CHRÉTIENNE EST UNE VIE SURNATURELLE, C'EST-A-DIRE DIVINE
Nous arrivons par ces démonstrations successives, fondamentales et nécessaires, à démontrer que la vie chrétienne est une vie surnaturelle el divine, et comment elle possède ces deux admirables caractères.
Nous ne pouvons atteindre aotre fin suprême qui surpasse infinimenl les exigences el les forces de ootre nature, que pur des ressources, par des moyens, par des actes proportionnés à celle fin. Nous l'avons dit, pour que nos actes atteignent cette récompense suprême qui est Dieu vu et possédé immédiatement, ils doivent avoir
I Apoc, XXI, 23.
'roposil . -i Beguard, damnata.
îuarez : De Deo, lib. [I, e. ±. — v. plus loin sur la lumière de la gloire le chap. V : de l< I nielle, couronnement de la vie
chrétienne, § 2.
une puissance et un mérite divins. Gomment auraientils celte puissance et ce mérite, s'ils n'ont pas en nous un principe divin, non point passager et transitoire, mais permanent et perpétuellement actif, en d'autres termes, si la nature divine, source d'une vie divine, ne nous est communiquée ? 11 faut donc que nous participionsà cette mystérieuse vertu par laquelle Dieus'atteint lui-même immédiatement et naturellement et par laquelle une créature est élevée en quelque sorte jusqu'à l'être divin, à la vie divine, parla communication de la nature même de Dieu. Or, cette vie n'est autre que la vie chrétienne.
La vie éternelle, la vision immédiate et la possession parfaite de Dieu n'est que l'achèvement et le couronnement de la vie chrétienne. La vie chrétienne est la vie divine commencée dans l'épreuve et le mérite ; la gloire est cette même vie arrivée à son plein développement et à sa perfection, car la grâce est comme la semence de la gloire (1). << Le sentier du juste, dit l'Esprit-Saint, est pareil à une lumière qui resplendit, se développe et croit jusqu'au jour parlait » (2). La vie imparfaite de l'intelligence, parla connaissance de Dieu dans le miroir des créatures, s'élève et se développe parla foi, et elle deviendra parfaite dans les visions du ciel. L'espérance est la vie incomplète de la volonté dans la possession lointaine et imparfaite du bien suprême, mais dans le ciel la volonté possédera ce qu'elle a ici-bas espéré et désiré ; elle aura ainsi une vie parfaite et bienheureuse.
(1) » La grâce et ta gloire sont du même genre : car la grâce n'est autre chose que le commencement de la gloire en nous. » (S. Thomas, Summ. theol.,2a ±- , q. 24, a. :;. ad 1.) Prov., iv. |s.
La charité qui esl plus encore la vie de la volonté et du cœur esl aussi la vie du chrétien tout entier puisque (i du cœur procède Imite vie »(1). La charité « qui ne meurt pas » (2) aura dans le ciel son triomphe et ses ravissements. Et ainsi les vertus de la vie chrétienne sont ici bas le commencement de la vie divine du ciel .
Nous l'avons démontré dans le premier chapitre de cette étude, la vie chrétienne esl la vie même de Notre Seigneur Jésus-Chrisl dans le chrétien, c'est la vie dirigée vers Jésus-Christ, la vie par Jésus Christ, la vie enJésus Christ jusqu'à l'union, etmêmejusqu'à l'identité complète. Le divin Maître a dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie » (3). « Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance » (4). La vie de Notre Seigneur Jésus-Chrisl esl évidemment la vie divine.
Mais comment la vie chrétienne esl elle une viesurna turelle et divine ? Nous l'avons dit bien souvent, la grâce sanctifiante, principe de la vie divine en nous, est la participation à la nature divine, selon cette parole de l'Apôtre saint Pierre : ci Dieu nous a lait les très grands et précieux dons qu'il nous avait promis afin que nous soyons faits participants de la nature divine » (o). Celte participation à la nature divine, en d'autres termes, la grâce sanctifiante n'est pas un don transitoire, un simple secours ; elle esl une qualité permanente, inhérente à notre âme, quoique accidentelle, et la constituai!! dans un étal et comme dans une l'orme divine. « La grâce,
(I) Prov., IV, 23.
(2j I Cor., XIII, 8.
3 Joann., XIV, 6.
(i Joann., X. 10.
6 II Petr., I, i.
selon la définition du Concile de Trente qui doit être admise de tous sous peine d'anathème, n'opère ])as seulement la rémission dès péchés, mais elle est une qualité divine, inhérente dans l'âme et comme une splendeur et une lumière qui eiïace toutes les taches de nos âmes el les rend plus belles et plus splendides » (I).
L'Esprit- Saint, dit saint Cyrille d'Alexandrie, nous rend semblables au Christ par la qualité de la sanctifi cation, qui est l'image et comme la face même de Notre Seigneur Jésus Christ » (2).
Cette qualité est permanente, car la Sainte Écriture nous enseigne que. par la justification, nous sommes renouvelés, régénérés, créésde nouveau el que nous avons une nouvelle naissance. Mais par la création, par la gêné ration, par une nouvelle naissance, un nouvel être est donné, et ainsi par la grâce sanctifiante nous est donné un nouvel être, une nouvelle vie. Les Saintes Ecritures nous disent encore que la grâce sanctifiante est la « semence de Dieu qui reste en nous » (3), « un sceau qui vient de l'Esprit-Saint » (4). Nous verrons bientôt qu'elle nous (ail les fils adoptifs de Dieu, qu'elle nous déifie, ce qui indique évidemment non pas un don passager, mais un état permanent.
« Ce qui est dirigé vers une fin, dit saint Thomas d'Aquin, doit possédera l'égard de celte tin une disposition perpétuelle jusqu'à ce qu'il l'ail atteinte. Or, l'homme étant dirigé par le secours de la grâce sanctifiante vers sa lin surnaturelle, il faut qu'il jouisse
l Catech. Conc. TrM., De Baptismo, a. 30. (2 Hum. pascal., X.