‹ La vie cachée de JésusChapitre 25 sur 59 · EMA AN · texte numérisé non relu

EMA AN

XII. — D'où viennent les cousins ? — Marie de Clopas et Globes — Jacques frère du Seigneur est-il Jacques d’Alphée , » apôtre ? — Clopas est-il Alphée? — Invraisemblances. — Con- - fusion inextricable de noms courants.

Mais, enfin, d’où viennent ces cousins si mal à propos dénommés frères ? Ce sont, dit-on, les enfants . d’une sœur de la Vierge, que l’on va chercher en /n,

- 19, 25. On y lit qu’au pied de la croix se trouvaient

«sa mère (ñ uhrnp adroù — la mère de Jésus), et lasœur

de sa mère, Marie de Clopas et Marie la Magda- » léenne » (12). On interprète : Marie, la Vierge, a une sœur; c’est Marie, la femme de Clopas, et elle est la - mère de Jacques le Mineur et de José. De ce Clopas le Nouveau Testament ne fait mention qu’en Jn, 19, %5, car rien du tout ne prouve que le Cleopas qui paraît . dans l'épisode des pèlerins d’Emmaüs, en Le, 24, 18, soit le Clopas de Jn. Mais comme Hégésippe parle . d’un Clopas, frère de Joseph (Eus., H.£.,3,11), onne doute pas qu’il ne s’agisse du même; et comme Hégé- sippe nomme son Clopas à propos de Siméon, «second évèque » de Jérusalem, qui est, paraït-il, son fils, et qu'au nombre des quatre « frères » de Jésus il se . trouve un Simon, on déclare que Simon et Siméon ne font qu’un, qui est le propre neveu de Joseph. En conséquence, on affirme que les deux frères, Josephet Clopas, ont épousé les deux sœurs, toutes deux nom- mées Marie. Du mariage de Clopas et de Marie ne naissent probablement que deux garçons, Jacques et José, et peut-être des filles, car, puisqu’à Marie de . Clopas Me, 45, 40 n’attribue que Jacques et José, il faut que SEE et Jude soient issus d’un autre “mariage de Clopas. Donc, sur les quatre frères, deux sont les cousins germains de Jésus à la fois par leur père et par leur mère, et deux par leur 1 seulement. Et tout s’arrange à merveille.

Une difficulté particulière, ou plutôt un cas particulier de la difficulté générale, naît de l'identification de Jacques « frère du Seigneur » (Gal., 1,19), qui joue un rôle considérable dans la première communauté de Jérusalem. Paul semble le considérer comme un apôtre ; or, si c’est un des Douze, ce ne peut être que Jacques d’Alphée (Mc, 3, 18 : ‘léxw6ov rdv où ’Ahsatou) et, tout au plus, un cousin de Jésus. A priori, il serait étrange qu’en relatant la constitution de la liste apostolique Mc ne fit pas mention de la parenté qui unissait ce Jacques d’Alphée à Jésus et qu’il laissât subsister la confusion entre son père, supposé l’oncle de Jésus, et un autre Alphée, père du publicain Lévi, selon Me, 2, 14.

Mais, serrons de plus près le texte de Gal., 1, 49 : Paul vient de dire qu’il a vu Pierre, lors de son voyage à Jérusalem, et il ajoute : € E£ je ne vis point d'autre apôtre (érepoy ù rüv dmocrékwv oùx eidov). Si ce n'est (ei à) Jacques, le frère du Seigneur. » Zahn a proposé d'entendre si wà dans le Sens de cependant : « Je n'ai vu aucun autre apôtre que Pierre, cependant j'ai vu Jacques... » Cen’est guère vraisemblable et il faut, je pense, choisir entre trois solutions : ow Paul a employé, pour désigner Jacques, une expression impropre, ow Jacques était l’un des Douze, ou on l’a considéré comme un Apôtre en raison de sa parenté avec Jésus et peut-être à la suite d’une désignation posthume par le Christ glorifié, plus ou moins analogue à celle qui a favorisé Paul lui-même. Un texte de 1 Cor. (15, 1), donne quelque fondement à cette dernière hypothèse; Paul vient de raconter que Jésus, après sa résurrection, s’est montré d’abord à Pierre, puis aux Douze, puis à cinq cents frères, dont les uns vivent encore et les autres sont morts, et il ajoute : « Depuis, il se fit voir à Jacques et ensuite à tous les Apôtres », Il semble que Paul distingue entre des Douze et tous les Apôtres ; il estalors permis de penser que Jacques, d’abord incrédule, se trouve peu à,peu

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3 ébranlé par les merveilles que l’on raconte de son & frère et qu'il reçoit finalement sa vision particulière,

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laquelle, jointe à sa parenté avec le Seigneur, lui assure une place à part dans la petite Conan primitive. L'exemple de Paul prouve qu’onest Apôtre sans être des Douze et, du reste, on abuse peut- -être ‘de l'expression « le Collège apostolique », qui suggère l'idée excessive d’un corps fermé et rev uTeUS men privilégié (13). Jacques a donc pu être qualifié d’apôtre par Paul sans faire partie de ce Collège.

S'il est l’un des Douze, il faut, je le répète, l’identi-

fier à Jacques d’Alphée et cela ne va pas sans diffi-

cultés graves. Pourquoi, par exemple, /n, 7, 2 affirmet-il que les frères de Jésus lui sont hostiles, si l’un d’eux se trouve au nombre des Apôtres? Pourquoi notre Mc, 3, 21, 31-33 les montre-t-il, pour ainsi dire, dans l'exercice de leur incrédulité mal intentionnée et

- cela, tout justement après qu'il vient de nous montrer

Jésus choisissant les Douze (3, 14-19)? On (Lagrange) ne trouve à cette double question qu’une réponse bien faible, à savoir que ni Mc ni /n n’excluent une

È exception et que, d’ailleurs, le moment précis où se

fit l’élection des Douze demeure incertain. Cependant n'est-il pas curieux que Mc, si dominé par « une expression toute faite » que, lorsqu'il veut dire cousins, il écrit frères, n'ait pas appliqué à Jacques d’Alphée, dans la liste apostolique, le surnom que Paul est censé lui donner d’après l’usage du monde

apostolique: « le frère du Seigneur » et qui, sans doute, le distingue d’un autre Jacques? J'ajoute que des - textes comme Actes, 1, 13-14 et I Cor., 9, 5, en met-

tant nettement à part les frères et les apôtres me semblent exclure les hypothèses d’une identité entre , . Jacques d’Alphée, apôlre, et Jacques, frère de Jésus » (14). Pour que l'identification parût vraisemblable il faudrait démontrer qu’il n'y avait que deux Jacques connus dans la communauté primitive.

Saint Jérôme s’y efforçait déjà. Il relevait en Mc, 45,

0, la désignation de Jacques le Mineur (6 puxpôs) et il soutenait qu’elle impliquait une comparaison ; comme il traduisait pexpôc par minor ætale, c'est-àdire le Jeune, cette comparaison lui paraissait pe pouvoir comporter qu’un autre terme : l’'Ainé. Mais on objecte (Zahn) que pxpds peut signifier ici Le petit par la taille, ce qui ne suppose pas nécessairement comparaison. Comme nous rencontrons ailleurs des exemples des deux sens pour ce mot puxpds (15), la sagesse est peut-être d’avouer que nous ne savons pas au juste ce qu’il veut dire dans le passage visé. Du reste, d'avance, Hégésippe (Eus., H. E., 9, 23, À) ruinait tous les raisonnements du genre de celui de saint Jérôme par cette simple remarque : « Zl a été surnommé le Jusle PARCE QUE BEAUCOUP S'APPELAIENT JACQUES » (ème moù ‘Jaxw6ot 2xæoDvTo).

Si Jacques « frère du Seigneur », Jacques «le juste», c’est Jacques d’Alphée et aussi Jacques frère de José et fils de Marie (de Clopas), il faut qu’Alphée et Clopas soient le même homme. Du reste, ce point accordé, il restera à expliquer pourquoi ce nom d'Alphée, qui paraît dans les listes des Douze, ne se trouve jamais rapproché ni de Jacques « frère du Seigneur » ni des autres « frères » de Jésus, ni de Marie, mère de Jacques et de José ; et je pense que ce ne sera pas facile. Saint Jérôme, qui avait bonne envie d'identifier Alphée et Clopas, n’a tout de mème pas osé le faire. « Il avait probablement le sentiment très juste que les deux noms diffèrent. Aloxtos et Klwräc ne peuvent être la transcription du même nom araméen » (Lagrange). On n’a cependant pas encore renoncé à tenter l’entreprise et à perdre du temps en combinaisons arbitraires (16). Moins hasardeuse semble d’abord l'hypothèse d’un double: nom : Alphaios, transcription d’un vocable araméen et Clopas, qui est grec (Lagrange). On ne peut lui opposer (17) que son manque d’appui dans les textes.

et son caractère tendancieux; elle est faite pour la difficulté encore plus que l'identification de Marie de Clopas à la sœur de la Vierge. Le P. Lagrange avoue que toutes ces combinaisons, auxquelles il attribue cependant une grande part de vraisemblance, ne sont en vérité que des supposilions. L’aveu est à retenir (48).

La pluralité des noms semblables dans la communauté apostolique a créé une confusion inextricable. li paraît pourtant difficile d'admettre que, dans une famille de paysans galiléens, deux sœurs aient porté le même nom. Faudrait-il donc supposer encore que, des deux Maries, l’une est fille d’une veuveet l’autre d’un veuf qui se sont épousés en secondes noces? . Mais nous avons déjà agité trop de suppositions pour nous arrêter à celle-ià.

IV. — La Tradition. —-Que peut-elle nous apprendre? — Le témoignage d'Hégésippe sur Siméon fils de Clopas. — Diffcultés qui s'opposent à l'identification de Siméon et de Simon.

Nous n’avons guère de secours à espérer de la tradition, parce que ceux qui l’ontétablie n’en savaient, selon toute apparence, pas plus que nous sur la famille de Jésus. Ils raisonnaient, comme nous pouvons le faire, sur des textes analogues aux nôtres, sinon même sur les nôtres (19). Seuls, les théologiens attachent la plus grande importance à cette tradition et c’est d'elle, plutôt que de l’Écriture, qu’ils reconnaissent généralement tenir le dogme de la virginité perpétuelle de Marie. « L'idéal est impuissant contre:

les faits, écrit le P. Lagrange (Mc., p. 83). Si Marie, au lieu de demeurer Vierge, avait eu après Jésus sept ou -huit enfants, si un seul texte ancien avait contesté ce fait d’une façon claire, comment la croyance de sa Virginité aurait-elle pu prévaloir? » Ce raison-

uv OPA | &

ASE" LA VIE CACHÉE DE JÉSUS ‘nement méconnaîit à l’excès les modes de formation des légendes. Du reste l'affirmation de la conception virginale a été, nous le savons, contestée de la façon la plus formelle et elle a pourtant prévalu; et il s’en faut que la tradition qui la concerne se montre constante et uniforme.

Les tenants de la thèse hiéronymienne croient trouver un argument décisif dans un passage d'Hégésippe (Eus., 4. E.,4, 22,4) d'interprétation très dou-

teuse et qu'ils traduisent ainsi (20) : « Après que |

. Jacques le Juste eut subi le martyre, comme le Seigneur, pour la même cause, à son tour le fils de son oncle paternel, Siméon fils de Clopas, fut établi évêque; à l'unanimité on lui donna la préférence à cause qu'il était un autre cousin du Seigneur. »

Le texte ainsi entendu établit qu'Hégésippe, avant

saint Jérôme, croyait que Jacques le Mineur était le cousin de Jésus; mais il est visible que le sens de

toute la phrase dépend de celui qu'on donne à son.

dernier mot : deuteron (Seürepov), et aussi qu'il la faut rapprocher de ce que le mème Hégésippe dit, par ailleurs, de Jacques le Mineur.

Le plus récent traducteur d’Eusèbe, l'abbé Grapin, propose du passage la version suivante (1, p. 457) : « Après Jacques le Juste, qui subit le martyre, comme le Seigneur, pour la même doctrine, Siméon fils de Clopas, oncle du Christ, fut établi sEcoND ÉVÈQUE de Jérusalem. Tous le préférèrent parce qu'il était cousin germain de Jésus. » Et c’est là en effet Le sens de äeürepo qui me semble devoir être préféré. Assurément la correction voudrait que ce mot se rapportât à dvelhièv — cousin germain, qui est, comme lui, à l’accusatif, plutôt qu'à érioxomoçs — évêque, qui est au nominatif, et se trouve

PORT Ne Van ar EE 6, LE CHERE PETER PER EUR ER : »4 R& LE , nt Ms : É Po s à

placé beaucoup plus haut dans la phrase. On peut :

dire encore que le mot xélw = à son tour rendrait, en logique, pléonastique deürepoy rapproché d’érisxoxos, mais ni les jugements de la logique ni ceux de la correction et de la grammaire ne peuvent être

LR LUE ATARES

:f MON tin, n° VE FRÈRES DE JESUS | 149 ”” acceptés sans appel lorsqu'il s'agit d’un écrivain comme Hégésippe. D'autre part, nous possédons de

. notretexte une version syriaque qui le rend suivant le sens que voici : (entra comme second évêque, Siméon, fils de Cleophas, qui était le fils de son oncle paternel, sur lequel chacun jeta les yeux, parce qu'il était parent | fraternel de notre Seigneur » (Lagrange). On n’a pas coutume de demander à cette version syriaque, SOu— vent inexacte, le sens du grec d'Eusèbe ; elle constitue cependant une présomption en faveur de l'interprétation qu’elle représente et, à tout le moins, elle

> prouve ici que son auteur à compris deurepov en le

5 NE l rapportant à ëmisxoros, Or, deux autres passages

4 d'Eusèbe, également inspirés d'Hégésippe, nous ; donnent le même mot d:éresov nettement appliqué à

l'élévation épiscopale de Siméon, comme un numéro d'ordre : 4° Eus., À. E,3, 32,1 :« C’est alors que Siméon, fils de Clopas, dont nous avons dil qu'il fut le second évêque de - Jérusalem (8v Beirepov xaraotivat… ëricxomoy nlwcuuev), termina sa vie par le mariyre.…. »°. 29 Eus., A. E., 4, 5, 3, où, dans la liste des évèques de Jérusalem, nous trouvons : « Le premier fut donc Jacques, celui qu'on appelait le frère du Seigneur; le second après lui fut Siméon » (ue 6 Gebrepos Evuebv). £ C’est pourquoi je conclus que le Seütepov qui nous * arrête s’appliquait, dans la pensée d'Hégésippe, à un second évêque etnon pas à un second cousin Je m’éton- | nerais, si ce Siméon devait être assimilé au Simon de l'Evangile, que son nom ne s’accompagnât point de l'expression censée « foule faile » : « le frère du Seigneur ». 1 me paraît évident qu'Hégésippe ne le connaît que sous le nom de Siméon de Clopas (21). Et je 2. remarque que ce mème Siméon c’est pas non plus qualifié de « frère de Jacques », ce qui semblerait % pourtant naturel s’il s'agissait de deux des quatre personnages considérés par l'Evangile comme les … «frères » de Jésus. Au contraire, Jacques, et lui seul, se trouve nettement qualifié de « frère du Seigneur »

en plusieurs endroits (22) et nulle part de « fils de Clopas ». Et, ce qui me paraît décisif, Jude, qui, d’après le raisonnement que nous suivions tout à Vheure, neserait que le demi-frère de Jacques, reçoit aussi d'Hégésippe le titre de « frère du Seigneur » selon la chair, dans le passage célèbre où il raconte que Domitien mande par devers lui les petits-fils de ce Jude (23).

À qui s’étonnerait qu'Hégésippe ne dise pas que Clopas était l’oncle de Jacques aussi bien que de Jésus, si ce Jacques était le vrai frère du Seigneur, je répéterai que c’est avant tout le rapport des divers personnages à Jésus qui intéresse les anciens écrivains chrétiens ; et s’il ne dit pas que Siméon et Jacques étaient frères, j'y vois tout simplement la preuve que le Simon des Evangiles et le Siméon d'Hégésippe élaient deux personnages différents, comme le Jacques le Mineur et le José de Marie (de Clopas selon Jn) diffèrent de Jacques et de José, frères du Seigneur, et de Jacques d’Alphée. Toutes les identifications tentées, sur des documents incertains, entre des noms très communs parmi les Juifs, ne peuvent être qu’arbitraires, et, n’était la nécessité de justifier coûte que coûte la foi en la virginité perpétuelle de Marie, personne ne s’aviserait d'y perdre son temps. L’inventeur de celte théorie des frères-cousins n’est pas, en tout cas, Hégésippe ; c'est saint Jérôme. Il reprochait à Origène de ne s'appuyer que sur des apocryphes pour fonder l’opinion que «les frères du Seigneur » étaient issus d’une première femme de Joseph; lui-même n’appuie sa thèse que sur des raisonnements subtils et chancelants. Le P. Lagrange avoue qu’il n’est pas « historiquement démontré que les frères du Seigneur étaient ses cousins » (Wce., p.89). Il faut louer cette prudence.

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Y. La solution épiphanienne. — Position de Le. — Les tenants anciens de l'hypothèse. — Elle est indémontrable. — La solution helvidienne. — Pourquoi on la discute. — La solution mythique.

La solution épiphanienne paraît évidemment beaucoup plus simple et, partant, plus facile à fonder en histoire : elle compte encore des partisans, même parmi les non-confessionnels (24).

Peut-être séduisait-elle déjà Le, qui ne fait aucune mention des « frères et des sœurs » en 4, 22, passage synoptique de Me, 6, 3, et qui ne cite jamais un des « frères » en particulier, pas même Jacques, avec son titre de « frère du Seigneur ». Ne prenait-il pas au sens absolu le mot qu’il prête à Marie en 1, 34: « Je ne connais pas d'homme? » On a pu le croire, mais non pas le prouver. En tout cas, cette arrièrepensée qui appartiendrait au dernier rédacteur lucanien (25), n'aurait procédé que d’une vue de foi et aurait contredit l'impression qu'imposait la plus ancienne tradition. En réalité, rien n’appuie la thèse épiphanienne, en dehors de cette douteuse suggestion de Le, que des affirmations d’apocryphes comme l'Evangile de Pierre et le Protévangile de Jacques. Clément d'Alexandrie et Origène, qui l’acceptent, ne lui connaissent point d’autres justifications et le P. Lagrange a grandement raison de dire qu’elle « n’apparaît pas avec les garanties d’une vraie tradition historique » et que « l’évangile de l'enfance est peu explicable dans cette hypothèse » (We., p. 89). Il est vrai. Elle apparaît comme une possibilité indémontrable, une supposition suggérée par la nécessité de sortir d’une difficulté, qui intéresse la doctrine et l'apologétique et non pas l’histoire. Tout autant que si les «frères de Jésus » n’étaient que ses cousins, les

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Evangélistes auraient pris soin d'éviter l’équivoque, :

s’ils n'étaient pas les fils de Marie. «à

Reste la solution helvidienne et personne ne songe- .

rait à la discuter si elle ne contredisait un dogme.

A lire sans arrière-pensée le texte de Mc, que nous

avons rappelé au début du présent chapitre, on comprend qu’il s’agit bien d’une mère qui vient, ‘entourée de ses enfants, arracher l’un d’entre eux à une entreprise inquiétante. C’est l'opinion de la quasi-unanimité des critiques indépendants que Loisy. résume en écrivant : ( Quand (Jésus) se mit à annoncer le prochain avènement du royaume céleste, sa mère Marie était veuve, avec de nombreux enfants. Il n’est pas certain que Jésus fût l’aîné, car le plus ancien fonds desrécits de l’enfance dans Luc où cettè qualité lui est attribuée (Ze, 2, 7 : … son fils premierné) est déjà tout légendaire et influencé par le passage d’Isaïe » (26). Je considère, pour ma part, les solutions épiphanienne et hiéronymienne comme de vains artifices de théologiens, combinés pour accorder, vaille que vaille, le progrès de la foi avec des textes qui ne l’avaient pas prévu.

Les critiques radicaux, qui dénient à Jésus le droit à l’existence, rejettent naturellement la solution helvidienne comme les deux autres. Ainsi Robertson

. soutient que l'expression « frères du Seigneur » cons-

tituait à l’origine un nom de groupe (a group name), et qu’en l’interprétant au sens étroit et littéral les derniers interpolateurs des Epiîtres et des Evangiles ne l’ont pas compris. C’est aussi l'opinion de

B. Smith (27) qui prétend, d’après Mt, 12, 46-50, .

Me, 3, 31-35, Le, 8, 19-91 et Jn, 2, 12 et 7, 3-10, que le principe de cette « fraternité » gît, non pas dans un lien de famille, mais dans l’accomplissement commun de la volonté de Dieu. Il insiste particulièrement sur deux textes : Mt, 28, 410 : « Allez annoncer à MES FRÈRES de s’en aller en Galilée » et /n, 20,17 : « Va-t-en vers MES FRÈRES et dis-leur que

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TU

je suis monté vers mon Père ». Assurément, dans ces deux passages le mot « frères » est pris au sens qu'il revèt dans la communauté primitive, et désigne les fidèles du Christ, mais cela ne prouve pas qu'il le revête dans tous les autres endroits où il est employé et qui y répugnent absolument. Smith ne laisse pas, d’ailleurs, d’être embarrassé par les noms propres qui se rencontrent, par exemple, en Mc, 6, 3, à côté de cette dénomination de «frèzes »; mais il se tire de la difficulté en déclarant que sur ce texte et sur ceux qui lui ressemblent, plane le soupçon qu'ils représentent des additions tardives. Explication aussi invraisemblable que possible, car la foi, à mesure qu’elle sublimisait Jésus, s’éloignait davantage de précisions de ce genre, qu’elle trouvait fort gènantes. C'est pourquoi je ne saurais accepter, avec Smith, que les mots mère et frères et sœurs ne doivent, dans l'Evangile, recevoir qu'une interprétation symbolique, et si j'ai fait mention de cette thèse, c'est uniquement pour montrer qu’une opinion préconçue, quel qu’en soit le sens, arrive toujours, avec plus ou moins de bonheur, à se subordonner les textes.

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