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L ETENDUE DE L ORDRE SURNATUREL

Essayons d'embrasser comme d'un regard et dans son ensemble l'élévation de la nature créée dans les splendeurs de l'ordre surnaturel, et dans les communications d^> dons divins.

La plus complète, la plus parfaite de ces communications a été réalisée dans l'Incarnation du Fils de Dieu. du Verbe éternel, par laquelle la nature humaine a été élevée à la dignité divine jusqu'à l'adoration. « Comme l'âme raisonnable et la chair sont un seul homme, dit le Symbole de saint Athanase, Dieu et l'homme sont un seul Christ. <> De même que dans l'homme il y a l'unité de personne, ainsi dans le Christ il n'y a qu'une seule personne dans laquelle subsiste la nature humaine, de telle sorte que nous pouvons dire: un Dieu est homme,

(!) Orat. XXXI.

i2) Orat. IV contra Ariu-m.

LA VIE CHRÉTIENNE EST SURNATURELLE ET DIVINE lî\

un uommeest Dieu, tandis que l'unité humaine ne qous permel pas île dire : une âme est corps, un corps est âme. (l'est pourquoi nous devons affirmer avec saint Thomas d'Aquin que cette union esl « la plus grande • les unions : Maxima unionutn u (1).

La conséquence de cette union est que Jésus Christ a possédé la sainteté substantielle. Les hommes sont sanctifiés, nous l'avons dit, par la communication de la nature divine qui est la source de toute sainteté. Mais en Jésus-Christ, par l'union substantielle et personnelle avec la personne divine, cette communication est aussi parfaite que possible; et ainsi la nature humaine esl élevée dans l'ordre surnaturel par une sainteté sans égale. Il faut, de plus, admettre avec tous les théolo giens 2) que Jésus-Christ a reçu au degré le plus élevé, la grâce sanctifiante, les vertus infuses, les dons de l'Bspril Saint, en un mot, toutes les richesses, tous les dons de l'ordre surnaturel et qu'il les communique à l'humanité tout entière comme étant notre tête, notre médiateur, notre Rédempteur, selon cette parole de saint Jean : « Nous avons tous reçu de sa plénitude et grâce pour grâce » (3).

La seconde communication des dons divins est l'élévation, la glorification de la Vierge Immaculée. .Mère de Dieu, placée par ses privilèges, par l'abondance des grâces qui correspondent à sa dignité et à sa mission. au-dessus de toutes les créatures. « C'est renseignement unanime des l'ères et (\^< écrivains ecclésiastiques, dit

i S. Thomas, Swnini. theol. '■> p., q. VII, art. S). 2 Summ. theol., 3a p., q. II, art. 9. [3] Joann., I, IG.

Pie IX. que la très glorieuseVierge, en laquelle Celui qui est puissant a tait de grandes choses, a brillé à un tel point parla puissance de tous les dons célestes, par la plénitude de la grâce, qu'elle a élé comme le miracle ineffable de Dieu, le sommel de tous les miracles et la digne Mère de Dieu, et que rapprochée de Dieu luimême autant que cela est possible à la nature créée, elle dépasse les louanges des hommes et des Anges » (1).

La troisième communication a été faite aux Anges qui ne pourraient jouir de la vision intuitive de Dieu et du bonheur céleste s'ils ne recevaient l'abondance i\^> dons surnaturels. « Tous les Anges ont été créés par le Verbe, dit saint Jean Damascène, et ont reçu par l'Esprit sanctificateur leur perfection afin que chacun, selon sa dignité et la place qui lui est assignée, reçût la splendeur de la grâce » (2).

Enfin cette communication a élé faite à l'homme, elle pénètre son âme, lui est inhérente comme une forme et une seconde nature; elle pénètre ses facultés par les vert in surnaturelles et les dons du Saint Esprit ; elle sanctifie tous ses actes cl déifie sa vie tout entière. De Baptême le purifie de la tache originelle et lui donne l'abondance de ses dons : la Confirmation fortifie cette vie surnaturelle et lui apporte îles grâces et des forces nouvelles ; l'Eucharistie le nourrit en lui donnant la chair et le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, le pain vivant descendu du ciel; Je sacrement de Pénitence lui rend cette vie divine quand il l'a perdue; l'Extrême Onction lui confère la puissance de vaincre dans ses

l Bulle Tneffabilis.

l H- F. 0. Lib. H. cap. I1J.

derniers combats el prépare l'épanouissement de la vie chrétienne dan- la vie éternelle. Le Mariage sanctifie cette vie dans sa source, par les grâces accordées aux époux pour l'accomplissement de tous leurs devoirs. Enfin le sacrement de l'Ordre perpétue par la puissance et le ministère du prêtre la vie divine dans les âmes et dans la société chrétienne.

Le corps du chrétien participe lui-même à celle vie, car saint Paul nous enseigne que nos corps sont les membres de Jésus-Christ ( I). qu'ils sont les temples du Saint-Esprit [2 . de telle sorte que « la vie de Jésus- Christ, dit-il encore, doit être manifestée dans nos corps » (3), et il ajoute : « Glorifiez et portez Dieu dans votre corps mortel » (4).

Pour la sanctification de l'homme, Dieu a communiqué les dons divins à son Eglise qui esl l'Incarnation perpétuée. Jésus-Christ est la tête de l'Eglise (5), son influence et sa direction se font sentir dans le corps tout entier, et les Pères, les Docteurs concluent de cette doctrine que l'Eglise est gouvernée et animée par l'Esprit-Saint. « Ce que l'âme est dans le corn- de l'homme, dit saint Augustin, l'Esprit-Sainl l'est pour le corps de Jésus-Christ qui est son Eglise 6 .

Ce principe de vie surnaturelle est l'âmè de l'Eglise. 11 la meut, l'anime, la dirige, la gouverne comme l'âme meut, anime et gouverne le corps de l'homme. Et de

I I Cor., VI, 15.

Ibid., 19.

:; II Cor., IV, 10.

'. I Cor., VI, 2D.

i Christus est caput EccU iœ. Ephes., v. 23). Sermon 267*.

IjJ'l CHAPITRE II

même que, dans une société et dans un peuple, l'union des pensées el des sentiments, des croyances et des traditions, des efforts, des ('preuves et des espérances est l'âme de cette société et de ce peuple, le principe de la vie sociale et nationale, ainsi l'union des croyances, des vertus, des actes surnaturels, fruits de l'Esprit Saint, est l'âme du peuple chrétien, de l'Église catho lique.

L'Église du ciel sera le royaume des dons triomphants de l'Esprit- Saint, l'épanouissement et le couronnement de la vie chrétienne. Là. toute perfection surnaturelle sera consommée; l'intelligence vivra de la lumière de la gloire ; le cœur vivra de la charité qui est Dieu lui même ( l : toute àme sera rassasiée dans la gloire divine, tous les élus recevront les torrents de la félicité, de la source de vie qui est Dieu 2).

Mais la création matérielle elle même, la ierre, les astres et les mondes ont quelque part à ces dons divins. Comme la nature humaine, dit saint Jean Damascène, est le point de jonction de tous les mondes, le Verbe en s'unissant a la nature humaine s'est uni par elle à toute la création (.''>). » « L'Incarnation, dit un grand théologien, est le degré le plus élevé de l'union du Seigneur avec la créature. Or, Dieu s'est ainsi communiqué à la création tout entière et non pas à une créature en particulier... L'homme par sa double nature est la réunion dès deux mondes, el la conséquence de l'Incarnation esl uni' sorte d'élévation de tous les êtres à la personna-

I I Joan., IV, 8.

i Torrente voluptatis tuw potabis rus. quoaiam ap-ud U l fons vitœ. (Ps. XXXV, 9, 10. i (3 In Nativit. B, M. V. Hum. G, a. 1.

li If divine, el ainsi Dieu en s'inearnant s'esl donné, au dernier degré de l'union, à l'univers entier » (1).

Cette puissance va plus loin et plus haut que les âmes, les familles elles peuples; elle déborde, pour ainsi dire, par delà l'humanité rachetée'et régénérée par le sang de Jésus-Christ : tn Chrislo habemus redemptionem per

sanguinem ejus secundum divitias gratice ejus quœ

superabundavit in nobis(%). Les flots pressés, impétueux, lout puissants de ce sang rédempteur ont dans la pléni Inde des temps, tout restauré, et ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre: In dispcnsalione plenitudinis lemporum omnia instaurarc in Christo quœ in cœlis et quœ in (erra sunt in ipso {'■{).

(1) Cujclan : Jn '.i pari, art., I, (j. 2.

(2) Ephes., 1,8.

3) Ibid., 1, 7-10.

La Loi divine de la Vie chrétienne.

LA NOTION DE LA LOI DE LA VIE CHRETIENNE. — LES BASES DE TOUTE LOI MORALE.

La sagesse et la bonté de Dieu doivent diriger l'homme vers la lin suprême dans laquelle se rencontrent et la gloire du Créateur et la félicité de l'homme. Dieu n'a pas seulement assigné à l'homme une fin naturelle, connue par les lumières de la raison, obtenue -par les forces de la nature humaine et capable de satisfaire les désirs naturels de l'homme; il lui a assigné une fin surnaturelle qui dépasse infiniment les exigences et les forces de sa nature. Cette fin est la vision directe, immédiate de Dieu, et, par cette vision, une félicité et une gloire parfaites.

La direction de l'homme vers sa fin est dans la loi que Dieu lui a donnée et qui respectant sa liberté est comme le remède et le complément de cette même liberté : « Dieu, dit le Livre de l'Ecclésiastique a, dès le commencement, constitué l'homme et l'a laissé dans la main de son propre conseil ; il lui a donné des ordon-

nances et des préceptes. Si vous voulez observer ces préceptes, ils vous conserveront » (1).

L'obligation et le devoir viennent de la loi et la loi dépend de la tin suprême. Tous les actes de l'homme qui ue soui pas dirigés, ordonnés par l'accomplissement de la loi vers sa fin, sont coupables et mauvais ; tout péché est un désordre, tout acte de vertu est conforme à l'ordre ; en d'autres termes, il tend vers la fin assignée à la créature raisonnable par l'autorité et la sagesse de Dieu. D'où il résulte que le bien et la perfection de l'homme sont d'autant plus grands qu'ils se rapprochent de celle fin.

Ce bien, cette perfection, en même temps qu'ils rendent hommage à la gloire de Dieu, constituent la béati tude de l'homme. « Par la béatitude, dit saint Thomas d'Aquin, on entend la suprême perfection delà créature raisonnable » (2). En effet, la vision immédiate de Dieu, qui est noire fin, sera en même temps noire perfection et notre félicité suprêmes. « Nous serons semblables à Dieu, nous apprend l'Apôtre saint Jean, parce que nous le verrons tel qu'il est » (3). « Je serai rassasié, dit le prophète, quand la gloire de Dieu m'apparaîtra » (i).

L'homme, eu rendanl à Dieu la gloire qui lui esl due, esi heureux cl son bonheur glorifie Dieu. Ses mêmes actes obtiennent ce double but et ainsi resplendit la parfaite har nie t\r<. dispositions divines (M).

il Eccli., XV, l', L6.

-ii S. Thom., [., q. U2, art. 1.

(3) I Joonn., III, 2.

(i Ps. XVI, 15.

(o) Conf. P. Lombardus, lib II, dist. 1.: Lessius : De perfectione divina, lib. XIV, cap. 3.

128 CHAPITRE lli

La loi chrétienne est donc la loi ou l'ensemble des préceptes que Jésus-Christ nous a donnés pour procurer sa gloire el notre béatitude, pour diriger la vie présente vers la fin surnaturelle, vers la vie éternelle, qui est l'achèvemenl et le couronnement de la vie chrétienne.

Nous avons démontré que la vie chrétienne est la vie dirigée vers Jésus-Christ, par Jésus-Christ et en Jésus- Christ jusqu'à l'union et même jusqu'à l'identité la plus parfaite. Mais ce grand travail de direction, d'union, de transfiguration surnaturelles ne peut évidemment être accompli sans une règle supérieure, permanente, surnaturelle, divine, qui embrasse tous les actes et tous les instants delà vie du chrétien.

L'importance, la nécessité de cette question de la loi de la vie chrétienne est la conclusion de la doctrine que nous venons d'exposer. Les deux chapitres précédents seraient incompletsel n'embrasseraient pas tout cegrand sujet de la vie chrétienne, si nous ne traitions maintenant de la loi de cette vie.

Nous démontrerons que la loi chrétienne est. sans comparaison, supérieure à toutes les morales inventées par la philosophie el la prétendue sagesse humaine, qu'elle est sublime et parfaite, et nous concluerons qu'elle est divine.

Mais avant d'entreprendre cette démonstration, nous croyons devoir rappeler en quelques paroles les bases essentielles de toute morale, les grandes et nécessaires vérités que proclament la raison et le bon sens, nous voulons dire l'autorité de Dieu, la spiritualité, la liberté et l'immortalité de l'âme.

Il n'y a pas d'obligation,- pas de devoir, et, par conséquent, pas de morale, sans une autorité supérieure à

l'homme et qui lui impose ses préceptes, sa volonté. Pourquoi se soumettre à L'obligation et accomplir le devoir difficile, souvent douloureux, s'il n'y a pas une autorité supérieure qui commande ? Si l'homme se fait à lui-même sa loi et s'il se I race son dévoie, il n'y a plus pour lui d'obligation, iln'y a quele caprice de sa volonté. Si elle est l'œuvre de la raison changeante, de la conscience mobile et facilement égarée, la morale est livrée à toutes les erreurs, à toutes les passions, à tous les intérêts, à tous les instincts mauvais, à une perpétuelle mobilité et aune perpétuelle contradiction. Si la pensée et l'âme ne sont que les résultats de la matière et du système nerveux, si l'homme n'est qu'une machine perfectionnée ou un animal peu à peu transformé, privé, comme les animaux inférieurs, de toute liberté et de toute responsabilité, il n'y a pas de morale possible. L'obligation, le devoir, la vertu n'appartiennent ni à la matière, ni à la machine, ni à l'instinct de la bête; c'est L'affirmation du bon sens, c'est le témoignage de tous les peuples et de tous les hommes.

11 faut une sanction pour que la loi morale soit efficace. Or, — qui ne le sait? — la sanction n'existe pas sur cette terre. Il n'y a. ici-bas. ni récompense suffisante pour le bien, ni châtiment assuré à l'iniquité. 11 faut par delà la vie présente, par delà la mort, la sanction de la justice divine. Ecoutons un écrivain qui a décrit en des pages émouvantes les merveilles de la charité chrétienne, mais qui n'est pas arrivé jusqu'au christianisme.

« Ce que j'affirme, dit-il, c'est que. pour les nations comme pour l'homme, le spiritualisme, c'est la vie, et que le matérialisme, c'est la mort. Donnera l'âme une

existence transitoire, la réduire aux luîtes, aux déceptions de la vie actuelle, la faire périr en même temps que la matière qui l'enveloppe el qu'elle illumine, lui défendre d'espérer une récompense, lui interdire de redouter un châtiment, lui promettre le néant, la rendre inférieure aux molécules du monde physique qui se transforment et ne disparaissent jamais, c'est chasser de l'homme le souffle inspirateur et c'est le condamner à la bestialité » (1).

Un autre écrivain contemporain, qui lui aussi n'est pas chrétien, mais dont le talent et l'autorité grandis sent sans cesse, fait lui même cet aveu dans un écrit qui a eu un grand retentissement : « Edmond Schérer, à mon avis, dit-il. voyait plus loin et plus profondément, quand il écrivait, en iss'r. dans un remarquable article sur la Crise actuelle île la morale : « Sachons voir les « choses comme elles sont; la morale, la vraie, la « bonne, l'ancienne, l'impérative, a besoin de l'absolu : {< elle aspire à la transcendance ; elle ne trouve « son point d'appui qu'en Dieu... La conscience est « comme le cœur : il lui faut un au-delà. Le devoir n'est « rien s'il n'est sublime; et la vie devienl chose frivole (( si elle n'implique des relations éternelles d (2). Et après cette citation, il ajoutait : « C'est la vraie manière de poser le problème et de le résoudre peut-être » ; cl plus loin : m .Mais ce qui est essentiel, ce qui est certain, c'est que la morale et la religion ne prennent tout leur -.'il-, elles ne réalisent la totalité de leurs défi nitions, pour ainsi parler, qu'en se pénétrant l'une

i Maxime du Camp, /." charité privée, préface, p. ii.

■± Etude sur i>i littérature contemporaine, t. vin, p. 182, 183.

LA Loi DIVINE DE LA VIE CHRÉTIENNE \'4\

l'autre, et, si je l'ose dire, qu'en s'amalgamant. n Une « morale u'esl rien si elle n'esl pas religieuse, û — cV-l encore à Schérer que j'emprunte celle formule, — et, d'une religion, que resterait-il si l'on en ôtait la

morale ? » (l).

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