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De 1900 à juin 1911,le prix moyen des logements parisiens inférieurs à 250 francs a donc augmenté de 20 %, celui des logements de 250 à 500 francs, de 15 %.
Ainsi donc, malgré les aménagements luxuèux apportés aux maisons « bourgeoises », la hausse retombe surtout sur les logements des familles ouvrières, sur les loyers de 100 à 500 francs. La raison de ce phénomène nous parait facile à deviner. On construit peu de maisons à bon marché, à Paris en particulier, et dans Îles villes françaises en
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général {1}. Sur les emplacements libres des grandes villes, on n'édifie guère que de beaux immeubles, qui augmentent le nombre des appartements bourgeois disponibles, alors que celui des logements populaires reste à peu près stationnaire. Leur nombre, à Paris, était de 670.000 en 1900, de 716.000 en 1908, ce qui représente 73 à 74 % de la totalité des locaux d'habitation dans la capitale. C'est dans ces petits appartements que l’on rencontre les familles les plus nombreuses. Il y a, d'après le docteur |.Bertillon, 20.000 familles de plus de six personnes entassées dans ces locaux, dont un grand nombre défient les lois de l'hygiène la plus élémentaire.
Le prix des loyers en province. — L'Economiste Européen a fait porter ses investigations sur la France entière. Voici les conciusions qu'il tire. Les dépenses locatives se sont «très fortement accrues, et cela non seulement à Paris, mais dans la France entière. Bien mieux, il paraît ressortir d'une évaluation effectuée en 1880, que l'accroissement de la valeur locative aurait été moins rapide dans le département de la Seine que dans l'ensemble du pays ». Si on représente par 100 la valeur locative par habitant, en 1880, les indices représentatifs aux diverses époques prennent les valeurs suivantes :
Valeurs locatives par habitant
Années France entière Département de la Seine TO DO ee ET ns à 6e 20,2 AE DO A es Es ce 335 54,4 LOS A a en me 5 58,8 RO A DANONE 160 100
(:} Le rapport du Conseil supérieur des habitations à bon marché hous apprend que le nombre total des habitations à bon marché n'est que de 307 pour la France entière ! Et les caisses d'épargne n'ont consacré à ces habitations, en 1910, que 10.879.430 francs. Les lois de 1894 et de 1906 n'ont donc pas eu beaucoup d'effet.
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Depuis 1833, la valeur locative par habitant aurait donc triplé dans la France entière, tandis qu'elle n'aurait même pas doublé à Paris.
Le Superflu et l’Imprévu
Ce n'est pas sans intention que nous rangeons ce qui a trait à cet ordre d'idées parmi les dépenses de la vie courante.
Les goûts de bien-être, les habitudes de confort et de luxe, les raffinements de la table et de la toilette, la recherche des distractions, jadis réservés aux « classes dirigeantes », se sont répandus dans la masse. Que ce soit socialement un bien ou un mal, nous n'avons pas à le rechercher ici. Il semble, toutefois, que cette diffusion du bien-être, conforme à nos principes de justice et de solidarité, contribue à réaliser un meilleur état social. Nous ne saurions plus admettre cet échantillonnage de l'espèce qui paraissait diviser autrefois les hommes en deux catégories : l’une condamnée à souffrir — où même à vivre dans les meilleures conditions de « rendement », en se contentant du nécessaire ; — l'autre appelée à jouir, c'est-à-dire à consommer le superflu.
Une vie que remplit seulement le nécessaire apparaît à presque tous les regards sous les couleurs les plus ternes, les plus sombres.
Vivre, même au sens matériel du mot, ne consiste pas à manger et à boire pour réparer chimiquement sa substance : le savant qui doserait, chaque jour, à chaque citoyen, l'albumine, l'azote et le carbone n'atteindrait pas la popularité. Vivre ne consiste pas à nous vêtir, à nous loger, à nous mouvoir parmi nos semblables, selon les lois strictes de l'hygiène et de l'équilibre. Le vieux Pater que balbutient, ou du moins qu'ont balbutié toutes les lèvres, n'est assurément pas exigeant : mais qui de nous songerait à
remercier Dieu, si Dieu ne lui donnait que son « pain quotidien » ?
Il nous faut du beurre sur notre pain. Il nous faut même plus de beurre que de pain, faute de quoi la vie, aux yeux de nos contemporains, ne vaudrait pas la peine d'être vêcue. Les saints et les apôtres restent seuls à célébrer les vertus du pain sec. Nous avons, en d’autres termes, d'immenses besoins de superflu, des besoins qui rentrent continuellement dans les catégories du nécessaire.
Ne déplorons pas, ne regrettons rien. Constatons.
À tous les moments de l’histoire, le luxe est flétri par les philosophes, condamné parnombre desociologues,ou même proscrit par le législateur. Rome et notre moyen âge font des lois somptuaires. Voltaire déplore que le thé, le café, le sucre, les épices et autres denrées ( superflues » coûtent annuellement 50 millions à la France, alors qu'Henri IV « déjeunait d'un verre de vin et ne s'en portait pas plus mal ». Jean-Jacques et son école prèchent le retour à la nature. Plus près de nous, l'excellent J.-B. Say vaticine : « Les personnes qui cherchent à répandre le goût du luxe, conspirent contre le bonheur de la Nation! »
Cependant, rien, dans le domaine de l'économie sociale, n'est moins définissable, ni plus relatif, ni plus subjectif que le luxe. Tel objet de luxe pour un manœuvre est, pour un intellectuel, objet de première nécessité. Tel objet de luxe au x1° siècle — on a cité l'exemple de la chemise — se trouve à notre époque sur le dos du pauvre diable. Le luxe est sans limites à cause de l'extension, toujours possible, des besoins et des désirs des hommes. Le luxe, pour chacun de nous, renouvelle la fable de Sisyphe : à peine l'avons-nous installé au sommet de notre existence, à peine entrons-nous en possession de cet objet rare, précieux, délectable, si longtemps et si ardemment souhaité, qu'il tombe dans l'ornière de nos habitudes et que nous nous proposons de nouvelles conquites.
Ce qui est vrai chez l'individu, se vérifie dans la suite des générations. « I n'existe qu'un seul article, écrit Mac
Culloch, parmi ceux regardés aujourd'hui comme indispensables à l'existence, ou une seule amélioration d'une nature quelconque qui n'ait été dénoncée, à son apparition, comme une superfluité inutile ou même nuisible. »
Sans doute il importe de distinguer : tels objets de luxe qui flattent la sensualité dans ce qu'elle a de plus bas, tels plaisirs qui corrompent et qui dégradent, ne deviendront jamais «indispensables à l'existence ». Ils s'éiminent au contraire, et sont tôt ou tard le prétexte de salutaires réactions. Le luxe d'Héliogabale disparaît sous le mépris de la postérité. Au contraire, le luxe des Médicis laisse subsister une tradition d'art et de suprème élégance.
Mais nous sommes loin des Médicis. Le luxe, en étendant ses champs d'expérience, a changé de caractère. En pénétrant dans la démocratie, il s'est vulgarisé. Nul ne roulait carrosse, jadis, que les grands seigneurs : aujourd'hui, nous avons les fiacres, les transports en commun. Nous avons encore mille autres façons ingénieuses et peu coûteuses de « faire du luxe » collectif. Quelle âme assez fortement trempée serait capable de résister à ces tentations ?
Evidemment elles grèvent les budgets ; elles contribuent à nous rendre la vie chère. Nous paierions plus volontiers notre propriétaire, notre tailleur, notre boulanger, si nous achetions moins de plaisirs. Et le propriétaire, le tailleur, le boulanger, d'autre part, nous seraient plus miséricordieux s'ils n'étaient eux-mêmes, pour les mêmes raisons, pressés d'argent. Nous aurons à revenir sur ces matières dans les chapitres consacrés aux causes de renchérissement. Il va nous suffire pour l'instant d'observer que loin d'arrêter la course au plaisir, loin de calmer l'universel appétit de jouissance qui creuse l'estomac du plus humble, la présente crise excite, semble-t-il, nos désirs de superflu.
Voilà des faits inéluctables et contre lesquels il serait vain de s'insurger. Le superflu, ce qui, pour la plupart des hommes, fait le charme et la joie dela vie, — charme souvent équivoque et joies superficielles, mais si rapide-
ment assimilées | — le superflu s'intègre dans la vie et lui devient nécessaire au même titre que le logement et la nourriture:
Il nous faut donc tenter d'établir ici le «budget du superflu», et nous n'envisagerons pas seulement les dépenses où sont entrainées les personnes menant un «grand train », mais plutôt les dépenses que s'accoutument à faire tous ceux qui disposent d'un petit ou d’un moyen revenu.
Si nous développons ce Chapitre proportionnellement plus que les autres parties, c'ést pour bien montrer que l'augmentation des dépenses non strictement indispensables est, pour une grande part, dans la gêne relative dont se plaignent beaucoup de nos contemporains. Les considérations que nous faisons ici se rapportent à un grand phénomène social (qui est une des causes de la «vie chère ») : l'augmentation des besoins.
1° L'ameublement et la toilelte. — Ce qu'on appelle couramment ( le confort moderne », et dont nous aurions pu parler au chapitre du logement, postule mulle détails à l'ameublement et à la décoration de l'intérieur. On veut des sièges moelleux, des armoires à glace, des bibelots sur des étagères, des fleurs dans des vases, des rideaux aux fenêtres et des tapis aux parquets. Le piano, certificat d'esthétique, trône chez le petit fonctionnaire et jusque chez votre concierge. Le service de la table se complique et sagrémente.
Si nous ne considérions que ia valeur marchande de chacun de ces objets pris isolément, nous ne saurions parler de vie chère. Il n’est pas douteux, en effet, que l'ameublement, dans la plupart de ces catégories, se soit mis, depuis quelques années, à la portée de toutes les bourses. La fabrication dite « en série », l'industrialisation de l'ébénisterie, si préjudiciable au style et si fâcheusement révélatrice du goût — pour ne pas dire du mauvais goût — contemporain, permettent aux marchands d'établir des
prix alléchants. Les grands magasins cataloguent des salles à manger, des chambres à coucher, des salons complets entre cent cinquante et deux cents francs. Et nous ne parlons ni des «occasions », n1 de la vente à crédit qui viennent encore, à cet égard, solliciter l'acheteur.
Le goût du solide et du durable cède, un peu partout, au goût du clinquant et du bon marché. On prétend s'entourer de choses qui «fassent de l'effet ». On aime mieux acheter davantage et plus souvent que d'acheter une fois pour toutes, dans de bonnes conditions, l'objet désiré. Le bibelot et le bimbelot se confondent. Les faux bois, les faux bronzes, les faux marbres, les fausses porcelaines, les fausses argenteries composent notre décor familier. La quantité remplace la qualité; mais elle nous coûte, en fin de compte, beaucoup plus cher.
Les mêmes observations peuvent se répéter au sujet de la toilette. La forte lingerie d'autrefois, les trousseaux qui duraient (toute une vie » sont, paraît-il, tombés en désuétude. Les femmes achètent au petit bonheur, selon leurs besoins momentanés et leurs moyens. Les fausses étoffes, les fausses dentelles, les faux bijoux, les «imitations » et les colifichets de tout acabit font les délices des petites bourgeoises. À quoi bon payer si cher des vêtements capables de résister si longtemps? Ne vaut-il pas mieux renouveler plus souvent sa garde-robe et suivre les caprices de la mode? Les hommes, eux, ont d’autres travers : ils ne s'endimanchent plus comme jadis, mais il leur faut, tous les jours de la semaine, être habillés correctement. Le « vêtement de travail » disparait. Il devient malaisé de distinguer dans la rue un ouvrier ou un employé d'un bourgeois. Les damnés de la terre et les forcats de la faim se refusent à porter l'uniforme ou, comme ils disent, la livrée. C'est leur droit, mais assurément leur bourse en pâtit.
2° Le café. — La brasserie, l'estaminet, le café sont passés dans nos mœurs. Ce n'est pas seulement le goût de l'alcool
qui pousse l'électeur au cabaret. Le (salon du pauvre » sert aussi de forum à la démocratie. L'heure funeste de l'apéritif est celle de la discussion politique. Quantité de gens vont au café pour y lire les journaux, pour s'informer de questions sociales à l'ordre du jour, pour entendre les orateurs complaisants, même en dehors des périodes électorales, pour critiquer l'Hôtel-de-Ville ou le Palais- Bourbon.
Au point de vue qui nous préoccupe, nous enregistrons ici deux faits opposés. Dans les cafés et dans les brasseries des grandes villes, le prix des consommations tend às'élever. Si le débitant ne se risque pas souvent à changer ses tarifs, — quand il le fait, c'est après avoir longuement crié misère et prudemment motivé sa décision, — il rationne sa clientèle et lui impose des portions de plus en plus congrues. Les flacons et les verres sont gradués: les garcons «versent » la liqueur demandée et remportent aussitôt la bouteille; le patron ou le gérant de l'établissement font peser sur votre personne une surveillance de tous les instants. Enfin, le pourboire vous rappelle, sous maints prétextes, sa dispendieuse tyrannie.
Les faubourgs des grandes villes, par contre, ont vu naître, se développer et fructifier, avec une rapidité prodigieuse, ces bars rutilants de lumière, ces comptoirs, ces «zincs » étincelants où, par l'économie des frais généraux et du personnel, par la réduction des quantités et par le choix judicieux de la qualité, la consommation s'abaisse à des prix «défiant toute concurrence », sinon toute hygiène.
Boissons chères des grands cafés et liqueurs démocratiques des bars, offertes, les unes comme les autres, dans un nombre de débits toujours croissant, profitent d’une demande continuellement plus exigeante et plus serrée. La consommation de l'alcool, qui était en France de 1.289.468 hectolitres en 1907, s'est accrue de 10 °/, depuis quatre ans. Mais qu'’avons-nous à faire ici des statistiques de l'alcool? Nos soucis ne concernent point l'hygiène du corps humain, mais celle de la bourse; et nous voyons le
«luxe » du mastroquet peser durement sur les finances du peuple.
3° Le théâtre. — Le théâtre — faut-il évoquer les « jeux du cirque »? — entre aussi, pour une grosse part, dans nos frais somptuaires. A Paris, comme en province, les salles de comédie ou d'opéra, les cafés-concerts, les musics-halls vont se multipliant, et rares sont les entrepreneurs qui font faillite. En 1806, les «jeux et spectacles divers » employaient, en France, 38.000 personnes, artistes indépendants non compris. En r9o1, ils en employaient 48.000. Et depuis dix ans, bien que nous manquions de statistiques précises, la population active de Cabotinville n'a cessé d'augmenter dans d'énormes proportions.
Les recettes des directeurs justifient une telle pléthore.
Celles des théâtres parisiens, qui s'élevaient en 1850 au chiffre de 8 millions, ont atteint en 1910 le total formidable de 57 millions.
Le docteur Jacques Bertillon établissait naguère la statistique suivante :
Un habitant du département de la Seine dépense en un an pour le théâtre
FRONT OPEN EME LE CANte NT re TSH NN ER AE DS 107 1855 (Expos.) . 8 ot LÉ00 LA RTE Irene 10 PUR 7 39 TOUS: ENT ANNE 8 88 IS0S 7 AI 1900 (Expos.) - . . "14 80 RO En 8 65 LOC NE LE NE RL OR OO DORE 8 67 10004 EU MESSE ECS 1800 8 o8
et il complétait par le tableau comparatif suivant, qui fait ressortir le goût grandissant pour les spectacles du (musichall » :
1895 1909 Théâtres subventionnés . . . Fr. 7.821:249 8.898.112
Théarres Vers NE 0032 20.981.492