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1842, écrivait déjà : « L’accroissement de la productivité entraine une augmentation de la grandeur relative du revenu du capital (c’est-à-dire de la rente) et une diminution de la grandeur relative du revenu du travail (c'està-dire du salaire). » Et l’on n’ignore pas que Karl Marx à déduit de cette « loi » le fondement de son système collectiviste.
Or, il n’est pas de vérité moins démontrée. Bastiat — et plusieurs économistes après lui — a très nettement distingué entre la « part absolue » des capitalistes et leur « part relative ». Celle-là tend à s’accroître, en effet, dans des proportions considérables et même déconcertantes — si l’on oublie que les Français épargnent 1.800 mullions par an —; celle-ci reste plutôt stationnaire, par suite de nombreuses circonstances : baisse du taux de l'intérêt, charges fiscales de plus en plus lourdes, augmentation croissante du prix de la main-d'œuvre, législation ouvrière, etc. À ce point que, au dire de certains, la part totale des revenus du travail serait en continuelle progression, pendant que les bénéfices des chefs d'entreprises, propriétaires et capitalistes, subiraient une diminution relative. Ajoutons que cette affirmation gratuite nous paraît à son tour assez aventurée.
Voilà donc quelques indications générales, mais qui ne peuvent résoudre, pour toutes les branches de la production, le problème qui nous préoccupe.
Au surplus, les conditions de l’industrie sont très variables suivant les cas particuliers. Tel industriel sera favorisé dans les années de baisse et écoulera beaucoup de produits lorsqu'il pourra les vendre à bon marché. Tel autre, vendant des produits absolument indispensables, conservera le même mouvement d’affaires dans une période de hausse : ses recettes brutes augmenteront, et peut-être aussi ses recettes nettes, car 1l arrive qu'à la faveur d’un mouvement de hausse, certains producteurs parviennent à majorer encore les prix de vente par rapport à leur prix de revient.
Veut-on un exemple typique? La récolte des betteraves, en 1911, est nettement déficitaire dans tofs les pays :
1911 1910 Plus PAYS tonnes tonnes ou moins — — — % HPARGO RAR ee are 4 203.100 S.512 400 — 23,7 AIICHARREMERE 8 005.000 15.753403 — 43,1 Autriche-Hongrie . . 7 562 000 10.252.500 — 20,2 RAP STE PPS 1 476.000 1 980 000 — 25,4
Or, les Journaux financiers nous apprennent que l'exercice 1911 a été, pour les raffineries Say, le plus fructueux qu'on ait enregistré depuis de longues années. Il enregistre 6.654.000 francs de bénéfices contre une moyenne de 3-500.000 francs pour les cinq exercices précédents.
C’est vraiment ce qu'on peut appeler l'abondance dans la disette.
Le Vorwaërts, du 4 février 1911, citait les bilans de S71 sociétés anonymes allemandes produisant des denrées alimentaires; ces bilans nous ont appris que, pendant l’année 1909-1910, au cours de laquelle le renchérissement s’aggrava de façon particulière, les profits capitalistes de ces entreprises s’accrurent également. Voici les chiffres :
Nombre Dividendes Dividendes
des Sociétés 1908-1909 1909-1910 Comestibles (total) . 781 6,4 7,0 PPASSCRHES EE A72 5,8 6,2 Moulins . Pre 58 Sr 6,4 Fabriques de sucre . 58 8,8 10.3 NRC MEME Ro rte) 6,6 TA
Si ces chiffres ne mentent pas, l’augmentation des prix a été accompagnée d’une augmentation des profts.
Mais le raisonnement n'est pas infaillible : la prospérité de l’année 1909-1910 peut provenir en grande partie d’autres causes que de la hausse des prix.
Quoi qu’il en soit,de la majoration de dépenses supportée
par les consommateurs, tout n'échappe sans doute pas aux divers producteurs agricoles et industriels.
Ricardo constatait déjà que la situation du propriétaire foncier est particulièrement florissante « aux époques où les subsistances sont rares et chères ». Il est probable que certains industriels n'ont pas davantage à se plaindre de la vie chère. Mais nul ne saurait vérifier exactement, sauf en quelques cas exceptionnels, l'importance de leurs bénéfices. Et nous devons nous contenter ici d’hypothèses et d’approximations qui sont loin de satisfaire notre curiosité.
b) Les Intermédiaires. -— Il s’agit du marchand, du commerçant, du débitant, qui, dans notre ordre économique, distribue les denrées aux consommateurs.
Il existe, sans doute, encore d’autres intermédiaires. Le fermier, par exemple, n’est-1l pas un « intermédiaire » entre le propriétaire et le marchand ? Le gérant d’une maison de rapport n'est-il pas un « intermédiaire » entre le propriétaire et le locataire? Fermiers et gérants, comme tels, ne prélèvent-1ils pas sur la consommation — aliment ou logement — un profit supplémentaire? Mais ce sont là des questions accessoires. Portons notre attention sur le commerçant-détaillant, percepteur de nos finances ménagères, objet de toutes nos préventions, bouc émissaire de toutes nos ran- Tunes.
Cette augmentation du nombre des intermédiaires ne laisse pas que d’inquiéter quelques personnes. Si les commerçants, en effet, croissent et se multiplient; si chaque Jour voit s'ouvrir de nouvelles boutiques au coin de chaque rue, c'est une preuve, se dit-on, que le métier offre de sérieux avantages. Où prend-on ces avantages, sinon dans la poche de la clientèle?
Car 1l faut bien que le commerçant vive. Puisque le nombre des « détaillants » s’est accru alors que la population restait stationnaire, la clientèle de chacun d’eux, en moyenne, s'est raréñée. En admettant que les bénéfices indi-
viduels n'aient pas augmenté, mais soient restés les mêmes avec une chentèle plus restreinte, c'est en définitive un proft global plus considérable encaissé, au détriment de l'acheteur, par l’ensemble des intermédiaires. Telle est la considération qui vient tout d'abord à l'esprit.
S1 nous allons consulter les commerçants, ils jurent leurs grands dieux qu'ils ne sont pour rien dans la hausse que tout le monde déplore, eux tous les premiers. Aussi bien ont-ils fait entendre leur voix dans le chœur des lamentations. Toutes les régions où la hausse des prix a déterminé la révolte du consommateur, ont vu le commerçant protester avec la plus grande énergie contre les responsabilités dont on l’accablait. Il se disait la première victime de la crise, qui rendait son rôle de commerçant difficile, tout en lui portant préjudice en tant que consommateur, chaque commerçant étant client de tous les autres commerçants.
En tout cas, on ne peut nier que les commerçants aient fait preuve de bonne volonté et se soient efforcés d’abaisser leurs prix en restreignant la marge de leurs bénéfices, sinon en vendant au-dessous du prix de revient.
Citerons-nous quelques exemples ?
À la date du 17 septembre 1911, les boulangers du Nord et du Pas-de-Calais, réunis à Arras en Congrès extraordinae, votent à l’unanimité la résolution suivante
Considérant qu'ils n’ont accepté le prix très réduit qu’on leur a imposé que très momentanément et dans l'intérêt exclusif de la paix publique ;
Considérant que le refus du ministère de baisser le prix de la farine, refus basé sur le cours trop élevé du blé, oblige les boulangers à travailler au-dessous du prix de revient, ce qui ne peut qu’amener fatalement, à bref délai, la fermeture de toutes les boulangeries ;
Considérant qu’il résulte du droit sur le blé une majoration de cinq centimes au kilo de pain;
Considérant que, s’il est juste que le gouvernement protège l’agriculture française et d’autre part cherche à amener au meïlleur marché possible l’alimentation de la classe ouvrière, il serait en revanche, souverainement injuste d'en faire supporter les conséquences à la seule corporation de la boulangerie ;
Considérant qu’autrefois, quand on exigeait des boulangers un prix de vente inférieur au prix de revient, le gouvernement leur remboursait la différence ;
Considérant qu’en tout cas, s’il est reconnu que le prix du quintal de farine doit être supérieur de huit francs à celui du quintal de blé, celui du pain doit être également supérieur de trois à quatre francs à celui de quintal de farine ;
Les boulangers émettent le vœu que: 1° le prix du blé et de Ia farine soit mis en harmonie avec le prix de vente du pain imposé aux boulangers ; 2° s’il est impossible d'arriver à un résultat avec les tarifs de douanes actuels, ceux-c1 soient modifiés de façon à empêcher une majoration justifiée du prix du blé français; 3° au besoin, des intéressés s'unissent pour réfréner les manœuvres spéculatrices, ayant Dour conséquence de fausser les cours ; en dernière analyse, si la nécessité du maintien des droits de douane était reconnue, on institue un système de ristourne proportionnel à la production pour Les boulangers qui, dans l’intérêt de la paix publique, sont obligés de vendre le kilo de pain à un prix inférieur à celui du kilo de farine.
On voit jusqu'où va le désintéressement et le civisme de ces soi-disant « affameurs ». « Dans l'intérêt de la paix publique », 1ls vendent le kilo de pain à un prix inférieur à celui auquel ils ont acheté le kilo de farine! Leurs clients auront-1ls, cette preuve faite, la cruauté de les maintenir en accusation ?
Mêmes doléances chez les bouchers. Les débats engagés sur l'augmentation du prix de la viande, au Congrès du 18 octobre 1911, présentent à cet égard un intérêt particulier
M. Lefèvre, président du Syndicat général de la Boucherie de détail, fit cette déclaration :
Contrairement à ce qui a été dit, La boucherie française à subi la hausse plutôt qu’elle ne l’a provoquée. Elle regrette cette hausse préjudiciable aux intérêts de tous, aussi bien à ceux des bouchers, qui ne réalisent pas de bénéfices, qu’à ceux de la population tout entière.
Le Congrès devra émettre un vœu demandant l’abaissement des tarifs douaniers, afin de faciliter l’entrée en France des ani-
maux et des viandes de boucherie. Par suite, le prix de là viande sera ramené à des taux accessibles à tous (1).
Il apparut, aux applaudissements de tous, que tel était bien le sentiment du Congrès. Mais dans la discussion qui suivit, de graves divergences de vue se manifestèrent entre bouchers en gros et bouchers au détail —— intermédiaires successifs, — les uns et les autres se jetant réciproquement à la tête toute la responsabilité de la hausse. Les bouchers en gros déclarent :
Si la boucherie de bétailveut sincèrement voir baisser le prix de vente de la viande, elle seule peut, sans que ses intérêts aient à en souffrir, provoquer cette baisse, en supprimant certains usages onéreux et absolument inutiles, qui augmentent considérablement ses frais généraux et grèvent d'autant le prix de la viande qu’elle livre aux consommateurs.
Le pain, la viande, le logement sont indispensables à l’ouvrier. Aussi nul n’a le droit, par abus de fantaisies, d’en augmeniCeniétptis (2):
“Et les bouchers au détail ripostent
— Ce n'est pas de gaieté de cœur que nous augmentons nos frais généraux. Ce sont les exigences croissantes de la clientèle qui nous imposent cette augmentation. Nous la subissons, comme nous subissons le contre-coup des lois sociales que nous n’avons pas demandées.
À l’heure présente, l’opinion publique est éclairée. On sait que nous sommes complètement étrangers à la hausse anormale de la viande. C’est l’essentiel.
Pour l’avenir, convaincus que lé prix de la viande s’élèvera de nouveau, nous ne voyons qu’un remède à la situation: ouvrir — au moins provisoirement — les portes à l’étranger (2).
D'une façon générale, la situation du commerçant détaillant est difhcile. L’excessive concurrence — concurrence en étendue et concurrence en profondeur — que nous avons signalée, a le plus souvent pour conséquence, non pas
(1) Journal des Débats, 10 octobre 1911:
(2) Temps, 19 oetobre.
d'abaisser le prix de vente, mais de le surélever ou de diminuer la qualité de la marchandise vendue à un prix donné. Elle n'a même pas l'avantage d’égaliser le prix : c’est un fait connu que les prix de détail varient de région à région, de ville à ville et même de quartier à quartier.
Dans tel endroit, la vie est « à meilleur marché » que dans tel autre. Le consommateur avisé met à profit ces con- Jonctures. À Paris, par exemple, celui des quartiers riches va parfois s’approvisionner dans les quartiers pauvres à meilleur compte
« Le marché de Breteuil, dit M. du Maroussem (1), a toujours passé pour un marché dont les cours sont aussi abaïissés que possible. Je connais des ménagères qui, du fond des quartiers, réputés cossus, de l'extrême ouest, entreprennent le lointain voyage de ce quartier de Breteuil, qui est maintenant bien habité, mais qui, à une certaine époque encore récente, était occupé par un abattoir et considéré de ce chef comme un quartier ouvrier. »
Mais les consommateurs ne sont pas tous aussi avisés. La masse est 1gnorante, naïve, crédule à l’excès, — nous le verrons plus loin. — Généralement elle se laisse imposer ces différences de prix, dont beaucoup de commerçants, par contre, peuvent tirer profit.
On admet que, sur dix commerçants établis dans la même rue, un ou deux font de bonnes affaires ; deux sont à la veille de déposer leur bilan; les autres gagnent tout juste leur vie. Il ne semble pas que la crise de ces dernières années ait pu modifier ces proportions. Les faillites déclarées par le tribunal de commerce de la Seine durant ces dix dernières années, se répartissent de la façon suivante :
ANDCCMOLO RE 1.453 faillites TOO TE EE 122 SUNSTOOS NN D AAIN N— ART O CO NN 1.275 à — ne MO OM EU à ae 1200 AUTO DIN 1:319 —
(1) Réforme sociale, 1° janvier 1912.
Il y aurait donc plutôt une très légère tendance à la diminution, si l’on tient compte de l’augmentation du nombre des détaillants. Mais ces chiffres ne signifient pas grand chose, étant donné que la déclaration de faillite dépend de la plus ou moins grande sévérité des tribunaux consulaires. À son entrée en fonctions, un président est, paraît-il, plus porté à la clémence que par la suite. De récentes instructions mimistérielles ont recommandé au président une application plus stricte de la loi, de façon à sauvegarder les intérêts des créanciers. Si ces instructions ont été suivies, la légère tendance que nous venons de signaler deviendrait particulièrement remarquable. Elle tendrait à démontrer que la situation des commerçants n’a point périclité ces derniers temps.
Encore une fois, nous devons nous garder de porter en pareille matière un Jugement catégorique, puisqu'on ne peut avoir aucune preuve formelle. Et nous concluerons que la situation des commerçants détaillants semble être restée la même qu'autrefois. S'il n'y avait pas pléthore d’intermédiaires, sans doute leur situation se seraitelle améliorée.
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Les victimes de ja « Vie chère »
a) La situation des salariés, — Faut-il évoquer ici les fameuses théories de Lassalle sur la « loi d'airain du salariat » ? À en croire le socialiste allemand, qui appuyait ses aflirmations sur la théorie de Ricardo, 1il serait impossible que, dans le système de la libre concurrence, le salaire moyen dépassât jamais le chiffre strictement indispensable pour subvenir aux besoins vitaux. Le capitaliste, le propriétaire, l'employeur bénéfcieraient seuls des inventions de l'ingénieur et du travail de l'ouvrier. La richèsse produite ne profiterait pas à ce dernier, condamné à être la victime, «le forçat du régime capitaliste ».
Pendant longtemps, le socialisme collectiviste a vécu de ces déclamations, présentées comme des constatations scientifiques. Aujourd’hui, la vogue de la loi d'airain a bien diminué, suivant le mouvement de baisse qui a atteint plusieurs autres théories collectivistes, telles que la concentration progressive de la propriété et l'imperméabilité des classes. Leurs affirmations ayant été démenties par les faits, les socialistes ne parlent plus guère de l'avilissement des salaires; ils se contentent de dire que l'accroissement du salaire n'a pas été en proportion des profits réalisés par l'entrepreneur et le capitaliste.
Ce dernier point de vue est plus conforme à la réalité. On pourrait volontiers l'admettre, sans être obligé d'en tirer les mêmes conclusions que les socialistes. Encore peut-on le contester, en tenant compte des charges croissantes qui pèsent sur la propriété et la production.
Un autre aspect de la question, et qui touche plus directement à l’ordre d'idées que nous envisageons ici, consiste à se demander dans quelle mesure l'augmentation des salaires est en rapport avec l'augmentation du coût de la vie. Il y a là un parallélisme intéressant à établir.
Dépuis un certain nombre d'années, le taux moyen des salaires s'est accru, c'est un fait. Mais il serait prématuré d'en conclure que la situation de l'ouvrier s'est améliorée, s il est prouvé que le prix de la vie s'est accru dans la même proportion que le chiffre de son salaire. Que devient le budget de l'ouvrier, lorsque toutes les denrées alimentaires renchérissent de 10 à 50 %, et lorsqu'’au renouvellement de son bail le propriétaire lui augmente le prix de son loyer ? La question devient émouvante pour tous ceux qui prennent à cœur le sort des travailleurs et souhaitent que le salaire de l'ouvrier lui permette de nourrir convenablement sa famille.
Or, jamais les ménagères ne disposant que du salaire de leur mari, ne prétendent avoir éprouvé autant de difficultés à entretenir le ménage.
Pour être fixés d'une manière aussi précise que possible sur la situation relative des salariés durant ces dernières années, nous allons essayer de comparer le mouvement des salaires avec le renchérissement de la vie que nous avons constaté.
1° LE MOUVEMENT DES SALAIRES. — Pour étudier le mouvement des salaires (particulièrement en France), nous avons à notre disposition : d'abord, en remontant un peu en arrière, l'enquête publiée en 1897 sous ce titre: (Salaires et durée du travail dans l'industrie française. » Elle porte sur 471.800 personnes de la grande et de la moyenne industrie (le taux des salaires est en général plus élevé dans la première que dans la seconde). À ce premier document, nous devons en joindre un autre, non moins important, intitulé: « Les Salaires, d’après les relevés annuels de la statistique générale de France, et d'après les indications locales. » Précédé d'une introduction de plus de cent pages, écrite par le directeur de la Statistique générale, M. Lucien March, ce travail est très consciencieux, et tous les économistes se plaisent à en constater l'objectivité.
‘Un premier tableau montre les valeurs successives du
salaire depuis 1806. puis les valeurs successives de la dépense ménagère, et enfin les variations du pouvoir d'achat du salaire. Ces derniers chiffres indiquent le salaire «réel» (par opposition au salaire nominal). — Dans un second tableau. on a étudié spécialement le mouvement des prix depuis 1893, et les salaires de 36 professions d'hommes et 7 de femmes, au cours des années 1896, 1901, 1906 et 1911.
Ces diverses statistiques ont été utilisées par MM, Levasseur, Leroy-Beaulieu, Turmann, P. Beauregard, etc. Quelles sont les conclusions qu'on peut en tirer? Voilà ce qui nous importe.
Il y a un fait sur lequel tout le monde est d’accord, c'est l'augmentation constante des salaires pendant tout le XIXe siècle. Cet accroissement a été plus rapide äans la seconde moitié du siècle que dans la première. Dans une certaine mesure, le mouvement des salaires a suivi l'impulsion donnée par la hausse des prix. Mais, tandis que les prix subissaient des oscillations assez marquées dans un sens et dans l’autre, la masse des salaires, dans son ensemble, a été constamment progressive. Alors que les prix montaient et baissaient alternativement, la courbe des salaires a dessiné un mouvement continu vers la hausse.
Ainsi se vérifie la loi économique qui veut que le taux des salaires suive l'essor de l'industrie et se maintienne ensuite dans les périodes de stagnation.
Ceux qui, avec MM. de Contenson et Zolla, admettent que le renchérissement des prix est dû à la dépréciation de l'or, sont amenés à reconnaître que la même cause a entraîné l'augmentation du prix des «services », c'est-àdire l'augmentation des salaires. L'ouvrier fait payer son travail plus cher, tout comme le producteur et le commerçant vendent leurs produits plus cher. Il y aurait ainsi compensation entre la plus-value du travail et le renchérissement des produits.
Entrons dans le détail et voyons ce qu'il en est.
Voici d’abord le tableau qui fournit les valeurs succes-
sives des salaires, des dépenses et des variations du pouvoir d'achat, pendant le xix° siècle.
1° lremière moitié du XIX° siècle.
Années Salaires Dépenses Valeur d'achat {1} 1806 40 » »
2° Seconde moitié du XIX° siècle
Années Salaires Dépenses Valeur d'achat 1855 55 » »