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cabinet qu'à de richissimes clientèles, exigeant de fabuleux honoraires. En bas, un prolétariat de modestes et besogneux cliniciens qui se font entre eux une terrible concurrence.
Que n'a-t-on dit sur l'encombrement de la carrière médicale? On sait que la France compte actuellement 20.000 médecins, 5; en moyenne par 10.000 habitants. Dans les grandes villes, cette proportion s'accroît jusqu'à 1 °/. Paris se flatte de réunir à lui seul 3.000 docteurs, exactement le double de ce qu'il en possédait en 1846. Or, à cette époque le docteur Reveillé-Parisu gémissait déjà sur l'encombrement de la profession : «Il y aura bientôt plus de chats que de souris!» s'écriait-il en manière de plaisanterie, et il demandait qu'on suspendit durant dix ans toute collation de diplômes : c'était au moins un «remède » radical.
En dépit de cette objurgation, les Facultés n'ont cessé de « fabriquer » des médecins. Aujourd'hui, le plus grand nombre d'entre eux végète lamentablement. Dans une revue spéciale (1), le docteur Noir donnait récemment les résultats d'une enquête sommaire, par lui menée dans toute la France, sur les conditions économiques de la vie du médecin. Cette enquête était bientôt reprise, commentée et corrigée par le docteur Trévoux, de Lyon, et nous ne saurions mieux résumer la question qu'en citant les principaux passages de cet article (2).
Si on totalise les chiffres, indiqués par le docteur Noir, comme fournis par son ou ses correspondants lyonnais, on arrive à trouver qu'une somme de 4.780 francs est suffisante pour faire vivre annuellement un médecin célibataire à Lvon.
Dans cette somme de 4.780 francs, le loyer compte pour 1.000 francs, les impôts pour 180 francs, une domestique pour 1.000 francs, les frais de déplacement pour 500 francs, l’entretien et l’alimentation pour 1.500 francs ; il reste une somme de 600 francs pour faire face aux cotisations, souscriptions, assu-
(1) Le Concours Médical, n° du 1°" et du 8 octobre, 1911. (2) Bulletin officiel des Médecins du Rhône, n° du 1 novembre r911°
rances diverses, achat de livres et d’instruments, frais de correspondance, etc.
A première vue, on peut se rendre compte qu'un tel budget est trop faible pour permettre à un médecin de vivre à Lyon même.
Le docteur Trévoux rectifie ainsi (avec explications à l'appui), le budget d'un médecin lyonnais :
LOVEr Ne EN AMEN CE TS 60 RD LM POSITIONSE MESURER DURE SCD Domestique eat ER ESC 2 CO Moyens de locomotion . . . . . 500 »
Alimentation et'entretien 24.7 4,2 00 M»
BudpetiaccessOite PAPE ur 008 600 »
DotalE CRE ET 137000
Et 1] poursuit :
A cette somme de 6.370 francs, représentant les frais du médecin lyonnais (célibataire et de goûts modestes), il y a lieu d’ajouter celle nécessitée par le paiement des intérêts et l'amortissement du capital qu’il a employé soit à ses études, soit à son installation, soit à attendre une clientèle suffisamment nombreuse et rémunératrice pour lui permettre de vivre. Ce capital est évalué par le docteur Noir à 32.000 francs : frais d’études, 21.000 francs, représentant sept années à 250 francs par mois ; — frais d’installation, 5.000 francs; — pertes subies pendant les premières années, 6.000 francs.
On peut accepter les deux premières évaluations, celles se rapportant aux frais d’études et d'installation, bien que les frais d’études ne comprennent que les études à partir du baccalauréat. En revanche, il faut augmenter le chiffre des pertes subies pendant les premières années ; il est certainement trop faible pour une ville comme Lyon, et nous pouvons, sans exagération, l’élever jusqu’à 10.000 francs.
Si nous ajoutons l'amortissement, en 25 ans, d'un capital de 36.000 francs et l'intérétà 4 % dece capital, soit ensemble la somme de 2.800 francs, nous avons un budget total de 9.250 francs.
Donc, le médecin lyonnais qui ne gagne pas neuf mille deux cent cinquante francs est «au-dessous deses affaires ».
On peut maintenant, conclut le docteur Trévoux, se demander RE PTE RS ses À s’il y a beaucoup de médecins, même à Lvon, qui arrivent à gagner
cette somme. Il est permis d’en douter, surtout si on se rapporte à cette statistique, publiée il:y a quelques années, par le docteur Vigne, dans l’Averir médical, de laquelle il résulte que, sur les 20.000 médecins français, il y en a 40 % qui ne gagneraient pas 5.000 francs par an, et seulement 20 % qui feraient plus de 10.000 francs de clientèle chaque année. En admettant, ce qui est vrai, que le médecin soit payé plus cher en ville qu’à la campagne, et que, par suite, la statistique du docteur Vigne doive être moins pessimiste pour le cas particulier d’une ville comme Lyon, il n’en paraît pas moins probable que près de la moitié des médecins lyonnais ne doivent pas arriver à gagner les 9.259 francs . nécessaires à leur budget et doivent vivre sur leur capital,
C'est pour ces raisons que le Syndicat des Médecins du Rhône décidait, au début de l’année 1912, un relèvement général des tarifs, ne faisant en celà que suivre l'exemple déjà donné par le Syndicat de la Seine et dont nous avons parlé plus haut, en examinant les dépenses superflues et imprévues. j
Nous avons cru devoir entrer dans ces détails et citer tous ces chiffres parce qu'ils nous ont semblé particulièrement révélateurs. Lyon, grande ville de province, peut-être prise. à maints égards, comme moyen terme entre Paris et les départements. Elle a de plus la réputation d'une ville où la vie est large, confortable, voire particulièrement savoureuse. Il faut pourtant que les médecins lyonnais se syndiquent et se liguent pour faire face aux nécessités offensives de l'existence. Ils se résignent à l'aveu de leur misère et s'excusent par avance d'un geste que le public, impitoyable, ne manquera de railler et de condamner. Encore des effets et des causes qui font échange de mauvais procédés : («la vie chère » du médecin contribue à la «vie chère» du malade et réciproquement. Les prix de la grippe, de la fièvre scarlatine et de la bronchite montent comme le prix du beurre. Et les médecins, quelque sacerdotale que soit leur mission, veulent pourtant avoir un peu de beurre sur leur pain!
Toujours est-il que les médecins ne sont pas payés par tous leurs clients. Qui, dans les milieux populaires, ne
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