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VI. — Les causes accidentelles £t passagères

Faut-il, comme l'a fait M. Leroy-Beaulieu, regarder comme le principal facteur de la vie chère, des causes naturelles et temporaires, qu'on pourrait diviser scientifiquement en causes physiques, telles que les inondations, les sécheresses, et en causes physiologiques, comme les maladies de la vigne et les épizooties ?

Tout d'abord, il estévident que ces causes sont indépendantes de la volonté de l’homme. Elles n'agissent que par intermittence et varient suivant les régions. Elles sont passagères, enfin, et portent en elles-mêmes — dans leur durée éphémère — leur propre remède, que dame nature, bonne personne au fond, se charge tôt ou tard d'appliquer. Impuissants à supprimer ces causes, les économistes ne peuvent s'en préoccuper que pour en atténuer les effets, et encore il n'y a généralement pas grand’ chose à faire. Au demeurant, ces causes naturelles n'en sont pas moins redoutables, parce qu'elles provoquent l’exaspération des crises — latentes ou déclarées. Elles rendent plus sensible une gêne déjà existante, en renforçant l’action des causes générales et permanentes.

Parmi ces causes accidentelles et récentes qui ont diminué la production agricole, il faut compter en prermier lieu les circonstances climatériques et les mauvaises récoltes. La sécheresse de 1911 a décimé une grande partie des récoltes. Déjà en 1910, année trop pluvieuse, la récolte de blé avait diminué en France de 27 °/.. De même, on a évalué à 48 °/o de déficit la récolte du vin, à 23 °/, la fabrication du sucre, à 50 °/, le rendement des vers à soie.

Succédant aux inondations de 1910, la sécheresse de rort a brülé les secondes coupes et les regains. La production du

lait s'en est ressentie, les cultivateurs ayant dû réduire les animaux à la portion congrue. La même sécheresse a été des plus nuisibles à la culture des légumes.

Notre pauvre vigne a particulièrement souffert de l'inclémence du temps. Comme les nations, comme les hommes et comme les animaux, les plantes paraissent sujettes à des maladies de toutes sortes. C'est ainsi que les maladies cryptogamiques (la cochylis, le mildew, le black-roth) ont ravagé des départements entiers, tels que l'Aude et l'Hérault, provoquant ainsi une rareté, et par suite une hausse extraordinaire des vins.

Mèmes constatations au sujet des maladies des troupeaux (la fièvre aphteuse, la cachexie aqueuse, etc.), qui expliquent l'augmentation du prix de la viande, et aussi du lait, du beurre, du fromage. Les troupeaux étant décimés par la fièvre, il a fallu les reconstituer et vendre fort peu de bétail, sans compter qu'une portion de ce maigre bétail prenait le chemin de l'étranger, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le constater.

Par ailleurs, la mauvaise récolte du maïs a rendu diflicile l'élevage des volailies : privées de leur aliment favori, les poules n'ont guère pondu. Enfin, la pénurie de betteraves a fait également augmenter le prix du sucre.

Ainsi, la plupart des denrées alimentaires se sont ressenties des mauvaises conditions climatériques.

Ces conditions climatériques ont agi pareillement sur les matières textiles. L'appauvrissement des troupeaux européens a fait augmenter le prix de la laine. La production du coton, du lin et de la soie a aussi diminué.

M. G. Blondel, dans le Correspondant, et M. Turmann, dans la Revue hebdomadaire, tout en constatant que ces causes accidentelles ont leur importance, estiment — très justement selon nous — qu'il serait exagéré de vouloir y trouver l'explication principale de la crise tout entière, comme le fait M. Leroy-Beaulieu. Des causes occasionnelles qui agissent dans telle région, non dans telle autre, ne suffisent pas à expliquer le renchérissement général de

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la vie. À un fait universel et persistant, il faut des causes universelles et, dans une certaine mesure, permanentes. Sans doute, des causes particulières pourraient-elles, en se combinant, produire des effets généraux ; mais encore faudrait-1l qu'elles agissent longtemps et partout. Or, ce n'est point le cas des causes occasionnelles que nous avons signalées.

Nous avons ainsi passé en revue les diverses causes de cherté. Moins exclusifs et moins absolus que certains économistes, nous ne pensons pas que la vie chère ait une cause unique. Aucune ne donne à elle seule d'explication suffsante et définitive. Elles nous paraissent toutes avoir un rôle plus ou moins grand dans la préparation ou dans l'exaspération de la crise. Lorsqu'on essaie de déterminer la cause ( principale », dont les autres ne feraient que renforcer l’action, le problème se révèle très complexe, si complexe que personne nest d'accord. L'un attribue la plus grande influence à la dépréciation de l'or, un autre aux épizooties et à la sécheresse; celui-ci à la politique socialisante, celui-là à l'augmentation des besoins et au raffinement des habitudes. En réalité, tant d'influences diverses et parfois opposées sc mêlent les unes aux autres, se prètant si malaisément aux évaluationsexactes quecette question de priorité ne pourra jamais se résoudre, surtout si l'on veut éviter le parti-pris de rattacher toute hypothèse aux principes de telle ou telle école économique ou philosophique.

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