XVI
(4) Ibid., XI, il.
5) Matth., X, i2.
dans ce royaume. Et embrassant les enfants qui lui liaient présentés, et leur imposant les mains, il les bénissait » 1).
Cet amour est vraiment généreux parce qu'il est humble et caché. « Prenez bien garde de ne pas faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour en être vus, autrement vous n'en recevrez pas la récompense de votre l'ère qui est dans le ciel. Lors donc que vous faites l'aumône, ne sonnez pas de la trompette comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues pour être honorés des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. Mais quand vous faites l'aumône, je vous le dis en vérité, que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre main droite, que votre aumône reste secrète, et votre Père céleste qui voit ce qui se passe dans le secret vous donnera la récompense » (2).
Cette charité doit pardonner et pardonner toujours : « Ne jugez point et vous ne serez pas jugés; ne condamnez point et vous ne serez point condamnés, pardonnez et l'on vous pardonnera. On se servira pour vous de la mesure dont vous vous serez servis envers les autres » (3). « Si vous pardonnez aux hommes les fautes qu'ils ont faites contre vous, votre Père céleste vous pardonnera aussi vos péchés ; mais si vous ne les pardonnez point, votre Père ne vous pardonnera pas non plus » (4 .
I Marc, X, 13 et seq. — Luc, XVtll, 13. (2) Matth., VI, 1 i.
i.'J) Luc, VI, :$7, 38.
(i) Matth., VI, li, l.j.
La loi du pardon est si essentielle, elle appartient tellement au fond même de la religion chrétienne
qu'elle doit être accomplie même avant les actes du culte de Dieu, a Si. étant sur le point d'offrir votre don à l'autel, dit le Sauveur, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre offrande devant l'autel étaliez auparavant vous réconcilier avec votre frère, puis vous reviendrez présenter à Dieu votre offrande m (1). Bien plus, celui qui ne pardonne pas ne peut pas prononcer la prière que Jésus-Christ nous a enseignée, et il se condamne luimême, car il devrait dire : « Pardonnez nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (2).
«Et combien de fois faut-il pardonnera son frère? demande Pierre à son Maître: jusqu'à sept fois » ? Le divin Maître répond : « Je ne vous dis pas sept fois, mais soixante dix fois sept fois » (3).
Pardonner ne suffit point encore, il faut aimer ses ennemis et leur faire du bien : a Vous avez entendu dire : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi, et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux cpii vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient afin que vous soyez les enfants de votre Père céleste qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait tomber sa pluie sur les justes et sur les pécheurs » 4).
1 Matth., V, 23,24.
(2 Ibid., VI, 12.
3 thnl., XVIII, 21,21.
[i Ibid., V, 13 et seq.
Quelle sagesse de la terre a pu donner de telles leçons et quel cœur humain a pu enseigner un pareil amour ?
Cette charité doit être libérale, magnifique, sans li miles ; elle donne fout. « Donne/, abondamment, dit le Sauveur, et on vous donnera abondamment, et on répandra dans voire sein une mesure pleine, pressée, entassée, abondante et surabondante, car on se servira envers vous de la môme mesure dont vous vous serez servis envers les autres » ( l).
Un jeune homme dit à Jésus : a J'ai observé les commandements dès ma jeunesse, que me reste-t-il encore à faire?» Jésus l'ayant regardé l'aima et lui dit: « Il vous manque une chose ; allez, vendez tout ce que vous avez et donnez-le aux pauvres et vous aurez un trésor dans le ciel ; venez et suivez-moi » (2). Jésus-Christ disait encore : « Vendez tout ce que vous possédez et donnezle en aumônes; faites-vous dans le ciel des bourses qui ne s'usent pas et un trésor qui ne s'épuise point, où les voleurs n'approchent pas et que la rouille ne ronge pas, car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur » (3).
Tout donner ne suffit pas ; il faut encore se donner sot même. « C'est mon précepte, dit le Sauveur, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. Personne ne peut porter plus loin l'amour que de donner sa vie pour ceux qu'il aime )) (4).
Aussi quel sera le modèle, l'idéal de cet amour ? C'est l'amour même que Notre Seigneur Jésus-Christ a eu
(1) Luc, VI, 38. ,
(2) Matth,, XIX, 20, 21. - Marc, X, 20, 21.
(3) Luc, XII, 33, 34.
(4) Joann., XV, 12, 13.
pour nous. <( Ce que je vous demande, c'est de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimrs » (1). El le disciple bien aimé disait plus tard : « Nous avons connu la charité de Dieu en ce qu'il a donné sa vie pour m mis. et nous devons donner notre vie pour nos frères o (2).
L'idéal de cette charité, c'est l'amour de Dieu le Père pour son Fils. <( El moi je vous ai aimés, dit Jésus, comme mon l'ère m'a aimé \\ (3). Cet amour qui unit les personnes divines dans l'unité de la Trinité adorable doit consommer l'union parfaite (\c> disciple.-; et être le signe auquel ils seront éternellement reconnus. << Père saint, disait le Sauveur dans la dernière Cène, je ne prie pas seulemenl pour ceux-ci que vous m'avez donnés, mais aussi pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole, afin que tous ensemble ils ne soient qu'un, comme vous, mon Père, êtes en moi el moi en vous, que de même ils soienl un en nous, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé. Et je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée afin qu'ils soient un. comme nous ne sommes qu'un. Je suis en eux, et vous en moi, afin qu'ils soient consommés dans l'unité, et que le monde connaisse que vous m'avez envoyé, et (pie vous les avez aimés comme vous m'avez aimé moi-même, afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux » ï).
L'accomplissemenl de ce double précepte de l'amour de Dieu et de l'amour des hommes est « le lien de la
(1) Joann., XIII, 3t.
(2) Joann., III, 16.
(3) 1 .luann.. XV, 9.
(4; Ibid., XVII. 20, 26.
perfection » (I). 11 est « la plénitude de la loi » (2). L'accomplissement ou la violation du précepte de la charité, même de celle qui ne concerne que le prochain, décideront, au jour du jugement suprême, des récompenses ou des châtiments éternels : « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères que voilà, c'est à moi-même que vous les avez faites. Toutes les fois que vous avez manqué de faire ces choses au plus petit de mes frères que voilà, c'est à moi que vous avez manqué de les faire, et ceux ci iront au supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle » (3).
Nous comprenons maintenant que saint Paul entonne l'hymne de la charité triomphante : « Quand je parlerais le langage même des esprits célestes, si je n'ai la charité, je ne suis qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante Quand je serais le plus grand des prophètes,
quand je connaîtrais tous les mystères, quand je posséderais tous les secrets de la science, quand j'aurais même une foi si vive, si profonde et si puissante que par elle je puisse transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien » (4). Et saint Jean, l'apôtre bien-aimé, pénétrant plus avant encore dans la profondeur de ces mystères, s'écrie : « Celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est charité : Deus charitas est » (5).
(1) Coloss., III, 14.
(2) Uom., XIII, 10. ,
(3) Matth., XXV, 40.
Ci I Cor., XIII, 1,2.
(o) I .loann., IV, S.
LA LOI CHREJIËNNE EST PARFAITE DANS TOUTES LES VERTUS qu'elle ENSEIGNE.
Elle enseigne la sincérité et la simplicité la plus complète : « Xe jurez pas et dites simplement : cela est, ou, cela n'est pas; si votre œil est simple, votre corps est éclairé; s'il n'est pas simple, votre corps est dans les ténèbres. Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le pour eux; voilà la loi et les prophètes » (1).
Elle enseigne la pureté angélique : « Bienheureux les cœurs purs parce qu'ils verront Dieu » (2). « Si vous ne devenez semblables à cet enfant, vous n'entrerez point dans le royaume des eieux » (3). « Ceux qui sont purs sont égaux aux Anges; ils sont les fils de Dieu parce qu'ils sont les lils de la résurrection » (4).
Aucun sacrifice ne doit être épargné pour garder ce trésor de la pureté parfaite. « Si votre œil droit vous scandalise, arrachez le et jetez le loin de vous, car il vaut mieux pour vous qu'un de vos membres périsse que si tout votre corps était jeté en enfer » (5).
Les aines pures, dans le ciel. « suivent l'Agneau par-
di Matth., V, 37. .
(2) Malth., V. 8.
(3) Lbid., XVIII. 3.
(i) Luc, XX, 36.
<:•>) Matth., V, 29.
toul où il va et chantent éternellement devant son trône
un cantique toujours nouveau » ( 1).
ha loi chrétienne confond l'orgueil si effroyablement uni à notre nature déchue, et enseigne l'humilité. « Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes » (2). « En vérité, je vous le dis, si vous ne vous ((invertissez pas, et si vous ne devenez pas comme ces enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. Quiconque s'humiliera comme cet enfant scia grand dans le royaume des cieux » (3). « Les premiers seront les derniers (4) ; quiconque s'abaisse sera (devé, quiconque s'élève sera abaissé » (o).
Avec l'humilité, voici la patience et la miséricorde. h Possédez vos âmes dans votre patience » (6). Les Apôtres veulent appeler le feu du ciel sur une ville de Samarie qui a refusé de les recevoir; mais Jésus-Christ les reprend sévèrement et leur dit : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Le Fils de l'Homme n'est point venu perdre les âmes mais les sauver » (7).
Au chrétien, élevé par toutes ces vertus au-dessus des défaillances de la nature humaine, Jésus-Christ enseigne les grands combats pour la justice et la résistance indomptable à la force brutale et à l'iniquité triomphanle. « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la
il) Apoc, XIV, 3, 4.
i Matth., XI, 29.
(3) lbid., XVIII, 3. t.
(4) lbid., XIX, 30. •
(5) lbid., XXIII, VI.
(G) Luc, XXI, 19.
(7) Luc, ix, 54, :;.">, iïg.
justice, parce qu'ils seront rassasiés. Bienheureux ceux souffrent persécutiou pour la justice, parce que le royaume des deux leur appartient; Vous serez bienheureux quand ils vous maudiront, quand ils vous perse enteront, et qu'ils dironl tout le mal possible oontre vous, vous calomniant à cause de moi; réjouissez-vous el tressaillez d'allégresse parce qu'une grande récompense vous csl réservée dans le ciel » (1).
« Ne les craignez pas ; ce que je vous ai dil dans les ténèbres, prêchez-le en pleine lumière; ce que vous avez entendu dans l'intimité, prêchez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme, craignez plutôt ceux qui peuvent perdre l'âme et le corps dans l'enfer éternel » (2).
« Vous serez opprimés et comme écrasés dans le monde; mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde » (3).
En face du peuple juif qui ne croit qu'à la force brutale, en l'ace du peuple romain qui a courbé l'univers sous son sceptre de fer, en présence de la servitude et de l'abjection universelles des âmes, de tels enseignements sont vraiment ]e chant de victoire de la justice. la révélation des droits imprescriptibles de la conscience.
Pour arrivera cette puissance et à ces victoires, le secret est le renoncement absolu, l'immolation perpé tuelle et complète, c'est la contradiction la plus étonnante, le défi jeté à toutes les pensées et à toutes les aspirations humaines : « Celui qui aime son père et sa
II) Matth., V, 6, to, 11, \>.
[2 Ibid., X, 26, 27,28.
(3) Joann., XVI, 33.
mère plus que moi n'est pas cligne de moi ; relui qui aime sou fils ou sa fille plus que moi n'est pas cligne de moi; celui qui ue prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi; celui qui conserve sa vie la perdra; et celui qui aura perdu sa vie pour l'amour de moi la retrouvera » (1).
« Je vous le dis, en vérité, si le grain de froment ne meurt après qu'on l'a jeté enterre, il demeure seul; mais quand il est mort, il porte beaucoup de fruits. Celui qui aime sa vie la perdra; mais celui qui hait sa vie en ce monde la conserve pour la vie éternelle » (2).
« Jésus-Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les nations païennes » (3), est le résumé de toute la loi chrétienne. Aussi saint Paul affirme « ne rien savoir, si ce n'est Jésus Christ crucifié » (4), et il proteste qu'il ne veut « se glorifier que dans la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ » (5).
Après avoir enseigné le respect dû aux petits enfants « dont les Anges voient la face du Père qui est aux cieux » (6), le Sauveur relève d'une parole la famille dans l'unité et l'indissolubilité du mariage : « N'avezvoiis pas lu que celui qui créa l'homme à l'origine fit l'homme et la femme et leur dit : L'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à son épouse?... Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni » (7).
i Matth., X, 37, 39.
(2) Joann., XII, 24, 2ii.
(3) I Cor., I, 23.
(4) lbid., II, ±. , a Galat., VI, 14.
6 Matth., XVIII, 10.
[71 Marc, X. 9.
D'une parole il détermine les limites du pouvoir civil et les droits de Dieu : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu- ce qui est à Dieu u (1).