I .Joann . , III, 'J
i Eph., I, 13 ; IV, 30.
continuellemenl de ce secours jusqu'à ce qu'il soil arrivé à cette fin » (I). « La grâce étant au dessus de la aature humaine, dil encore saint Thomas d'Aquin, Re peul être ni une substance ni une forme substantielle, mais la forme accidentelle de l'âme. En effet, ce qui esl substantiellement en Dieu est accidentellement dans l'âme à laquelle est communiquée la nature divine » (2).
Cette participation à la nature divine estime réelle el vivante image de l'essence de Dieu. Mais en quoi préci sèment consiste -l-elle ? Malgré des ombres qui ne seront complètement dissipées que par les visions du ciel, nous pouvons, dans une certaine mesure, répondre à celle interrogation. « Par la nature divine, nous entendons Cette perfection première et essentielle qui est, suivant notre manière de concevoir Dieu, la racine des attributs divins et le principe des divines opérations. Or. la grâce sanctifiante imite cette perfection primitive el essentielle. De même, en efïet, que Dieu par sa nature est la racine et le principe des divins attributs et tend à se voir lui-même intuitivement, à s'aimer d'un amour béatifique el à faire pour lui même tout ce qu'il fait, ainsi l'homme spirituel, régénéré par la grâce sanctifiante, tend à la vision intuitive de Dieu, à aimer Dieu d'un amour qui le béatifie el à tout faire pour Dieu seul. Cette grâce esl aussi le principe de la charité et (]o^ vertus surnaturelle-, images t\r< divines perfections, el qui appartiennent à la -race comme ses propriétés. Donc la grâce sanctifiante est la participation à la nature
il) Contra gente . lib. III, cap. L50.
(2j Summ. IheoL, ! 2«, q. 110, art. 2, ad J .
lia CHAPITRE II
divine en tant qu'elle est un principe d'action qui a pour objel Dion lui-même.
Tous les effets de la grâce sanctifiante que nous allons bientôl énumérer sont comme les conséquences de cette participation à la nature divine. La grâce purifie notre à me. nous rend juste? et agréables à Dieu, précisément parce qu'elle est une participation à la nature divine, une divine ressemblance avec laquelle la souillure des péchés ne peut exister et qui nous concilie l'amitié de Dieu. La grâce tend vers Dieu et produit des actes surnaturels, parce qu'elle est une participation à la nature divine. Ces tendances divines et ces actes divins ne peuvent être produits que par une nature divine qui nous est communiquée (!).
Les eiïets de la grâce sanctifiante nous font mieux saisir comment elle est en nous le principe d'une vie surnaturelle et divine.
Et d'abord, elle efface dans nos âmes tous les péchés graves, car Dieu ne peut habite)- avec le péché et avec des souillures qui rendent une âme odieuse à sa perfection infinie. « Quelle participation peut exister, dit saint Paul, entre la justice et l'iniquité et quelle société entre la lumière et les ténèbres ? » (2) Cette destruction des péchés est intérieure et réelle, comme le définit le Concile de Trente (3). D'après nos Saintes Ecritures, en effet, les péchés sont elïacés (4), lavés (5), éloignés (6).
I V. Contenson : Theolog, mentis cl cordis; tic gratta, dissert. \. sp. 1.
2) II Cor., VI, IV.
>'■'> Sess. VI, can. 1 1.
'■ AH., III, lit.
•ii I Cor., VI, II.
lii Psalm. Cil, 12.
La justification est appelée une régénération, une réno vation : « Il nous a sauvés, dit saint Paul, par l'eau de la régénération et de la rénovation de l'Espril Saint qu'il répand abondamment en nous. » (1)
La grâce sanctifiante nous rend justes, non seulement en effaçant nos péchés graves, mais en nous disposant à accomplir à l'égard de Dieu tout ee qui est juste, tout ce qui lui est dû, selon leslumières de la foi. Ce dernier elîet de la grâce sanctifiante est produit par l'eifieacité des vertus surnaturelles dont nous parlerons bientôt (2).
La grâce sanctifiante rend l'homme agréable à Dieu, de telle sorte que Dieu l'ayant orné, enrichi de dons précieux et d'une beauté qui esl le reflet de sa propre perfection, il le considère non plus connue un serviteur, mais comme un ami. LeConcile de Trente enseigne que la justification tait un ami de Dieu de l'homme qui était son ennemi (3). La grâce sanctifiante produit un triple elïet qui constitue entre l'homme et Dieu nue véritable amitié. Elle est un don qui rend l'homme digne d'être aimé de Dieu, en l'élevant à une dignité et à une perfection surnaturelles; en le déifiant, elle l'établit dans une sorte d'égalité avec son créateur, car h l'amitié trouve ou l'ail des égaux » ; elle donne à l'homme, par la charité, la puissance de rendre à Dieu son amour, el c'est là encore une condition de la véritable amitié.
La grâce sanctifiante l'ail de nous le- fils adoptifs de Dieu. « Vous n'avez pas reçu, dit saint Paul, l'esprit de
I i th.. m, 5.
(2) Hurter: De gratia, l, ni. 283-211. — Il démontre que In »rrAec sanctifiante donne a l'âme une beauté céleste. 3) Soss. VI, cap. \ et T.
servitude pour vous conduire encore par la crainte, mais vous avez reçu l'esprit d'adoption des fils, par lequel nous crions : Abba, mou Père » (1). D'après l'apôtre saint Jean, la suprême perfection qui l'ail de nous les fils adoptifs de Dieu sera consommée par la ressemblance avec Dieu dans le ciel. Mais elle est commencée dès ici bas e! elle ne peut l'être que par la grâce sanctifiante (.2).
Comme Dieu le Père communique éternellement sa nature divine, mais dans sa totalité et sa perfection, à son Fils, le Verbe divin, ainsi, par la grâce sanctifiante, il communique sa nature à l'homme d'une façon différente et imparfaite, mais réelle. C'est pourquoi nous ne sommes pas les fils naturels de Dieu, mais ses fils adop " tifs. Cette adoption surnaturelle est bien supérieure à l'adoption humaine. Celle-ci a pour cause première la misère de l'homme, la solitude du foyer domestique; celle là n'a pour principe que la bonté infinie et la puis sauce infinie qui communiquent librement et gratuitement aux lils adoptifs le litre cl la dignité de fils. La seconde suppose une similitude de nature entre celui qui adopte et le fils adopté; la première réalise cette ressemblance. L'une est accomplie par une acceptation tout extérieure qui ne produit aucun changement, aucune perfection dans le fils adopté, l'autre est réalisé jia r une régénération, une rénovation qui nous perfectionnent admirablement, de telle sorte que nous ne
(li Rom-, VIII, 15, 16.
■i Mis bien-aimés, nous sommes maintenant les lils de Dieu et ce i|iic nous serons n'a pas encore paru, mais quand il aura paru, nous serons semblables a lui parer que nous le verrons tel qu'il est. )> (I .Toan., III, 2.)
soyons pas seulement appelés (ils de Dieu, niais que nous le soyons en réalité : Ut filii Dei nominemur et simus (1). Cette adoption, en effet, imprime dans notre âme la ressemblance de notre Père céleste ; la viedivine donl il esl la source vient en nous, les sacrements la développent, l'Eucharistie nous communique sa chair el son sanii', cl nous sommes ainsi en réalité du sang cl « de la race de Dieu : Ipsius riiim cl genus suïïlUS i) (2).
La grâce sanctifiante nous unit intimement à L'Espril Sainl; clic l'ail île nos âmes son sanctuaire el son temple, cl avec l'Esprit Saint la Trinité tout entière habite en nous, m Si quelqu'un m'aime, a dit le Sauveur, il accomplira ma parole, et mon l'ère l'aimera et nous viendrons en lui et nous ferons en lui noire demeure » (3). Celle union intime avec l'adorable Trinité est attribuée spécialement à l'Esprit- Saint, el les théologiens enseignenl que la substance même de l'Espril Saint habile l'âme des justes connue sou temple.
Dieu qui esl infini et immense est présent dans toute créature, non seulement par son action, niais par sa substance. A ce point de vue, il ne peut être présent d'une manière plus parfaite dans les justes que dans les pécheurs ; mais il peut avoir avec les créatures, selon leur aptitude et leurs dispositions, un mode différent d'union et d'opération. La grâce sanctifiante, nous l'avons dit. dispose l'homme à atteindre cl à posséder Dieu, d'une façon spéciale cl intime, par la connais sauce et l'a i non r, cl à s'unir ainsi à lui par les liens d'une
1)1 Joan., III, I.
■1 Act., XVII, 28.
(3 Joan., XIV, 23.
I l<> CHAPITRE II
amitié parfaite; et c'est ainsi que le juste est le temple de Dieu. D'autre part, cette amitié des justes avec Dieu est le don supérieur et suprême qui unit leur àme à Dieu par l'amour et les sanctifie. Or, l'amour île Dieu, comme toutes les œuvres divines qui tendent à la sanctification et, en général, tous les dons de la grâce, sont attribués à l'Esprit- Saint parce qu'il est l'amour du Père et du Fils, le don substantiel et parfait du Père et du Fils.
« On peut demander, dit un grand théologien (1), pourquoi nous enseignons que l'Esprit-Saint n'est pas seulement dans l'âme juste, mais qu'il y habite. » Et il répond : « Autre chose est être dans une maison ; autre chose est l'habiter. Celui qui l'habite y met ses trésors. Les trésors de l'Espril Saint sont la grâce, la charité, la sainteté, la justice. Et ces trésors sont dans l'âme des justes selon cette parole de l'Apôtre : « Nous avons ce trésor dans des vases fragiles » {'2). Le même théologien ajoute : « On peut demander pourquoi l'Esprit-Saint habite en nous comme dans un temple. » Et il répond : o Le temple est un lieu saint, consacré à Dieu et qui ne doit servir qu'aux louanges divines et aux cérémonies sacrées. Ainsi, le juste dans lequel l'Esprit-Saint habite commedans un temple possède la justice et la sainteté ; toutes ses actions ont pour but la louange et la gloire de Dieu seul, dont l'inspiration et le concours l'excitent à desactions justeset pieuses. C'est pourquoïTApôtre dit : ' Vous u'êtes pas dans la chair, mais dans l'esprit, si cependant l'Esprit de Dieu habite en vous » (3).
(1) Becan. : De gratin habituali, cap. I, s, il, m. .">. (2 II Cor., IV, 7.
:: Rom., Vllf, 9.
La vie chrétienne es1 une vie divine parce que la grâce sanctifiante produit en nous des vertus surnaturelles et divines. La nature divine qui nous est communiquée exige des facultés qui sont comme les propriétés de cette nature. Il est conformée sa sagesse que Dieu ne perfectionne pas moins celte nature divinequ'il ne nous perfectionne dans l'ordre naturel. Mais dans l'ordre naturel il donne d'abord comme la substance et la racine de la vie naturelle qui est la nature elle-même, puis les facultés et les vertus qui ont en elle leur principe. De même, dans l'ordre surnaturel, il communique d'abord la nature divine par la iïvàcï sanctifiante, et, ensuite, les facultés ou les vertu- donl celte grâce est le principe (1).
<; Les vertus théologales, la foi. l'espérance et la charité sont comme le premier épanouissement de la vie divine; elles nous niellent en rapport surnaturel avec Dieu notre lin dernière et leur objet immédiat. La foi déifie l'intelligence mise eu possession des vérités surnaturelles que la lumière divine lui fait connaître. L'espérance déifie la volonté en la dirigeant vers la possession du bien surnaturel connu par la foi. La charité déifie le cœur qu'elle pousse à l'union avec le bien surnaturel connu par la foi et désiré par l'espérance.
« Ce n'est pas seulement avec Dieu que le chrétien «but vivre dans des rapports surnaturels ; c'est encore avec lui-même, avec ses semblables, avec la création
I) S. Thomas: Summa theol., l;i 2*, q. CX. art. t. — Suarez, De gratta, lib. Vf, cap. Ml, m. 6 : Ripalda : /''• ente svpernalurali, lilj. VI. sect. 120. disp. 2.
toul entière. Comment remplira t il celle obligation? Du principe vital surnaturel qui est en lui sortent nécessairement comme un nouveau jet les quatre grandes vertus morales, la prudence, la justice, la force, la tempérance » (I).
La vie chrétienne est une vie surnaturelle et divine par les dons du Saint-Esprit. Os dons peuvent être définis : des habitudes surnaturelles qui nous disposent à recevoir et à suivre avec empressemenl les inspira lions les plus élevées de l'Esprit-Saint pour notre salut. D'après la doctrine de saint Thomas d'Aquin, l'homme n'est pas tellement perfectionné pour atteindre sa fin surnaturelle par les vertus théologales et morales qu'il ne doive recevoir le mouvemenl supérieur, l'impulsion du Saint-Esprit, et il les reçoit par ces dons (2).
Enfin, la vie chrétienne est surnaturelle et divine par ses actes. Ils ont pour principe la grâce sanctifiante, les vertus surnaturelles et les dons de l'Esprit Saint et leur mérite est surnaturel et divin. Rossuet expose en ces termes ce point de doctrine : «L'Apôtre nous dit que « Dieu fait ennousle vouloir et le faire » (3); c'est à dire, -i nous le savons bien comprendre, que nous ne faisons le bien que par l'action qu'il nous donne, nous ne voulons le bien que par la volonté qu'il opère en nous.
I Gaume : Traité du Saint-Esprit, II' vol.,chap. 24. ri Summa theoi, I q, 2*.LVIII, art. 2. Que les dons disposent aux actes les plus élevés de la vie chrétienne, c'est la doctrine commune dis théologiens (S. Thomas, Inc. cil. — Gonet, De gratia, disp. IV. — Contenson, lib. Vlil, De virtutibuset donis spéculât. — Mazzella, !><■ virlutibus infusis, disp. I, art. 13, de donis Spirilvs Sancti.)
:\ Philipp., II. 13.
Donc toutes les actions chrétiennes sonl des actions divines el surnaturelles auxquelles l'âme ne pourrait parvenir, n'était que Dieu, s'unissant à elle, les lui communique par le Saint-Esprit qui est répandu dans nos cœurs. De plus, ces actions que Dieu l'ait en nous, ce sont aussi actions de vie. et même de vie éternelle. Par conséquent, on ne peu! nierque Dieu, s'unissant à nos âmes, mouvant ainsi nos âmes, ne soil véritablement la vie de nos âmes. Et c'esl là. si nous l'entendons, la nouveauté de vie dont parle l'Apôtre » (1).
Il faut conclure de toutes ces hautes vérités que la vie chrétienne esl la déification de l'homme selon celle parole du Psalniiste : « J'ai dil : Vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut o (2).
C'esl 1'enseignemenl <\c> Pères de l'Église el de tous les grands Docteurs. « Il est manifeste que le Psalmiste
appelle les h oui mes des dieux, dil sailli Augustin, parce qu'ils sonl déifiés par sa grâce el non parce qu'ils sonl nés de sa substance, car celui là justifie qui est juste par lui-même et non par un autre ; celui-là déifie qui esl Dieu par lui-même el non par la participation d'un autre ; mais celui qui justifie déifie, parce qu'en nous justifiant il nous fait enfants de Dieu » (3). Saint Grégoire de Nazianze s'exprime ainsi : « Que peut il arrivera la faiblesse de l'homme de plus grand et de plus glorieux que d'être uni à Dieu et, par celle union, de devenir Dieu ? » (4) Et ailleurs : « Celte union de la nature
(1) Bossuet, Sermon sur in Vie chrétienne.
(2j Psalm. LXXXI, 6.
(3 In Psalm. LXXI.
(4) oral. XXXI.
iiitinu' cl infinie de Dieu avec la substance de ses serviteurs et la participation des biens mêmes de Dieu qui en esl la conséquence, font resplendir la créature d'un éclat divin et la déifient tout entière » (1).
(i Le Verbe s'est uni à l'homme, dit saint Athanase, afin de l'élever à la condition cl à l'état de Dieu » cl).
Sainl Thomas d'Aquin se sert souvent des mêmes expressions. .Vous ne citerons que ces paroles : « La grâce élève l'essence de l'âme à un certain être divin. »