CHAPITRE HI
I. — Joseph. — Le charpentier. — Sa race : était-il aryen? — Marie, — Sa famille. — Raisons de notre ignorance.
Des parents de Jésus, nous ignorons autant dire tout (1). La tradition la plus ancienne croyait savoir que sa mère se nommait Mariam, grécisé en Maria; rien ne nous pousse à suspecter l'exactitude de ce souvenir. Le nom de son père, Joseph, est beaucoup moins sûr; il n’est attesté que par les chapitres entièrement légendaires de Mt et de Le, c’est-à-dire les deux premiers, et par Jn, 1, 46 et6, 42, qui, en lespèce, n’a pas grande autorité. Mc ne fait pas la moindre allusion à ce père du Seigneur. On a supposé avec vraisemblance qu’il était mort au moment où son fils commença sa vie publique (2) et cette circonstance suffirait à expliquer que la tradition primitive ne se soit pas intéressée à lui. S'il n’est pas absolument certain qu’il se nommait Joseph, il l’est moins encore qu'il fût tektôn, c'est-à-dire ouvrier travaillant le bois, menuisier ou charpentier. Mc, 6, 3, fait dire aux gens de Nazareth, étonnés des dons insoupçonnés qui se révèlent en Jésus : « £'st-ce que celui-ci n’est pas le charpentier, le fils de Marie? » Mt, 13, 55, corrigeen : « Est-ce que celui-ci n’esl pas le fils du charpentier ? Est-ce que sa mère ne se nomme pas Marie? » Et Le,
L’ de ces variantes (que, du reste, divers manu
- Ja leçon de l’'Urmarcus, qui devait être « le fils du char-
fils d'homme » veut dire Cun homme ». Me l'a correc-.
aurait pas été gratuitement prêté par un jeu de mots.
92, en : « ii-cin hypothèse la plus vraisemblable po
projettent de Ze sur Mi et de, Mt sur Mc), me parai suivante : nos trois Evangélistes ont eu sous les yeux …
penlier », traduction littérale d’une expression araméenne qui veut dire « un.charpenlier », comme € un
tement interprétée en écrivant. € n'est-ce pas le charpentier? » Mi ne l’a pas comprise etla transcrite telle quelle, et Ze, ne l’entendant pas mieux, à cru la préciser en disant : « le fils de Joseph. » (3) C2 Mtet Le, en affirmant que le père de Jésus se nom mait Joseph et qu'il était charpentier, s’appuyaient, peut-être sur un souvenir exact, mais enfin, il importe de remarquer que Mc n’entend parler que de Jésus. lui-même en disant « le charpentier ». On s’est alors. demandé si ce métier, auquel ni Jésus ni ses disciples immédiats ne font jamais la moindre allusion, ne lui.
voulu, ou une confusion involontaire entre deux trans: À criptions par à peu près du mème radical araméen. n'sar ; l'une donnant le sens de « scier » et l’autre celui, de « nazaréen » (4). Si cette hypothèse se trouvait vérifiée, rien ne garantirait plus que Jésus füt char-. pentier, et ne soutiendrait plus la vraisemblance que. c'était là aussi le métier de son père. | Charpentier ou non, son père était, sans nul doute, un homme qui vivait du travail de ses mains. D’ail-. leurs nous ne savons rien de lui et les pseudo-préci-s sions que contiennent les apocryphes sur son âge, son caractère, son passé et ses dispositions au moment. de son mariage avec Marie, ne méritent pas de nous. retenir un seulinstant. Ce ne sont là qu'inventions des-, tinées à embellir les « origines » de Jésus et à satis- À faire à bon compte l’inépuisable curiosité de la foi. Selon toute apparence, la famille de Jésus était de ra
juive et elle avait émigré de Judée en Galilée ; nous n'avons plus aucun moyen de savoir depuis combien de temps. Plusieurs écrivains aventureux ont entrepris de prouver qu’elle appartenait à un groupe de colons venus du nord et, par conséquent, devait se rattacher à la race aryenne (5). Supposition tendancieuse et gratuite, et, du reste, sans intérêt, puisque Jésus ne doutait pas qu'il ne fùt authentique fils d'Israël, et que son action est nettement celle d’un Juif. Les ascendants de Joseph nous demeurent inconnus et deux généalogistes qui, pour magnifier son fils, ont prétendu le faire descendre de David, ne s'accordent seulement pas sur le nom de son père, qui est Jacob, selon Mi, 1, 16, et Héli, selon Le, 3,28. Nous sommestout aussi mal renseignés sur Marie, le silence des Synoptiques, autant que les extravagances et les contradictions des apocryphes (6), nous persuadent que la tradition primitive, ne s'intéressant
à elle que par rapport à Jésus, avait tout ignoré, ou
tout oublié de ce qui ne regardait qu’elle. Quelques commentateurs ont cru que Le la rattachait à la maison de David (7). Telle n’est point mon impression : en la considérant comme une parente d’Elisabeth, laquelle est censée de la descendance d’Aaron, il semble bien la donner elle-même pour une aaro0nide et non pas pour une davidienne. Du reste, comme les affirmations lucaniennes, touchant les rapports du Précurseur et de Jésus, avant son baptème, n'ont aucune chance de dépendre d’un souvenir exact, il nous faut même abandonner l'apparence de renseignement que nous offre le IIIe Evangile sur l’origine de Marie. (8) Nous ne savons pas plus ce qu’elle est devenue après la mort de Jésus, ni quand et comment elle à elle-même ter-
‘miné sa vie ; jusque bien avant dans le 1v° siècle, la
« tradition » chrétienne ne se montre pas mieux renseignée que nous (9). L'histoire évangélique, selon
Ja tradition la plus ancienne, ne fait aucune place à
à Le
Der . M:
TUE ÿ VA
Mes S pe Sa
TU
Res
se è sa maison Me 3, 20 et . C'est Robe ee Je.
seul trait de sa vie évangélique qui ait quelque Chance d’appartenir à l’histoire. Tout le reste n’est que légende secondaire : c’est le mieux qu'on en
puisse dire. RER Notre ignorance touchant les parents de Jésus ne doit pas nous étonner ; en supposant que les premiers Mes aient disposé sur eux de souvenirs précis
Met exacts, ils n’ont dû prendre aucun soin de les
fe
conserver ‘et de les transmettre, car tout ce qui «humanisait » trop matértellement le Seigneur a commencé, dès le lendemain de sa mort, à gêner la foi. Il est LE d’ailléurs probable que ni Jésus lui-même ni son entourage immédiat de fidèles n’ont fixé leur atten- ù tion sur des faits quine présentaient pour eux qu’une | 4 mince importance. La première génération chrétienne s’appliqua à ne considérer en Jésus que le messager de la Bonne Nouvelle et se désintéressa de lui en tant ;
| qu'homme, dans sa relation avec une certaine famille …
et un certain milieu. Cette tendance ne fit que s’ac-
centuer dans les Eglises de la Gentilité, et lorsque Paul nous dit que sa prédication n’est qu’un « discours
de la croix », qu’il ne prêche que le « Christ crucifié
et glorifié » (L Cor., 1, 18, 23-24; 2, 2), il nous donne, 4 avecila formule de son Evangile, celle même dela
transposition de la vie de Jésus dans la conscience
des premières générations chrétiennes. 72
De cette transposition, on devine bien que ce furent d’abord les souvenirs relatifs à la naissance et à l'enfance du Seigneur qui souffrirent le plus. Très vite les fidèles qui voyaient en lui le Sauveur, dont limminent retour allait changer la face du monde et inaugurer le Royaume de Dieu, ne se résignèrentpas à croire qu’il était né comme un homme d’entre les … 28
faste, jaillit comme d'elle-même de la foi en la mission
divine de Jésus. Elle le dota d’abord de l’ascendance (HS glorieuse que les prophètes attribuaient au Messie AAA elle construisit des généalogies qui le rattachaient
F, directement au roi David (40), puis elle entoura sa venue au monde des plus merveilleuses circons- É tances.
plan. — Ses inexactitudes. — Ses sources. — Ses iuten-
A Ses sources. — L’affirmation du davidisme prise en ellemême. — Elle n'appartient pas à la plus ancienne tradition.
Fi Considérons la généalogie qui ouvre le premier Evangile (1-17) par les mots : « Généalogie de Jésus- É Christ, fils de David, fils d'Abraham ». L'intention de son auteur se marque dès l’abord : il entend rattacher | Jésus au vieux roi national et au patriarche père de É. la race, et, en effet, la généalogie proprement dite commence avec Abraham : « Abraham engendra > Asaac. »
À … Elle est disposée suivant un plan dont la régularité
. accuse l’artifice et que décèle naïvement le verset de :
. conclusion : « Ainsi loules les générations d'Abraham à David sont quatorze générations, et de David jusqu'à leril à Babylone qualorze générations, et de l'exil D alylone jusqu'au Christ quatorze générations ». . Autotalla liste ne contient pas 42 noms (14 >x<3) mais » seulement 40. On s’est demandé s’il ne fallait pas y - faire entrer en complément Marie et Jésus ; mais . Marie ne saurait constituer une génération par rapport à Joseph. Selon toute apparence, il convient de À compter deux fois David et deux fois Jechonias, ou son père Josias — plus probablement ce dernier —
a co te
Bus doi elle obscure. La inde ral éc tint qui élimina promptement une histoire sans
4 11. Les généalogies. — Celle de Mt, 1, 4-47. — Artifice de son
à tions. — Celle de Le, 3, 23-38. — Son plan. — Sesintentions. —
le LUE LR.
une fois dans la série qu'ils terminent et une autre |
dans celle qu’ils commencent, en sorte que chaque série débute et se elôt par le nom d’un homme spécialement agréable à Dieu. j
On a cherché à deviner pourquoi le généalegiste avait disposé ainsi les noms qu’il nous donne, en séries égales. Simple souci d’aider la mémoire ? C'est peu vraisemblable. Plutôt désir d'atteindre à cette régularité, à cet équilibre des parties que les Orientaux d'alors considéraient comme marques de la perfection, et dont la Bible offrait au moins un modèle ; en Genèse, 5, 1 et s., et 11, 10 et s., on compte dix générations d'Adam à Noé et dix autres de Noé à Abraham. Peut-être aussi le généalogiste matthéen s'est-il préoccupé du symbolisme des nombres, que l'antiquité orientale a beaucoup pratiqué; il aurait alors songé à une combinaison de 10 et de X (40 + 4 — 14, ou 10 X 4 — 40) ou de 7 et de 3 (1.>x< 2 — 14, 14 XK 3 — 42). Au fond, peu nous
importe (411), mais il nous faut noter qu'il n’a exécuté J
son dessein qu'aux dépens de la vérité historique. Dans la seconde série, où figurent les rois de Juda, il manque quatre noms : Joram, donné comme père d’Ozias (1, 8 : « Joram engendra Ozias »), est, en réalité, son aïeul au quatrième degré; il faudraitécrire : « Joram engendra Achazias ; Achazias engendra Joas ; Joas engendra Amazias; Amazias engendra Oxias ». En outre, il est dit (4, 14) : « Josias engendra Jecho-
nias et ses fils dans l'exil (au temps de l'exil) de Baby- |
lone ». Or, non seulement Josias était mort depuis plus de vingt ans au moment de l'exil, mais encore il n’a pas engendré Jechonias et ses frères ; il fut leur grand-père, et leur père se nommait Joachim.
Il ne s’agit nullement d’un oubli involontaire, mais
bien d’une suppression intentionnelle, destinée à \
plier les faits au éadre que le généalogiste prétend leur imposer. Il veut marquer qu’en Jésus s’accomplissent les promesses faites par Dieu à Abraham
linée providentielle de la famille de David; | de l’histoire lui importe peu. SATRSER Ila pris modèle, pour construire sa liste, sur que contenait la Bible. Ses premiers mots : € Lt de la génération de Jésus-Christ », rappellent Gen 4:6@ Voici le livre de la génération des hommes ». à la Bible qu’il a emprunté les noms de ses deux p re . mières séries, et les deux de la troisième, Zorobabel | É et Salathiel, qui nous sont connus en dehors de Im. … (I Chron., 1,34; 2, 1A5;T Chron., 3, 17; I Chron., 5, D 019; Esdr., 3, 2). à « Ce généalogiste n’est évidemment pas Matthieu; j'entends le premier rédacteur de notre Evangile; il ne serait pas allé s’embarrasser d’une supputation qui s'accorde si mal avec ce qu’il croit de la. naissance jé miraculeuse de Jésus. Il a trouvé la liste.toute faite et il s’est résigné à l’accepter, probablement parce qu’elle était répandue parmi les fidèles auxquelsäil destinait son livre. Il semble que, sans en modifiée l’économie générale, il y ait ajouté quatre noms de : __ femmes, dont on se demande d’abord ce qu'ils font là; ils n’intéressent pas la généalogie proprement dite; attendu que, chez les Juifs, c’est le père seul qui fait PS Ja race et que la mère ne compte pas. Ces quatre 12 femmes: Thamar, Rahab, Ruth et la femme d’Urie,w … Bethsabé, n'avaient point bonne réputation. Thamar, a semi-incestueuse, qui a surpris son beau-père Juda, pour concevoir par lui; Rahab, la « cabarelière » de ue = Jéricho, que les textes anciens devaient qualifier de «prostituée »; Ruth, pleine de vertus assurément et Fe devenue l'héroïne d’un joli roman pieux, mais étrangère, Moabite, et qui n’est entrée en Israël que par un moyen singulier et malrecommandé par l'exemple de Thamar, rappelé en l'occurrence (Æuth, 4, 42)5 Bethsabé, qui a conçu Salomon dans ladultère et n’est devenue la femme de David que par le crime du roi, après le meurtre d’'Urie (12). Si Mi a fait placeà ue
Dé
ces quatre « irrégulières » dans la lignée providen tielle, c’est probablement qu’il a voulu, par elles, préparer Marie, « qui entre, elle aussi, par une voie miraculeuse dans la même généalogie » (Loisy), et d’avance opposer aux protestations que soulevaitsans doute l'affirmation de la conception virginale, l’impénétrabilité des desseins de Dieu, dont les instruments semblent parfois étranges et les voies singulières.
La généalogie que nous donne ZLc en 3, 23-38, est inverse, c’est-à-dire qu’elle commence à Jésus pour remonter, au delà d'Abraham, jusqu'à Adam « (fils) de Dieu ». Elle contient 77 noms, en comptant Dieu en haut de la liste et Jésus en bas, et l’on soupçonne dans ce total un symbole analogue à celui des trois séries matthéennes, et s’appuyant, à ce qu'il semble, sur le chiffre messianique 7 (7 >< 11 — 71, ou 15% 10 + 7 = 711). Les noms d’Adam à Abraham viennent de la Bible grecque (13). D’Abraham à David la liste lucanienne coïncide exactement avec la matthéenne, mais, au lieu de Salomon, le généalogiste de Ze choisit un autre fils de David, Nathan, dont nous ne savons, du reste, rien en dehors de son nom (II Sam., 5, 14), et, à partir de lui, il s’écarte de M, pour le rejoindre sur les deux seuls noms de Salathiel et de Zorobabel, et le quitter de nouveau jusqu’à Joseph. Selon le texte généralement admis (14), c’est 56 degrés qu'il faut compter entre Abraham inclus et Jésus exclu et non pas seulement 40 comme en M1.
IL ne semble guère probable qu’en remontant jusqu'à Adam le généalogiste de Le ait seulement voulu être complet; son intention paraît être d’affirmer l’universalisme du salut, par quoi se marque son esprit hellénique opposé au judaïsme de la liste matthéenne. On s’est demandés’iln’entendait pas aussi établir une sorte de parallélisme entre Adam, le père de l'humanité ancienne, et Jésus, le nouvel Adam, selon Paul, et l'instaurateur de l'humanité nouvelle (15) ; c’est possible.
datertidite din
PNR ET
Mais pourquoi s'est-il donc attaché à la lignée de Nathan plutôt qu’à celle de Salomon ? Peut-être a-t-il voulu éviter de faire descendre le Messie d’une famille rejetée avec Jechoniah (Jerem., 22, 28-30 ; 36, 30) et déshonorée par des idolâtres; peut-être s’est-il senti plus à l’aise, pour mener à bien son dessein, en face d’une branche davidienne dont Zacharie 19, 19, attestait l'existence et la persistance, mais qui n’avait pas d'histoire, que devant l’authentique descendance royale, qu'il pouvait être difficile de conduire jusqu’à Jésus. On ne sait d’ailleurs pas où il a pris les noms des descendants de Nathan, hormis ceux de Salathiel et de Zorobabel, trop étroitement attachés à la Restauration pour n'être pas mentionnés.
Les deux généalogies, quelles que soient leurs sources, leurs intentions particulières et les procédés d « exécution » employés par leurs auteurs, s’accordent du moins sur un point : elles affirment que Jésus descend du roi David. Doit-on les en croire?
Nous ne pouvons reconnaître aucune valeur aux affirmations du n° siècle, que nous les trouvions sous la plume des apologistes ou qu’elles prennent place parmi les enjolivements des apocryphes (16), parce qu’elles ne font que répéter, sans les avoir vérifiées, les allégations évangéliques. Mais, assurément, la foi en la naissance davidique du Christ s’est formulée de très bonne heure, puisque Paul l’accepte (Æom., 1,3 : « de la race de David seion la chair... » ), et le contraire serait surprenant, attendu que, selon l'opinion commune, le Messie devait descendre de David. La proclamation de la dignité messianique de Jésus impliquait celle de son davidisme. Cependant il est permis de douter que tous les fidèles aient dès l’'abord accepté sans difficulté cette conséquence. Non seulement les Æbionim, c’est-à-dire les descen-
dants des anciens judéo-chrétiens, au dire d’Epi-
phane (Haer., 30, 14,) rejetaient les généalogies, — opinion qui à chance de procéder d’une tradition
ES LUE NS AV ù PP UE — mais il semt se q
aces d’un dissentiment S même sujet da | premiers cercles chrétiens. Quand l'auteur del 7im.,
M2. 18 écrit: Jésus-Christ. de la race de David, : d'après mon Evangile », n'est-ce pas qu'il connaît des Evangiles qui enseignent autre chose (Cony- … beare) ? On remarque encore que l'Epitre aux Hébreux, 7, 14, porte : € Îl'est évident que notre Sei- gneur est sorti de Juda », ce qui n’équivaut pas exactement à : Q ilest le fils de David. » { Ilest frappant qu’au cours de son ministère Jésus
ne se soit jamais prévalu de sa descendance davi-
dique; du moins le silence des Synoptiques sur ce
point nous permet de conclure que la tradition
ancienne ne savait plus qu’il l’eût fait, et on ne com-
* prendrait guère qu’elle l’eût oublié (17). Ses disciples ne semblent point, non plus, soupçonner cette qualité précieuse. Les seules allusions qui y soient faitesdans * le récit évangélique viennent du dehors. Par exemple Vaveugle de Jéricho (Me, 10, 47) crie : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi»; mais, outre que l'au- | thenticité de cette exclamation demeure invérifiable,
elle ne saurait, en aucun cas, passer pour un témoi- : gnage en faveur de la réalité de la descendance davidique du Christ. Si l’aveugle croit que celui qui … passe et peut le guérir est le Messie, il ne fait que lui ut donner son titre courant en le nommant « Fils de David! » C’est du même point qu'il convient de con ! Le sidérer l’acclamation messianique qui, selon Me, | 40,47, salue l'entrée de Jésus à Jérusalem : Q Béni
ET
soit celui qui vient au nom du Seigneur! Béni soùt le
we
| royaume qui arrive de notre père David! » 0
La plus ancienne tradition évangélique paraît donc
avoir ignoré le davidisme de Jésus (18). NAT
de L'auteur durv° Evangile, qui, lui, ne pouvait l’igno-
rer, n’y a pas cru. Au chapitre 7, Jésus vient de tenir | un discours dont ses auditeurs demeurent si émus que
les uns disent : « C’est un prophète », et d’autres : te ke.
Pa Lo RARE WE CC
t-ce que le Christ peut
- ne répondait pas aux données de l’Ecriture, il aurait - trouvé le moyen de nous le faire savoir; or la seule !
. de Jésus et dans le fait qu’il est le Seigneur de David » lui-même. En /n, 8, 12 et s., Jésus ayant affirmé
Le qu'il est « La lumière du monde », les pharisiens lui. 4 disent : « Zute rends témoignage à loi-même ; ton témoi-
… gnage n'est pas véritable ». Jésus répondit et leur dit :
témoignage est véritable; parce que je sais d'où je viens
… oùje vais ». Et-cela revient à dire que Jésus n’a pas … recours à la justification qui produirait le plus grand … effet sur les pharisiens : « Je descends de David! » On ne voit pas pourquoi il s’en priverait s’il en disposait, or si l’on préfère, pourquoi l’Evangéliste l’en prive- rait s’il l’acceptait lui-même.
Il convient, d’ailleurs, de rapprocher cette attitude
… duChrist johannique de celle que Ac prête à Jésus en
. 42, 35, où il lui fait tenir les propos suivants : « Pour-
… David lui-même a dit dans l'Esprit Saint (Ps. AO ; cité … d’après la Septante, 109) : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-loi à ma droite jusqu'à ce que je . place tes ennemis sous les pieds. David lui-même l’ap- » pelle Seigneur; d'où vient alors qu'il est son fils? » + L'interprétation la plus naturelle de ce passage semble être celle-ci.: Jésus s’est persuadé qu'il est le Messie et il proteste contre l’opinion que le Messie
Ne doit nécessairement descendre de David, parce
qu'à son jugement le Messie se place fort audessus d’un fils du vieux roi. Donc il ne descendait pas
a Ts
L OT Le A AUS EE 4e 74 quoi certains objectent : « Mais est ; venir de Galilée? Est-ce que l'Ecriture ne dit pas que le Christ sortira de la race de David et du village de Bethlehem, d'où était David? » (40-42). Nul doute que si l'Evangéliste avait eu que ces gens-là se trompaient en affirmant que Jésus” "0
réponse à l’objection gît pour lui dans l’origine divine p À] S
« Quoique je me rende témoignage à moi-même, mon
et où je vais. Et vous, vousne savez pas d’où jeviens etni
» quoi les scribes disent-ils que le Messie sera fils de David?
de David et le savait. Que la réflexion que lui attribue Mc soit authentique ou qu’elle représente seulement une réponse de l’âge apostolique à l’objection juive : « Votre Jésus ne saurait être le Messie puisqu'il ne descend pas de David », elle vaut contre la tradition de la descendance davidique (19), et porte témoignage au moins de l'opinion du rédacteur évangélique qui a écrit cette péricope.
Ainsi la foi en cette descendance n’a pas rencontré que des adhérents parmi les premiers chrétiens, et deux Evangiles sur quatre témoignent contre elle par des déclarations qu’ils placent dans la bouche de Jésus lui-même.
III. Quelle confiance accorder aux généalogies? — Leur contradiction fondamendale. — La conciliation par le Zévirat. — L'hypothèse : Mt généalogiste de Joseph et Le généalogiste de Marie. — Inutilité de ces tentatives. — Jésus considéré comme « fils de David » en vertu de sa dignité de Messie. — Les généalogies et la conception virginale. — Les retouches du texte de Mt et de Le. — Conclusions.
Mais objecte-t-on (Brassac), « on n’invente pas des généalogies » et les Evangélistes « ont dû, avant de les reproduire, s'assurer de leur exactitude » ; affirmations rassurantes, mais gratuites; nous savons, pour l'avoir éprouvé, que les Evangélistes ne s'arrètent pas à de tels scrupules. Les généalogies, ajoutet-on, ont dû être « extraites des archives publiques », en l’espèce, je suppose, les archives du Temple. On ne saurait dire in abstracto que ce soit matériellement impossible puisque Josèphe appuie sa revendication de noblesse sur le témoignage des archives (20). Mais, outre que toute parole de Josèphe n’est pas à prendre au pied de la lettre, la généalogie de Jésus, si elle avait jamais trouvé place dans les archives, en avait disparu au temps de la rédaction des Evangiles,.
rc ©
puisque Julius Africanus (24) affirme qu'Hérode détruisit les généalogies conservées dans le Temple, afin d'éviter de fâcheuses comparaisons entre les vieilles familles juives et la sienne propre, et que les parents de Jésus, comme beaucoup d’autres honorables Israélites, furent obligés de reconstituer leur arbre généalogique avec des traditions et des souvenirs privés. Invention de Ia haine contre Hérode, réplique-t-on, ou, du moins, mesure mal exécutée. Je crois, en effet, à une invention, mais qui fut étrangère à la haine contre Hérode et ne cherchait qu’à expliquer pourquoi la soi-disant généalogie davidique de Jésus n’était pas conservée dans les archives du Temple. Toutes les vraisemblances sont pour que la famille de David fût complètement et depuis longtemps éteinte vers le début de notre ère et pour queles archives du Temple ne continssent pas sa généalogie, pour que, surtout, personne ne s’avisât d’aller chercher sa survivance dans une lignée de villageois galiléens. Au reste, les archives publiques, eussent-elles conservé arbre généalogique de la famille de David et eussentelles permis d’y rattacher Jésus, qu’elles n’auraient point autorisé deux généalogies contradictoires, l’une et l’autre inexactes, et, sous prétexte de précision,
- égarées dans les temps légendaires de l’histoire juive.
Or, si inconciliables nous paraissent la généalogie matthéenne et la lucanienne, qu’il faut supposer qu'elles ont été construites indépendamment l’une de l’autre, dans des milieux différents. On s’étonne seulement que l'Eglise les ait conservées toutes deux, ou plutôt on s’en étonnerait si on ne songeait qu’en maintenant au canon le IV° Evangile à côté des Synoptiques, elle a supporté une contradiction encore bien plus forte. D'ailleurs, la Bible juive lui donnait l'exemple d’une tolérance analogue avec ses deux généalogies issues de Benjamin (1 Chron., 7,6 et s.' et I Chron., 8, 1 et s.) et ses trois généalogies issues de Caleb (1 Chron., 2, 18; 2, 42; 4,15). L'étude des
NEA
tion deson dessein l’inquiète d’ordinaire asse e | et, en tout cas, un scrupule de critique ne pas plus qu'un scrupule d'histoire.
tent de la comparaison de nos deux généalogies : FAN. ns
estcommune, Zc donne 56 générations et Mi seule-
désaccord : Le énumère 42 noms contre les 26 de M1,
A $4 (Jésus) sont les mêmes chez l’un et chez l’autre, la
devrait pas marquer un pareil écart. :
ng .) ve i importe à l’Evangéliste, quemen u’il prétend mettre en valeur ; le détail de
l'arrête st
Nous connaissons déjà une des difficultés qui sor-
entre les deux points extrèmes de la section qui leur
ment 40. Et, comme les listes coïncident d'Abraham à David, c’est entre David et Jésus que se place le
de David inclus à Jésus exclu. Or, cette différence de: à 16 générations peut bien, évaluée dans le temps, … représenter quatre siècles. Sans doute, puisque la lignée suivie par Le n'est pas celle que suit Mt, on
y accepterait, à la rigueur, quelques noms de plus,
mais comme les points de départ (David) et d'arrivée É
distance totale à parcourir est également la même et Je nombre des générations, de part et d'autre, ne Ë
On se demande, en second lieu, comment deux listes de noms si différents peuvent aboutir au même | Joseph. La réponse traditionnelle c'est que l’une des listes énumère les pères naturels et réels, l'autre les pères pulatifs ; tout s'explique par le léviral.
Le lévirat, c'est la coutume en vertu de laquelle, quand un homme meurt sans'enfants — primitivement sans fils — son plus proche parent (22) doit se substituer à lui, et lui faire don d’une postérité en épousant sa veuve. L'enfant qui naît de cette union est, en effet, réputé issu du mort; mais, évidemment, 3 on peut considérer, dans la pratique, qu'il est tout de
même le fils du vivant. Cette coutume, réglée en . Israël par le Deutéronome (25,5-10), ne lui est pass particulière et, de nos jours, elle existe encore dans
certaines tribus du sud de l’Afrique, chez les Arabes, - chez les Druses et dans le Caucase.
On peut déduire de Mc, 12,19 et s., où les Sadduccéens cherchent à embarrasser Jésus en lui demandant qui, d'entre sept frères, ayant successivement épousé la même femme, pour obéir à la Loi, serait considéré comme son mari au jour de la résurrection, que la coutume du lévirat n’était pas oubliée au début de notre ère. Vaut-elle pour lever la difficulté qui nous arrête? On le dit; mais, au vrai, l'argument n’a pas toujours été compris et il arrive qu’on le présente de telle sorte qu'il en devient ridicule : « Comment admettre, écrit justement A. Réville, que pendant des siècles, à toutes les générations moins deux, la loi du lévirat dût fonctionner dans la descendance de David? » (23) Si l’on veut rendre l'argument à tout le moins discutable, il faut dire : Etant accepté : 4° que Le choisit Nathan de préférence à Salomon ; 29 qu'il se rencontre avec Mt sur les noms de Salathiel et de Zorobabel ; 3° qu’il s’en écarte de nouveau jusqu à Joseph, il convient d'accorder deux applications du lévirat. Voici comment elles se présentent : 1° Selon M{, le père de Salathiel est Jéchonias, selon Le, c'est Neri ; les deux branches n’ont pu se rejoindre sur Salathiel que par défaillance de l’une d’elles et application du lévirat, soit très large, Neri, je sup- » pose, se trouvant le plus prochs pareut de Jechonias
quand ce dernier meurt sans enfants, soit plus rigoureuse dans l'hypothèse que voici : Neri et Jechonias ont pu être frères utérins, nés de la même femme, qui à épousé successivement Josias, père de Jechonias, selon Z{{, et Melchi, père de Neri selon Zc ; une application du lévirat entre eux fait que l’un, Neri, est légalement, l'autre, Jechonias, naturellement père de Salathiel, père lui-même de Zorobabel. Comme, : selon At, Zorobabel est père d’Abiud et, selon Le, de Resa, il faut encore supposer qu'après Zorobabel, l'un des généalogistes continue sa liste avec un des
fils de Zorobabel et l’autre avec un autre fils du même.
> M1 nous affirme que le père de Joseph était Jacob, tandis que Le tient pour Heli; la contradiction ne peut être réduite qu’au moyen du même raisonnement établi sur la même hypothèse : Jacob et Heli doivent être frères utérins, fils de la même femme, qui a épousé successivement Mathan, père de Jacob, et Mattat, père d’Heli. Heli doit mourir sans enfants: Jacob épouse sa veuve et lui donne un fils, qui est Joseph (24).
Matériellement les choses ont pu se passer ainsi dans les deux cas : on a pourtant bien du mal à le croire, tant il faut accepter d’hypothèses et de coïncidences. Au reste ces frères utérins, pour des hommes chez qui la parenté s'établit par les mâles, ne sont pas de vrais frères et ils jouent un trop grand rôle dans la combinaison. Surtout nos Evangélistes ne paraissent pas le moins du monde soupçonner l’explication conciliatrice que nous leur proposons; pas un mot ne laisse entendre qu'ils gardent le plus léger doute sur le caractère naturel des générations qu’ils énumèrent l’un et l’autre.
Julius Africanus, qui a lancé cette explication dela divergence de nos gé2éalogies, convient qu’elle est dénuée de preuves (ei xat duéprupés écriv), mais il n’en connait pas de plus satisfaisante. Elle remonte assurément aux dominicaux, comme on dit alors (Sesxocuvor xæoëpevo:), c'est-à-dire aux parents du Maître, qui la disent fondée sur des souvenirs précis et des recherches diligentes, mais non pas sur des pièces d’archives, puisque, prétendent-ils, Hérode les a jalousement détruites. En d’autres termes, cette invraisemblable explication par le lévirat ne nous est garantie que par l’affirmation d'hommes qui ne peuvent pas ne pas se croire davidiens, puisqu'ils sont parents de Jésus, Messie, et, ipso facto, « fils de David ».
On a cherché dans une hypothèse toute différente
sonne (25) : D’après une tradition « probable », con-
signée dans le Talmud, le père de Marie se nommait
Heli; elle était donc fille d’Heli, fille unique. Joseph, qui se trouve être son plus proche parent disponible,
l'épouse et, se substituant vraiment à l'enfant mâle . qu'Heli n’a pas eu, devient le fils d'Heli. Par malheur
l’Evangéliste ne dit absolument rien qui favorise pareille conjecture et l’on s’en étonne. En second lieu,
si, comme nous l'avons remarqué, Le considère . Marie comme une aaronide, il faut penser qu'il n’a
pas, plus que nous, compris son généalogiste. D’autre
. part, les Juifs n’acceptaient pas la dérivation par les
femmes des droits afférents à la naissance : selon le
. mot de saint Jérôme, «ce n’était point la coutume des Ecritures de tenir compte des femmes dans les générations. » Enfin nous ne pouvons douter que
l'intention du généalogiste lucanien n’ait été d’aboutir à Joseph et non pas à Marie; en 1,27et 2,4, c’est bien Joseph et non Marie que Le nous dit descendre
. de David.
. Il est donc impossible d’accepter cette prétendue
- conciliation, plus que celle qu’on fonde sur le lévirai, - et les conservateurs éclairés 5’en rendent compte :
« Il ne semble pas, écrit l’un d’entre eux (26), que ni
VPune ni l'autre de ces hypothèses résolve le pro-
blème dans tous ses détails. » Au vrai, elles ne le résolvent en rien; les deux généalogies demeurent contradictoires et ne concordent que par leur inten-
re qui est de justifier en Jésus la croyance que le
. Messie est Fils de David, et par leur esprit, qui fait qu ’elles méprisent également l’une et l’autre la réalité historique et la vraisemblance.
La foi chrétienne première ne s’est pas attachée à la réalité de la naissance davidique de Jésus et il n’y
meilleur ape de tourner la difficulté qui : nous arrête : Mt donnerait la généalogie de Joseph et Ze . celle de Marie; l’une aboutirait au père putatif, l’autre à la mère véritable ; et voici comme on rai-
croyait pas lui-même; mais la foi juive suivant laquelle le Messie serait fils de David et qui, après
tout, ne voyait peut-être dans sonaffirmation qu’une |
figure, a été de bonne heure prise au sens réaliste : puisque Jésus était le Messie, ilétait aussi pleno jure fils-de David et cette conviction a pratiquement remplacé celle qu’il était le Seigneur de David. Nos généalogies représentent deux démonstrations apologétiques, rendues probablement nécessaires par les dénégations juives au regard de la messianité de Jésus, de même ordre que la démonstralion de la naissance du Seigneur à Bethiehem, indépendantes l’une de l’autre et fort anciennes, puisqu'elles correspondent à cette étape de la christologie où Jésus est encore conçu comme sauveur d'Israël. Elles ne nous donnent pas l’état de la tradition primitive : «L'existence de deux généalogies divergentes montre que la tradition n’en a possédé d’abord aucune » (Loisy). Il est, au reste, aussi remarquable que probant de constater que nous ne trouvons dans les textes aucun indice qu’on ait déduit la messianité . de Jésus de son davidisme (27).
‘On'se demande pourquoi les Evangélistes, attachés à l’affirmalion de la naissance virginale de Jésus, ont cependant conservé les généalogies, qui, en aboutissant toutes deux à Joseph, semblent la contredire. La raison en est sans doute qu'il ne leur a pas paru possible de laisser tomber la proclamation du davidisme, à laquelle la polémique juive avait donné de l'importance, ni sa démonstration, qu'était ancienne. Ils auraient pu la modifier, substituer, par exemple, Marie à Joseph au bout de la liste ; mais, dans l’opinionjuive courante, le droit à la royauté messianique ne pouvait être transmis par une femme. D'ailleurs ils n'étaient pas choqués comme nous du heurt de deux affirmations successives qu'ils n’éprouvaient pas le besoin de confronter. Enfin ils ont sans doute pensé qu'il suffisait que Joseph fût considéré comme
Pa ne
nntiealldr Jésus out ur de (28
Malgré toi & la juxtaposition des généalogies et des | récits de la conception virginale ressemble à une contradiction, et le malaise qu’elle a causé de bonne K | heure se trahit par des retouches imposées aux . versets de Mt et de Le où s'affirme le rapport entre | Joseph et Jésus. ON | Letexte reçu de Mi, 1, 16 s'entend : « Et Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus dit Christ. (& fe yen Incoc.…) | Ainsi que le remarque justement M. Loisy, « on - devrait soupçonner une retouche, quand même il n’en resterait pas trace parmi les témoins du texte évangélique »; mais les traces existent, parfaitement nettes (29). Divers manuscrits grecs nous offrent la variante : € Zt Jacob engendra Joseph, auquel fut “4 märiée la vierge Marie (qui) engendra Jésus... » (Oo. pmotevbeïoa mapôévos Mapiau éyévynoëv ’Inooùv...); mais . le manuscrit qu'on nomme le Syrus Sinaïticus con- firme un autre état du texte trouvé par Conybeare dans un manuscrit du Vatican : « Æ1 Jacob engendra Joseph, et Joseph, auquel fut mariée la vierge Marie, engendra Jésus. » ('lucho à © pvnoreuteiou v Mapau
muplévos, éyévvnsev ’Incoùv) (30). Cette leçon a toutes chances d’être celle du premier rédacteur matthéen; n ajoutant au texte de la généalogie qu’il copiait Pin- ro cidente : « auquel fut mariée la vierge Marie », il lui aura semblé qu'il affirmait très suffisamment la pais- A sance virginale et qu'il faisait en quelque sorte entrer la tradition qui s’y rapportait, et à laquelle il tenait, D dans la tradition de la descendance davidique. Con-
ciliation sans portée assurément, mais qui prouve Las ie succession des deux états de foi différents qui l'ont a rendue nécessaire (31). Dans sa leçon première, le "ae
WE
exte de Mt attribuait sûrement la « génération » de Jésus à Joseph; nous en trouvons confirmation lans l’allégation d'Epiphane (Aaer., 30, 14), suivant
Te
lequel Cérinthe et Carpocrate prétendaient prouver par la généalogie de M1 que le Christ était « de la semence de Joseph et de Marie » (èx oxépuuros Tochp xaï Mapixc), et dans celle d’Eusèbe (4. £., 6, 17), qui attribue à l’ébionite Symmachus l'affirmation, également fondée sur la généalogie matthéenne, que « le Christ est né de Joseph et de Marie » (rov Xprordv 8E Touche xat Mapius yeyovévut).
Les manuscrits ne nous font malheureusement pas toucher de pareille sorte à l'évidence en ce qui regarde Le, 3,23, mais le « texte reçu » suffit à nous apporter la vraisemblance de la retouche, il porte : € Et Jésus lui-même était en commençant (âgé) d’environ trente ans, étant fils, croyait-on, de Joseph » (dv vide &ç évoutéero Twcñs). La gaucherie de ce « croyaiton » laisse clairement supposer une addition destinée à «écarter l’idée de filiation naturelle que suggérait d’abord le texte de ce passage » (Loisy) (32).
Nous nous arrêtons donc à des conclusions très fermes : 1° Les deux généalogies aboutissaient primitivement à Joseph; 2% elles répondaient à un état de la foi où on ignorait la conception virginale; 3 elles s’inspiraient de la conviction juive que le Messie serait fils de David et elles cherchaient à la tourner au profit de leur apologétique ; 4° elles étaient, l’une et l’autre, entièrement imaginées et il n’est pas du tout impossible que d’autres forgeries analogues, aujourd’hui perdues, aient couru dans les premières communautés chrétiennes ; 5° leur raison d’être s’affaiblit à mesure que s’accentua leur harmonisation avec la foi en la conception virginale, qui prêtait à Jésus un tout autre lustre que celui de la descendance davidique.