‹ La Vie ChèreChapitre 12 sur 48 · DOUAI · texte numérisé non relu

DOUAI

Mais on nous dira qu'à Paris l’afflux des étrangers fausse notre arithmétique et la détourne de sa signification profonde. Prenons donc une grande ville de province, Lyon par exemple, qui n'est pas cosmopolite et n'a pas la réputation d'une ville de plaisirs. Une enquête faite par le Salut Public va nous fournir des éléments d'appréciation.

Voici les droits encaissés par le Bureau de bienfaisance de Lyon (droit des pauvres) sur les spectacles de ces quatre dernières années :

ÉDREOOS er Mr rl L P2s0200 01) DDATOO D RE REP A 201-2410 0 PHOTO AN. Monet er le em 2 OAI ED ÉRIO TER Re dt, LR U-202 012200

Or on sait que le droit des pauvres représente le 11° de la recette brute, et il est facile de calculer, par une simple multiplication, ce que le goût du théâtre coûte annuellement aux citoyens lyonnais.

La même ville de Lyon va nous fournir un autre élément d'appréciation. Indépendamment du droit des pauvres, perçu par le Bureau de bienfaisance, le prix des places est frappé d'une taxe fixe de o fr. 10, en remplacement de droits d'octroi. Il nous suffira de multiplier par 10 chaque total annuel pour avoir à très peu près — car il faut tenir compte des abonnements — le nombre des entrées dans les divers théâtres de la ville.

Voici les chiffres pour les six dernières années :

TOOO M NOEL A 720080 (OCT 412-000 CNAEES 1007. M TN Z OS AL O ND EEE CONS /ILe 000 1008. 1 MT AM E200 OUAIS SP 006 AT RE TOOD A RAT SEEN Z TA ON Ste Re IAOS Se TI EN 1910. 228447 901 1022844700 —

IOII one. a: Data os ation non encore arrêté).

Ainsi, dit en substance l'auteur de l'enquête, en pleine crise de vie chère, alors que la viande, le beurre, les œufs atteignent des « prix de famine » et que la plus grande partie de la population crie misère, les théâtres de la ville voient sencombrer leurs guichets et s'arrondir leurs recettes: en 1910, ils enregistrent 537.270 entrées de plus qu'en 1906, soit 42 en moyenne par tête de Lyonnais ! Nous savons bien que les Lyonnais ne sont pas seuls à fréquenter des spectacles de Lyon et que, pour avoir une exacte proportion, il faudrait multiplier par 2 ou 3 le chiffre de 525.000 habitants que le dernier recensement attribue à la capitale du Sud-Est. Mais il faudrait défalquer, par contre, de ce chiffre de 525.000 habitants, les vieillards, les malades

et autres qui, par force majeure, ne « pratiquent » pas le théâtre.

Tout compte fait, il resterait encore une jolie moyenne, et singulièrement édifiante. L’habitude du théâtre est entrée dans nos mœurs, à ce point que nul, même parmi les plus pauvres, ne sauraient s'en priver. On s'endette chez le fournisseur, ou bien l’on se nourrit mal, mais on s'offre la comédie, l'opéra, le café-concert, le cinématographe.

Trouverons-nous dans le prix des places une explication de ce phénomène? Les entrepreneurs de spectacles ont-ils baissé leurs tarifs, tandis qu'épiciers et bouchers élevaient les leurs? Nullement: d'une enquête faite tant à Paris qu'en province, il résulte que le prix global des places, en l’espace de cinq ans, a augmenté de 20 à 25 %. Cette aug-

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mentation porte non seulement sur les places deluxe, mais aussi, dans une appréciable mesure, sur les places populaires.

Ainsi donc, on constate une double augmentation: celle du prix des places et celle du nombre des entrées dans les théâtres.

4° Les vacances. — Indépendamment du repos hebdomadaire, aujourd'hui généralisé, et de la (semaine anglaise » — cinq jours et demi de travail sur sept — qui tend à s’imposer dans le monde de la banque et dans certaines industries, il est peu de travailleurs intellectuels ou manuels qui ne réclament leurs « vacances ».

Elles consistent en 8, 15 ou 30 jours de congé — même davantage — que l'employeur accorde annuellement à l'employé. Les grandes administrations, publiques ou privées, donnent des vacances, sans trop de difficultés, aux membres de leur personnel, ceux-ci se concertant et se suppléant détoursde role "dersorte/que leservice”nen souffre pas. Cette trève périodique, dans la lutte pour la vie, est théoriquement excellente. Elle permet au travailleur de lever le front et diriger son regard vers des horizons plus reposants. Elle l'arrache aux banalités, aux soucis sinon aux tristesses de chaque jour. Elle ouvre les fenêtres de sa vie, elle le change d'atmosphère, elle le transporte parfois au septième ciel de l'inconnu.

Les ouvriers, moins favorisés-à cet endroit que les employés sériclo sensu, voudraient que ce droit aux « vacances » s'étendiît, sans que le salaire, bien entendu, s’en trouvât diminué. Un projet de loi a même été déposé dans ce sens, sur la tribune de la Chambre, par un député du parti socialiste.

Or, il n'est pas douteux que les « vacances » coûtent cher. Elles coûtent au patron qui les subit comme à l'employé ou à l'ouvrier qui les prend. Ce dernier point de vue doit retenir notre attention. Alors même que le congé sera payé par le patron, — et ce paiement n'est-il pas une

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