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s francs pour les journaliers et ro francs pour les forgerons; en province, entre 3 francs et 6 francs environ.
Quant au salaire journalier de la femme (1) il est, à Paris, de 3 francs à 5 francs ; en province de 2 francs à 2 fr. 50.
Voici une statistique des salaires féminins :
Salaires moyens de sept professions féminines principales.
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Ce tableau est très significatif : le salaire féminin, consi-
déré trop souvent comme un simple salaire d’« appoint », n'a pas progressé en proportion du salaire des hommes ; mais néanmoins le premier (2), comme le second, a suivi
(1) V. à ce sujet, l'intéressante étude de M. le professeur Gonnard sur la « femme dans l’industrie » (Armand Colin, 1906).
(2) Nous ne parlons pas, il est vrai, du salaire généralement dérisoire que touchent les ouvrières à domicile. Ces salaires, dont le montant n’est guère facile à connaître, échappent à toute Statistique.
une marche ascendante continue, C'est donc une preuve que la hausse s'est produite en France à peu près sur tous les salaires.
À l'étranger, il en est de même. Le Board of Trade a publié son tableau annuel du mouvement des salaires anglais. Si on le rapproche des nombres-indices de l'Economist, on voit que, de 1896 à 1906, le salaire hebdomadaire moyen est passé, en Angleterre, de 26 sh. 7 à 33 Sh. 5, soit une augmentation de 25, 7 %.
Nous pourrions ainsi multiplier les statistiques à l'infini. Mais, celles que nous avons citées nous permettent déjà de conclure, avec M. Paul Beauregard (r): « C'est un fait incontestable que la situation des salariés s’est améliorée d'une facon extrêmement sensible depuis 50 ans. Après un arrêt en 1880, la marche ascendante des salaires — phénomène infiniment heureux — a bientôt repris et n'a cessé de s'accentuer. Son effet est d'autant plus sensible que le développement de l'industrialisme amenait une plus grande concentration des ouvriers dans les villes. »
Reste à savoir dans quelle mesure l'augmentation du coût de la vie a, pour ainsi dire, absorbé cette augmentation de salaires.
2° LE RAPPORT DES SALAIRES ET DU COUT DE LA VIE. — Le salaire est généralement l'unique ressource de la famille ouvrière. Il doit donc y avoir une relation très étroite entre ce revenu et les dépenses du ménage.
Nous avons vu plus haut qu'il y avait action et réaction réciproques de l'augmentation des salaires sur le coùt de la vie. Quoi qu'il en soit, cherchons à exprimer le rapport entre la variation des salaires et celle du coûé de la ve, en supposant une quantité fixe de choses consommées, abstraction faite par conséquent de toute augmentation des besoins individuels. Nous n'avons qu'à placer en regard
(1) Monde économique du 21 octobre 1911.
les coefficients des deux éléments, en prenant le nombre 100 comme point de départ de la première période que nous envisAgeOns :
Années Salaires Coût de la vie LOAAETONS EE UE 100 100 LEON Se DEN 150 TRE MOD AOTO OS ME SUR 184. 1217
On voit que, dans cet espace de soans, la progression des salaires a été beaucoup plus forte que celle du prix moyen des objets de consommation. M. Levasseur résume ainsi la situation comparée des recettes et des dépenses ouvrières:
1° Le salaire nominal est plus élevé qu'autrefois ;
2° Le prix des consommations a, d'après l'estimation de l'Office du Travail, augmenté d'un tiers environ sous le second Empire ; il a baissé un peu sous la troisième République, tout en étant, vers la fin du xix° siècle, d'un quart supérieur à ce quil était au milieu du siècle :
3° L'accroissement du salaire nominal n'est pas absorbé entièrement par une augmentation égale du coût de la vie, puisque, en supposant les coefficients exacts, il aurait sui que la valeur fût portée à 127 pour que l'ouvrier achetät les mêmes marchandises, et que, recevant 184, il lui restait un supplément de 57 avec lequel :l pouvait se procurer d’autres marchandises.
Dans ces conditions, il y aurait une augmentation, non Seulement du salaire nominal, mais du salaire réel. Il y a, dit en substance M. Levasseur, un excédent du salaire sur le coût de la vie. La classe ouvrière a élevé le niveau de son existence, en même temps que ses besoins croissaient avec les tentations d'un marché plus abondant. Cette expansion de besoins nouveaux tient d'ailleurs en-partie à l’'augmentation des salaires. Toujours est-il que la divergence entre
les prix des marchandises et celui des services personnels, est en faveur de l'ouvrier.
M. Paul Leroy-Beaulieu tire la même conclusion dans l'Economiste français, tout en se montrant beaucoup plus optimiste encore sur la situation des salariés : « S'ensuit-il que les hausses des salaires soient, comme on ledit parfois, annulées par une hausse correspondante des prix ? C'est là une conception excessive et erronée. La hausse des prix laisse certainement subsister, pour la moitié ou pour les deux tiers, sinon plus, le profit pour l’ouvrier de la hausse des salaires, et il a de plus l'avantage de journées plus réduites. »
Cette aflirmation, à vrai dire, nous paraît aussi exagérée, en sens inverse, que celle des disciples de Lassalle, si on envisage tout au moins la situation présente, en tenant compte du renchérissement général qui se fait sentir depuis une dizaine d'années, et qui a atteint pour certains produits des proportions anormales, ainsi que nous l'avons établi dans la première partie de cet ouvrage.
M.DanielZolla nous paraîtètre plus juste lorsqu'ilécrit(r): « Assurément les salaires se sont beaucoup élevés en France depuis vingt ans ; mais en ce moment même, d'une facon toute transitoire, nous sommes persuadés que la rémunération du travailleur manuel ne correspond plus à son pouvoir d'achat, tel qu'il existait il y a cinq ou six ans. Le salaire réel a donc momentanément diminué ».
Tout en reconnaissant que les salaires sont en excédent sur le coùt de la vie, M. Zolla dit ailleurs : « Le problème de l'équilibre du budget de l'ouvrier, et surtout de l'ouvrière, ne reste pas moins, dans nombre de circonstances, bien difficile à résoudre. »
Bien que le salaire nominal se soit accru d'une manière constante, bien que le salaire rée/ lui-même ait augmenté d'une manière presque générale — sauf, peut-être, ces tout derniers temps — le bien-être relatif de l'ouvrier ne se sera sans doute pas accru, si l'on fait entrer en ligne de compte
(1) Journal des Débats du 13 septembre 1911.
le phénomène psychologique et moral de l'augmentation des besoins.
Une fraction, plus considérable que jadis, du salaire journalier, doit être affectée aux dépenses quotidiennes. S1 la crise continue, le salaire, qui suffisait autrefois, ne suffira plus désormais : ce sera la gêne, la pauvreté, peutètre aussi la misère.
Comme le remarquait le Times, les ménagères françaises sont économes. Elles ne voient jamais sans frémir disparaître tout entier le salaire quotidien de leur mari et même leurs petites économies. Elles ont l'angoisse du jour et plus encore celle du lendemain. Le salaire sera-t-il toujours suffisant à entretenir convenablement la famille, si le prix des choses continue à augmenter dans de si grandes proportions ? Lorsque le renchérissement affecte à la fois le pain, la viande, le sucre, les légumes, le logement, les vêtements, etc., que reste-t-il et que peut-il rester d'un salaire en apparence très rémunérateur ?
La divergence entre le salaire et le coût de la vie a été jusqu'ici en faveur du salarié, à condition que la situation actuelle ne se prolonge pas indéfiniment. En sorte que, pour reprendre le mot de Levasseur : « Le problème de l’équi-
libre Au budget de l’ouvrier n'en est pas moins bien difficile à résoudre. »
b) Les personnes à appointements ou à revenus fixes. — Les salariés proprement dits ne sont pas seuls à souffrir de la vie chère. Bien qu'ils constituent, dans la population active de la France, une grosse majorité, ils ne doivent pas nous faire perdre de vue les autres catégories. cgalement intéressantes, qui portent le fardeau des charges sociales et des nécessités économiques.
Ces catégories sont d'autant plus dignes d'attirer notre attention que leurs revenus sont moins élastiques et ne peuvent, en aucune façon, compenser la hausse générale des prix. Nous avons observé que le salaire jouissait d’une
véritable plasticité ; C'est ce caractère qui lui permet de résister, dans une certaine mesure, aux crises économiques. Que la cherté de la vie soit une cause ou une conséquence de l'élévation des salaires — les deux points de vue ont d’ailleurs une part d'exactitude — et quelque déduction que l'on puisse tirer de la fameuse « loi d'airain », nul ne contestera que l'ouvrier, que le journalier n'ait d'excellents arguments à faire valoir et de persuasifs usages à sa disposition pour réclamer et obtenir une plus forte rétribution de son travail.
Le salaire constitue vraiment une ( ressource », au sens étymologique de ce terme ; il « résurgit », il rebondit presque automatiquement dès qu'augmentent le prix de la vie et les besoins du salarié. Cette élasticité pallie en partie les effets du renchérissement, puisqu'il y a une sorte de parallélisme — nous ne disons pas concordance absolue — entre le taux des salaires et le coùt de la vie.
Fout autre paraît le cas des ( personnes à revenus et à appointements fixes ». Ces personnes-là, si la fixité de leurs ressources est un fait établi, supporteront infégralement, et dans toute sa gravité, l'augmentation du coût de la vie. Elles devront se priver ou s'endetter. Leur estomac ou leur budget — peut-être les deux — se ressentiront d'une crise telle que celle que nous traversons actuellement.
Quelles sont ces personnes ? Nous n'avons pas la prétention de les dénombrer ni de les « délimiter » exactement. En réalité, nous ne saurions tracer de frontière entre le « revenu fixe » et le « revenu variable ». Variabilité et fixité se superposent, se compénètrent, et se contrarient, non-seulement de profession à profession et de région à région, mais encore selon quantité d’ «espèces » que l'on ne saurait embrasser. La situation matérielle de chaque individu résulte de facteurs infiniment complexes, qui défient toute analyse profonde et toute classification absolue. À telle enseigne que nous placerons dans ce chapitre — et sans doute un peu arbitrairement — tous ceux qui
ne sont pas des ouvriers salariés à la journée ou à la semaine.
1° EMPLOYÉS Er FONCTIONNAIRES. — Nous aurions pu, par exemple, ranger les « employés » dans la classe du salariat. Il y a de très nombreuses catégories d'employés, soumises à des régimes très différents ; il y a les employés de commerce, les employés de bureau, les employés des grandes administrations ; il y a aussi les fonctionnaires. On trouve, d'autre part, d’humbles employés fort médiocrement rétribués, qui forment le prolétariat du négoce, et de gros employés, souvent intéressés dans le profit de leur maison, qui touchent des appointements élevés ou de fortes commissions. À quel degré les revenus de ces divers travailleurs sont-ils fixes ou variables ? Cela dépend de toutes sortes de conditions et de circonstances.
Il est d'usage, néanmoins, de ranger les employés des grandes administrations publiques et privées dans la caté. gorie que ce chapitre se propose d'étudier.
En effet, si les émoluments et les appointements desdits employés ont une tendance continuelle à s'élever — il serait facile d'établir que tel rédacteur du Ministère, en 1912 est plus chèrement payé, pour remplir de semblables fonctions, que tel (commis » de l'ancienne monarchie — il faut avouer que cette élévation est des plus lentes, des plus laborieuses, et qu’en tout cas elle ne saurait être directement déterminée par une crise soudaine, comme celle qui nous occupe. L'appointement du fonctionnaire imite la prudence de la Nature : (non facit saltus ». Pour que la situation du moyen et du petit fonctionnaire s'améliore et suive le progrès général. il faudrait que l’administration.. ne fût pas l'administration, que le nombre des fonctionnaires fût moins prodigieux. que l'État ne s'ingcniât pas à multiplier et à éparpiller ses dépenses d'une manière inconsidérée (1).
(1) Voici, d’après la « Statisque générale de France », quelle serait,
orties
Autrefois les traitements, gages ou soldes de fonctionnaires ne se trouvaient déterminés que par le bon plaisir du prince ou selon les indications de l'offre et de la demande. ( La bravoure, les talents militaires, dit le vicomte d'Avenel (1), avaient un ( cours » comme les denrées. On payait les soldats et les capitaines suivant leur rareté et suivant leur mérite évident ou présumé... Aucun tarif ne réglait ces libres contrats. » Dans la magistrature, dans le clergé, dans la diplomatie, dans le fisc, même incertitude. La rétribution des emplois variait selon la faveur, le lieu, le moment ; on n'observait à cet égard que des usages extrèmement malléables, et qui se pliaient à toutes sortes d'exigences.
Aujourd'hui, bien qu'ils n'aient pas encore le «statut » tant désiré, nos fonctionnaires - mettons à part ceux qui sont spécialement « protégés », une infime minorité — peuvent du moins tabler sur des revenus absolument fixes. Chaque emploi, abstraction faite de son titulaire, comporte un traitement rigoureux, qu'aucune circonstance ne saurait augmenter ni diminuer. Dans chaque branche de l'administration, nous voyons des « classes » formellement établies, hiérarchisées et soigneusement closes. Les portes qu'il faut ouvrir pour passer d'une classe à l’autre, pour monter én grade et pour gagner davantage, sont, en principe du moins, l'objet de règlements ou de coutumes péremptoires. On parle bien de népotisme, mais c'est là de la politique...
M. d'Avenel nous apprend que la moyenne des
exprimée en nombres-indices, l'augmentation destraitements de l'ensemble des fonctionnaires depuis 40 ans. Maïs il est à remarquer que c’est surtout l'augmentation des appointements des ouvriers d'Etat proprement dits qui a déterminé cette progression :
1871 Paris 83 Départements 78 Hoon a GK: mn 3 I9TI ET+ 100 == 100
(1) Les riches depuis 700 ans, chez A. Colin, 1909.
mr 54
615.000 traitements civils payés par l'Etat ressort à 1.500 francs environ. Un grand nombre de ces fonctionnaires ne sont autres, à vrai dire, que des ouvriers, et n'exécutent qu'une besogne purement manuelle. Mais, si l'on retranche du calcul les traitements qui correspondent à un travail de bras plutôt qu'à un travail de tête, et si l'on pose une moyenne plus élevée pour l’ensemble des « bureaucrates », on constate que la rémunération des fonctions officielles reste inférieure à celle des fonctions privées, et qu'elle est surtout, nous le répétons, moins élastique.
Ainsi, à Paris, si nous croyons M. d’Avenel, le plus grand magasin de nouveautés, partage, entre ses trois employés principaux, ün traitement de 600.000 francs, égal à la moitié de celui que touche le Président de la République. Les douze commis supérieurs qui les assistent recoivent autant que le Conseil des Ministres. Au dessous d'eux, et pour l'ensemble des grands bazars de la capitale, il existe au total plus de 250 traitements qui oscillent entre 25.000 ct 20.000 francs — égaux à ceux des préfets de 2° et de 3° classe — encaissés par les chefs de comptoirs et assimilés. Et cela dans un seul genre d’activité commerciale. Si nous poussions plus loin nos investigations, nous aurions des surprises de même nature : le directeur d'une usine de charbon du Midi était payé 2.600 francs en 1754. Son successeur, dans la même exploitation, est payé aujourd'hui 30.000 francs. Il est juste d'observer que la meilleure rémunération des entreprises privées correspond à une plus grande part d'initiative et de responsabilité.
Employés et fonctionnaires, quels que soient leurs avantages particuliers, et sauf en ce qui concerne une élite grassement rémunérée, ont ressenti durement les effets de la vie chère. L'obligation où ils se trouvent de faire bonne figure, de veiller à la parfaite rectitude et parfois à l'élégance de leur toilette, de remplir certains devoirs de politesse, de «tenir un rang », de (paraître », leur impose de cruelles nécessités. Combien dc jeunes officiers, d'institu-
teurs, d'expéditionnaires, se sont débattus, ces dernières années, dans les pires difficultés matérielles « J'ai une domestique, avouait dernièrement la femme d’un sous-lieutenant, parce qu'il me faut bienunedomestique pour servir le thé quand je recois la visite de la colonelle ; mais, ni mon mari ni moi ne mangeons de viande, et, sous prétexte de régime, nous ne buvons que de l’eau claire !... »
Ces sortes de détresses sont moins rares qu'on ne le suppose. Elles sévissent, à différents degrés, dans toutes les branches de l'administration. Le groupe bourguignon de l'Association générale des P. T. T. dans un fmeeting tenu à Mâcon, à la date du 12 août 1911, votait cet ordre du jour dont l'éloquente simplicité peut résumer toutes les considérations qui précèdent :
Les membres du groupe, réunis en assemblée générale à Mâcon, après avoir examiné la situation faite à la corporation, par suite du renchérissement du prix de la vie, constatant que ce renchérissement a atteint, depuis une dizaine d’années, une proportion de 20 % devant fatalement s’accroître sans cesse; considérant que le traitement moyen des agents des P. T. T., dans la première partie de leur carrière, c’est-à-dire de vingt à quarante ans, n’a pas été augmenté depuis 1872; considérant enfin que certaines catégories de salariés du commerce, de l’industrie et de l’Etat, ont obtenu récemment des augmentations de salaires très appréciables, décident d'engager une campagne très énergique, afin d'obtenir des pouvoirs publics une augmentation immédiate de leurs traitements calculée sur l’augmentation du prix de l’existence.
2° RENTIERS. — Les petits rentiers, les oisifs, les retraités, ceux qui vivent d'un patrimoine prudemment conservé ou des fruits d'une épargne laborieuse, se trouvent-ils en meilleure posture que les employés ? Nous ne le supposons pas.
Il va sans dire que nous plaçons hors de discussion les possesseurs de grosses et même de moyennes fortunes, peu lésés par la crise. Parlons seulement de ces petites gens, détenteurs de bas de laine, et qui, loin de se risquer