‹ La vie chrétienneChapitre 14 sur 57 · LA LOI CHRETIENNE EST PARFAITE DANS SES PRECEPTES · texte numérisé non relu

LA LOI CHRETIENNE EST PARFAITE DANS SES PRECEPTES

Un Docteur de la Loi avait adressé à Jésus-Christ celle question : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Le divin Sauveur répondit : « Voici le premier de tous les commandements : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout voire esprit, de toutes vos forces, c'est là le premier commandement. El voici le second qui est semblable au premier : Vous ai mère/, votre prochain comme vousmême » (I). Puis Jésus ajoute : « Il n'y a point de commandement plus grand. Ces deux commandements renferment toute la Loi et les Prophètes » (2).

L'accomplissement de ce premier précepte est l'acte le plus parfait de l'homme. Il y met son esprit, il y met sa volonté qui dirige et entraîne tout. Ce qu'il y a de plus grand et de plus parlait dans l'homme, c'esl son cœur, et il le donne ainsi à Dieu, et avec son cœur sa vie tout entière.

Cet acte est le plus grand par son objet puisqu'il atteint Dieu non pas dans les lumières de la raison, mais dans les révélations de la foi. Par la charité l'homme n'aime pas seulement Dieu, comme par l'espé rance, à cause de sa bonté envers nous, mais à cause de

(1) Matth., XXII. 37, 'iii.

(2) Marc, XII, 28, 34,

sa bonté el de la perfection qu'il a en lui-même. Dieu esl aimé eu lui et pour lui, ce qui est évidemment l'amour le plus généreux et le plus parfait.

L'accomplissement de ce précepte établit entre l'homme, son imperfection cl sa misère, et Dieu, l'être pariait et infini, les liens d'une véritable amitié, il lui en confère tous les privilèges et tous les droits : « Je ne nous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis », a dit l'adorable Maître à ses disciples ( l).

L'accomplissement de ce précepte produit dans les aines d'admirables effets ; il efface le péché, augmente dans d'admirables proportions la grâce sanctifiante « La charité, dit saint Paul, est la plus grande de toutes les vertus : Major autem horum eut chantas » (2). Quand la foi aura disparu dans les splendeurs de la vision, quand l'espérance n'aura plus d'objet dans la possession éternelle du Bien suprême, la charité restera : CharUas nunquam excidit (3) ; elle sera la félicité et le ravisse ment du ciel. Les théologiens enseignent que la charité dans le ciel est la même que la charité de la terre, quant à sa nature, parce qu'elle est, dès ici bas. l'acte de la perfection suprême (4).

Ecoutons saint François de Sales, dans son langage à la fois si gracieux et si profond. « L'homme, dit il. esl la perfection de l'univers ; l'esprit est la perfection de l'homme ; l'amour, celle de l'esprit ; et la charité, celle de l'amour. C'esl pourquoi l'amour de Dieu esl la

Il Joann., XV, i:i.

(2) I Cor., XIII, fô.

;3) Ibid., 8.

(4) s. Thomas, 1', 1 ■", q. LXVII, art. 6. - su.ircv. : Dr Charitate, sect. IV, nn G.

q. XL1V, art. 6.

LA LOI DIVINE DE LA VIE CHRÉTIENNE lit

lin. la perfection el l'excellence <le l'univers. En cela consiste la grandeur et la primauté du commandement de l'amour divin que le Sauveur nomme le premier et le très grand commandement. Ce commandement est comme un soleil qui donne le lustre et la dignité à toutes les lois sacrées, à toutes les ordonnances divines, à toutes le< saintes Écritures. Tout esl fait pour ce céleste amour et tout se rapporte à lui. De l'arbre sacré de ce commandement dépendent tous les conseils, exhortations, inspirations, et les autres commandements, comme ses fleurs, et la vie éternelle, comme son fruit ; et tout ce qui ne tend point à l'amour éternel tend à la mort éternelle. Grand commandement, duquel la parfaite pratique dure en la vie éternelle, el même n'esl autre que la vie éternelle » 1 1).

Le second précepte qui impose l'amour des hommes est lui aussi vraiment admirable et vraiment surhumain.

Il est intimement uni à l'amour de Dieu : c'est le second précepte qui est semblable au premier. Il a pour principe et pour raison la paternité de Dieu el la [rater nilé de tous les hommes dans la protection et l'amour du Père céleste : « Vous n'avez qu'un Père <pii esl aux lieux >> (2), dit l'adorable Maître. Vous êtes tous frères, vous êtes mes frères : « je m'en vais à mon Père et à votre Père, à mon Dieu el à votre Dieu » (3). t( Soyez miséricordieux comme voire Père céleste esl miséricordieux » (4).

il Traité de l'amour de Dieu, livre X, c. I.

■1 Mattb., XXIII, 8, 9.

(3) Joann., XX, 17.

i, Luc. VI, 36.

Cet amour est sans limites comme la paternité céleste. Le prochain qu'il faut aimer, qu'il faut secourir, auquel il faut rendre tous les services de la compassion et de la miséricorde, c'est l'étranger, l'inconnu, c'est l'homme qui, allant de Jérusalem à Jéricho, tomba entre les mains des voleurs qui le couvrirent de plaies et le laissèrent à demi mort sur la route. Le Samaritain a accompli, à l'égard de cet infortuné, le précepte de la charité, et Jésus-Christ le propose comme modèle au Docteur de la loi en lui disant : « Allez et faites de même » (1). « 11 n'y a plus, disait saint Paul, ni gentils, ni juifs, ni grecs, ni barbares, ni romains , ni scythes, ni esclaves, ni hommes libres » (2). Mais qu'y a t il donc, ù saint Apôtre, et que sommes-nous devenus? s'écriaient les peuples étonnés. — Ce qu'il y a, ce que vous êtes? il n'y a plus (j ue des chrétiens et des frères et Jésus-Christ en tous et pour tous : lu omnibus Chrislus. — Vous êtes tous les enfants de Dieu par la foi qui est en Jésus Christ, vous êtes tous les élus et les amis de Dieu : Elrctl Dei : « Revêtez vous donc, comme les élus de Dieu, les saints, ses- bien aimés, revêtez-vous des entrailles de miséricorde : Induite vos ergo sicut dilecti Dci, saiicti cl electi, viscera misericordiœ » (3).

Quel enseignement ! quels accents ! quelles révélations vraiment surhumaines! Mais ce n'est pas tout encore. Dans cet amour élevé comme Dieu, immense comme l'humanité, il est des privilégiés, et ces privilégiés sont les pauvres, les humbles et les petits. Jésus- Christ a proclamé la grandeur, la gloire et le bonheur

(1) Luc, X, :'>0 el seq.

(1) Coluss., m, 11.

:i Ibid., III, 12.

de la pauvreté : « Bienheureux les pauvres en esprit, parce que le royaume *\r> cieux leur appartient » (1). Il • •-i né pauvre, lia vécu pauvre, il est mort dépouillé de tout, sur un gibet infâme, el il a choisi des pauvres pour fonder son Eglise.

L'histoire «lu mauvais riche el du pauvre Lazare sera toujours la leçon des riches et la consolation des pauvres résignés (2).

Le précepte de l'aumône revienl souvenl dans l'Evangile en traits touchants et énergiques. A celui qui se dispenserait de donner sous prétexte qu'il a commis l'iniquité et que la charité ne peut effacer ses crimes. Notre Seigneur Jésus-Christ répond : « Et moi je vous dis: Employez les richesses injustes à vous taire des amis, afin que quand vous mourrez, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels » (3). Il ajoute ailleurs :

Apre- tout, faites l'aumône; et voilà qu'il n'y a plus rien que de pur pour vous » (4)". « Quiconque donnera seulement un verre d'eau froide à l'un de ces plus petits d'entre me- frères ne perdra pas -a récompense » (5).

El avec les pauvres, le- privilégiés du cœur de Jésus Chrisl ci de la charité chrétienne -oui les petits enfants : « Laissez approcher (h1 moi les petits enfants, disail le divin .Maihe. ne les empêchez pas de venir à moi. le royaume de- cieux appartient à ceux qui leur ressem blent. Je vous le dis en vérité, quiconque ne reçoit pale royaume de Dieu comme un enfant n'entrera pas

! Matth., \\ .1 ■1 Luc. XVI, 19-31.

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