le temps qui s'écoule entre la levée du prophète et son emprisonnement. Sur le second point, notre incertitude redouble. Le texte ordinairement reçu semble signifier : « Et Jésus lui-même était, en commençant, d'environ trente ans, étant fils, à ce qu’on croyait, de Joseph... » Mais que faut-il entendre par en commençant (&pyomevoc)? La célèbre traduction syriaques dite Syrus sinaïlicus, a laissé tomber ce mot quasi inintelligible. On a supposé qu’il fallait lire épyôwevos et sous-entendre êrt xd Bérruoua, c'est-à-dire : € au moment où il vint au baptême »; ou, si on maintenait dpxduevoc, entendre : «au commencement de sa vie publique »; ou, si on lisait éoxéuevos, prendre le mot dans son sens messianique de « Celui qui doit venir » et traduire : ( Au moment de sa manifestation messianique, Jésus avait

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