‹ La Vie Chère et L'InflationnismeChapitre 5 sur 48 · ERA C AR · texte numérisé non relu

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véritable création de monnaie, pour toute la quantité excédant le montant des pièces d’or et d'argent affectées à leur garantie.

Mais ce n’est pas tout. Si l’on veut apprécier exactement l'influence exercée sur le niveau des prix, par un accroissement de la circulation monétaire, il est nécessaire de tenir compte du degré de perfectionnement des modes de crédit, comme le chèque et la compensation, qui se substituent à la monnaie, et permettent d'effectuer, sans son intermédiaire, un très grand nombre de transactions. ,

Ces différents éléments doivent être mentionnés dans la formule de la théorie quantitative qui paraît alors pouvoir être énoncée d2 la manière suivante: « En supposant inchangés la vitesse de circulation « de la monnaie, le développement du crédit et des « moyens de paiement sans intervention de monnaie, « ainsi que la masse des échanges à effectuer, une « variation dans la quantité de monnaie suffisamment « forte par rapport au stock antérieurement existant « tendra à produire une variation inverse du pouvoir « d'achat de la monnaie, c'est-à-dire une variation « inverse des prix nominaux! (1)

La théorie quantitative a donc été sensiblement perfectionnée, depuis le XVIe, mais le principe posé par Bodin n’en subsiste pas moins. Entre temps de nouveaux faits économiques avaient d’ailleurs fourni l'occasion d'en vérifier l'exactitude.

(1) Formule tirée de « L'Histoire des Doctrines économiques » de M. Dugois Paris fe

Les MÉTAUX PRÉCIEUX ET LES PRIX

AU XIXe SIÈCLE

L'or qui afflua sur le vieux continent, après l’arrivée des galions d'Amérique, comme si le « grand œuvre » des anciens alchimistes avait été soudainement réalisé, n'apporta donc pas une prospérité sans nuages à nos ancêtres du XVIe siècle.

L'abondance du métal si ardemment convoité — loin de marquer la fin de toutes les misères, comme on l'avait espéré, avec quelque naïveté — eut pour principal effet de provoquer ce prodigieux « renchérissement du prix de toutes choses » qui souleva alors tant de légitimes doléances.

11 faudra arriver jusqu’à ces dernières années pour retrouver un pareil bouleversement dans l'ordre économique, mais si c'est à notre époque qu'était réservé le triste privilège de revoir un enchérisse— ment général comparable à celui dont nous parle Bodin, les prix ont cependant effectué vers le milieu du XIXe siècle, une ascension assez rapide et assez sensible pour justifier les plaintes du public et attirer l'attention des économistes.

Si bénigne que puisse nous paraître cette crise, si complètement effacée par celle que nous subissons actuellement, il n'est pas sans intérêt d'en évoquer le souvenir et de rappeler l'explication qui en a été donnée, d'autant que nous allons retrouver dans cette hausse l'influence déjà connue d'un afflux

métallique provoquant un accroissement du stock monétaire.

La découverte des mines de Californie en 1848 et de celles d'Australie en 1850, amena une vive recrudescence dans la production des métaux précieux.

Alors que la quantité d'or et d'argent extraite annuellement représentait à peine 440 millions avant 1850, elle atteignit 883,7 millions pendant la période 1891-1855 et dépassa un milliard de 1870 à 1875.

La moyenne annuelle du XVIII siècle n'était que de 193 millions et celle de la première moitié du XIXe siècle, d'environ 227 millions. Pendant les vingtcinq années écoulées de 1851 à 1875, elle dépasse 930 millions. x

En un quart de siècle, la production avait donc quintuplé et quadruplé.

Si l'on en croit la théorie quantitative, un pareil : afflux de métaux précieux ne pouvait manquer de provoquer le renchérissement de toutes les marchandises.

Nous allons pouvoir nous renseigner aisément à cet égard, car depuis l'époque où Bodin consultait les registres du Châtelet, les aveux et les coutumes des principales provinces françaises, les moyens d'enquête sur le niveau des prix et par conséquent sur la puissance d'achat de la monnaie se sont considérablement perfectionnés.

Nous avons à notre disposition les tableaux statistiques imaginés, au début du siècle dernier, par l’économiste anglais Newmarch et publiés mainte-

nant dans la plupärt dés pays, sous le nom d' indexnumbers ou, pour parler français, de nombresindices.

Ces documents devenus classiques sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en étudier longuement l'origine. Rappelons seulement que pour les établir, on prend le prix moyen d’un certain nombre de marchandises, à une époque déterminée et l'on représente généralement ce prix quel qu'il soit par le chiffre 100. Puis on exprime le taux de chacune des autres années par des nombres proportionnels à ce chiffre et correspondant, par conséquent, au tant pour cent du prix de la période choisie pour base. On voit ainsi par le simple examen du tableau dans quelles proportions les prix ont augmenté ou diminué.

Il est évident que les renseignements ainsi obtenus ne sont pas d’un: exactitude absolue. Pour connaître avec toute la précision désirable les variations du pouvoir d'acquisition de la monnaie, d’une période à l’autre, 1l faudra:t en effet noter le prix de toutes les marchandises aux époques considérées. Or les indexnumbers ne se réfèrent qu'à un nombre de denrées forcément limité.

D'autre part ils ont le tort de donner la même importance à toutes les marchandises. Or, il est évident qu'une baisse sur l'indigo ne compensera pas une hausse du blé.

A défaut d’une précision rigoureuse ; ils donnent tout au moins une idée très nette de l'orientation, de l'allure générale de la courbe des prix durant une

Se période déterminée. Ils vont donc nous révéler les répercussions qu'ont pu avoir, sur le coût de la vie, les afflux métalliques consécutifs à la découverte des mines de Californie et d'Australie.

Examinons, par exemple, le tableau ci dessous qui comporte, d’une part, les moyennes biennalés de la production des métaux précieux, tirées du rapport de Sir Hector Hay, à ia « Gold and Silver Commission » (1887); d'autre part, les moyennes correspondantes des différents index des prix calculés par MM. Sauerbeck, S. Jevons, Levasseur et Giflen.

Prodaction| Index Index Index Tex : d'or de e PERIODES et M. Sauer- de M. Levas- de d’argent beck S. Jevons seur M. Giffen

Moyennes annuelles (Millions)

L'inspection de ce tableau, qui fournit des moyennes calculées par des méthodes différentes et sur des bases indépendantes, permet d’apercevoir très nettement le rapportexistant entre Îes afflux métalliques et l'ascension des prix.

Le renchérissement du coût de la vie apparaît comme la conséquence évidente de l'accroissement du stock monétaire.

C'est la conclusion qui ressort de toutes les statistiques et de tous les travaux se référant à cette époque.

Monsieur Levasseur, en 1858, dans son ouvrage sur « La Question de l'or » après avoir étudié tous les facteurs du renchérissement général des marchandises, déclare que l'augmentation du stock monétaire a déterminé une élévation de 20 0/, sur l'ensemble des prix.

Stanley Jevons estimait en 1863 (1) que la baisse de l'or ne pouvait être moindre de 90/, et était probablement très voisine de 15 0/o.

Les tables de « l'Economist » basées sur les prix de 22 catégories de marchandises en Angleterre font ressortir, pour l’année 1875, une hausse de 23 0/0 par rapport à 1845.

Soetleer, calculant les prix de 114 articles à Hambourg et le ramenant au chiffre 100, pour la période 1847 — 1850, arrive à 112 de 1851 à 1855, 121, de 1856 à 1860, à 124, de 186: à 1865, et à 133, de 1871 ER CYER

Sans doute, il a fallu un certain temps avant que la hausse générale se manifeste ; nous savons en effet que la monnaie, même surabondante, n'afflue pas immédiatement dans tous les canaux de la circulation.

Sans doute le renchérissement des marchandises n'a pas été strictement proportionnel à l'acroissement du stock monétaire; on doit, eneffet, tenir compte de l'intervention de plusieurs autres élémentsquipeuvent accentuer où, au contraire, atténuer l'influence d’un

(1) Dans son ouvrage intitulé : À serious fall in the value of gold and its social effects set forth.

afflux de numéraire. 11 ne faut pas oublier, d'autre part, que l’or et l'argent des mines de Californie et d'Australie se sont déversés dans un stock monétaire de plus de 40 milliards et que le développement du commerce et de l’industrie réclamait au XIXe siècle des quantités de monnaie de plus en plus considérables ;il ne pouvait donc pas se produire à cette époque un bouleversement économique comparable à celuiqui suivit la découverte de l'Amérique.

Maisiln’en est pas moins évident qu'au XIXe siècle aussi bien qu’au XVIe, l'afflux des métaux précieux provoqua le renchérissement de toutes les marchandises.

On pourrait encore signaler d’autres faits analogues, notamment l'élévation sensible du coût de la vie constaté il y a quelques années, à la suite de la mise en exploitation des mines du Transvaal et du Yukon.

Mais les exemples célèbres que nous venons de rappeler Sontsuffisamment caractéristiques pour nous permettre d'affirmer que, si d’autres facteurs n’agissent pas en sens contraire, avec une égale puissance, tout accroissement important du stock de monnaie métallique se traduira infailliblement par une hausse des prix.

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