‹ La Vie Chère et L'InflationnismeChapitre 3 sur 48 · SEE · texte numérisé non relu

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ainsi, par exemple, que l’écu vieil (monnaie d'or) ne valait intrinsèquement que 1/80 de plus que l’écu sol de 1568. [Il en est de mème pour les autres pièces de monnaie que Bodin passe successivement en revue. Leur avilissement est très inférieur à l'ascension des prix.

La thèse de Malestroit doit donc être rejetée. Mais comment expliquer alors la hausse générale ?

Pour Bodin, la principale cause qui enchérit toutes choses, en quelque lieu que ce soit, c’est l'abondance de ce qui donne estimation et prix aux choses ; c'està-dire la monnaie.

L'histoire nous en fournit de nombreuses preuves : «Plutarque et Pline témoignent, qu'après la conquête de Macédoine, sous le roi de Perse, le Capitaine Paul-Emile apporta tant d'or et d'argent en Rome que le peuple fut affranchi de payer tailles et le prix des terres en la Romagne haussa des deux tiers en un moment. Et Suétone dit que l'Empereur Auguste apporta tant de richesses d'Egypte que l’usure diminua et le prix des terres fut plus cher de beaucoup qu'il n'était auparavant. Ce n'était donc pas la disette des terres qui ne peuvent croître, ni diminuer, ni le monopole qui ne peut avoir lieu en pareil cas ; maïs c’est l'abondance d'or et d'argent qui cause le mépris d'iceluy et la cherté des choses prisées. »

Voilà donc la théorie quantitative nettement formulée !

Puisque c’est la monnaie « qui donne estimation et prix aux choses», si sa valeur vient à diminuer, les commerçants en exigeront une plus grande quan-

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tité en échange de leurs marchandises, et les prix monteront.

Si l’unité de mesure se réduit, la quantité mesurée restant identique à elle-même, l'unité de mesure sera forcément contenue un plus grand nombre de fois dans la quantité mesurée. Selon qu'il s'agira de dimension, de poids, de prix, les objets paraîtront plus grands, plus lourds, plus chers.

Ainsi donc, c'est l’afflux des métaux précieux qui, en amenant la dépréciation de la monnaie, a provoqué la hausse des prix, dont on se plaint en France.

La preuve en est qu'en Espagne et en Italie, où l'or et l’argent sont encore plus abondants, le renchérissement a été encore beaucoup plus important.

Et quon ne cherche pas à nier l’accroissement considérable du stock monétaire de la France; les faits historiques sont là pour le prouver.

«Le roi Jean ne put onques trouver 60 000 francs à crédit en son extrême nécessité et depuis la journée de Poitiers qu'il fut prisonnier huit ans des Anglais, ni ses enfants, ni ses amis, ni son peuple, ni luimême qui vint en personne ne put trouver sa rançon et fut contraint de s’en retourner en Angleterre, en attendant qu'on lui ferait argent. »

«Saint Louis fut en même peine, étant prison nier en Egypte. Le peuple français qui aimait plus que jamais «un tel roi qui n’eut onques son‘pareil », ne put trouver quetrès difficilement les 200.000 besants

d’or nécessaires à sa rançon.

On lit également dans les vieilles histoires, que, «faute d'argent, on fit monnaie de cuir qui montre

bien l'extrème nécessité d'or et d'argent qui était lors cnÉrance».

Or, déclare Bodin : «Si nous venons à notre âge, nous voyons, qu'en 6 mois, le roi a trouvé à Paris, sans aller plus loin, plus de trois millions quatre cent mille livres, hors les deniers des offices qui furent aussi trouvés en Paris, outre les deniers des aides et du domaine ».

Autre exemple : « Les filles du roi Henri ont eu chacune quatre cent mille écus en mariage, alors que Renée, fille de François, n'en avait reçu que cent mille ».

La monnaie, très rare autrefois, est donc maintenant extrêmement abondante.

Mais d’où vient cet afflux d'espèces métalliques, après la disette des siècles passés ?

Il faut en chercher l'origine dans l'extension de notre commerce extérieur qui nous a permis de drainer à notre profit l'or et l'argent de nos voisins.

Les peuples qui possèdent des mines ou quiexploitent les richesses des nouveaux continents sont tributaires de la France pour une grande quantité de produits indispensables qu'ils obtiennent en échange -de leurs métaux précieux.

« L’Espagnol qui ne tient vie que de France étant contraint par force inévitable de prendre ici les blés, les toiles, les draps.., va chercher au bout du monde l'or et l'argent et les épices. D'un autre côté, l'Anglais, l’'Ecossais et tout le peuple de Norvège, Suède, Danemark et de la Côte Baltique, quiont une

infinité de minières, vont fouir les métaux aux cen-

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