CHAPITRE V
I. — Les textes de Mc. — Position de la question. — Les trois
solutions proposées. — Mentions des frères et sœurs de Jésus dans le Nouveau Testament. — L'ancienne tradition ne s’en
offense pas ; sa persistance. — Le dogme de la virginité perpétuelle de Marie.
On lit en Me, 3, 31 ets. : Ç ET sa mère et ses frères survinrent el, se tenant au dehors, ils envoyèrent vers lui pour l'appeler, et la foule élait assise aulour de lui et on lui dit : Voici ta mère et les frères qui te demandent dehors. » Divers manuscrits mentionnent même en cet endroit « ses sœurs », mais probablement parce que le verset 35 semble les supposer : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère », et parce qu’elles sont mentionnées en Mc, 6, 2-3, où les gens de Nazareth, s’étonnant de l’enseignement que donne Jésus dans leur synagogue, se disent entre eux : ( D’où ces choses lui viennent-elles el quelle est celte sagesse qui lui est donnée? Et ces miracles que $es mains accomplissent? Est-ce que ce n’est pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques et'de José et de Jude et de Simon? Et est-ce que ses sœurs ne sont pas aussi chez nous ? » Ainsi Jésus aurait eu, l’Evangéliste semble l’attester clairement, des freres et des sœurs, etil faut à tout le moins con-
venir que si aucune considération dogmatique n’intervenait entre les textes que je viens de rappeler et nous, il ne viendrait à l'idée de personne de leur donner un autre sens. Mais leur interprétation la plus naturelle, si évidente qu’elle paraisse, contredit le dogme orthodoxe de la virginité perpétuelle de Marie, et, pour le sauver, les théologiens ont torturé les affirmations marciennes. Tant qu’on s’en est tenu à protéger le dogme de la conception virginale, il a suffi de dire que Jésus n’avait pas eu de frère aîné ; on ne voyait pas d'inconvénients à ce que d’autres enfants fussent nés après lui de l’union légitime de Marie et de Joseph, mais la foi n’a guère tardé à juger insupportable l’idée que la Vierge avait souillé, en le pliant aux nécessités de la génération humaine, un corps élu par Dieu pour être, neuf mois durant, le Temple du Seigneur.
En somme, sur les textes évangéliques sont édifiées trois théories : 1° La hiéronymienne, soutenue par saint Jérôme : les prétendus frères et sœurs de Jésus ne sont que ses cousins et cousines, fils et filles d’un frère de Joseph, nommé Clopas,et d’une sœur de la Vierge, nommée, comme elle, Marie. — 2° L'épiphanienne, soutenue par saint Epiphane : les frères et sœurs de Jésus sont issus d’un premier mariage de Joseph. — 3° L'helvidienne, défendue par Helvidius, au temps de saint Jérôme : les frères et les sœurs sont des enfants de Joseph et de Marie, nés après Jésus. De nos jours certains critiques, allant plus loin qu'Helvidius, contestent à Jésus la qualité d’ainé des enfants de Joseph et de Marie.
Le Nouveau Testament mentionne en plusieurs endroits les frères et sœurs de Jésus (1). Si, au temps de la rédaction de ces textes, on avait fait difficulté d'admettre que le Seigneur avait eu des frères et des sœurs, je pense que leurs auteurs auraient pris quelques précautions pour éviter une confusion fâcheuse. C’est, du reste, la même réflexion que pro-
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voque Le, 2, 1: « et elle mit au monde son fils le
premier-né » (rùv rpwroroxcv), Car on ne peut nier que la mention de ce premier-né ne crée au moins une présomption en faveur de l'existence de puinés. On répond que les Evangélistes, sachant exactement à quoi s’en tenir sur la virginité perpétuelle de Marie, n’ont pas prévu les erreurs que pouvaient commettre leurs lecteurs moins bien instruits qu'eux ; mais ce n’est là qu'une médiocre échappatoire.
Que le dogme de la conception virginale appelät, comme un complément naturel, celui de la virginité perpétuelle de Marie, je ne le conteste pas ; pourtant, sur ce point, l'opinion de l'Eglise ne se fixa qu’assez tard. Si les chrétiens des premiers siècles différèrent d'avis et discutèrent si longtemps avant d'aboutir à la conclusion devenue « de foi », c’est que linterprétation la plus simple des textes et destraditions s’imposait avec évidence à un grand nombre d’entre eux. ! Tertullien, par exemple, acceptait très bien qu'après le naissance virginale de Jésus, Marie ait eu de Joseph plusieurs autres enfants. Assurément s’il avait trouvé dans l’enseignement de l'Eglise orthodoxe une affirmation nette de la virginité perpétuelle de Marie, il l'aurait, tel que nous le connaissons, acceptée d'enthousiasme et la rigueur montaniste n’aurait pu que l’y attacher plus étroitement.
Son témoignage n’est pas isolé. Ne parlons pas des Ebionites, puisque, pour les récuser, on prétend en faire des dégénérés de la foi primitive, au lieu de les considérer comme ses représentants attardés (2), non plus que de Victorin de Petau, mortmartyr vers 505, puisque, si Helvidius invoquait son opinion, saint Jérôme soutenait que c'était à tort; laissons de côté Hégésippe (fin n° siècle), dont le témoignage, encore qu’en apparence très clair, du moins sur Jude, « qui était selon la chair frère du Sauveur », a été parfois tourné à l'avantage de la thèse hiéronymienne (3) ; négligeons la Didascalie (1° siècle), où Jacques est
qualifié d’ « évêque de Jérusalem, selon la chair frère de notre Seigneur » (4), mais dont on a également contesté l'intention, bien qu’elle semble nettement ressortir du parallélisme que nous offre la Passio SS. Perpetuæ et Felicitalis : « Il y avait là Dinocrate mon frère selon la chair (frater meus carnalis) » ; il nous reste au moins le témoignage d’Origène sur ces chrétiens dignes de blâme qui pensent que Jésus a renié sa mère parce qu'elle n’avail point gardé la chasteté, et celui d’Epiphane sur l’aveuglement d’Apollinaire qui enseignait que Marie avait eu des enfants après la naissance de Jésus, opinion, ajoute Epiphane, répandue de son temps en Arabie (5).
En revanche, detrès bonne heure, certains chrétiens ont cherché à se débarrasser des frères et sœurs de Jésus ; le Protévangile de Jacques et, au dire d’Origène, (In Mt, 12, 55), l'Evangile de Pierre, apocryphes du u° siècle, peut-être aussi Justin, d’après un fragment syriaque d'authenticité douteuse (6), soutiennent déjà que les « frères et sœurs » n’appartiennent qu'à Joseph et qu’ils viennent de son premier mariage. Cette opinion qu'Origène accepte, en s’appuyant, ditil, sur une tradition de la foi et non sur des témoignages authentiques, s’accorde bien avec celle qui tend à représenter Joseph comme un vieillard très ègé au moment de son union. avec Marie. Clément d'Alexandrie et, après lui, Origène, professent que le Christ, pour les hommes, sa mère, pour les femmes, ont donné l'exemple de la virginité parfaite (7).
Personne ne s'était avisé avant saint Jérôme de l'explication qu’il préféra et qui lui fut inspirée par sa conviction d’ascète mystique que, né d’une vierge, le Christ vierge n'avait pu naître que dans un « ménage » vierge (Ado. Helvid., 19 ; « ut ex virginali conjugio virgo Filius nascerelur »). Le tout pour la plus grande gloire de la virginité à laquelle, semble-t-il, Jérôme devait quelques réparations. La virginité de Joseph le privait de ses enfants qui devenaient du coup
les cousins de Jésus. Cette « conciliation », acceptée par saint Augustin, n’est pas de foi plus que la virginité de saint Joseph, mais elle est « proche de la foi » : « C’est la foi de l'Eglise, écrit saint Pierre Damien, c’est du moins le témoignage de la tradition et la persuasion de tous les chrétiens que le père de l’'Homme-Dieu a toujours été vierge (8). »
IT. La solution hiéronymienne. — 11 est possible que les frères soient les cousins de Jésus. — Cela est. — Frère expression stéréotypée. — Argument tiré de Jn, 19, 26. — Pas d'autre « fils de Marie » que Jésus dans le Nouveau Testament. — Me, 15, 40 et Mc, 6, 3. — Argument tiré de la conception virginale en Mf et Le. — Faïiblesse de tous ces arguments.
Les tenants de la thèse, hiéronymienne doivent prouver d’abord qu’il est possible que les frères de Jésus soient ses cousins et ensuite que cela est.
Sur le premier point, voici comme ils raisonnent (Lagrange) : Les mots «frères du Seigneur » représentent une expression toute faite, qui s'applique à un groupe de personnes déterminées, ainsi qu’on le peut constater enI Cor.,9,5 : «..... de même que et les autres apôtres et les frères du Seigneur » (xoù où &3ehgot roù xuptou), Elle a pris naissance dans la communauté primitive, donc elle est traduite de l’araméen. Or, en araméen, le mot aha (frère) peut signifier aussi demi-frère, et, plus généralement, proche parent. En (renèse, 13,8, Abraham dit à Loth, son neveu : « Puisque nous sommes frères »; en Gen., 29, 145, Laban dit à Jacob, son neveu: « Puisque tu es mon frère »; en I Chron., 23, 21-29, les fils de Keis épousent les filles d’Eléazar, son frère, et le texte dit qu’elles sont épousées par leurs frères, qui ne sont, au vrai, que leurs cousins germains. Ni J'hébreu ni l’araméen ne possédant de mot précis pour dire neveu ou cousin, il leur faut employer le mot frère, ou recourir à une périphrase. Donc, si Jésus a
des cousins, on peut les appeler ses frères et on a pu traduire en grec par adelphoi— frères, une expression araméenne employée du vivant du Seigneur et dans la communauté primitive pour désigner ses cousins.C'est exact ; mais il semble excessif de conclure que si le mot «frères » peut comprendre les cousins, on n’a plus aucun argument pour soutenir que les frères de Jésus étaient vraiment « ses frères »,attendu que possibilité n’est pas certitude, encore moins vérité, et que le sens propre de frèrereste, pour le mot aha, le plus naturel et le plus fréquent.
Mais, précise-t-on, il ne s’agit plus de possibilité mais bien de certitude, car les frères de Jésus étaient en fai ses cousins; en voici les preuves :
4° L'expression frère est « stéréotypée » : quand, parexemple, elle s’applique à Jacques, en Gal.,1, 49, « elle n’équivaut pas à une affirmation que Jacques était le propre frère du Seigneur »; elle est simplement destinée à distinguer un Jacques d’un autre Jacques ; elle s'applique à d’autres hommes que de vraisemblables frères, par exemple en I Cor.) 9, 5 : (.….et lés frères du Seigneur et Céphas. » Si Mc,6, 3 donne « Est-ce que ses sœurs ne sont pas aussi chez nous? » Mt, 13, 36, en synopse, porte : € Et ses sœurs, est-ce qu'elles ne sont pas loules chez nous (odyt räca rpos fuûç ete)? » Et on met l’accent sur ce toutes, qui, dit-on, ne peut désigner qu’une foule : « omnes nisi de turba non dicitur », avançait déjà saint Jérôme contre Helvidius. Donc les mots frères et sœurs désignent ici ç une famille au sens large plutôt qu’au sens strict » (Lagrange). Par malheur tout ce raisonnement, fondé sur une simple hypothèse d'interprétation, n’aboutit encore vraiment qu’à fonder une possibilité; on ne prouve pas que, dans les passages invoqués, les mots frère et sœur n'aient point leur sens habituel.
2 Mais Jésus, en mourant (Jn, 19, 26), confia sa mère à Jean son disciple; c’est donc qu'elle va rester
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seule et qu’elle n’a pas d’autres enfants (Lagrange, Brassac). — Zahn objecte justement que le Christ pouvait accorder plus de confiance à un disciple éprouvé qu’à des frères incrédules. On réplique qu’ils n'étaient pas incrédules, puisqueles Actes (1,14) les montrent présents au Cénacle ie jour de la Pentecôte; argument sans valeur, car, entre la Crucifixion et la Pentecôte, prend place la Résurrection, qui peut avoir converti Jacques et ses frères. On réplique encore : En fait, les « frères » du Seigneur sont devenus croyants et Jésus avait prédit leur conversion ; Jean ne l’ignorait pas; pourquoi donc le Maître aurait-il enlevé sa mère d’un milieu familial qui allait tout entier se « rallier » à la communauté des disciples ? Cela ne se comprend pas siles «frères » sont les enfants de Marie. — Le raisonnement ne tient pas, car, si on admet l’historicité de l’épisode de Jn, il faut penser que Marie seule est ralliée, alors que les « frères » ne le sont pas et qu'il s’agit, pour Jésus, de pourvoir à la situation présente et non à la future. Mais tout porte à croire que l’épisode de Jn n’est pas historique, qu’il revêt un sens symbolique (9) et qu'il a été construit avec des emprunts faits aux Synoptiques, lesquels ignorent la présence de Marie au pied de la croix. Les exégètes conservateurs sont obligés d’en convenir, car, autrement, il leur faudrait l'identifier à Marie, « La mère de Jacques le Mineur et de José », dont Mc, 15, 40, fait mention, et ce serait résoudre contre l’orthodoxie la question même qui nous occupe. /n, 19, 26 ne prouve donc rien.
3° Aucun texte du Nouveau Testament ne nous parle d’un fils de Marie, autre que Jésus, ni même d’un fils de Joseph, tandis que Marie est plusieurs fois
'qualifiée de « mère -de Jésus », et qu'à Nazareth on ?
désigne le Seigneur comme « le fils de Marie », ainsi qu’on fait d'ordinaire pour lenfant unique d’une veuve (10). — Sans doute; mais, pour nos rédacteurs :
évangéliques, Jésus est le centre de toutes les préoc- :
cupations et les autres personnages du récit ne prennent de l'intérêt que par rapport à lui; ils lui sont, pour ainsi dire, toujours subordonnés : Joseph est son père, Marie est sa mère, Jacques est son frère. Alors l'argument ne porte pas. On essaie de Jui rendre vigueur en remarquant que, par exemple, en Act. 4 44, les « frères du Seigneur » ne forment pas groupe avec Marie, car celle-ci se trouve rangée avec « les femmes »! Or le texte donne : €... avec les femmes et Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères ». Jene saisis donc pas la valeur de laremarque. — J’en dirai autant de celle qui croit voir qu'en Jn, 2, 12, les « frères» sont moinsliés à la € mère » qu'aux disciples, parce que le texte porte : « Après cela il descendit à Capharnahum, lui et sa mère et ses frères et ses disciples! » En quoi et (xat), placé entre mère et frères est-il moins « liant » que mis entre frères et disciples? Je ne l’aperçois pas.
On remarque enfin que Me, 6, 3 écrit : « le fils de Marie et frère de Jacques; » LE fils (6 vis) et non LE frère (6 àdehpdç), mais seulement frère. La présence de l’article ici et son absence là constituent une nuance essentielle : puisque l'expression « le fils de Marie » suffit à désigner Jésus, c’est donc que Marie n’a pas d'autre enfant. — Je m'étonne alors qu’un écrivain si préoccupé d’enfermer tant de sens dans un article n'ait pas pris soin d'éviter toute équivoque en ajoutant «et cousin de Jacques », au lieu de « et frère de Jacques » ; le grec, plus riche que l’araméen, disposait de tous les vocables nécessaires (dveluoc, cousin ; ädehodoùc, cousin germain ; &vebuadhc, cousin issu de germain). On répond : il a traduit tout simplement l'araméen aha — frère. Une telle passivité surprendrait chez un homme censé si scrupuleux.
4° On dit encore : Me, 15, 40 porte : « Marie, la mère de Jacques le Mineur et de José », et Mc, 6,3 : « … frère de Jacques et de José et de Jude et de Simon ». Dans les deux passages, Jacques et José se placent
suivant le même ordre et le premier texte prouve qu'ils ne sont pas fils de la Vierge Marie; Jude et Simon ne Îe sont donc pas non plus, puisque le second texte les présente comme leurs propres frères ; is ne sont d’ailleurs pas tous quatre fils de la même mère, puisqu’en Mc, 15,47, José sertà désigner sa mère (Marie de José — Mapia à ‘locäros), qu’en Mc, 16, 4 Jacques reçoit le même emploi (Marie de Jacques = Mapa ñ ‘laxéBov) et que Jude et Simon ne sont nulle part attribués à cette Marie de Jacques, ou de José. — Ce raisonnement suppose résolus plusieurs problèmes assez compliqués touchant l'emploi de ces divers noms et leur interprétation : nous allons les retrouver dans un instant.
5° Si Mi et Le placent au début de leur Evangile Vaffirmation que Jésus est né d’une vierge, c’est qu'ils savent qu’il n'avait pas de frères aînés, — Il serait plus prudent de dire qu'ils le supposent. — Ils excluent aussi l'hypothèse de la présence dans la Sainte Famille d'enfants issus d’un premier mariage de Joseph, puisqu'ils n’en parlent pas à propos de la Fuite en Egypte, de l’Adoration des bergers, de la Présentation au Temple. De même l'épisode de l'inention de Jésus dans la Temple (Le, 2, 41-52) prouve qu’au temps de sa douzième année il était le seul enfant de la Vierge Marie. — On ne peut raisonner ainsi qu'en méconnaissant le caractère à la foislégendaire et s{ylisé de la double et contradictoire histoire de l’enfance.
Ges récits nous transportent loin de la réalité, comment s'appuyer sur eux pour l’atteindre? Marie et Joseph ont pu engendrer des enfants après Jésus, et même avant, sans que les légendes postérieures à la génération apostolique et construites hors de la tradition galiléenne en aient tenu compte ; ce qui, du reste, n'empêche pas les derniers rédacteurs de Mi ei de Le de laisser dans la suite de leur narration, empruntée à Mc, plusieurs mentions de frères de
Jésus. Quand même notre Le aurait voulu, comme on le soutient parfois (11), nous suggérer l'idée de la virginité perpétuelle de Marie, il conviendrait encore de distinguer entre cette vue de foi et les faits. Personne ne s’aviserait de recourir à telle ou telle autre majoration marialogique, par exemple à l'affirmation de lPImmaculée conception, pour garantir un trait de la biographie de Marie.
Au reste, le raisonnement qu'on fonde sur ft et sur Le, ne vaut pas pour We, qui ne parle point de la conception virginale. On prétend qu’il a employé, en 3, 31, le mot frère, quoique impropre, parce que ce mot, d’ailleurs suggéré par l’araméen, s’imposait en soi, car il fallait « comparer la parenté charnelle la plus proche à la parenté spirituelle » (Lagrange). C’est une opinion ; mais pourquoi les « cousins » de Jésus viennent-ils le chercher avec sa mère ? On répond : Marie est veuve et, depuis que son fils a commencé de mener une vie errante, elle habite chez ses neveux, qui peuvent être les ainés de Jésus et avoir sur lui plus d'autorité que des frères puinés. Hypothèses gratuites et, si j'ose dire, trop « sur mesure » pour nous retenir. Il me semble que quiconque lira sans parti pris Jn, 1,3; 2,12, et Mi, 43, 55 ; 42, 46-47, en recevra l'impression que les « frères » vivent normalement sous le même toit que Jésus et sa mèreetsont regardés comme les enfants de Marie. Mais je ne confonds pas une impression avec une assurance.
Aucune des remarques que nous venons de passer en revue ne pourrait, en tout cas, nous conduire au delà d’une possibilité; mais, en vérité, aucune ne mérite d’être prise en longue considérationet elles soulèvent, dans leur ensemble, plus de difficultés qu’elles n’en résolvent. Toutes sont dominées par l'affirmation préalable que le mot araméen aha a déterminéle grec adelphos, frère, et que le souci d'éviter une confusion fâcheuse, et certainement sensible de bonne heure, n’a pas sufii à faire préciser la traduction.