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devine seulement qu’il les juge dignes de Ja plus
que ce sont des rois et qu'ils sont trois, ou douze, .
d'hiver, font en Orient face à la constellation de la Vierge et qui, d’après la représentation que s’en faisaient les Perses, cherchent le fils de la reine du ciel, Mibr (Mirjam), c’est-à-dire le soleil renaissant, Mithra. Ces symboles dépassent évidemment la légende telle qu’elle s'exprime en ff, où il n’est question précisément ni de trois mages, ni de la date de la Nativité.
Cependant l’Evangéliste met le voyage des mages en relation avec l'apparition d’une étoile miraculeuse : c’est là un thème légendaire très connu. La cosmologie des anciens ne s’opposait pas à ce que la naissance ou la mort des personnages fameux s’accompagnât de la levée d’un astre extraordinaire, ou du resplendissement d’une lumière merveilleuse : le phénomène est courant dans les légendes païennes (11); on y conçoit même qu’une étoile joue le rôle de guide dans une circonstance grave (42). Si un astre nouveau avait paru tout d’un coup dans le ciel, ilnous en resterait probablement d’autres témoignages que celui de Mt, dont le récit suffit à prouver « que personne, même en Judée, où vient de naître Jésus, n’a remarqué son étoile; mais on a, depuis longtemps, cherché si quelque phénomène céleste n'avait pu émouvoir assez des astrologues orientaux pour les mettre en mouvement. Il faut, bien entendu, supposer qu'ils sont d'avance pénétrés de l’idée qu’un Sauveur, un roi du monde, va naître bientôt et qu'ils s’attendent à lire dans le ciel l'annonce de sa naissance. Plus précisément il faut admettre qu'ils sont au courant des espérances juives, qu’ils les partagent et qu’elles les conduisent tout naturellement en Palestine, dès qu'ils ont aperçu le « signe » désiré. Et ce sont déjà bien des suppositions.
Pourtant le « signe » lui-même, quel était-il? J'ai, déjà dit qu’on avait songé à une comète ; mais elle n'aurait point passé inaperçue ; on a renoncé à recourir à un météore quelconque, et il n’est plus guère qu’une conjonction planétaire, qui conserve des partisans.
48 LA VIE CACHÉE DE JÉSUS Li
à une conjonction de Jupiter et de Se ; qui se produit dans la constellation des Poissons, malheureusement en — 7;ce qui me semble un peu tôt. Un astronome contemporain pencherait plutôt pour une conjonction de Vénus et de Jupiter,
fait, elles sont généralement abandonnées (13). Ce qui paraît vraisemblable, c’est que l'étoile des
- Onliten Vombres, 24, 17 (c'est le prophète Balaam qui parle) : « Je le vois, mais non pas dès maintenant; je le contemple, mais non pas de près : une étoile sort de Jacob et un sceptre se lève d'Israël... » ; et en Isaïe, 60, 4-3 : « Lève-toi et brille, car ta lumière est venue el la splendeur de lahwé a rayonné sur toi... Et les
rayonnera de toi ». Manières orientales de parler, sans doute, et figures poétiques, mais qui tendent évidemment à être interprétées dans un sens réaliste, dès qu’on accepte comme messianique la prédiction qu’elles expriment. Or on peut considérer comme assuré que les rabbins lui reconnaissaient cette qualité au temps de Jésus, et lorsque, sous Hadrien, une terrible révolte, d'inspiration messianique, éclata en
Kochba, c’est-à-dire « Le fils de l'étoile » (14). Mt sup- pose que les mages connaissent cette prophétie et il les charge de la vérifier. Ç De ces considérations diverses,je conclus quel’Évangéliste — ou sa source (45) — ne disposait d’aucune tradition sur un authentique voyage de mages, con- “ duits en Judée par une étoile, pour y adorer « le roï des Juifs », mais que son récit, organisé tout entier en vue de montrer en Jésus l’accomplissement des prophéties messianiques, sort d’elles tout entier. Il ést assez indifférent qu'un fait contemporain quel- conque, comme le voyage de Tiridate, ou le souvenir
qui se manifeste au printemps de — 6. Il est bien à & difficile de s'arrêter à de telles conjectures et, en
mages procède tout simplement d’un texte biblique. Fr
peuples marcheront à ta lumière el les rois à lPéclat qui
| Judée, celui qui la conduisait se fit appeler Bar-.
d’un culte local, qui aurait attaché l’idée de l’apparition d’une étoile au nom de Bethlehem, ait où non contribué à en déterminer l’affabulation (16). Les apocryphes ne manqueront pas d'exécuter, sur les thèmes matthéens, d’extravagantes variations, maisil n’y a d'eux à elles qu’une différence de degré et non pas une différence d'espèce (17).
Si le véritable Hérode le Grand avait appris d’astrologues chaldéens ou arabes qu’un enfant venait de naître, qui pouvait menacer sa puissance, il n'aurait pas eu besoin de leurs bons offices pour le découvrir ;
… ses recherches ne se seraient point égarées parce
qu'ils seraient retournés chez eux « par un autre chemin »,.en sorte qu'il n'aurait pas été réduit à dépasser tout ce que les chroniques du temps lui prêtent de cruauté, en faisant mettre à mort quantité d'enfants innocents. Ce massacre abominable se trouve dans le récit de Mt intimement lié à la fuite de la Sainte Famille : si Joseph emporte Jésus en Egypte, c’est pour le sauver du glaive ; et, si le massacre a lieu, c’est parce que le tyran ne voit pas d’autre moyen d'atteindre le nouveau-né qu’il redoute que de supprimer tous les enfants de son âge. Considéré en lui-même et toutes réserves faites sur ses causes, un séjour de Jésus en Egypte, durant son premier âge, n'aurait rien d’invraisemblable et l’on concevrait même difficilement qu’au temps où des proches de Jésus vivaient encore, on ait pu en parler s’il manquait de tout fondement historique. Par malheur nous ne pouvons pas le considérer.en lui-mème ; il nous faut le laisser dans son rapport avec le massacre des Innocents, et, à la réflexion, il ne parait pas autrement conditionné que le reste de « l’histoire de l’enfance » en Mf; il est destiné à montrer l’accomplissement d’une prophétie. A vrai dire, le texte d’Osée, 9, 1, auquel on songe d’ordinaire, n’est pas une prophétie et il énonce simplement un fait, à savoir que les « enfants d'Israël » sont
ER TR ent : 4 Cor 2.
revenus d'Égypte en Canaan, mais { yÿ voit une prédiction et en acceptant la leçon massorétique : € Mon fils », il montre qu'il lui donne une portée messianique ; nous ignorons s’il est l’auteur premier de cette adaptation. Evidemment, si cette histoire de fuite en Egypte avait été racontée et rédigée du vivant des frères de Jésus et à côté d’eux, elle n'aurait guère pu s'implanter dans la tradition, à moins de répondre à quelque réalité et c’est pourquoi on s’est demandé (Harnack) si At n’avait point disposé de quelque souvenir de famille d’un de ces frères. C’est invraisemblable en raison du silence
. des autres Evangiles et, plus encore, de l'incertitude
où Mt nous laisse sur le lieu du séjour de la Sainte Famille en Egypte et sur sa durée. Toutes les probabilités sont en faveur d'une rédaction tardive de lépisode, hors du contrôle de La famille de Jésus (18).
Ii ne saurait S’agir ici de traditions, mais seulement de légendes, où, si l’on préfère, de vues de foi, qui s'expriment sous une forme légendaire, en empruntant au domaine public de toutes les religions quelques thèmes bien connus, tel celui da héros sauveur, menacé dès son enfance par un.ennemi cruel, et fuyant devant lui (19). On songe, avec raison, à une influence particulière de la légende de Moïse, lequel échappe si fort à propos à la fureur du Pharaon; Hérode et le tyran d'Egypte s’identifient aisément.
Il est vrai qu'entrele récit de l’£Zxode, 1,15-2,10 et celui de Wf il y a si peu de rapport que l’un ne peut guère sortir de l’autre, mais il faut tenir compte des enjolivements légendaires, dont Josèphe (Ant., 2, 9,
. 2) nous apporte un témoignage décisif, en nous con-
tant que c’est parce qu'un « interprète des choses saintes » (1éooypæuuurec), bien proche parent des mages de Mi, avertit le Pharaon de la naissance d’un enfant redoutable, qu'il ordonne la destruction des fils nouveau-nés d'Israël. C’est la légende de Moïse que
V4 NAR Mi a SO utilisée. 2 “AE 4 Tel = comme lieu de fuite a pu lui être suggéré par divers
textes bibliques, notamment par 1 Rois, 41, 44-17,
qui nous montre Hadad, fils du roi d’Hdom, fuyant en.
Egypte devant Joab, chef de l’armée de David, qui met à mort tous les mâles du pays; mais surtout par
ur à *
les deux passages d’Osée, 9, 4, dont nous avons déjà
parlé, et 41, 5, où il lisait : « £'phraïm retournera en
Égypte et l'Assyrien sera $on roi ». Hérode, en ce cas,
serait assimilé au roi d’Assyrie, ce qui n’a rien d’im-. possible. Peut-être aussi a-t-il songé à Ps. 80, 9 : . « Tu avais transporté une vigne d'Egypte », car Jésus …
est « la vigne » d'Israël (20).
On a essayé de sauver l’historicité du massacre des Innocents en alléguant que les mœurs orientales du
temps et spécialement la cruauté d’Hérode n’y répu-
gnaient pas autrement, et qu’au surplus le nombre des victimes n'avait pas dû être énorme. Qu'est-ce que Bethlehem pouvait bien compter d'habitants?
Deux mille tout au plus, dontilnaïissaitsans doute une
trentaine d'enfants tous les ans, en sorte qu’en met-
tant à part la moitié, pour les filles, que les bourreaux
respectent, on arrive à un total d’une trentaine de garçons occis. C'est trop sans doute, et on comprend que les environs de Bethlehem aient retenti de la
plainte lamentable des mères, mais c’est tout de
même assez peu pour que Josèphe, ému par de plus vastes tueries ordonnées par Hérode, ne nous ait rien dit de celle-là (24).
Mauvaises raisons ; tout porte à croire que Josèphe, si préoccupé d’insister sur les horreurs de la fin du règne d'Hérode, n’aurait pas jugé négligeable l’égorgement d'une trentaine de petits enfants, qui se présentait entouré de circonstances si surprenantes; et, le plus grave, c’est qu’en effet il nous raconte l’histoire d’un semblable massacre, mais en le reportant au temps de l’enfance de Moïse (Ant., 41, 9, 2)! La
mème légende a servi au chroniqueur et à l'Évangé-
ca]
Re
liste. Au reste, ici encore, nous nous trouvons en présence d’un thème souvent développé dans la légende des héros sauveurs : le méchant prince qui, à la suite d’un songe ou d’une vision, cherche à sup- - primer l'enfant prédestiné et, n’arrivant pas à le - découvrir, fait tuer tous les. enfants du méhie | age (22).
; Plus particulièrement l’Évangéliste a pu entendre + conter une histoire que nous lisons dans Suétone … (Auguste, 94) et qui présente avec la sienne les rap- “ poris les plus frappants : peu de temps avant la naissance d’Octave se produit à Rome un prodige qui …. annonce qu'un roi va naître pour le peuple romain : - aussitôt le Sénat ordonne la mise à mort de tous les “ nouveau-nés de l’année. Mais, comme chacune des femmes enceintes espère que l’oracle se réalisera en: faveur de son enfant, toutes font si bien que le séna-' tus-consulte n’est pas déposé dans les archives de l'État et n’est pas obéi. Simple racontar, bien entendu, | M lation à Auguste du thème du Sauveur persé- - cuté; mais qui ne voit l'intérêt qu'un apologiste peut trouver à établir un parallélisme, sur ce point d’im- % portance, entre « le roi du peuple romain »etle « roi — des Juifs », entre le fondateur de l’Empire et l’ins- * taurateur du Royaume de Dieu?
- Il ne parait pas probable que le récit soit organisé pour accomplir la prophétie de Jérémie (34, 15), que … Mirappelle (2, 18); le prophète parle de l'exil des Israélites emmenés en captivité; Rachel est supposée se réveiller dans son tombeau, situé non loin, pour - pleurer leur infortune et l'abandon de la terre … d'Israël; il ne s’agit nullement d’une prophétie messianique; mais l’auteur du récit évangélique y + trouve une illustration du fait que sous-entend le. massacre des Innocents : la désolation de leurs mères (23). On s’est demandé si le récit entier de Mi n'était pas tout simplement destiné à sortir d’une . > difficulté : la tradition apostolique, ainsi que nous
allons nous en convaincre, considérait Jésus comme:
un Galiléen et, en le désignant par le surnom ‘Ge « Nazaréen », elle entendait qu’il était de Nazareth. D'autre part la prophétie de Michée, prise à la lettre, voulait que le Messie naquit à Bethlehem de Juda. Notre Évangéliste arrange les choses en disant : il est né à Bethlehem, le prophète avait donc raison; mais il n’y est pas demeuré, la cruauté d'Hérode l’en a chassé presque tout de suite. Il s’en est allé en Égypte, pour que s’accomplit une autre importante prédiction et, quand il en est revenu, après la mort du tyran, le prudent Joseph a cru sage de ne point se fier au successeur d’'Hérode, qui ne valait guère mieux que lui et il est allé se fixer à Nazareth de Galilée. C’est là que Jésus a grandi; il est donc naturel qu’on l'ait nommé le Vazaréen, ainsi que d’ailleurs une autre prophétie l’exigeait.
dl à: RES
Si l’histoire de la Nativité selon Mt n’a aucune |
chance d’enfermer un seul mot de réalité, celle de Le n’est pas de meilleur aloi et, plusadroitement rédigée, elle nous paraît, dans le fond, dominée par la même préoccupation initiale : expliquer comment Jésus, dit de Nazareth, est né à Bethlehem. Comme Le écrit indépendamment de Mi, et n’est pas plus que lui porté par une tradition authentique, il adopte une autre explication que celle du premier Évangile qui entraine naturellement uneautre affabulation : Joseph et Marie se transportent de Nazareth qu’ils habitent, à Bethlehem, pour obéir à l'ordre de recensement que vient de donner l'Empereur. Il est difficile d'imaginer une raison plus puérile ; mais notre erreur est, je le répète, de considérer encore trop souvent ces récits évangéliques comme nous ferions d’un document d'histoire et de trop oublier qu'ils illustrent, à grand renfort de merveilles, qui doivent parler au cœur et non à la raison, une thèse apologétique. Pour en sauver tant bien que mal la vraisemblance, plusieurs critiques conservateurs ont trouvé ingénieux de dire
que le récit lucanien, plus doux et bénin que celui de Mi, reflète sans doute un esprit féminin, et, comme il ne prête pas à Joseph autant d'importance que l’a fait Mi et qu'en revanche, spécialement si nous tenons compte de l’Annonciation, que nous étudierons plus loin, il donne à Marie une place au premier plan, il faut croire qu’il remonte à Marie. On peut donc accepter que Lc a conversé avec la Vierge vers 51/58 et qu'il a reçu d’elle des renseignements particuliers (24). On peut aussi penser que c’est là une hypothèse sans aucun fondement et s’étonner que les frères de Jésus, inspirateurs de Mf, et la Vierge Marie, inspiratrice de Le, aient si mal accordé leurs souvenirs. Les épisodes lucaniens que le rédacteur n’a probablement pas inventés de toutes pièces, plus que le premier rédacteur de M1 n’a imaginé les siens, mais qu'il a sans nul doute disposés à son gré, lui viennent d’autres cercles que ceux d’où sont sortis les épisodes matthéens, c’est tout ce qu’on en peut dire.
Mais pourquoi nous raconter que Jésus naît dans une étable? C’est d’abord pour rendre vraisemblable la visite des bergers; c’est surtout parce que l’Evangéliste, préoccupé de rattacher Jésus à David, songe au Psaume 18 où il est dit (70-71) : « Il choisit son serviteur David et le tira du parc aux brebis, et d’auprès de celles qui allaitent, il l’amena pour qu'il gouvernät son peuple Jacob el Israël, sa propriété. » De très bonne heure la tradition admettra que l’étable se trouvait installée dans une caverne (25), ce qui mettra la naissance de Jésus en parallèle avec celle de diverses divinités, telles Mithra, Dionysos, Hermès, Zeus lui-même et Horus (26) et le tableau se complètera par l’adjonciion, autour de la crèche, du bœuf et de l’âne, issus de la combinaison de deux textes bibliques : d’/saïe, 4, 3 : « Le bœuf a connu son pos- ‘sesseur et l’âne la crèche de son maître » et d’Habacuc, 8, 2 : « Fais le connaître entre deux animaux (27) ».
C'est à des bergers que l’ange révèle la naissance de
LT S PRESS F7 EN #1 . à +:
RARE TD RE LUS ONE Re HUE 7 Ppe tas A F4: “ D WE MUR Dé VA de AR
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« Fes ie. 28
a ; ù ; ; à x fx je es es l'enfant divin (2, 9). On a justement observé que la
prédilection marquée de Le pour les humbles et
Le # k LA RE met es à UE 1” “ 4 vs É 20 À
les petits (ef. 4, 51-55), l’inclinait naturellement à :
favoriser des campagnards de la première révélation
messianique; et, puisqu'il tient à une manifestation nocturne, à la fois plus éclatante et plus facile à limi-
ter (le texte ne suggère pas, au contraire, que d’autres hommes que des bergers eonnaissent alors la joie céleste), des bergers veillant la nuit sur leurs trou-
peaux, dans les champs, semblaient tout indiqués.
Mais encore ne faut-il pas oublier que les bergers qui
jouent un rôle intéressant dans la légende de plusieurs héros antiques, tels OEdipe, Romulus ou Cyrus, tiennent une place particulière dans celle des grands héros bibliques : Jacob, par exemple, ou Moïse, qui paît un troupeau sur l'Horeb lorsque lahwé lui parle pour la première fois (Ezx., 3,1 ets.), ou David, berger quand Dieu le choisit, ou Amos, qui avait été « l'un des bergers de Tégoa » (localité à 8 kilomètres au sud de Bethlehem) (Am., 4, 1). Il n’y a pas lieu d'aller chercher ailleurs, notamment dans l’histoire de Mithra, comme on l’a voulu faire, l'inspiration de
notre Évangéliste (28). Le sens de son récit est clair où
pas plus que M il n’accepte, parce que de son temps, la foi y répugnait, que Jésus soit venu au monde comme un enfant ordinaire et dans l'obscurité complète : les anges qui savent le mystère se réjouissent et le communiquent aux bergers, comme l'étoile de Mi le communique aux mages. Les deux Evangélistes ne prennent pas garde qu'ils se créent à eux-mêmes une difficulté, ou du moins qu'ils nous la créent, car
ils ne semblent pas s’en soucier, ni même s’en dou-,
ter : pas plus que l’émotion suscitée à Jérusalem par le dire des mages, qui annoncent la naissance de Celui qu'Israël attendait avec tant d’impatience (M4, 2, 3), l'enthousiasme des bergers ne comporte la moindre suite. Tout le monde oublie, à commencer par les parents de Jésus, qui, témoins de ces merveilles
s’étonneront, cependant, tout comme s'ils les ignoraient, des premières initiatives un peu surprenantes de Jésus; lui-même ne fera jamais, à notre Connaissance, une seule allusion aux miracles qui ont marqué son entrée dans la vie.
Le ajoute qu’au bout de huit jours l’enfant fut circoncis (2, 21). Vraisemblablement il ne dispose pas sur cette opération d’une tradition certaine, mais il sait qu’elle a dû se faire, conformément aux prescriptions de la Loi (ZLévit., 12, 3); et, comme il était ordonné que Ia mère d’un enfant mâle ne fût purifiée que 40 jours après la naissance et par un sacrifice au Temple (Lévit., 12, 2; 4; 6-8), et que tout mâle premier-né fût offert à Iahwé et racheté par une offrande convenable (£x, 13, 2; 13, 15), il a eu soin de noter que, ces diverses prescriptions mosaïques ont été observées. Remarquons cependant qu’il semble considérer comme légale la présentation au Temple, que l’Ancien Testament ne prescrit nulle part. Les arguments qui valent contre l'historicité de la visite des mages et l’adoration des bergers valent aussi contre l’historicité de la scène du Temple, où interviennent le vieillard Siméon et la prophétesse Anna. Comment une manifestation prophétique aussi intéressante n’aurait-elle pas produit plus d’effet sur les assistants et sur les parents de Jésus? Comment, après elle, l'enfance du Messie aurait-elle pu retomber à l'obscurité complète qui l'enveloppe? Le but du récit est clair : il faut, pour les fidèles de la seconde ou troisième génération, que le Seigneur se soit dès abord manifesté, qu'il ait été reconnu pour ce qu’il était vraiment, C’est cette préoccupation qui, suivie sans mesure, nous donnera les extravrdinaires miracles dont les Apocryphes emplissent l'enfance de Jésus (29).
Ainsi les deux récits de la Nativité, que nous trouvons en A1 eten Le, se contredisent et ne sont point combinables, mais, suivant la très juste remarque de
Strauss, ils racontent Ja même se sous des formes différentes. Les épisodes légendaires dont ils se composent l’un et l’autre proviennent non pas du souvenir, même déformé, de faits réels, mais de la néces-. sité apologétique de faire accomplir en Jésus uncer-. tain nombre de prophéties messianiques, spécialement ( celle de Michée (30); et, en second lieu, de ce désir de. savoir quand même ce que la tradition authentique ne disait pas qui enfantera les extravagantes mer-. veilles des Evangiles apocryphes : la foi, qui ne se résigne pas à ignorer, satisfait toujours, tôt ou tard, sa curiosité. Or, que la tradition première ait ignoré la naissance à Bethlehem, c’est un fait évident pour . qui considère l'Evangile selon Mc. Visiblement la vie de Jésus n’intéresse son rédacteur qu’à partir du. moment où le Seigneur se manifeste dans son rôle divin et c’est pourquoi il ne commence son récit. qu’au baptème. Pas une fois, il ne fait une allusion, même vague, à Bethlehem, et, pour lui (6, 4) Naza-. reth est la « patrie » de Jésus (31). C’est encore la : même tradition que suit /n, qui ne paraît point douter que Jésus soit né à Nazareth (1, 46-47). Au temps où est rédigée l’histoire de l’enfance que nous donne : M et celle de Le, le souci de démontrer la messianité : de Jésus prime de beaucoup celui de s’en tenir aux faits bien attestés ; nous sommes déjà fort avant sur la route que suivront bien plus loin encore les rédac- . teurs des Evangiles apocryphes. On remarque que l’auteur du Protévangile de Jacques, qui nous raconte sur Joseph et Marie des choses si édifiantes, a besoin. pour les localiser avec quelque vraisemblance, du cadre de Jérusalem; aussi bien n’hésite-t-il pas à y. transporter le domicile habituel des deux époux. et c'est de Jérusalem qu’ils partent pour aller se faire recenser à Bethlehem (17). Cette pré-histoire représente donc dans nos premier et troisième Evan-. giles une étape rédactionnelle déjà fort éloignée des. origines et étrangère à la génération apostolique.
: ù mA
he:
| raisonnable d'affirmer que, chez Mt comme chez Le, elle est beaucoup plus jeune que le reste du récit (32). L'une et l’autre légende a dù se former d’abord dans ha petit cercle de chrétiens et un rédacteur inconnu
les a haussées au rang d’Ecriture évangélique. Toutes * “deux procèdent des mèmes préoccupations et du. même état d'esprit, qu'il est permis d'appeler my-
thique. ù II: — Nazareth. — La question de son existence au temps de Jésus. — Comment la première tradition chrétienne a-t-elle:
entendu «le Nazaréen »?— Vraisemblances contre l’interpréta- -tion par «de Nazareth ». - Comment expliquer «le Nazaréen»
sans Nazareth. — Hypothèses diverses. — Le Saint de Dieu; les Saints. — Mt, 2,23. — Vraisemblances. — Comment s’introduit l'interprétation par « de Nazareth. »
Les. Nous tenons donc pour assuré que Jésus n’est point né à Bethlehem de Juda et qu'il a vu le jour
“ en Galilée. Où exactement? A en croire Mc aucune n hésitation n’est possible, c’est à Nazareth, ou Vazara, petite ville que l’on peut voir aujourd’hui € dans
un pli de terrain largement ouvert au sommet du
… groupe de montagnes qui ferme au nord la plaine
d’'Esdrelon » (Renan). Elle compte trois à quatre mille habitants. On y montre une église qu'on dit élevée sur les ruines de la maison de Marie et une autre
qui recouvre celles de l’atelier de saint Joseph. Dans
le voisinage un petit oratoire enferme une grosse pierre plate où, selon une tradition locale, Jésus prit un repas avec ses disciples après la résurrection (33). Malheureusement, comme ni la Bible, ni Josèphe, ni le Talmud, ni aucun écrivain à peu près contempo-
rain de Jésus ne nomment Nazareth, on peut se
DE Jésus 59
. Je n’insiste pas sur les conjectures qui ont essayé de fixer avec une approximation plus ou moins vraisemblable sa date et le lieu de sa composilion ; mais ilest
demander si la ville existait au temps de Jésus et, par suite, s’il y est né. La question ne se poserait sans doute pas si le surnom « le Nazaréen » ne pouvait offrir d'autre sens que celui de « l’homme de Nazareth» ; malheureusement ce surnomse prête à d’autres interprétations qui s’accordent bien avec le caractère et, pour ainsi dire, la qualité de Jésus.
C'est là un des gros arguments des « mythiques » contre l'existence historique de Jésus, et leur insis- ‘ tance rend désormais impossible d’écarter la question sans discussion. À vrai dire, elle présente de très sérieuses difficultés (34). Que la Biblene nous parle pas de Nazareth, ou de Nazara — c’est la forme qui paraît devoir être préférée (35) — il n'y a peut-être pas lieu de s’en étonner beaucoup; les bourgades de Galilée n'avaient pas tenu grand’place dans ie passé juif. Le silence du Z'almud semble déjà plus inquiétant parce que ses rédacteurs connaissaient le surnom de Jésus et l’explication qu’en donnaient les chrétiens, appelés eux-mêmes les Vazaréens ; comment une occasion ne s’est-elle pas offerte à eux de mentionner la ville d’où l’hérésie chrétienne disait être partie? Au prix de recherches minutieuses dans limmense recueil, on à fini par y découvrir (Graetz et Neubauer) deux passages, où, avec de la bonne volonté, on peut soupçonner une allusion à Nazara; mais ils sont vraiment trop douteux pour qu’on en fasse état. Du reste on attachera moins d'importance à ce silence du Talmud, si l’on songe que la double compilation qui le compose, celle de Jérusalem et celle de Babylone, a été construite en un temps où nous avons la certitude que Nazara existait ; il faut donc penser que, si les rabbins n’ontsoufflé mot de Nazara, c’est pour d’autres raisons que sa non-existence.
Qu'elle ne soit point mentionnée par Josèphe, c’est plus grave, parce qu’il était bien au fait des choses de Galilée et qu'il nomme, au cours de son récit, quan-
ité de villes et villages de ce pays ; quel malheureux
44 Di ,
ANCIEN, 22 éEr at