CHAPITRE Il
1. — Est-ce Bethlehem ? — Les récits de la naissance en Mfet en Le. — Leurs contradictions. — Le récit matthéen. — La visite des mages et l'étoile miraculeuse. — La fuitcen Egypte et le massacre des Innocents. — Le récit lucanien : la naissance dans l’étable. — L'annonce aux bergers. - La présentation au Temple. — Caractères communs des deux récits ; leur sens. k
Deux de nos Évangiles, Mt et Le, nous racontent la naissance de Jésus et ils s’accordent à la placer à Bethlehem, petite ville de Judée, située à environ 9 kilomètres au sud de Jérusalem (1). Leur affirmation a prévalu dans la tradition des Eglises chrétiennes, d'abord parce que Me et Jn, en ne commençant leur récit qu'avec le baptème du Seigneur, semblaient exiger le complément qu’offraient à propos A! et Le; en second. lieu, parce que les chrétiens, en s’attachant, dès le lendemain de la mort de Jésus, à la démonstration de leur foi, par l'argument tiré de Paccomplissement, en sa personne, des prophéties messianiques dé l'Ancien Testament, ont rencontré un texte de Michée, qui fixait la naissance du Messie à Bethlehem : « Ztioi Bethlehem, Beth Ephrath, toi, le plus petit des cantons de Juda, tu me seras le pays natal de celui qui doit être le dominateur d'Israël » (5, 2.) (2)
5 tn = prétendu annoncer que le Messie sortirait de la race de David, né lui-même à Bethlehem (I Sam., 16, 1 et
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toute apparence, le prophète avait seulement
s.), mais les chrétiens ne tardèrent pas à prendre sa prédiction au sens le plus étroit.
Par malheur l'accord de Mt et de Le se borne à affirmation : Jésus est néà Bethlehem; ils racontent sa naissance en deux récits totalement inconciliables.
Selon Mt (1,18 et s.), les parents de l'enfant habitent Bethlehem ; il est donc naturel qu’il y naïsse. Des mages d'Orient, avertis de ce grand événement
#3 par l'apparition d’une étoile miraculeuse, viennent demander à Hérode où se trouve ce « roi des Juifs » qu'ils désirent adorer. Le monarque, très troublé,
«etavec luiJérusalem entière »,assemble «les princes
des prêtres et les scribes du peuple » et leur demande où doit naître le Messie; ils lui répondent
en citant Michée ; c’est donc à Bethlehem qu’il envoie les mages, en leur recommandant de s'informer exactement de ce qui regarde l'enfant divin et de le
lui rapporter. Il a conçu l’affreux dessein de se débar-.
rasser d’un rival éventuel ; mais le ciel veille : un songe avertit les mages de ne point retourner chez
Hérode et un ange apparaît à Joseph, dans son som-
meil, pour lui révéler le danger et lui «ænjoindre d’emporter le nouveau-né en Egypte. Hérode, qui ne sait au juste où découvrir sa victime, n'hésite pas à faire massacrer tous les enfants âgés de moins de deux ans qui se trouvent à Bethlehem et dans les
environs. C’est seulement après sa mort que la Sainte Famille, dûment prévenue par un ange, revient «en
la terre d'Israël ». Pour plus de süreté, et aussi pour que s’accomplisse la prophétie qui dit : « Z! sera appelé Nazoréen », elle va s'établir à Nazareth, où elle vit désormais.
Selon Le (2,1 et s.), les parents de Jésus habitent Nazareth quand arrive l’ordre impérial qui oblige les
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Juifs à s’aller faire recenser au lieu d’origine de leur
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famille. Joseph, descendant de David, se met donc en route pour Bethlehem ; Marie le suit et, commeen arrivant ils trouvent l’auberge pleine, ils logent dans une étable ; c’est là que le Seigneur vient au monde ; son premier berceau est la crèche des animaux; ses premiers adorateurs sont des bergers, à qui un ange a révélé le grand mystère. L'enfant est circoncis le huitième jour, puis on le porte au Temple de Jérusalem, où le vieillard Siméon et la prophétesse Anna
. authentiquent publiquement sa dignité. Après quoi,
la Sainte Famille regagne Nazareth. Il n’a été question ni des mages, ni de la fuite en Egypte, ni du massacre des Innocents, pas plus qu’en Mt il n’a été dit mot du recensement, ni de la naissance dans l’étable, ni de l’adoration des bergers, ni de la présentation au Temple.
Qu'il soit impossible de contraindre ces contradictions à se combiner en un récit unique, il paraît superflu de le démontrer longuement, car on aura remarqué que si les circonstances dont nos deux EÉvangélistes enveloppent la Nativité diffèrent complètement de l’un à l’autre, la préoccupation qui a dirigé le choix de chacun d’eux et l'esprit des deux rédactions ne sont pas moins dissemblables : Mt dévoile une très sombre tragédie ; la carrière du Messie commence dans la pompe, dans la crainte et dans l'horreur ; Le, au contraire, retrace une idylle : la joie des humbles, la confiance des clairvoyants saluent l'aurore du jour béni. ;
Cette contradiction fondamentale de Mtet de Le n'est déjà pas très rassurante ; un examen, même superficiel, des récits de la Nativité nous persuade que ni l'un ni l’autre ne les emprunte à une tradition
. primitive, autorisée et exacte. On remarque (Loisy)
que, considéré dans son ensemble, et du simple point de yue de la composition, le récit de Mt ne vaut pas celui de Ze, qu’il est moins bien équilibré et moins détaillé, plus loin des soucis de l’histoire et qu’il
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