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Au 1% mai 1911, les évaluations des propriétés non bâties étaient terminées dans 21.654 communes. Il résulte de ces évaluations que, depuis trente ans, la propriété rurale a subi dans son ensembie une dépréciation de 21 %.

Ainsi, l’agriculture serait seule à souffrir, alors que les autres éléments de la fortune nationale se trouvent en pleine prospérité.

La dépréciation de la valeur de la terre tient certainement à la diminution de la natalité générale, mais surtout à l'exode rural. Malgré les conséquences désastreuses d’un tel phénomène, les paysans ont su accomplir un puissant effort. Ils ont augmenté, en seize ans, de 677 millions la valeur de la production végétale et de 518 millions la valeur de la production animale. Quant au matériel agricole, l’accroissement de 257 millions constaté dans sa valeur, montre le progrès accompli dans les méthodes de culture.

Ce progrès, M. Edmond Théry le constate ainsi qu'il suit

« Il faut rendre aux agriculteurs français cette Justice qu'à partir du moment où l'application du régime douanier de 1802, assurant à leurs produits une production efficace sur le marché national, a relevé leur confiance dans l'avenir de la terre, ils n’ont marchandé ni leur peine n1 leur argent pour se créer un outillage en rapport avec la situation nouvelle. »

Se sont-ils vus récompensés de leurs efforts? Ont-ils tiré bénéfice de cette hausse des denrées que nous avons constatée sur toute la ligne?

« Le produit brut d’une exploitation culturale, explique M. Zolla {1) est représenté par la valeur de tous les produits vendus annuellement d’une façon régulière et normale. Ce produit, exprimé en francs, est égal aux gwantités récoltées, multipliées par le cowrs des denrées Suppo-

(1) Revue des Deux Mondes du 1s octobre 1911.

sons que ie produit brut agricole soit représenté par 100, et que les dépenses correspondantes se montent à 80. Le profit cultural est donné par la différence entre le produit correspondant aux recettes et les frais ordinaires. Il s'élève ainsi à : 100 — 80= 20.

« Depuis quelques années, le rx des denrées vendues s'est élevé, par exemple, de 10 % en moyenne. Par suite, le produit brut a augmienté également de 10 %, puisque les quantités vendues bénéficient d’une plus-value d’un dixième. D'autre part, les dépenses sont restées constantes dans ce court espace de temps. Le profit est donc représenté par une nouvelle différence qui est la suivante :

« Le bénéfice cultural passe de 20 à 30; il a augmenté de 50 % ! La répercussion de la hausse des prix sur le profit de l’agriculteur est donc immédiate et singulièrement avantageuse.

« C’est là, nous le reconnaissons, une démonstration toute théorique, mais en étudiant la comptabilité d’un cultivateur, on constate que nos conclusions sont exactement vérifées. »

Et M. Zolla de conclure

« L’accroissement des dépenses que provoque la hausse elle-même réduit quelque peu, mais ne fait pas disparaître tous les avantages que l'élévation des cours assure à l’entrepreneur de culture. Sans exposer un capital plus considérable, sans déployer plus d'activité, ce dernier réalise ua bénéfice plus grand. Telle est la conséquence certaine d’une hausse des produits agricoles. Elle favorise, dans notre pays, les intérêts de 3 millions ou 4 millions de cultiva- LeUTS 5)

Mais, si ces supputations sont exactes et si les profits culturaux ont augmenté, comment se fait-il que la valeur vénale et la valeur locative du sol n'aient point suivi la même ascension ?

Dans le dernier quart de siècle dernier, deux faits contradictoires avaient été observés : d’abord le développement assez rapide de la production; puis, en second lieu, l'aggravation d’une crise qui avait pour cause la baisse des prix. « Chose curieuse, dit M. Zolla, la masse des produits de l’industrie agricole s’accroissent et cependant la prospérité de cette industrie paraissait décliner. Les cultivateurs ne cessaient de se plaindre. »

Et cette diminution des profits culturaux, coïncidant d'autre part avec une élévation continuelle des salaires agricoles, exerçait une influence presque immédiate sur le loyer du sol.

« La terre, poursuit M. Zolla, est, en effet, un instrument de production dont l'usage se paie proportionnellement au bénéfice qu'il permet d'obtenir. La production agricole, comme toutes les œuvres industrielles, a pour but le profit. La baisse de la valeur locative du sol a été la conséquence de la réduction des bénéfices du cultivateur, et la valeur vénale des terres, presque toujours proportionnelle à leur revenu, a subi une diminution analogue.

« Nous voyons ainsi que deux catégories de personnes ont été particulièrement éprouvées par la baisse des prix à la fin du XIX* siècle : les chefs d'exploitation et les propriétaires fonciers. Quand on parlait, il y a quelques années, des souffrances de l’agriculture, on visait, en réalité, ces deux catégories de personnes. Mais elles ne constituent pas, à beaucoup près, tout le groupe de la population dite agricole. Les propriétaires ruraux qui louent leurs terres à des fermiers ou à des métayers sont même en dehors de ce groupe, parce qu'ils demeurent le plus souvent à la ville e* exercent des professions dites libérales.

« Les propriétaires-cultivateurs, 1l est vrai, sont en même temps agriculteurs et propriétaires. À ce double titre, ils ont subi les effets de la crise et l’on en compte plus de 2 millions dans notre pays. Mais la baisse des prix les a moins durement éprouvés que les fermiers ou les métayers,

parce qu’ils consommaient en nature une fraction très importante de leur production. »

Et le savant économiste, qui s’est fait une spécialité de ces délicates questions d'économie rurale, conclut ainsi

« En résumé, ce que l’on nomme, d’une façon trop compréhensive et trop large, la crse agricole de la fin du XIX° siècle, n’a jamais affecté que la situation financière des entrepreneurs de culture détenteurs des capitaux d’explozation, et des propriétaires possesseurs des capitaux f0#- CzerS.

« L’abondance et le développement rapide de la production, concordant avec une baisse des prix ont profté, au contraire, soit aux salariés agricoles eux-mêmes, soit aux acheteurs des produits de la terre, c'est-à-dire aux autres classes de la nation (1). »

M. Zolla prévoit, pour son compte, un relèvement à brève échéance, de la valeur des propriétés rurales.

« La baisse récente des produits de la terre, écrit-il dans la Revue des Deux Mondes, avait probablement réduit de 20 à 25 % le revenu antérieur et la valeur énorme du capital correspondant. Il y a trente ans, on estimait, en effet, que les valeurs locatives et vénales de la terre française s'élevaient respectivement à 2.645 millions et à 01 milliards. Si la hausse des cours fait monter le chiffre des loyers et des prix actuels du sol jusqu'au niveau précédemment atteint, on voit qu'elle exercera unc influence marquée sur la répartition des richesses. Un accroissement de revenu égal à 600 millions de francs, et une plus-value de 15 à 16 milliards assurée à la propriété foncière rurale, tel peut être, dans quinze ou vingt ans tout au plus, le résultat obtenu grâce à la hausse des produits agricoles.

« Est-ce là un espoir chimérique ou une hypothèse invraisemblable? Nous ne le pensons pas. Des fait précis

(1) Revue politique et parlementaire du 10 janvier 1912.

confirment cette opinion. Durant Îles trente dernières années de l’ancien régime, au moment où le cours des denrées agricoles s'élevait avec cette extraordinaire rapidité que nous avons signalée, le revenu et la valeur des biens fonds ruraux augmentaient à leur tour. Dans le Maine, dans l’Anjou, en Normandie, en Bresse, dans le Languedoc, les fermages que nous avons relevés sur les livres mêmes de la comptabilité des hospices ou des « chapitres », ont augmenté de 36 % à 87 % entre 1760 et 1700. Tels sont les faits que l’on constate durant une période de hausse des PHX 0)

Un raisonnement analogue permet de supposer que le producteur (et surtout, croyons-nous, l'éleveur), a dû bénéficier de l’actuelle hausse des prix, qui va augmenter la valeur de la terre. La raréfaction de l'offre a rendu le producteur, dans une certaine mesure, maître des cours, et :! a pu tirer parti des exigences d’une demande aux abois.

Malgré le déficit des récoltes, le profit net du propriétaire, du cultivateur, n’a pas dû diminuer sur les produits äu sol; et, d'autre part, l'élevage a beaucoup rapporté à celui qui n’a pas eu son bétail trop éprouvé par les épizooties. D’une manière générale, la faiblesse du rendement a été compensée bien au delà par l'élévation des prix.

En somme, la hausse actuelle paraît avoir enrichi les producteurs que la crise agricole de 1880 avait appauvris.

Ca Æ

Nous n'avons guère envisagé jusqu'ici que le producteur agricole.

Quel peut être le cas du grand industriel, du capitaliste en général ?

Des statistiques tendancieuses prétendent établir que les revenus globaux du capital ont à peu près sextuplé depuis cent ans, tandis que les salaires ont seulement quadruplé. Il serait trop facile d'en conclure, comme ne manquent pas de le faire les socialistes, que les progrès économiques de notre époque profitent surtout au capital. Rodbertus, en

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