LE LIEU DE
SSANCE DE JÉSUS
i hasär d aurait donc détourné son attention de Nazara? On répond : ce n’est pas le hasard, c’est l’insignifiance et l'obscurité de la bourgade ; ou, ce qui vaut mieux, car Josèphe ne nomme pas que des villes d’impor-
tance, qu’il peut avoir oublié Nazara ou n'avoir point rencontré l’occasion d’en parler. On ne saurait non
plus, sur cette mème considération, attacher d'impor-
tance décisive au fait qu'aucun écrivain à peu près
contemporain de Jésus ne semble connaître Nazara.
? Mais, ajoute-t-on, il y a les auteurs des écrits néotestamentaires et c'est quelque chose. Sans doute; - encore faut-il remarquer que, de ces écrits, les Ævan-
giles et les Actes seuls mentionnent Nazareth; on
s'étonne particulièrement que Paul n’en parle pas; ire
que jamais il n’attache au nom de Jésus son surnom - de Nazaréen; etil ne paraît pas facile d'accorder cette
réserve avec un usage vraiment courant du surnom
dans les communités pauliniennes. Sous la plume des
- Hvangélistes, je veux dire dans leur intention, Jésus le Nazaréen signifie Jésus de Nazareth; cela ne fait pas de doute et l'affirmation est à considérer. On peut assurément supposer sans invraisemblance qu’au temps de la rédaction de nos textes le sens vrai de
» l'expression le Nazaréen s’était perdu, hors du monde palestinien, et que c’est une explication secondaire qu'enferme la transcription Jésus de Nazareth. I parait pourtant singulier qu’on soit allé, pour éclaircir un mot, jusqu’à inventer une ville qui n'existait pas. L’argument a du poids; moins pourtant qu’on ne l’a cru parfois, attendu que l'invention, 'si invention il y a, s’est faite loin de la Galilée et des disciples galiléens et que les Évangiles nous transportent dans un milieu de foi qui ne s’attache guère, d'ordinaire, à la vérification dés détails matériels dont il use. Assurément les chrétiens qui ont cru Jésus natif de Nazareth
n’ontattachéaucuneimportanceà la notion de Nazareth prise en elle-même; les rédacteurs évangéliques ne nous donnent aucune précision sur cette ville, hormis
en un paysage de Le, 4, 29, où nous lisons : « Et ils se levèrent et le jetèrent hors de la ville et ils le conduisirent jusqu’au sommet de la montagne sur laquelle leur ville est bâtie. » Cela demeure à mi-chemin entre l'exactitude et la fantaisie, tout juste assez pour que nous ignorions si son auteur disposait d’un souvenir ou s’il a inventé un cadre pour y placer une scène symbolique. C’est la seconde opinion qui me parait vraisemblable.
La première attestation formelle de lexistence de Nazareth se trouve dans Eusèbe (4. Æ., 1, 7, 14), qui cite Julius Africanus; il s’agit des parents de Jésus, dont nous apprenons que, « partis des bourgs juifs de Nazareth et de Kochaba, ils s'étaient dispersés dans le reste du pays. » Or Julius Africanus se place entre 170 et 240, environ; c’est une autorité tardive mais considérable, parce qu'il a passé la plus grande partie de sa vie en Palestine; on ne peut guère contester que Nazareth existât de son temps.
Nous n’en trouvons point d'autre mention avant la fin du 1rv° siècle, où S. Jérôme sait que c’est un village (viculus) de Galilée, situé à 15 milles à l'Est de Legio (Lejjûn), et près du Mont Tabor, ce qui est approximativement exact. À la même époque, S. Épiphane (Hær., 1, 136) nous dit qu’au début du siècle, sous Constantin, Nazareth est uniquement peuplée de Juifs et il ne semble pas que les pèlerins, qui commencent à fréquenter la Palestine, visitent beaucoup la patrie de Jésus.
De ce que Nazara existait à La fin du r° ou au commencement du 1° siècle, on ne peut conclure à coup sûr qu’elle existât déjà 200 ans plus tôt; mais il ne parait pas plus légitime de le nier, attendu que nous ne disposons d'aucune indication sur la fondation de la petite ville entre le temps de Jésus et celui de Julius Africanus. Somme toute, il me semble que les vraisemblances sont en faveur de l’existence de Nazara dès le début de l’ère chrétienne.
LE LIEU DE NAISSANCE DÉ JÉSUS . HuX GS
Au reste, la véritable question est celle-ci : est-ce que la plus ancienne tradition chrétienne parlait de Nazareth?
Cheyne a dépensé beaucoup d’ingéniosité pour établir que Vazareth signifiait tout simplement, pour les Evangélistes, Galilée; iln’aconvaincu personne (36), non plus que Burrage, qui fait de Nazareth un district, et non un village, de la Pérée, ou que Burkitt,
qui propose d'identifier Nazareth à Chorazim (31).
B. Smith a cherché à prouver directement que les écrivains néo-testamentaires n'étaient pas même assurés de l'existence de Nazareth, parce qu'ils employaient pour en parler l'expression « une ville dite Nazareth » ; mais ses arguments demeurent très fragiles et se brisent, quoi qu’il fasse pour l’éviter, contre Le, 4, 16 et Me, 1, 9 (Jésus vint de Nazareth de Galilée), où Nazareth est nommée sans la prétendue restriction (38).
Salvatorelli a essayé une démonstration plus rigoureuse ; il s’est efforcé de prouver qu’en divers passages des £vangiles et des Actes, le surnom de ÆVazaréen, attaché au nom de Jésus, ne peut être ( une épithète de signification locale. » Quand nous lisons en Me, 1, 24 (c'est un possédé qui parle): « Qu’y a-t-il (de commun) entre nous et toi, Jésus le Nazaréen? », nous ne pouvons pas ne pas remarquer qu'il n’est guère naturel et opportun, qu'à Capernahum, où nous sommes, et qui se trouve près de Nazareth, on
emploie, pour désigner Jésus, cette appellation de
lieu; et surtout qu'il n’est pas habituel, lorsqu'on parle à une personne, de l’appeler par le nom de son lieu de naissance, ou d’origine, tandis qu'on peut très bien lui donner son surnom caractéristique. El faut donc que l’épithète « le Nazaréen » indique un élément important de la personnalité de Jésus et exprime précisément ce qui, en elle, cause l’effroi du démoniaque, par exemple sa relation particulière à Dieu. Cette impression se trouve fortifiée si l’on rap-
RU s’il ne veut que rappeler le lieu de naissance du Res-
- \ À) USE de:
| proche du texte en question cet autre passage € (5,7) : « Qu'y a-t-il (de commun) entre mot el to fils de Dieu le Très-Haul? » et si l'on remarque les derniers mots tiennent justement la place de : Nazaréen en Mc, 1, 24. 4 Quand nous voyons en Mc, 16, 6, l'ange delarésurrection annoncer aux femmes, qui sont Galiléennes et font partie de l’entourage de Jésus, qu'il a quitté le tombeau (« Vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié; à il a ressuscité; il n’est pas ici. »), nous trouvons hors de propos cette mention du surnom « le Vazaréen»
ee: 5e > EN
nts. linde en dE dl RE Se Se Sd th, à nf). à
suscité.
En ZLc, 24, 19 (épisode des pèlerins d'Emmaüs), n'est-il pas singulier de voir des compagnons de Jésus : employer pour le désigner une appellation de lieu d’origine? Ce sont d'ordinaire les étrangers qui . éprouvent le besoin d’user de cette: précision. Cette remarque vaut pour Act., 2, 22, où Pivrre, dans sa prédication, appelle aussi Jésus «le Vazaréen », et pour Act., 22, 8, où c’est Jésus lui-même qui se désigne à Paul, sur le chemin de Damas, comme Jésus Le Nazaréen.
En Jn, 18, 5-7, les soldats qui viennentarrêter Jésus … répondent à la question «‘ Qui cherchez-vous? » par « Jésus le Nazaréen », comme si l’épithète avait une sorte de valeur officielle et faisait partie du nom (39); dès que Jésus dit « C’est moi », ils tombent tous à terre. L’on songe à la puissance magique attribuée dans l'antiquité aux noms propres des personnes et des divinités et on en vient à penser que « Le /Vazaréen » contient l'affirmation d’une personnalité extraordinairement puissante. Or, en Act., 26, 9, Paul confesse qu’autrefois il a cru devoir agir € contre le nom de Jésus le Nazaréen » (rpds sd ôvoux nooù to Natwoatou) ; il faut donc penser que l’épithète est usitée parmi les partisans de Jésus, ce que | | confirment les textes de Me, 16, 6 de Le, 24, 49,
PE M co 2
: d’Act., 2, 29 et 22, 8. que nous venons de rencontrer,
et qu’ ’elle fait partie de son nom en tant qu’objet et
* centre d’une nouvelle religion.
Voici enfin deux passages où je crois bien difficile
. que « le Nazaréen » signifie « l’homme de Nazareth ».
En Act., 3,6 Pierre veut guérir un boiteux et illui a
dit : « Au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, lève-toi et
marche », et, en Act., 4,10, le même Pierre, parlant
devant le Sanhédrin “de la guérison miraculeuse qu’il a ainsi obtenue, prononce : « Au nom du Seigneur Jésus-Christ, le Nazaréen, que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité des morts, le voilà quéri devant vous. » De toute évidence, les deux textes nous mettent en
présence d’une formule de valeur magique ; c’est elle qui est censée avoir opéré le miracle et elle est constituée d’abord par le nom de Jésus, puis par l’affirma-
tion de sa dignité messianique : Christos, enfin par
lépithète de Vazaréen ; ne faut-il pas qu’il s’attache à
ce mot un sens que ne saurait comporter l'indication d’un bourg de Galilée?
J'entends bien qu'aucune de ces remarques n’est absolument décisive et qu’elles s’affaiblissent toutes
par cette considération que les textes sur lesquels.
elles se fondent se placent à une époque de la vie
- chrétienne primitive où l’expression « Jésus le Naza-
réen », employée d’abord par les étrangers à la secte, a fini par être acceptée par elle et, pour ainsi dire, par se cristalliser. Pourtant cette objection ne me
semble pas très forte et une telle cristallisation me paraïtrait beaucoup plus vraisemblable s’il s’agis-
sait d’un surnom exprimant une qualité propre à
. Jésus.
Quoi qu’il en soit, nous gardons au moins l’impres-
sion que l’épithète « le Nazaréen» pourrait bien devoir
s'expliquer sans faire intervenir Nazareth. Salvato-
relli remarque encore qu’en supposant que le nom de
Nazaréen se soit, pour des causes que nous ignorons, attaché au nom de Jésus de manière à n’en pouvoir
plus être séparé, les partisans de Jésus se seraient appelés les Nazareniti et non les Nazareni, comme ils se sont nommés les christiani et non les christ, attendu qu'ils ne pouvaient passer tous pour originaires de Nazareth. Du reste, il n’est pas exact que le nom de Jésus soit foujours accompagné de son surnom, ce qui est à considérer; et aucun de ses compagnons ne porte de surnom se rapportant au lieu de sa naissance. Enfin les analogies qu'on peut aller chercher dans les autres sectes ne sont pas favorables à l'interprétation traditionnelle de Nazaréen; d’ordinaire ces sectes reçoivent leur dénomination du nom de leur fondateur (les Valentiniens, les Montanistes, les Manichéens, etc.), ou d’une de leurs caractéristiques (les pharisiens, les ébionites, les héméro-baptistes, les cathares, etc.), ou de la patrie de leurs tenants (les Albigeois, les pauvres de Lyon, les pauvres Lombards, ete.), et non pas de la patrie de leur fondateur; le cas des Nazaréens serai, selon toute apparence, unique.
Au reste, de l'argumentation des mythiques (B. Smith), dont je n’accepte pas les tendances, je retiens une remarque très juste, à savoir que pour interpréter avec quelque sûreté l’épithète de /Vazaréen, il faut confronter les renseignements, relativement abondants et précis, que les textes nous apportent sur elle, avec les rares et incertaines allusions qu'ils font « à une ville de Nazareth. » En définitive, il se peut que Nazereth ait existé au temps de Jésus sans que le surnom « le Nazaréen » ait eu originairement aucun rapport avec elle, et on a pu, plus tard, l’interpréter par elle parce qu’on avait perdu son véritable sens.
Le mot nous arrive sous deux formes assez différentes : Vazarenos (Nafapnvéc) et Mazéraios (Nakwpaïoc) on trouve même /Vazorenos (Natopevéc) ; les écrivains évangéliques et leurs copistes ne semblent faire aucune distinction entre ces diverses transcriptions ;
ils les considèrent comme équivalentes et interchan-:
… geables (40).
Peuvent-elles dériver de Nazareth ou de Nazara? De Nazareth, c’est difficile sans être tout à fait impos- Sible ; ce mot devrait conduire à une dérivation telle que Vazarethenos ou Nazarethanos ; de Nazara, on tire aisément /Vazarenos, mais non pas Vazéraios. Mais Nazara, aussi bien que Nazareth, nous laisse en présence d’une sérieuse difficulté; le mot, dans la langue araméenne, s’écrivait sûrement avec un {zadé, lettre qui se transcrit toujours en grec par un sigma (s) et non un zéta (£), et cette simple considération suffit à incliner un savant comme Nestle à considérer l'interprétation de Vazaréen par « de Nazarelh » comme un contre-sens (41).
D'autre part, étant admis que Nazareth n’est, au temps de Jésus, qu’une bourgade inconnue et dont personne ne parle, comment l’épithète de Vazaréen, qui semble se donner comme caractéristique, s’attache-t-elle au nom de Jésus, si vraiment elle dérive de Nazareth? On conçoit qu'un certain Simon soit dit « de Cyrène », parce que cette expression comporte une localisation claire pour tout le monde; le
“cas est évidemment différent au regard de Nazareth
et on ne dit même pas Simon, ou Jean « de Capernahum ». |
Nous sommes ainsi amenés à nous demander com: ment pourrait s'expliquer l’épithète de « {Vazaréen y, si nous renoncions à la dériver de Nazareth. Remarquons tout d’abord qu’en dehors des Ævangiles et des Actes, elle ne se rencontre pas dans le Nouveau Testament grec et que son pluriel, « les Nazoréens » (NaGwpalo), a disparu. de la littérature chrétienne
“yrecque, alors qu'il s’est maintenu dans la littérature
Chrétienne orientale et s'emploie encore en Orient
pour désigner les chrétiens.
En somme, les érudits ont songé à deux explications principales : l’une consiste à rattacher Jésus,
d’une façon quelconque, à une secte juive, dite des Nuzaréens ou des Vazoréens; l'autre le rattache au naziréat juif. La première a été récemment soutenue par B. Smith et Drews et, d’un autre point de vue; par Friedländer; la seconde par Robertson, et, avec . plus de précision, par Salvatorelli.
Je rappelle brièvement la thèse mythique : Jésus n’est qu’une idée théologique plus ancienne que le Christ (eine vorchristliche theologische Idee); il représente le dieu d’une secte messianique juive, dont nous parle Epiphane, celle des Nazaréens. /Vazaréen veut dire gardien, veilleur (Wächier, Hüter), et Jésus veut dire sauveur (Heiland). On comprend aisément que les deux mots se soient associés ; et quand on dit « Jésus le Nazaréen » (Ha-Nosri), on entend : « le Sauveur qui (nous) garde, qui veille (sur nous) ». Il est très naturel que le premier nom supplante le second w peu à peu, parce que l’idée de sauveur paraît plus intéressante que celle de gardien; et il ne l’est pas moins qu’on ait, à un moment donné, conservé l’épithète de gardien (Nazaréen) comme un surnom de Jésus, devenu nom propre, et qu'on l'ait expliqué par un lieu de naissance attribué à Jésus. On a inventé Nazareth pour authentiquer cette explication (42).
La critique de l'interprétation traditionnelle du mot « Nazaréen » intervient dans les livres de B. Smith" et de Drews au titre d’argument contre l’existence humaine de Jésus ; je n’accepte pas la conclusion où elle prétend nous conduire, mais Jésus pourrait appartenir à la secte des Nazaréens sans y ètre dieu et telle est précisément la thèse de Friedländer.
Acceptant ce que nous dit Epiphane de l'existence d’une secte pré-chrétienne des Vazaréens, qu’il place tout au voisinage des Esséniens, il la reconnait dans les Minim du Talmud, où l’on voit d'ordinaire les chrétiens, et il la distingue des ÆVazoréens chrétiens, qui tirent évidemment (offenbar) leur nom de la ville de Nazareth ; la ressemblance des deux mots a prèté
à la confusion. Jésus s’est levé sous l'influence de la secte nazaréenne et dans l’entourage du Baptiste, qui est un de ses affiliés, mais lui-même n’est pas nazaréen, car il ne paraît pas professer les opinions qu’Epiphane prête aux Nazaréens (Haær., 19,1). Seulement, comme il vient du pays où la secte prospère et qu’il a l'air d’un nazaréen, on lui en donnele nom. Ce nom on l’interprète plus tard par celui de la ville de Nazareth, lorsqu'on n'entend plus son vrai sens, et que, d'ailleurs, les Nazaréens chrétiens sont deve- Aus Compromettants par leur attachement à une christologie retardataire (43).
Cette théorie prête le flanc à des objections de détail assez nombreuses et son auteur avance bien des choses dont on se demande comment il les sait; surtout elle se heurte à deux grosses difficultés : 1° Si Jésus n’a de commun avec les Nazaréens d’Epiphane qu’une vague parenté d’origine, ses rapports mal déterminés avec le Baptiste et le Champ géographique de sôn action, et si rien, dans son enseignement et sa pratique religieuse, ne rappelle les leurs, Pourquoi ses fidèles eux-mêmes l’ont-ils appelé le Nazaréen, ainsi qu’en témoignent les E'vangiles et les Actes? 2 Est-ce qu'Epiphane, si souvent obscur et confus, et qui se montre parfois si incapable de faire de ses sources un usage diligent, mérite en l'espèce pleine confiance? Est-ce que ses Nazaréens pré-chrétiens ont vraiment existé? D'autre part leur assimilation aux Minim du Talmud est-elle légitime ? À ces questions, il semble bien difficile de répondre avec assurance. Tout au plus peut-on trouver un argument
“confirmatif de l’existence des Nazaréens pré-chrétiens dans ce fait qu'aujourd'hui encore il existe des Mandéens, qui ne sont pas chrétiens et qui se
nomment eux-mêmes Vazoréens.
Tournons-nous donc vers la thèse de Salvatorelli. ‘Suivant un antique usage juif, que nous ne connais-
sons malheureusement pas avec toute la précision
V J % PA Ps LL + $ 4 3
désirable, mais certainement pratiqué encore au
temps de Jésus, un homme pouvait se lier à Dieu par un vœu temporaire et, dans certains cas, peutêtre, par un vœu définitif. Il s’imposait diverses abstinences, telles que de ne boire d'aucune boisson fermentée. de ne pas se raser et de ne pas se baigner; il
devenait ainsi nazir. Le radical du mot exprime l’idée
de consacrer, de dédier; un nazir elohim est donc un consacré au Seigneur, un homme qui lui appartient spécialement. Par suite, le Seigneur étant toute Sainteté, le nazir, son bien propre, participe à cette qualité : il est considéré comme saint. Le naziréat implique aussi séparation. De quoi? Evidemment de tout ce qui est profane et non sanctifié; c’est ainsi que la Vulgate traduit néser — consécration, naziréat, par separatio. Plusieurs articles du code du naziréat, édicté au chapitre 6 des Vombres, Y Commencent par les mois Omni lempore ou Omnibus diebus separalionis suæ.
Assurément les Vombres règlent le naziréat comme un simple exercice temporaire de dévotion privée, mais un texte d’Amos (2, 11-12), en rapprochant les nazirs des prophètes, invite à penser qu'ils ont eu jadis (vur° siècle) une organisation analogue à celle
des prophètes et que leur consécration les singulari-
sait leur vie durant, tels Samson et Samuel; ce sont des hommes providentiels, beaucoup plus près de lahwé que le commun des Israélites, les saints, les élus, les séparés, l'essence d'Israël, l'anneau de conjonction entre leur peuple et lahwé.
Le parallélisme est frappant entre cette conception du nazir et celle du chrétien selon le Nouveau Testament. Un chrétien appartient spécialement à Dieu, qui est toute sainteté; c'est pourquoi il est saint (hagios) lui-même ; les chrétiens constituent le peuple saint, les élus de Dieu (êxkextot où 0:00), les séparés (äpoorsuévor), les purs (xabæpot) (44).
Est-ce que cette connexion des caractères Sspéci-
é, FA DEX F4 fi RP PT are £ C eo" LA VIE CACHÉE DE JÉEUS à 3 as * ue : PRE
UE
Si
Ms airéat D silient Il faut alors supposer qu'après l'exil le naziréat prend, pour ainsi dire, deux direc-
tions : l’une, sous l'influence de Pesprit formaliste ét) légaliste, aboutit à la simple observance votive décrite
dans les Nombres; l’autre garde l'élévation, la pro-
fondeur religieuse, la persévérance dans le vœu de l’ancien naziréat. Ses tenants, s’unissant, forment
une espèce de confrérie, vivent hors de la vie du
monde et ce sont proprement les Nazaréens d’Epi-
. phane, qui nous apparaissent, au voisinage des Essé- niens, comme une des sectes du judaïsme.
L'hypothèse, évidemment séduisante, pose dès. labord un problème linguistique : nazarenos et nazoraios peuvent-ils dériver de nazir? Le mot hébreu, écrit avec un zaïn — et non un {sadé — lettre qui
se. transcrit régulièrement en grec par un zéla (&) et non par un sigma (5), — nous donne les formes
helléniques nazir (vièis) nazeiraios (vatetpatos) ; Josèphe
… écrit /Vaziraioi (vabiouïto) en Ant., 19,6, et nazaraioi
(vaGupuïo) en Ant, 4, 4 ; mais jamais nous ne
- rencontrons ni nazôraios (valwpaios) ni nazarenos (vaæpnvoc). Il convient pourtant de remarquer que, . dans le passage de l’hébreu au grec, la voyelle à n’est pas inébranlable, puisque, dans nos exemples, elle devient successivement & eta; n’a-t-elle pas pu tout aussi bien, sans qu’il nous en resle de preuve matérielle,
dévenir w, en sorte que nazraios (vafwoxtos) soit, lui aussi, une transcription de nazir? Salvatorelli le croit et c'est possible. Mais nazarenos, comment l’expli-
quer? Peut-être comme il suit ; des deux formes néo-
testamentaires, la première, nazéraios, serait la plus ancienne et se rapporterait effectivement à nazir; la seconde, nazarenos, serait plus récente et représen-.
terait une correction conçue en vue de fortifier l’explication admise par les rédacteurs évangélistes, de nazôraios par « de Nazara »; très vite les deux formes
auraient été considérées comme interchangeables par des hommes qui ne savaient plus le sens premier de nazoraios.
Maintenant l'équivalent grec de nazir, et non plus sa transcription, c’est hagios (äyue); en Juges, 413, Tet 16, 17, les manuscrits nous donnent comme des leçons équivalentes les deux mots hagios etnazeiraios. Or ces textes, qui se rapportent à Samson, lequel fut hagios, c'est-à-dire nazir, dès le sein de sa mère (Juges, 13, 5 : vabip Oeoù dard rc xotMauc), NOUS font songer à l’Annonciation lucanienne, où l’ange dit à Marie (Le, 4,38) : « C’est pourquoi le saint qui naîtra (ro yevvopevo &yuov) sera nommé fils de Dieu! » La persistance de l’équivalence hagios — nazir est encore attestée par un célèbre passage d’'Hégésippe rapporté par Eusèbe (/Æ. E., 2, 23, 5) et où sont décrits les mérites de Jacques frère du Seigneur : « Dès le ventre de sa mère il fut saint (&yros iv)».
Ce point fixé, revenons aux nazirs, DON Pas aux dévots isolés, mais à ceux qui sont censés former un groupement, et comme une secte dans le judaïsme. Salvatorelli croit que Jean-Baptiste était un de ces nazirs et il en voit la preuve dans son mode de vieet ses allures; il interprète le baptème que donne ce Jean comme un développement des prescriptions sur la pureté légale (Nombres, 8,7, etc., et surtout £zech., 36, 25: « Et je répandrai sur vous des eaux pures el vous serez purifiés »). Les purifications particulières auxquelles le nazir est assujetti ont pu donner naissance à cette purification générale, signe de la rémission des péchés et, en même temps, sans doute, signe de l’entrée dans la communauté nazaréenne. Or la prédication du Baptiste étant d'esprit messianique, il faut penser que l'attente messianique est vive chez les nazirs et quele Messie doit être conçu par eux comme le NAZIR, le HAGIOS, le SAINT par excellence.
C’est ainsi qu'apparaîl Jésus, et la communauté nazaréenne devient sacommunaulé, ei non, d’ailleurs,
istance dont les textes évangéliq > la trace (ft, 41,23; Le, 7, 19) : jus-
à nos j t pour le Baptiste une profonde vénération