LA LOI CHRÉTIENNE EST PARFAITE DANS SKS MOTUS
La loi chrétienne n'est pas seulement parfaite dans ses sources, dans les deux grands préceptes qui la résument, et dans toutes les vertus qu'elle enseigne, elle l'est encore dans les mol ils qui déterminent les âmes à l'accomplir.
Le premier motif d'accomplir cette loi est. nous l'avons démontré, la suprême autorité et la volonté de Dieu. Nous avons établi ce principe divin de la loi chrétienne, et sur ce point d'une capitale importance, elle est supérieure à tous les systèmes de morale inventés par l'incrédulité contemporaine.
Mais l'accomplissement de la loi chrétienne a un autre motif qui est une autre preuve de sa supériorité et de sa perfection, (l'est l'amour de Dieu et, par conséquent, le désir ardent de répondre à sa honte et d'en reeou naître les bienfaits, par une soumission complète. .Nul motif, nous l'avons dit. ne peut être plus grand, plus élevé et plus parfait.
l'u philosophe de notre temps a reconnu et loué ce caractère de la vie chrétienne : « La loi du devoir en est le fondement, a l il dit. loi sainte que les chrétiens
il; Marc, XII, 17.
appellent l'amour de Dieu ; parce que leur Dieu étant le bien lui-môme, obéir au devoir, aimer le devoir, c'est obéira Dieu, c'est l'aimer au-dessus de tout » (1).
Nous avons dit que l'amour du prochain avait pour motif premier l'amour de Dieu, l'accomplissement du premier commandement. La même vertu par laquelle nous aimons nos frères est la vertu par laquelle nous aimons Dieu, « Si nous nous aimons réciproquement, dit saint Jean, Dieu reste en nous et sa charité est parlaite en nous ». Et plus loin : « Nous avons reçu de Dieu commandement, que celui qui aime Dieu aime aussi ses frères » (2).
(( L'amour divin a ce magnifique privilège de contenir et de consommer en lui tous les devoirs. 11 remue toutes les affections, il les fortifie, il les gradue, il les enchaîne les unes aux autres dans l'ordre sacré qui comprend tous les devoirs. L'homme ne peut pas aimer Dieu sans aimer tout ce que Dieu aime et dans la mesure où il l'aime. Il épouse, en aimanl Dieu, toutes les amours de Dieu, il les partage, il s'en pénètre, il se les approprie. Toul ce qui esl cher à Dieu lui est cher el sacré; tonl ce qui est béni de Dieu lui est saint et béni. Comment n'aimerait il pas sa famille? Ces! Dieu qui la lui a donnée, qui l'a bénie, qui l'a rendue féconde. Comment [l'aimerait-il pas sa patrie? C'est Dieu qui est le père el l'auteur de toutes les sociétés terrestres et qui les fait concourir à l'exécution de ses desseins. Comment n'aimerait-il pas l'humanité ? C'est Dieu qui l'a faite à son image, qui l'a rachetée par sa mort, qui la soulève el
i Jules Simon. Introduction aux Œuvres de Malebranche, p. il. (2) I Joann., IV. 12, 21.
l'entraîne par son souffle puissant, qui l'emporte vers le ciel où il veut la couronner » (1).
Cet amour est le feu que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre cl qui doil F embraser tout entière; il esl l'inspiration, l'impulsion et la puissance «le toute- les grandes œuvres, de tous les sacrifices, de tous les dévouements héroïques.
« Celui qui aime, court, vole, dit le livre de l'Imitation. 11 est dans la joie.il est libre et rien ne l'arrête. Il donne tout pour posséder tout; et il possède tout eu toutes choses, parce que au-dessus de toute chose il se repose dans le seul Être souverain de qui tout bien procède et découle. Il uc regarde pas aux dons, mai- il s'élève audessus «le tous les biens, jusqu'à celui qui donne o (2).
La sanction, les récompenses el les châtiments constituent le troisième motif d'accomplir la loi chrétienne. Nous l'avons déjà l'ait remarquer,la raison, le bon sens, le sentiment inné de la justice affirment que l'exécuteur fidèle de la loi doil être récompensé, que ses contempteurs obstinés doivent être punis. La loi chrétienne uous propose les éternelles récompenses dans la vision, la puissance, la gloire et la félicité du ciel. Elle menace notre infidélité el notre obstination t\v< supplices éternels de renier. C'est là un dogme fondamental du Christianisme.
Ce motif d'accomplir la loi chrétienne répond aux tendances de notre nature, aux affirmations de la raison, aux données de l'expérience, à la pratique de toutes les familles et de tous les peuples.
(1) Mgr Besson, i conférence sut le Décalogue. ': De Mit. Christi. Lib. III, c. 5.
1,'ili CHAPITRE III
Mais l'incrédulité contemporaine oppose à ce motif et à cette sanction une objection qu'elle tient pour la plus grave de toutes et qu'elle croit absolument triomphante. La pensée de la récompense et du châtiment, dit elle, l'ait de l'accomplissement du devoir un calcul, de la vertu une spéculation misérable, elle abaisse les âmes et elle tue la morale.
Cette objection n'est qu'un déplorable sophisme. La sanction de la loi chrétienne est nécessaire, elle est une source de grandeur, de progrès et de perfection.
La doctrine qui nous est opposée méconnaît la nature de l'homme. Dans le fond le plus intime de cette nature existe, comme la cause première de tout acte et comme l'impulsion de toute vie, le désir, la soif du bonheur. Ce désir est constant, universel, indestructible. Nierezvous ce désir? ce serait nier l'évidence même, le mouvement qui vous emporte et le battement de votre propre cœur. Le mépriserez vous? essayerez vous de le comprimer et de le détruire ? vous n'y parviendrez jamais. Essayerez-vous de supprimer la récompense promise au devoir et à la vertu ? vous précipiterez ce désir du bonheur avec toute son ardeur el toute sa fougue vers les biens méprisables, vers les plaisirs qui déshonorent et qui tuent.
Que demandent donc la connaissance éclairée de l'homme, la vraie philosophie, la vraie sagesse, l'intérêt évidenl de la morale, sinon que ce désir soit dirigé vers les récompenses éternelles au profit du devoir el de la vertu. (\u progrès et de la perfection?
La doctrine qui nous est opposée méconnaît la notion de Dieu. Il est le bien suprême et ce bien est notre récompense parce qu'il est notre lin. Cette récompense
nous donnera la félicité dans la possession de ce bien el celle possession est [tour nous la plus haute perfection. D'où il résulte non seulement que le désir et l'espoir de la récompense nous entraînent sur le chemin de la perfection, mais que la récompense est elle-même pour nous la perfection suprême.
Dieu nous a eréés pour sa gloire, mais aussi pour nous rendre heureux, à la condition que nous consacrerions à sa gloire tout ce que nous avons reçu de lui. Mais les biens imparfaits de celte vie ne peuvent nous donner cette félicité et remplir des cœurs que l'Etre infini a faits à sa mesure.
La possession de Dieu est donc la seule source de bonheur, la seule récompense qui réponde aux aspirations invincibles de notre nature. Et Dieu ne serait ni sage, ni juste, ni bon, s'il ne se donnait à nous comme notre éternelle récompense.
La doctrine qui nous est opposée méconnail la notion de la récompense el du devoir. Ah ! sans doute, si la récompense supprimait le devoir, si elle substituait à l'obligation qui atteint la conscience le seul espoir ou la seule crainte, en d'autres termes un pacte tout extérieur; si (die disait : Accomplis cet acte et lu recevras Ion salaire, elle supprimerait, avec la notion du bien el du mal, l'obligation, le devoir, la vertu el la morale; mais il n'en est point ainsi. La récompense ne remplace pas le devoir, elle le suppose ; elle ne supprime pas l'obligation, elle la confirme ; elle ne détruil pas la morale, elle encourage les volontés chancelantes el les cœurs détail lants à accomplir le bien, à éviter le mal ; elle nous guide el nous soutient dans les sentiers difficiles de la vertu. La récompense, telle qu'elle est présentée par le
christianisme, n'a même pas de sens en dehors de l'obligation el du devoir.
L'objection que nous combattons méconnaît encore l'expérience personnelle, les laits les plus éclatants de l'histoire et le jugement unanime porté par tous les hommes dans lous les siècles.
Il y a, en effet, un effort généreux, un acte d'énergie et de courage, un acte digne de l'estime des hommes et des bénédictions de Dieu dans le renoncement aux joies présentes, aux biens de cette vie pour obtenir les récompenses à venir. C'est une œuvre noble, grande, parfois sublime, que de choisir les épreuves, les tribulations, les douleurs, la défaite, pour rester fidèle à la vérité, à la justice, à l'honneur, aux causes qui paraissent perdues. Jamais les subtilités de la philosophie ne parviendront à égarer sur ce point le sens commun et à empêcher l'humanité de saluer de son admiration les nobles victimes du devoir et les héros du dévouement.
Nos adversaires méconnaissent enfin la perfection de l'amour. On l'a dit admirablement, aimer c'est mettre son bonheur dans le bonheur de ceux que l'on aime ; c'est donner et avec joie ses espérances, ses biens, se donner soi-même. La première récompense de l'amour sincère et surtout profond et ardent est dans le sacrifice lui-même, car il y a une félicité à souffrir et à s'immoler. Oseriez vous prétendre que cette récompense est in vile spéculation de l'égoïsme ? Non, non ; elle est le triomphe de l'amour et du dévouement. Que sera-ce de l'amour de pieu, de cet amour qui embrase le cœur des Saints el qui, dès ici bas, au milieu des ombres el des luttes de cette terre, verse dans ces cœurs quelque chose do la félicité et des ravissements du ciel ? Direz-
vous que sa'nil Paul était la victime déshonorée de l'égoïsme quand il s'écriail : « Je surabonde de joie dans mes tribulations » (1), ou saint Jean de la Croix, quand ré pond a ni. à Dieu qui lui demandait ce qu'il voulait pour récompense, il disait : « Souffrir et être méprisé pour vous o ?
Nous l'avons déjà dit, nous pouvons et nous devons aimer Dieu, non seulement à cause de sa bonté envers nous, à cause des bienfaits qu'il nous a accordés cl île ceux que nous attendons, mais nous pouvons el nous devons l'aimer encore à cause de sa bonté en elle-même et de sa perfection infinie. G'esl dans ce second amour que consiste la véritable charité, la charité parfaite, la première, la plus grande, la plus puissante de toutes les vertus, « la plénitude el la perfection » de la loi clin'1 tienne. Mais où donc est ici la spéculation, le 'calcul et l'inspiration de l'égoïsme? Soi n I Bernard a dit : «Quand l'homme aime Dieu, il. s'oublie lui-même et il aime Dieu de toutes ses forces, n
Il y a plus encore : la récompense du ciel sera la félicité qui naîtra de la vision et de l'amour de Dieu. i\u triomphe de la charité. Dans les ardeurs de celle charité éternellement renouvelées par l'extase el le ravissement, les (dus s'oublieronl eux mêmes el se perdront pour ainsi dire dans la lumière cl dans le cœur de Dieu.
El voilà à quelle grandeur morale, à quelle perfection sublime la loi chrétienne conduit la misère de l'homme.
Mais quels sont donc ceux qui oui porté de telles accusations contre la loi chrétienne, contre cette morale
Il II Cor., VII, 4.
qui a l'ail germer, clans la poussière et la boue de celle terre, les Heurs célestes «les plus étonnantes vertus et du plus merveilleux héroïsme ? Ce sont les moralistes de l'intérêt et du plaisir, les prétendus sages qui font sortir l'homme de^ régions de l'animalité, pour l'y faire redescendre dans la servitude de passions sans frein et de jouissances sans pudeur. 0 philosophes impuissants, savants qui enseignez le déshonneur de la race humaine, moralistes de la dégradation, laissez donc passer les légions innombrables des Pontifes et des Apôtres, des Vierges cl dr^ Martyrs, les légions de la foi. de l'espérance et de la charité chrétiennes! Os légions sorties du cœur de Dieu, embrasées de son amour, les yeux fixés vers les joies pures et éternelles, elles vont au prix de toutes les douleurs et de toutes les immolations, elles vont vers les hauts sommets, elles vont à la vertu, au dévouement, à l'héroïsme et à Dieu.