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FIDUCIAIRE OU LE ROLE QU'ON LUI ATTRIBUE | DANS L'ASCENSION DES PRIX

Le témoignage des siècles passés et l'examen des faits actuels sont donc tout à la charge de l'inflation monétaire. Il est difficile de ne pas voir dans le déluge de billets de banque qui nous submergent depuis la guerre une des principales causes de la cherté dela vie. Les circonstances dans lesquelles s'est développée la hausse formidable qui soulève de si légitimes doléances paraissent accuser nettement l'influence désastreuse de nos 39 milliards de papier-monnaie, L’exagération des émissions anormales de la Banque de France semblait donc devoir être condamnée à l'unanimité.

I n’en a pourtant pas été ainsi. L'inflation fiduciaire n’a pas provoqué cet universel anathème. Non seulement son influence a été discutée, mais son: existence même a parfois été niée. |

Nous allons avoir à examiner les arguments de ceux qui ne croient pas à l'importance du rôle joué par la monnaie dans la crise actuelle.

LES ÉMISSIONS DE BILLETS REPONDAIENT A UN BESOIN DE MONNAIE. ÎL N'Y A PAS D'INFLATION FIDUCIAIRE

Malgré l'accroissement formidable de notre circulation fiduciaire, certains économistes se refusent à admettre qu'il y ait actuellement inflation monétaire. L'inflation, disent-ils, supposerait que les besoins de monnaie sont dépassés; or, actuellement notre stock de billets est exactement proportionné au nombre et à l'importance des transactions ; il est strictement nécessaire.

Cette opinion a trouvé sa plus parfaite expression dans les paroles que prononçait M. Coignet, à la Société d'Economie politique de Lyon, le rer mars. 1918 : « Si la monnaie a plus que doublé en quantité, peut-on dire qu'il y a eu inflation, et que, par suite, la monnaie a baissé de valeur? Pour le savoir, il faudrait savoir si la quantité de paiements n’a pas doublé aussi. Car, dans ce cas, le doublement de la quantité de monnaie n'aurait fait que lui permettre de ‘remplir sa fonction dans les mêmes conditions qu'auparavant ».

Or, le distingué président de la Chambre de Commerce de Lyon, constate que, depuis 1914, .le prix des marchandises a haussé dans la proportion de 1 à 2, 31, que les salaires ont doublé, que les dépenses de l'Etat ont subi un formidable accroissement, ayant passé de 4 milliards en 1913, à 42 milliards en 1917; il conclue donc que la quantité des paiements ayant beaucoup plus que doublé, le doubiement de la monnaie a été nécessaire, qu'il n'y a pas

eu d'inflation monétaire et que la valeur de [a monnaie n’a pas baissé. « Et comment en serait il autrement, ajoute l'éminent économiste, puisque, avec notre admirable système de la Banque de France, seule émettrice de billets, cette émission est toujours proportionnée aux besoins de monnaie ? »

Malgré toute l'autorité qui s'attache au nom de M. Coignet, nous ne saurions adopter une telle conclusion.

Peut-on vraiment affirmer que « le doublement de la quantité de monnaie a été rendu nécessaire par le doublement de ia quantité de paiements » ? Ne seraitil pas nlus exact de soutenir que c'est au contraire le doublement de la quantité de monnaie qui a provo- qué le doublement de la quantité de paiements ?

Il faut remarquer en cffet que l'accroissement de la circulation monétaire n'a pas suivi la hausse des prix, mais que c'est au contraire la hausse des prix qui a suivi l'augmentation de notre stock monétaire.

Revoyons, pour nous en convaincre, le tableau précédemment examiné. |

La circulation fiduciaire et la moyenne des prix ont été ramenées au chiffre 100 pour l’année 1914 :

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