‹ La Vie ChèreChapitre 35 sur 48 · AE · texte numérisé non relu

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pour augmenter leur capital, en d’aventureuses spéculations, tirentleurs revenus du 3 o/, national, des obligations de chemin de fer et des valeurs à lots les plus sûres. Les statistiques du Ministère des Finances nous apprennent que lavoir global des Français, ayant à peu près doublé depuis 1872, se monte actuellement à 235 milliards de francs. Sans doute les citoyens dont nous parlons ici n'ont pas contribué activement à l'augmentation de ce trésor. Leur fortune, s'ils ne la capitalisent pas, reste stationnaire, c'est-à-dire que, le taux de l'intérèt baissant, (1) leurs revenus s'amoindrissent.

M. d'Avenel a calculé que, sur cent familles françaises, quatre seulement — ce qui représente environ 400.000 individus au total — jouissaient de 5o 000 francs de Capital, soit 2.000 francs de revenus.

Si l'on fait une moyenne du prix de la vie à Paris, dans les villes de province et à la campagne, ces 2.000 francs constituent, paraît-il, le #intmum indispensable à l'existence d'un ménage de quatre personnes. Ceux-là seuls, par conséquent, qui disposent de 2.000 francs de rente peuvent se dispenser de travailler. Mais on comprend quavec l'augmentation du prix de chaque chose, il devienne dillicile à nombre d'entre eux de vivre sans rien faire.

3° CARRIÈRES LIBÉRALES. — Les «carrières libérales», celles que l'on considère à tort ou à raison comme les plus intellectuelles, occupent en France plus de 500.000 personnes. Loin d'accorder la prépondérance et de décerner tous les honneurs au travail manuel, qui recrute la majorité des citoyens, notre démocratie réserve ses sourires à la minorité pensante, écrivante ou parlante. Ce caprice fait l'or-

(1) Toutefois, depuis quelque temps, un léger mouvement de hausse se dessine.

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gueil des « libérés » des soi-disant affranchis. les « esclaves » demeurant à l'usine, à l'atelier, au bureau.

Or, (les raisons qui font qu'on paie, observe M. d'Avenel (1), ne sont pas toujours les raisons pour lesquelles on estime. Ainsi, les professions libérales, qui ont profité de l'évolution des idées, n'ont pas toutes profité de l'évolution des prix». En fait, c'est dans les carrières de l'esprit que nous relevons les inégalités les plus choquantes et que nous trouvons les situations les moins enviables.'

Nous laisserons de côté les professions d'artistes et d'écrivains, les intellectuels proprement dits, dont le travail ne saurait relever d'aucun tarif et qui, pour des raisons faciles à deviner, échappent forcément à notre analyse. Un auteur dramatique, un peintre, un ténor, s'ils ont rencontré le succès, ne s’aperçoivent guère d'un renchérissement accidentel de l'existence. S'ils végètent, la vie chère ne fera qu'accentuer leur habituelle indigence.

Les professions libérales qui se prêtent le plus aisément à une analyse économique et sociale sont celles d’avocat et de médecin. Bien qu'il soit encore impossible de connaître . leur situation exacte, essayons de nous demander quel peut être leur sort.

La Cour de Paris compte environ 1.200 avocals (inscrits » dont environ 600 qui plaident ou qui prétendent plaider. En fixant à 300 le nombre des avocats parisiens qui vivent réellement, de leur profession, nous sommes probablement au-dessus de l’'humble vérité. Quoi qu'il soit fort difficile d'avancer à cet égard des chiffres précis, (on peut estimer, dit encore M. d’Avenel {2}, qu'il n y a pas plus de dix avocats gagnant régulièrement 100.000 francs par an. Une quinzaine se font de 50.000 à 100.009 ; une trentaine de 30.000 à 50.000: une soixantaine de 10.000 à 30.000.

(1) Les riches depuis 700 ans, loc. cit.,

(2) Les riches depurs 700 ans, loc. cit.

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