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velles. Mais l'élévation des frais s'est trouvée largement compensée par l'accroissement de la production.
Même observation pour le vin. De 1890 à 1800, notre vignoble,se ressentant encore du phylloxéra et à peine reconstitué, re nous donnait, en moyenne, Que 35 millions d’hectolitres de vin. En 1900, ce chiffre s'éleva brusquement à 68 millions, et la moyenne décennale 1900-1909 atteint 56 millions, soit 21 millions de plus que pendant la période antérieure. Cette augmentation considérable a fait baisser le cours des vins, et la consommation en a largement profité. Seule l'année 1910 a été exceptionnellement déficitaire.
Pour le bétail, la question est plus complexe. De 1899 à 1900, l'effectif annuel des bovidés s'élève de 13.550.000 têtes à 14.207.000. Cette augmentation de 747.000 têtes de gros bétail ne serait pas très importante et pourrait même être taxée d’insufhsante, si l’on considère l’énorme accroissement des besoins et des exigences du consommateur durant la même période. Mais il faut tenir compte des progrès de l'élevage en qualité. Ces progrès ont donné une fort notable majoration du poids moyen par tête d'animal abattu. Les états statistiques du marché de la Villette nous donnent à cet égard les chiffres suivants :
Augmentation en kilos depuis dix ans
B'OŒUIS SR EPRET A EURE ERE 28 SONT NACRES EEE PER 75 — 26%, HAUTE AU EME TE 4e — 170 6 VASE DOME Le T0 00 dos € 15 er 1900/S
Or. nous abattons annuellement 5.550.000 têtes d'animaux de l'espèce bovine, parmi lesquels on peut compter deux millions de bœufs. Une augmentation de 30 kilogrammes par tête, en l’espace de dix ans, représente donc 76 millions de kilogrammes de viande dont la consommation voit s’accroître ses ressources, avec le même nombre d'animaux abattus. Les mêmes calculs donnent une augmentation de 15 millions de kilogrammes pour les veaux et de 14 millions
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pour les ovidés, bien que l'effectif de ces derniers ait diminué d'environ 800.000 têtes.
Le poids de la viande de porc s’est également élevé. Chaque porc abattu donnait, 1l y a dix ans, une moyenne de 76 kilogrammes et en donne aujourd’hui 104. L’effectif de notre élevage porcin ayant en outre augmenté d’un million de têtes entre 1809 et 1900, on voit de combien ont pu s'accroître nos dispomibilités dans cette branche de la consommation.
Ce sont là des résultats appréciables. Ils sont contrariés de plusieurs côtés, notamment par les goûts du consommateur, qui se met à exiger certains animaux de boucherie très Jeunes. On mange moins de bœuf et moins de mouton : on préfère le veau et l'agneau. Ces hécatombes de nouveaux-nés sont sans doute préiudiciables à l’essor àe notre troupeau national. D'autre part, le développement de l’industrie laitière tend à augmenter le nombre de vaches au préjudice des bœufs. Et ia vache, aussi comestible que le bœuf, acquiert de ce chef une nouvelle valeur qui hausse les prix généraux de la viande.
Il y a lieu, d’autre part, de tenir compte de nos exportations de bétail qui se sont accrues pendant ces trois dernières années, par suite de la pénurie de viande qui s'est manifestée dans l’Europe centrale. Référons-nous à cet égard au tableau statistique du bétail exporté de 1905 à 1910. Ce tableau est dressé par les soins du gouvernement. En voici quelques extraits:
En 1910, on exporta 48.687 bœufs, contre 22.911 en 1009, soit plus du double.
En 1910, on exporta 20.568 vaches, contre 4.870 en 1000, soit le quadruple.
En 10910, on exporta 8.006 taureaux, contre 034 en 1009, soit huit fois plus.
En 1910, on exporta 75.541 veaux, contre 17.802 en 1900.
Les exportations d’agneaux, pendant la même période, montent de 24.943 à 32.506; celles de porcs, de 80.530 à 120.576; celles de génisses, de 452 à 1.437.
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Ces exportations se sont encore accrues en 1911. Pour ne prendre qu’un exemple particulier, il a été expédié en Allemagne, du seul département de la Nièvre, 800 bœufs par semaine durant le printemps 1911. Voilà qui est évidemment de nature à restreindre les disponibilités du marché fran-
çais.
Il faut ajouter —— et nous insistons à cet égard dans un autre chapitre — que les années 1910 et 1911, où se mani-
feste la crise de cherté, sont infiniment moins favorables à la production que les précédentes, mais il s’agit là surtout de causes accidentelles et passagères.
En 1911 notamment, la récolte déficitaire nous a obligés à acheter, en denrées alimentaires, pour 663 millions de plus qu'en 1910, et en même temps nos exportations agricoles iminuaent de 133 millions; c'est donc un total de 706 millions perdus par notre agriculture, sur lesquels les consommateurs ont dû verser au fisc un tribut supérieur à 210 milhons sous forme de droits de douanes.
Toujours est-1l que de 1900 à 1909,alors que la production nationale est en pleine prospérité, la hausse des prix commence à s’accuser, et ce « paradoxe économique » serait de nature à nous déconcerter, si les prix n'étaient déterminés que par l’équilibre de la production et de la consommation. Mais bien d’autres facteurs interviennent dans leur formation, parmi lesquels nous avons déjà mentionné la quantité du stock monétaire comparativement aux autres marchandises.
Au surplus, dans bien d’autres pays, des phénomènes analogues se constatent. En Angleterre, en Allemagne, en Beigique, en Autriche, aux Etats-Unis, même développement de la production et même hausse des prix.
Cette dernière provient donc d’autres causes que linsuffisance de la production. Mais, étant donnée l'augmentation des besoins individuels, jointe à l’accroissement de la population dans la plupart des Etats, il reste fort possible que la production devienne relativement insuffisante.
La plus ou moins grande abondance de la production ne correspond pas exactement aux fluctuations des prix. Il n’en est pas moins vrai qu'une production très abondante, en augmentant l'offre, ferait baisser les prix. L’insuffisance relative de la production est donc à signaler parmi les causes générales et permanentes de cherté, au même titre que certaines causes sociales étudiées plus loin, dont les effets ne sont pas davantage spéciaux à la crise actuelle.
c) L'Organisation économique. — S'il est déjà douteux que la production, dans son ensemble, suffise désormais aux exigences croissantes de la consommation, il y a lieu de déplorer bien plus encore la mauvaise organisation des rapports entre les producteurs et les consommateurs, et les errements que nous allons constater augmentent le prix de revient de maints produits.
Pour que le consommateur trouve à s'approvisionner dans de bonnes conditions, il faudrait non seulement que la production fût suffisante, mais encore qu’elle fût rapidement et commodément distribuée. Une grande quantité de produits demeurent et périssent dans tel endroit, alors que dans tel autre on les réclame vainement.
En dehors de toute mesure douanière et de toute influence politique ou sociale, la vie dépend de l’organisation et de l'outillage économique.
À l'instar des phénomènes psychologiques, les phénomènes économiques s'encadrent dans les catégories de l’espace et du temps. Si l’homme, nous fait observer M. Novicow, pouvait transformer son milieu instantanément, s'il pouvait «s'adapter » à l'instant même où 1l le désire, supprimer le temps et l’espace, il aurait la parfaite jouissance, la toute-puissance économique; 1l serait le surhomme dont quelques philosophes nous ont prédit l'avènement.
Les politiciens, les économistes, les philosophes ont beau s'agiter, dit M. Novicow, ils n’aboutiront à rien tant qu'il n’y aura pas « corrélation étroite entre l'être et le milieu ». Toutes
les entreprises actuellement poursuivies pour assurer le bienêtre des hommes ne font qu'’augmenter l’anarchie des idées et des efforts. L’humanité ne connaîtra la vie facile et ne cessera de se plaindre qu’au jour où elle pourra entreprendre l’utilisation rationnelle des richesses et des forces qui l’entourent. Y parviendra-t-elle jamais ?
Le progrès matériel tend de Jour en jour, semble-t-1l, à réaliser ces conditions. C’est ainsi que le machinisme, depuis cent ans, abrège le temps et réduit l’espace, diminue l'effort, accélère en un mot notre « adaptation ». La locomotive de Stéphenson marchait plus vite que les chevaux, la locomotive moderne va deux fois plus vite que celle de Stéphenson, et les locomotives électriques de demain — ou d’autres moyens de transport, les aéroplanes par exemple, — atteindront sans doute des vitesses de 200 kilomètres à l’heure.
M. Paul Leroy-Beaulieu (1) a calculé qu'il y avait en France, en 1888, 71.501 machines à vapeur pouvant développer une force de 4.800.000 chevaux. « En les multipliant par 20,dit-1l, puisqu'il est admis que chaque cheval-vapeur équivaut à vingt hommes comme puissance, on a une force qui représente 06 millions d'hommes. Ainsi, chacun des 10 millions de travailieurs en chair et en os formant la partie masculine active de la population française, aurait à son service, en moyenne, près de 10 esclaves de fer et d'acier. »
Cette image saisissante montre bien l'importance de l’ouüllage économique moderne, l'outillage qui s'accroît avec une rapidité prodigieuse dans les pays civilisés, et qui est en 1912 très supérieur à ce qu'il était en 1888.
Est-il besoin d’autres exemples? On a établi que ce qui exige aujourd’hui le travail d’un seul ouvrier avait exigé, :l y à moins de cent ans :
Dans le‘tissase ni er ee 30 ouvriers Dans Mmpémene OurRense 100 2 Dans fafiature me RC TM 0e —
(1) Traité d'économie politique, t. 1, p. 496.
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Il ne nous en faut pas davantage pour nous rendre compte de l'énorme économie de temps et d'efforts réalisée, quant à la production, au cours du XIX° siècle et au commencement du XX°.
Malheureusement, les progrès de l’organisation sont loin de répondre aux progrès de l’outillage. Sans doute, les moyens matériels ne manquent pas pour transporter d’un point à un autre les denrées nécessaires à l'existence : des routes nouvelles sont percées chaque jour, les voies ferrées, : sinon les voies d'eau, se multiplient; et les hommes, s'ils savaient s'entendre — en admettant que la production fût mondialement suffisante, —— disposeraient aisément de tous les produits utiles à leur bien-être. Mais les hommes ne s’entendent pas : depuis la disparition du «troc » des sociétés primitives et depuis l’utilisation de la monnaie, on peut dire que notre organisation économique est restée presque s/a/ionnaire. Une profonde anarchie préside aux rapports mutuels de ces puissances : production et consommation, qui forment les deux termes du marché et qui, s'ignorant l’une l’autre, paraissent en état de perpétuel conflit.
Une foule d'organismes et de circonstances séparent le producteur du consommateur. Entre eux se place l’intermédiaire qui paraît avoir tout avantage à ce qu'ils ne se rencontrent point. Car, s'ils se rencontraient, ils seraient capables de lier connaissance, puis de s’apercevoir que leurs intérêts, loin de s'opposer et de se contredire, se coordonnent et s’équilibrent.
Si chaque groupe d'hommes pouvait produire toutes les denrées, tous les objets à consommer ou à utiliser, la question ne se poserait pas. Mais la complexité croissante de la vie, la multiplicité et la variété de nos besoins exigent, au contraire, une division du travail social chaque jour plus accentuée.
Les résultats de l'extrême spécialisation des efforts sont, comme nous l'avons vu, d'accélérer la production, et nous ne
saurions y renoncer sous peine de revenir délibérément en arrière.
Mais la différenciation des métiers et des tâches n'offre de réels avantages que si les hommes peuvent échanger aisément entre eux les produits de leur travail. C’est l’échange qui constitue toute la difficulté de l’organisation économique. Un échange bien entendu éviterait le gaspillage, utiliserait de la façon la plus rationnelle les produits du sol, distribuerait selon les besoins individuels les ouvrages manufacturés, réglerait la production sur la consommation.
Nous sommes très loin de cet idéal. L’échange est l’objet de toutes les rivalités internationales et inter-régionales, de toutes les concurrences individuelles, de toutes les spéculations, de toutes les erreurs volontaires ou non, mais souvent inévitables : de là beaucoup de déchets, beaucoup de « forces perdues ». Soulever la question de l’échange, c’est en somme soulever une foule de questions économiques et sociales au sein de chaque Etat et entre les divers Etats.
Cela sufñt à montrer la généralité et l’immensité de la question.
La cherté de la vie qui se fait plus ou moins sentir suivant les circonstances, a quelques-unes de ses causes profondes et permanentes dans les rapports de la production et de la consommation, dans une organisation économique défectueuse qui ne suit pas l’universel progrès.
Les autres causes de cherté— plus apparentes sinon plus directes — que nous allons maintenant étudier, sont pour la plupart étrangères à la production proprement dites.
J11. — L'intervention de l'Etat dans ses diverses manifestations.
a) Impôts. -- b) Droits protecteurs. — c) Réformes sociales.
Parmi les causes permanentes de cherté autres que la dépréciation de l'or et les rapports de la production et de la consommation, 1l y a heu de signaler trois catégories de causes qu'on pourrait appeler causes politiques en ce sens qu’elles se réfèrent toutes à l’action de l'Etat. Ce sont l’augmentaticn des impôts, l'établissement des droits protecteurs et la légisiation sociale.
Dans quelle mesure l'accroissement des droits hscaux et douaniers ont-1ls contribué à rendre la vie plus chère? C’est un doubie problème qu'il importe d'examiner avec une parfaite impartialité. À ces deux questions vient, particulièrement de nos jours, s’en ajouter une troisième, qui a trait aux conséquences des lois ouvrières proprement dites et des diverses lois dites « sociales ».
Au point de vue des conséquences sur le prix de la vie, les trois questions sont à envisager. Mais les opinions sont des plus divisées à cet égard, et cela se conçoit : les diverses écoles économistes entrent en jeu; c'est bien là leur terrain de luttes. Plusieurs économistes, et non des moindres, jettent leurs anathèmes à la fois à la législation fiscale, à la législaticn douanière et à la législation ouvrière. Tels MM. Beauregard, Leroy-Beauheu, Zolla. D’autres, comme M. Domergue, font des distinctions : ils condamnent la politique sociale, en défendant, comme nécessaire à la vie nationale, la politique douanière. D’autres enfin trouvent, et c’est le cas de nombreux interventionmistes, qu'en somme l'Etat a fort bien Fait tout ce qu'il a fait.
a) Charges fiscales. — Mais d’abord, presque tout le monde se plaint de l'augmentation des impôts, non seule-
ment en France mais à l'étranger. Les impôts pèsent lourdement sur la production nationale : l'industrie et le consommateur paient au fisc, sous une forme ou sous une autre, des sommes croissantes: et naturellement, ils s'efforcent de se rattraper en élevant le prix de vente en proportion du prix de revient.
Rappelons brièvement l'inquiétante progression des dépenses publiques
1° Le premier budget du siècle, celui de 1901, ne dépassait guère 3 milliards et demi, alors que celui de 1912 atteint en chiffres ronds 4 milliards 600 millions. Soit, en l’espace de dix ans, une augmentation de plus de 1 milliard;
2° Notre Dette publique la plus grosse du monde,dépasse actuellement /rente-six milliards, et exige 775 millions d'arrérages annuels;
3° Vingt-cinq ans de paix armée ont coûté à l'Europe une somme totale de 145 milliards. De 188$ à 1008, selon les calculs de M. Edouard Théry, les budgets militaires de toutes les nations européennes réunies se sont accrus de 3 milliards et demi. La France n'aurait toutefois participé à cette progression que pour 40 % environ, alors que l’Allemagne s'inscrit avec près de 200 % dans ce belliqueux tableau. En matière de dépenses militaires, l'Etat français s’est donc montré assez prudent, trop prudent peut-être...;
4° La Cour des Comptes dénonce chaque année, mais en vain, le gaspillage de notre pléthorique admimistration. L'Etat, le département, la commune concourent à rançonner le contribuable, sans que celui-ci puisse tenter de se défendre. La plupart des lois nouvelles, souvent votées à l’aveuglette, entraînent de grosses dépenses. Qui sait ce que nous coûteront, par exemple, les retraites ouvrières (si équitable qu’en soit le principe), lorsqu'elles produiront leur plein effet ?
Aux colonies, c'est pis encore : des gouverneurs fantômes touchent de gros émoluments; des tribunaux entiers sont composés d’intérimaires, les titulaires demeurant dans la métropole et prenant pour leur santé des soins touchants; les pièces comptables font défaut, les documents justificatifs