‹ La vie cachée de JésusChapitre 5 sur 59 · ENT · texte numérisé non relu

ENT

exprimer cette impression d’opulence heureuse que

la stérilisante, la desséchante domination turque n’a

pu faire disparaître entièrement : c’est une terre d’idylle (4).

Accueillante et fertile, la Galilée était bien peuplée.

Josèphe (Bel. Jud., 3, 2 et Vita, 45) lui attribue

45 villes fortifiées et 204 villages, dont le moindre comptait 15.000 habitants! Il exagère sans mesure; mais il ne l’aurait point fait si la réalité ne lui avait paru excuser d'avance sa vantardise. Les ruines que recouvre aujourd'hui le maquis, surtout dans la

Haute-Galilée, témoignent en faveur d’une densité de …

population agricole très remarquable et quant aux villes, les principales joignaient, aux ressources du trafic local, les profits d’un commerce de transit considérable entre la côte et les pays transjordaniques; encore que la principale route de caravanes, qui conduisait des villes phéniciennes à Damas, passât au Nord de la Galilée, pour gagner d’abord Panéas (Césarée de Philippe). Au temps de la naissance de Jésus, la plus importante de ces villes, sise dans la Basse-Galilée, était la grosse forteresse de Sepphoris;

mais la vie commerciale atteignait son maximum

d'intensité sur la rive Nord-Ouest du lac, làoùsecon-

centraient les produits agricoles de Gennesareth et ceux des pêcheries, où aussi se croisaient les deux grandes routes : celle de la vallée du Jourdain et celle de Ptolémaïs vers Damas; c’est pourquoi dans cette région, où se tiendra de préférence Jésus durant sa vie active, se pressaient les gros villages et les

villes : Chorazin, Capernahum, Bethsaïda, Magdala et,

un peu plus au Sud, Tibériade.

Cette dernière ville naissait à peine lorsque Jésus se leva, car Hérode Antipas, que tenait, comme tous les Hérodiens, la passion des constructions luxueuses, venait de la bâtir (probablement en 26 ap. J.-C.), pour Y transporter sa résidence. La position en était excellente, à portée de sources chaudes célèbres et,

tous impur (Nombres, 19, 16), en sorte que les Juifs peuplant avec des étrangers et des aventuriers, aux-

Juifs finirent par céder aux séductions de la nouvelle capitale et nous savons qu'ils y établirent un lieu de

Ve qw une minorité parmi les païens. Il ne semble pas - que Jésus soit jamais entré dans cette Tibériade, dont e le nom seul, basse flatterie à l’adresse de l” Empereur È romain, ne pouvait que déplaire à un bon Juif (3).

Au reste, ce n’est pas seulement la population de ‘14 Tibériade, c’est, dans de moindres proportions, celle - dela Galilée tout entière, qui, au temps de ‘Jésus, - nous paraît assez mélangée. La pénétration juive dans le pays datait du temps des Macchabées, c’est-à- dire du milieu du n° siècle avant notre ère. En voyant arriver ces colons tenaces, prolifiques et de fréquenation peu agréable, les Phéniciens de la côte, qui tenaient à la libre pratique de leurs caravanes, s’inquiétèrent; ils s’entendirent avec les Ituréens, qui habitaient le Nord de la région, et ils se mirent en mesure d’expulser les intrus, lesquels demandèrent ecours aux Judéens. Simon Macchabée accourut, tua 3.000 hommes aux coalisés et les poursuivit jusque sous les murs de Ptolémaïs, mais il conseilla aux colons d'abandonner la partie et il les rapatria (fin du u° siècle). Ils ne tardèrent pas à revenir, nombreux et décidés à s’enraciner dans ce sol excellent; labou- "eurs, ils furent, en mème temps, soldats et ‘telle se 4 montra leur persévérance qu’en vingt-cinq ans ils se » trouvèrent assez forts pour faire la loi aux indigènes et Îles obliger à choisir entre l’éviction et la cir- concision. Seulement la Galilée était d'accès trop facile, de la mer et du Nord, pour que les étrangers

Ant. 48, 2, EN ete caen allé teur rh emplacement d une ancienne nécropole, lieu entre

légalistes n’y vinrent pas. Hérode s’en consola en la

quels il donna une organisation toute grecque. Les

- prière (proseuché); mais ils n’y furent longtemps :

Le

XIT INTRODUCTION

renonçassent à y pénétrer, ou à la traverser pour leur commerce; Grecs et Orientaux de toute origine se risquèrent bientôt à affronter la mauvaise volonté des Juifs. Ceux-ci se montrèrent plus accommodants qu'on n'aurait pu l’espérer, dès qu'ils comprirent qu'il était de leur intérêt de ne pas décourager les marchands de passage et même ceux qui voulaient s'établir à demeure. D'ailleurs, la politique romaine et celle des Hérode favorisèrent résolument les commerçants, qui développaient la richesse des villes, assuraient un meilleur rendement des impôts et constituaient un élément pacifique fort utile à côté des Juifs Galiléens, toujours trop enclins à jouer des armes (6). C'est pourquoi, vers le temps de la naissance de Jésus, des Phéniciens, des Syriens, des Arabes et même des Grecs vivaient en Galilée à côté des Juifs qui, au contact journalier de ces étrangers, avaient dû laisser fléchir leur exclusivisme intolérant, ainsi qu'il était arrivé lorsqu'eux-mêmes s'étaient établis en terre grecque. Des goyim, désireux de se faire dans le pays une vie plus facile, ou gagnés sincèrement par le jahvisme, se convertissaient et des mariages mixtes, du moins quant à la race, s’en suivaient naturellement. Aussi les Judéens regardaient-ils d'ordinaire les gens de Galilée sans beaucoup de bienveillance, comme des sang-mèêlés ou des provinciaux, toujours plus ou moins suspects d’impureté ; 1 ils leur reprochaient en outre un caractère tumultueux et — c'était moins grave — des façons de parler peu correctes, avec un accent parfois ridicule (7).

De fait, les Galiléens gardaient, parmi les Juifs, leur originalité, qui tenait à la fois au pays qu'ils habitaient, à la vie qu'ils y menaient, à leurs relations avec les étrangers et à leur éloignement relatif de Jérusalem (8). Leur pays aimable et frais, en contraste avec « la triste Judée, desséchée comme par un vent brûlant d’abstraction et de mort » (Renan), leur communiquait cet enjouement et cette sorte

se complaisent volontiers le

n les enrichissant, les rendait généreux. A vrai dire, es montagnes du Nord n'étaient point peuplées que

honnêtes gens et, même au temps de la jeunesse de . Jésus, le brigandage, mal réprimé par une police insuffisante, et encouragé par des profits certains,

vanche, le farniente pastoral de la Judée y était connu ; l’activité y semblait la première. qualité . de tous les habitants, parmi lesquels dominait cerfjainement l’élément paysan. L’éloignement de Jérusalem et le contact avec les païens intéressent sur- tout l'esprit religieux des Galiléens. En général les ‘+ préoccupations intellectuelles de la capitale, qui

raffinait la notion de Dieu ne Îles atteignaient pas “ davantage. Leur foi conservait donc, dans son … ensemble, plus de candeur, plus de simplicité, plus de spontanéité aussi, plus de liberté par rapport aux scrupules d'invention récente, tout en s’attachant rigoureusement aux règles el coutumes anciennes. Les pharisiens avaient pénétré dans le pays, soit

mé à Jérusalem quelques disciples parmi les | aliléens que les grandes fêtes amenaient chaque année dans la Ville; mais, s’il s'était déjà cons- titué des écoles pharisiennes en Galilée — ce qui me semble douteux — aucune n’avait encore atteint la renommée (9). Les écoliers de Judée répétaient, araît-il, avec complaisance : « Quelqu'un veut-ïil enrichir ? Qu'il se dirige vers le Nord; s’il recherche

sciénce, celle de l’Ecriture, car il y avait des synaues en Galilée, comme ailleurs en terre juive, où s enfants recevaient une instruction élémentaire;

se trouvent bien chez eux; leur vie laborieuse,

4 tant sur les caravanes que sur les propriétaires de la plaine, restait une plaie pour la Galilée. En.

avaient engendré les écoles où l’on disséquait la Loi,. Ê e les touchaient guère; les spéculations où se

- qu’ils y fussent venus de Judée, soit qu'ils eussent .

la science, qu'il vienne au Sud». Entendons la grande

XIV INTRODUCTION

et où les adultes entendaient lire et expliquer la Loi; mais, plus encore parce qu’il était en retard sur celui des Judéens que par inaptitude naturelle, l'esprit des Galiléens paraissait réfractaire au rabbinisme.

Les pharisiens de Galilée, séparés du commun des hommes par la rigidité de leurs observances légalistes, formaient tout au plus de petits groupes dans les villes. Au reste, nous ne sommes guère renseignés sur eux que par les Évangiles. Il est permis de conjecturer que le commun des hommes les admirait de loin sans les imiter. D’autre part, les rigoristes de Judée reprochaient aux Galiléens de se laisser contaminer par des superstitions étrangères, ou issues de ces insinuantes religions syriennes, dont les Judéens eux-mêmes n’avaient pas toujours pu se garder. Nous voudrions bien savoir si les sectes syncrétistes, dont nous entrevoyons l'existence sur les confins de l’orthodoxie juive, s'étaient implantées dans ce milieu où se forma Jésus; malheureusement les textes ne nous permettent sur ce point aucune affirmation et, tout au plus, nous est-il possible de croire que les Esséniens n'étaient pas inconnus dans le pays (10). Ce que peuvent encore laisser deviner nos Synoptiques, c’est qu'une certaine indifférence à l’activité religieuse se manifestait dans les cités placées au bord du lac : Capernahum, Chorazin et Bethsaïda (Mt, 11, 20-24), mais nous ne savons pas si elle tenait au cosmopolitisme de ces villes de commerce, ou aux préoccupations trop matérielles de leurs habitants.

Les Juifs de Jérusalem prétendaient, paraît-il, en s’autorisant du passé et en se fondant sur les Ecritures, qu'il ne pouvait venir de prophète de Galilée (Jn, 7, 52); leur orgueil se complaisait à le croire; en tout cas, il n’en pouvait guère venir un qui fût selon leur goût. Un nabi grandi dans cette nature accueillante, parmi ces gens à l'aise, au contact de paysans et d'ouvriers de village, très pieux sans

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‘INTRODUCTION XV

doute, mais tout simples dans leur piété, ou de ces « laxistes » urbains, déplaisants peut-être pour un homme très religieux, mais, du moins, exempts de fanatisme et habitués à ne point considérer les étrangers comme des animaux impurs, ne pouvait évidemment se représenter lahwé, ses exigences, ses promesses, son service et sa gloire sous les mêmes espèces que les Judéens. Menant une vie pénible, sur une terre revèche, parmi les perpétuelles alarmes religieuses, en proie aux scrupules énervants et à une inquiétude d’esprit entretenue, à la fois, par les docteurs pharisiens et par les zélotes (411), les Juifs du Sud attendaient de leur Dieu plus qu’un des hérauts de sa justice, plus qu’un prophète comme ceux d'autrefois; ils imploraient la venue du messager de sa colère, qui, armé d’une puissance invincible, ferait de la tête des ennemis d'Israël un escabeau pour les pieds de ses fils, et assurerait, en mème temps que le triomphe de la Loi sainte, la félicité terrestre des justes qui l’auraient exactement suivie. Si Jésus ne s’est point présenté comme un Messie guerrier et s'il paraît s’être attaché, avec une prédilection particulière, à recommander la piété du cœur, faite de confiance en Dieu, « notre Père », et non point d’observances méticuleuses et desséchantes, l'amour et l’indulgence plus que la stricte justice, la résignation plus que la violence, même légitime, il ne parait point téméraire de croire que la Galilée y fut bien pour quelque chose. La suite de notre étude nous offrira d’ailleurs l’occasion de noter avec plus de précision, sur tel trait de caractère du Christ, l'influence du milieu où il a vécu.

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RTE ASENT INTRODUCTION à II. — L'espérance messianique en Israël. — Incertitudes sur #4 la personne du Messie. — Les diverses conceptions. — Fils

de David ou fils de Lévi. — Le Messie victorieux. — L'agita- F tion messianique. — L’attente messianique emplit la pensée juive.

hi me né ln

En Les Galiléens, comme la plupart des Juifs, atten-. daient le Messie. Je me garderais d’insinuer que … Jésus n’a eu d’autre peine à prendre que de chercher à réaliser le type messianique imaginé par ses compatriotes, puisque rien ne nous autorise à croire … qu'ils se figurassent le Béni de lahwé autrement que > ne faisaient les Judéens et que l’on conteste encore ee que Jésus se soit cru le Messie; mais il me semble La que ses allures durant sa vie publique, le ton et mème le fonds de son enseignement s’accordent bien avec le cadre galiléen et s’harmoniseraient mal avec celui de la Judée. Au reste, quelque opinion que Jésus ait eu de lui-même et de sa mission, sa levée demeurerait entièrement inintelligible si l’on perdait de vue que l’espérance messianique constituait, de son temps, le principal aliment de la piété juive, le . soutien et comme la raison d’être de ce qu’on peut appeler le patriotisme juif; c'était en elle qu'Israël puisait la force de supporter ses humiliations présentes et son abaissement, et aussi celle de résister à la tentation de s’assimiler à ses vainqueurs. Si lahwé n'avait pas définitivement rompu son pacte avec son peuple, si seulement il restait juste, l’avenir ne pouvait que réserver aux Juifs une éclatante revanche et. aux méchants, qui les opprimaient, un châtiment mérité. En soi cette conviction tenait au principe même du lahvisme et les malheurs subis par Israël, depuis le retour de Babylone, l'avaient seulement rendue plus active et plus précise. Sous sa forme la plus ancienne, antérieure à l’exil, l'attente du Messie -

‘af CI

INTRODUCTION

ne supposait point d’intermédiaire entre lahwé et | ses fidèles ; la puissance divine devait se manifester directement; mais, à mesure que l’idée de Dieu se sublimisa et qu'on admit plus difficilement que l’Absolu et l’Infini pussent se limiter en prenant contact “ avec le monde matériel, la vraisemblance d’une théo- — phanie, voire même celle d’une action personnelle “ de Jahwé, sous une forme quelconque, s’affaiblirent À et disparurent. D'autre part, sous l'influence perse, - l'idée, familière aux anciens Juifs, de l’homme ins- + piré, qui accomplit une œuvre divine, grandit et - s’amplifa jusqu’à la conviction que le Salut d'Israël “ serait réalisé par un délégué spécial de Dieu. D’au- - cuns pensaient même que lahwé l'avait créé avant le monde et le gardait près de lui en attendant l'heure - marquée par sa volonté (Hénoch, 48, 3 et 6), % Qu'il dût venir un jour ou l’autre, personne n’en … doutait, mis à part, peut-être (12), l'aristocratie sadne ducéenne de Jérusalem, et le peuple croyait ferme- - ment qu’on le verrait paraître bientôt; mais sous quelle forme ? On hésitait et plusieurs livres, qui - couraient au premier siècle avant notre ère, tels celui + de Daniel, celui d’Hénoch et les Psaumes de Salomon, » ne s’accordaient pas à représenter sous le même 4 aspect le Béni de Iahwé, non plus qu’à tracer le même tableau de l’œuvre qu'il accomplirait. Le livre D: de Daniel suggérait la représentation d’un Messie …. directement descendu du ciel : « Je regardais dans à ces visions de la nuit el voici que vint comme un fils d'homme dans les nuées du ciel » (Dan., T, 13); mais … d’autres textes, considérés comme prophétiques, “ imposaient l’idée d’un homme tiré de l'obscurité par … Dieu: « Réjouis-toi.… fille de Jérusalem, ton roi vien- - dra vers toi, juste et sauveur, modeste et monté sur un âne et sur le petil d’une ânesse » (Zacharie, 9, 9). La figuration apocalyptique du Messie pouvait séduire » particulièrement l'imagination populaire; ïil ne . semble pourtant pas qu’elle ait été la plus répandue

XVIII INTRODUCTION

au temps de Jésus et ce n’était point celle qu’acceptaient les écoles pharisiennes. L’Elu, enseignaient

d'ordinaire les rabbins, devait venir au monde tout: comme un autre homme et vivre dans l’obscurité

durant un temps plus ou moins long, puis en sortir,

sur l’ordre de lahwé, pour manifester sa gloire. Ils

pensaient aussi qu’en lui refleurirait la race de David, dont toute trace apparente avait sans doute disparu, mais dont on pouvait croire qu’elle durait dans

quelque famille inconnue (13). Dans un écrit du temps de Pompée (milieu du I‘ siècle avant J.-C.) et connu sous le nom de Psaumes de Salomon (14), nous lisons : « C’est toi, Seigneur, qui as élu David comme roi sur Îsraël et tu lui as fait serment sur sa descen-

dance, pour lout le temps que son règne ne serait point ôté de devant toi » (Ps. 2, 4). Et un peu plus loin : « Vois-y, 6 Seigneur, et fais que se lève pour eux leur roi, le fils de David, au temps que tu as marqué, 6 Dieu,

afin qu’il règne sur ton serviteur Israël. El ceins-le de force, afin qu’il écrase les dominateurs injusles, qu’il purifie Jérusalem des païens qui pitoyablement la

foulent aux pieds » (Ps. 21, 21-22). Il y a lieu de

penser, présentement, que la caste sacerdotale, ou, à tout le moins, une partie des Lévites, se persuadaient

que le Messie sortirait de la tribu de Lévi ; il sem-

blait à des prêtres convenable et vraisemblable que

lahwé choisit son héraut parmi ses serviteurs les

plus directs, plutôt que parmi les descendants du

roi, dont les Juifs gardaïient le souvenir parce qu'à

son nom s’aliachait la plus glorieuse période de

leur histoire, mais qui n’était point demeuré sans

reproche devant la Loi (45).

Fils de David, fils de Lévi, ou messager céleste, le . Messie exterminerait les méchants et préparerait aux bons, sur la terre régénérée, une félicité sans fin où du moins très longue, dans le Royaume de Dieu: c'était là son œuvre. On s’en représentait l'exécution suivant des schémas assez différents (46), mais les

INTRODUCTION ‘ XIX

Juifs, quoi qu'on en ait dit, ne concevaient point qu'elle pût s'accomplir par la souffrance et par la mort du Messie. Quelques sectes syncrétistes issues

… du judaïsme n’avaient-elles point, sous l'influence J )

des mythes d'Adonis, de Tammouz ou d’Attis, fait place à une notion de ce genre dans leurs « mystères »? Nous l’ignorons ; en tout cas, elle restait, autant que nous en pouvons juger, totalement étrangère aux Israélites véritables (17). Le Christ qu'ils appelaient de leurs vœux, ils se le figuraient toujours

“ comme un roi victorieux, dont l’invincible puissance

établirait la Loi de Dieu sur la terre tout entière (18).

L’attente messianique, en ce qu’elle enferme tous les espoirs de libéraiion et de revanche des Juifs opprimés et humiliés, constituait un encouragement permanent pour les agitateurs. Aussi bien les hommes très pondérés, et plus politiques que fanatiques, ne la considéraient point avec sympathie en Israël et nul doute que les Romains ne l’eussent en horreur ; c’est pourquoi Josèphe en parle si peu et se donne

- l'air de la croire réalisée en Vespasien qui, cepen-

dant, représente bien mal, pour les Juifs, « Celui qui doit venir » (19). Puisque le Messie pouvait sortir brusquement de l’obscurité, la tentation de se prétendre, de bonne foi ou par calcul, l’élu de Jahwé, s’offrait

au premier révolté venu ; le peuple crédule et exalté

Lie. à HUE en

lui faisait volontiers confiance dès le moindre succès. Nous sommes très mal renseignés sur les mouvements méssianiques qui, logiquement, ont dù se produire avant la « levée » de Jésus; peut-être, cependant, en entrevoyons-nous quelques-uns. C’est ainsi que nous soupçonnons deux personnages, nommés lan et l’autre Judas, tous deux Galiléens (20), et qui causèrent une redoutable agitation dans leur

… pays, — l’un à la mort d’Hérode, l’autre au moment

kde la confiscation du royaume d’Archelaüs par

* Auguste, — non pas de s'être donnés pour le Messie, “ mais d’avoir profité de l’espérance messianique. II

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u À 4. ? ; À + , , a: LIÉE INTRODUCTION

en va de même, d’ailleurs, des trois ou quatre autres .

aventuriers qui se lèvent en même temps que Judas”

de Gamala, le second des deux Judas, sur divers points

du petit monde juif (21). On croyait généralement

que la venue du Messie serait précédée d’une période de troubles et de confusion : l’agilation qui secoue

la Palestine durant les deux ou trois ans qui suivent

la mort d'Hérode I* n’annonçait-elle pas l'approche

des temps promis? Plus d’un Juif dut se le demander

sérieusement (22). 11 paraît vraisemblable — les textes ne nous permettent pas d’être plus affirmatif — que des illuminés, dont Jean-Baptiste nous offre

un bon type, se levaient de temps à autre pour rap- . peler que le grand jour était proche et pour décrire

ses joies réconfortantes, ou pour exciter le peuple à

hâter son aurore par des prières et des mortifica-

tions (23). .

Disons plus : vers le temps de Jésus il ne semblait pas possible qu'un Juif qui se distinguerait parmises compatriotes par l'intensité de sa vie religieuse et

qui entreprendrait, en vertu d’une vocation inté-.

rieure, de leur parler de leur Dieu et de leurs espérances, ne fût pas soupçonné d’être le Messie, et, pour peu qu’il obtint quelque succès, n’inclinât pas. lui-même à se croire favorisé du choix de Ilahwé. Car toute la pensée juive se tourne alors vers les préoc-. cupations religieuses, et les misères du présent tendent toute la vie nationale vers la revanche de l'avenir, que les Prophètes ont annoncée. Les prêtres y songent dans le sanctuaire, les pharisiens la savourent d'avance dans leurs écoles et dans les synagogues; les esséniens en rêvent dans leurs retraites et tout le peuple, surchauffé par ses illuminés, ses docteurs et ses ascètes, n’attend, pour se lever luimême, que le signe de Dieu (24).

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