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après 2.069 livres; le 28 octobre, 2.750 livres et le 30 octobre, 3.650 livres. |
Le Directoire arriva à émettre jusqu'à 15 milliards d’assignats en un seul mois pour se procurer quelques millions de numéraire, car les milliards ne représentaient plus alors que des millions.
En février 1796, la quantité de papier en circulation atteignait 45 milliards! L’'assignat était tombé au 200€, puis au 344 de sa valeur nominale; personne ne voulait plus l’accepter.
Il fallait de toute nécessité liquider cette monnaie désormais sans valeur. Plusieurs projets furent présentés ; finalement Île gouvernement imagina d'échanger les assignats contre des mandats territoriaux dans la proportion de 30 contre un. L'opération échoua misérablement. Le nouveau papier n’inspira aucune confiance et le jour même de son émission, le 11 avril 1796, malgré toutes les menaces et toutes les promesses destinées à en maintenir le cours, il tomba de :00 à 18 livres. Le public, qui ne voyait dans les mandats territoriaux qu'une réimpression des assignats, comprit que leur chute allait être rapide et se refusa à les accepter dans les transactions de la vie privée. Le gouvernement Îui-même ne voulut bientôt plus les recevoir en paiement des biens nationaux.
La circulation du papier-monnaie à cours forcé était devenue impossible. Le 16 juillet 1796, la liberté des transactions fut rétablie. Chacun put désormais exiger en paiement la monnaie qui lui convenait. Les mandats territoriaux ne furent plus
acceptés que pour leur valeur au cours du jour publié par le trésor (1).
Quant aux assignats qui n'avaient pas été échangés, un décret du 21 mai 1797 en déclara l’annulation pure et simple. Ils ne représentaient plus dorénayant que le poids du papier et ne pouvaient plus servir qu'à matérialiser un triste souvenir.
Le retour aux prix normaux fut la conséquence immédiate de la disparition des assignats ; ce qui prouve évidemment que la dépréciation du papiermonnaie émis en quantités exagérées était la seule véritable cause de la cherté de la vie.
Iin'y eut que le taux des salaires qui resta très au-dessus de ce qu'il était avant la révolution; les ouvriers entendaient conserver lé bénéfice des majorations qu'ils étaient parvenus à obtenir.
Il est assez curieux de relire actuellement les détails donnés à ce sujet par les contemporains.
(1) Le législateur statua que désormais chaque citoyen serait libre de contracter comme bon lui semblerait, que les obligations qu'il aurait souscrites seraient éxécutées dans les termes et les valeurs stipulées ; toutefois il ajouterait par exception : «Nul ne pourra refuser son payement en mandats au cours du jour et du lieu du paiement». Mais le 13 pluviose de l’an 5 « le Conseil des Cinq-Cents, considérant que € la faible valeur des mandats qui restent dans la circula- « tion les rend inutiles aux transactions entre les citoyens ; « que cependant, ils favorisent des spéculations nuisibles « aux intérêts de la Trésorerie, et prolongent une complication dangereuse dans la comptabilité des deniers publics, « prend la résolution suivante: A dater de la présente loi, les mandats cesseront d'avoir cours de monnaie entre
«€ particuliers ».
DuranD DE MALLANE. Histoire de la Convention.
CERS TM
« Les agricoles, écrit en floréal, an V, le Commissaire du Directoire près le canton de Quinsac (Gironde), qui, en 1798, travaillaient les vignes à raison de 15 à 18 sous pour toutes les taçons d'usage, exigent à présent 40 à 45 sous par jour. »
Un propriétaire de l'Indre, adressant ses doléances au Conseil des Cinq Cents, en ventôse, an VII, disait que « les ouvriers avait réduit de beaucoup les heures de travail que leur prescrivaient les coutumes locales, qu'ils n'en employaient que la moitié et se faisaient payer le double, d'où il résultait que la main-d'œuvre avait quadruplé de prix ».
Enfin, leurs exigences pour la nourriture étaient devenues beaucoup plus grandes. « Les mœurs de la Révolution, écrivait Dupont de Nemours, le 18 frimaire, an IV, ont introduit parmi les ouvriers de la campagne, l'habitude de faire de plus fortes consommations et des consommations plus recherchées ; il leur faut de plus beau pain, plus de viande, plus de vin. » |
La situation des travailleurs manuels s'était donc considérablement améliorée. D’après le préfet Debry, dans le Doubs,les gages moyens d'un domestique homme seraient passés de 90 à 150 livres; ceux d’un garçon de charrue de 125 à 180, ceux d’une servante de basse-cour de 35 à 75 livres. Dans la Moselle, si l'on en croit le préfet Colchen, les gages moyens d'un domestique homme auraient été de 82 francs en 1789, et de 128 francs en l'an VIL.
Cette sensible augmentation du pouvoir d'achat d’une grande partie de la population amenait natu-
pr
rellement un accroissement de la demande de marchandises et empêchait les prix de revenir exactement à leur ancien niveau. La hausse resta surtout sensible pour le vin dont la consommation s'était considérablement accrue, mais, pour toutes Îles autres denrées, le renchérissement qui persista fût à la vérité extrêmement léger.
Dans les Deux-Sèvres, par exemple, ies œufs se payaient 6 sous la douzaine au lieu de 5 auparavant; la viande, également, 6 sous au lieu de 5 ; le beurre, 13 sous au lieu de 10. Dans le Doubs, les souliers coûtaient 8 francs au lieu de 6.
Quand on songe que, quelques semaines auparavant, les œufs se payaient 10 francs pièce et qu’une paire de chaussures valait 20.000 francs, on est quelque peu surpris de la rapidité de cet heureux dénouement.
Le vent qui souleva cette « vague de baisse » fut aussi violent que l'ouragan qui, quelques mois auparavant, avait déchaîné la hausse vertigineuse ; mais il faut bien remarquer que l'orage, malgré son extrême violence, n'avait pas causé, dans la vie économique, des ravages aussi profonds et aussi durables que ceux dont nous souffrons actuellement. Les forces productives de la nation n'avaient pas subi d'aussi terribles atteintes ; la guerre n'avait pas accumulé autant de ruines, fauché autant de vies humaines, désolé d'aussi vastes contrées.
Il serait donc téméraire d'espérer une aussi prompte solution de la crise actuelle. Mais il n’en est pas moins vrai que l’abus du papier-monnaie, pro-
duisant partout et toujours les mêmes effets, l'histoire des assignats est aujourd’hui, pour nous, particulièrement suggestive.
Nous avons connu, durant la guerre, et nous connaissons encore maintenant, un grand nombre des difficultés qui se produisirent déjà pendant la Révolution, et, comme on ne tire guère profit des exemples du passé, nous avons essayé des mêmes remèdes et nous avons naturellement abouti au même insuccès.
Sous la Révolution francaise, comme sous la Révolution américaine, comme durant la longue tourmente que nous venons de traverser et dont nous ne sommes encore qu'incomplètement délivrés, l'inflation fiduciaire, dangereuse ressource des gouvernements obérés, a eu la même répercussion sur la vie économique.
Ascension formidable des prix, suivant la progression de la circulation fiduciaire ; vains essais de taxation qui n’aboutissent qu'à la disparition des denrées et à la création de marchés clandestins ; brusques variations dans les valeurs favorisant le développement de la spéculation et de la fraude; accaparement ; affaiblissement de la vertu d'économie ; majorations de salaires; augmentation de la demande de tous objets ou denrées susceptibles de conservation ; enfin éclipse de la justice et de l’honnéteté; vague d'improbité, pour employer le langage moderne ; tels sont les effets caractéristiques d'une émission exagérée de billets à cours forcé; telles sont les conséquences inéluctables de l'abus du papier-
bp
monnaie que M. Wagner appelle le « chancre rongeur des finances et de l'économie sociale », et que déjà, en 1810, M. de Montalivet, parlant au nom de Napoléon Ier, n'hésitait pas à qualifier de « plus grand fléau des nations ».
LE PAabieErR-MONNAIE AMÉRICAIN DURANT LA GUERRE DE SÉCESSION
L'échec des tentatives de Law, la faillite du papier-monnaie aux Etats-Unis, à l'époque de la Guerre de l'Indépendance, la lamentable destinée des assignats, sous la Révolution française, auraient dû, semble-t-il, édifier les générations suivantes sur les inconvénients de la monnaie de papier et les engager à n'user qu'avec la plus grande circonspection de ce dangereux expédient.
Il n'en a pourtant pas été ainsi, et, durant le XIX°® siècle, nous voyons la plupart des grands Etats recourir au billet à cours forcé pour se tirer de situations financières particulièrement embarrassantes.
Les mêmes causes produisirent les mêmes eflets ; mais l'abus étant moins considérable, les conséquences en furent évidemment moins graves et moins durables.
On pourrait citer l'exemple de l'Angleterre, de la Russie, de l'Autriche, mais il ne nous apprendrait rien que nous ne sachions déjà suffisamment.
Pourtant parmi ces expériences du siècle dernier, il en est une qui mérite d'être rappelée, parce
re
qu'elle est pour nous particulièrement instructive, c'est celle renouvelée par les Etats-Unis que n'avait probablement pas assez édifiés les souvenirs de la révolution de 1756.
Au cours de la guerre de Sécession, comme pendant la guerre de l'Indépendance, le gouvernement fédéral multiplia les émissions de papiermonnaie pour se procurer les ressources que l'emprunt ne suffisait pas à lui fournir.
Au 31 août 1865, les billets à cours forcés des” divers types se montaient à 684.138.959 dollars; auxquels 1l convient d'ajouter 26.344.742 dollars représentés par les petites coupures.
La prime de l'or s'était rapidement manifestée : En janvier 1862, l’or était au pair; au mois de Juillet, 100 dollars d’or valaient 120 dollars de papier; au mois de Janvier 1863, ils en valaient 170 et, en Juillet 1864, ils en valaient 285.
Le renchérissement de toutes les marchandises était naturellement considérable. Mac Culloch, Secrétaire du Trésor, constatait, dans un de ses rapports, que de 1862 à 1866, les prix avait triplé.
Cette hausse n'était, d’ailleurs, pas universellement déplorée. Un très grand nombre de commerçants et d’industriels, désignés sous le nom d’Znflationists, prétendaient que les prix élevés témoignaient de la prospérité du pays. Selon eux, les produits circulaient avec d'autant plus de facilité et la richesse générale prenait d'autant plus d'extension que la quantité de monnaie était plus considérable.
Ils se montraient résolument hostiles à la dimi-
pare
nution de la circulation fiduciaire et à la reprise des paiements en espèces, suceptible d'amener une baisse des prix.
La thèse des Znflationists fut vigoureusement combattue par Hug Mac Culloch.
Dans une série de rapports, le Secrétaire du Trésor s'applique à démontrer que la hausse des prix qui, de 1860 à 1866, avait atteint 3000/0, ne correspondait nullement à un accroissement de la richesse publique.
Il importait peu au fermier de vendre ses produits trois dollars en papier, au lieu d’un seul en métal, du moment que ces trois dollars de papier ne valaient pas plus que l'unique dollar de métal et ne lui conférait pas un pouvoir d’achat plus considérable.
Les seuls bénéficiaires de cette hausse étaient les débiteurs qui pouvaient s'acquitter à bon compte de leur dette avec cette monnaie dépréciée ; mais cette facilité constituait évidemment une. grande injustice, puisque le créancier ne recevait en somme qu'une partie de l'argent qui lui était dü.
Si les avantages de l'accroissement de la circulation fiduciaire étaient tout à fait illusoires, par contre, ses inconvénients n'étaient que trop réels.
« Le cours forcé, écrivait Mac Culloch, a accru immensément le coût de la guerre et augmente beaucoup les dépenses publiques depuis le rétablissement de la paix ; il a rendu la paix instable, le commerce incertain ; il a entravé les affaires sérieuses ; il a dirigé sur l'étranger le produit de
nos mines, en même temps que nos dettes vis-à-vis de l'Europe allaient toujours croissant et atteignaient une telle grandeur qu’elles drainaient les revenus publics et font obstacle à la reprise des payements en espèces ; il a ébranlé le crédit public, en suscitant des doutes fâcheux au regard du payement de la dette publique ; joint aux lourds impôts qu'il a contribué à rendre nécessaires, il a fait obstacle aux constructions maritimes et, par suite, à la renaissance du commerce détruit par la guerre; il est l'excuse des tarifs protecteurs, et, cependant, par les variations qu'il occasionne dans les prix, il les rend impuissants à défendre le manufacturier américain contre ses concurrents étrangers ; il remplit les coffres du riche, mais, par Îles hauts prix qu'il crée et qu'il maintient, il est intolérable pour les personnes dont les révenus sont limités. »
Il semble que bon nombre de ces observations pourraient s'appliquer actuellement à notre propre situation.
Ï1 serait aisé de multiplier les exemples, mais les faits que nous venons de rappeler sont suffisamment caractéristiques pour nous permettre de conclure que la hausse des prix provoquée par des émissions exagérées de papier-monnaie est encore beaucoup plus considérable que celle qui provient d’un afflux métallique. L'avilissement du billet à cours forcé est plus complet encore que celui de l'or et de l'argent; plus rapidement l'abondance « en cause le mépris ».
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Dans ce rapide coup d'œil jeté sur le passé, nous avons constaté qu'à toutes les époques où le stock monétaire a subi un notable accroissement, par suite d'un afflux de métaux précieux ou d’une émission exagérée de papier-monnaie, les prix de toutes Îles marchandises se sont sensiblement élevés et le public s’est plaint de la cherté de la vie.
Dès lors, comment ne pas établir une analogieentre la crise actuelle et celle qui l’ont précédée dans l'histoire économique ? Comment ne pas voir un rapport de cause à effet entre l'accroissement considérable de notre circulation fiiductaire et le renchérissement prodigieux qui soulève depuis la guerre tant de légitimes doléances ?
Ce rapprochement s'imposait, et un très grand nombre d'économistes voient dans l'émission de nos 39 milliards de billets de banque une des causes principales, sinon la principale de l'ascension des prix. . Mais, il faut bien reconnaître que cette opinion est loin d’être universellement admise ; elle compte en ce moment d'assez nombreux adversaires, surtout parmi les gens d’affaires qui repoussent volontiers une théorie basée sur les changements de valeur de la monnaie.
Nous aurons à examiner les arguments des uns et des autres. Mais avant de discuter sur l’origine du mal, il n’est pas inutile d'en connaître l'étendue.
* Sans doute, nous n'avons tous malheureusement que trop d'occasions de constater par nous-mêmes
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l'importance du renchérissement de tous les objets et de toutes les denrées nécessaires à notre existence ; mais il n'est cependant pas inutile de citer quelques chiffres, pour fixer les idées, et aussi pour conserver le souvenir de cette crise qui restera parmi les plus douloureuses et les plus aiguës de toute notre histoire économique.
Nous allons donc essayer de déterminer jusqu’à quel point la vie est chère actuellement.
2e PARTIE
La Crise actuelle