LA LOI CHRETIENNE EST UNIVERSELLE
Pour être digne de Dieu et digne de sa mission, pour cire capable d'atteindre son but, la loi morale doit Comprendre dans ses préceptes tous les devoirs, toutes les facultés et tous les actes de l'homme et l'humanité entière dans toutes les conditions, tous les lieux el lous les temps; elle doit être universelle. Telle est la loi de la vie chrétienne.
Elle est d'abord la loi de l'homme, elle s'impose à toutes ses faculté.-, elle s'impose a lintelligence qui
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dirige tous nos actes, elle l'illumine des clartés de la Révélation, elle lui apporte le trésor des croyances surnaturelles, elle réclame l'adhésion sincère et complète aux vérités proposées par l'autorité divine.
Elle dirige et gouverne le cœur par les grands préceptes de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain. Par l'esprit et par la volonté, elle a en son pouvoir leà deux puissances maîtresses de la vie humaine.
Comme la science moderne attelle le feu à ses chars rapides el l'ait de la foudre la messagère docile de la pensée et de la parole, elle courbe sous son joug les passions en révolte; elle en l'ait les auxiliaires admi râbles de la vérité, de la justice, de la charité et de l'apostolat.
Elle embrasse toute la vie parce qu'elle enseigne toutes les vertus, parce qu'elle repousse et condamne Ions les actes mauvais, ordonne ou conseille tous les actes lions, salutaires et grands.
Le chrétien doit vivre de celle loi morale qui a pour base première les enseignements de la foi, selon celle parole de nos Livres Saints : « Le juste vit de la foi : Justus ex fuir viril » (1). Aux croyances, il doit joindre les œuvres, car. « sans les œuvres, la foi est morte : Fides, si non habeat opéra, moriua est » (2).
La loi chrétienne dirige et gouverne le corps luimême ; il doit être associé à l'âme dans ses travaux et ses combats, comme il h' sera dans les victoires el les récompenses célestes. La chair doit être soumise à l'esprit et nos corps sonl a les membres de Notre
I) Galat., III, Il : Rom., I, 17.
i2) .Inc., II, 17.
Seigneur Jésus-Christ, les temples de l'Esprit-Saint qui est en nous » (1).
La pratique fidèle de la loi chrétienne fait retrouver à l'âme, à la raison, sur le corps révolté, une part de la souveraineté perdue par la faute de nos premiers parents, et au corps lui même quelque chose de cette pureté, de cette grandeur, de cette beauté qui lui avaient été accordées avec la justice originelle.
La loi chrétienne atteint tous les actes et prescrit tous es devoirs; elle atteint les actes les plus élevés, elle les inspire, elle les rend possibles par la puissance de la grâce, accordée plus abondante à ceux qui accomplissent les préceptes avec une fidélité plus complète. L'amour qu'elle met au cœur de l'homme Télève. le soutient et l'embrase, et place le plus humble chrétien, une femme ignorante, un pauvre enfant, au niveau du plus sublime héroïsme.
Si les grands devoirs ne sont pas au-dessus de la loi chrétienne, les plus petits, les plus vulgaires, les plus cachés ne sont pas au-dessous d'elle. Elle a proclamé la grandeur et la gloire des humbles et des pauvres. Pour elle, il n'y a pas de petits devoirs, parce que tous ont la même règle et la même mesure : la volonté de Dieu. Pour elle, il n'est pas de devoirs vulgaires et vils, car tous ont pour inspiration et pour consécration l'amour de Dieu qui les purifie, les ennoblit, les sanctifie et les divinise. Ils sont plus méritoires devant le Souverain Juge, parce qu'ils n'ont point de récompense ici-bas, parce que leurs mérites ne sont ni détruits ni amoindris par les satisfactions de l'orgueil et de la vanité. A
(1) I Cor., VI, 15, 19.
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ceux qui ont été obéissants dans les moindres actions, seronl adre — s ces consolantes paroles : •• Courage, bon el 6dèle serviteur, parce que vous avez été fidèle dans les petites choses, je vous constituerai dan- [es grandes; entrez dans la joie de votre Maître » (1).
La loi chrétienne, et c'est là encore une preuve de sa supériorité, ne prescril pas seulement les actes extérieurs, mais les actes intérieurs el intimes. Pas une intention, pas un désir, pas une pensée qui échapper son domaine.
Les actes des plus grandes vertus, les actes de la foi, de l'espérance el de la charité, peuvent être réalisés dan- le secrel du cœur. La prière intérieure monte jusqu'à Dieu. L'adorable Maître affirmait ce caractère de la loi nouvelle quand il disait à la Samaritaine : " Le temps vient et il esl déjà venu où les vrais adorateurs adoreront le Père eu espril el en vérité, car le Père cherche ceux qui l'adorent ainsi. Dieu esl espril el il faut que ceux qui l'adorenl l'adorent en esprit el en vérité»(2). Notre Seigneur Jésus Christ condamne, avec la même sévérité, le dësïr du mal et le mal lui-même, de telle sorte que celui qui a désiré faire l'acte mauvais l'a déjà accompli dan- sod cœur 3). Il ne veul pas que Faccomplissemeni delà loi se borne aux actes extérieurs connue la prétendue justice des pharisiens il.
L'acte intérieur esl. en effet, d'après la philosophie el le bon sens, le principe de l'acte extérieur, de telle sorte
;i Matth., XXV, 21.
(2) Joann., IV, 22, 'L\. 24
(3) Matth., V, 28.
• i Ibid., v. 20. .
Ili't CHAPITRE III
([lie celui-ci esl sans responsabilité et sans mérite, s'il n'est accompli sous l'influence de l'intelligence et de la volonté. C'est pourquoi nos saints Livres disent : « L'homme voit ce qui est extérieur, mais Dieu regarde le cœur » (IL et « il scrute les cœurs et les reins » (2).
Selon de grands théologiens, non seulement le mérite appartient surtout à l'acte intérieur, mais l'acte extérieur n'ajoute rien par lui-même, indépendamment de toute circonstance, au mérite de l'acte intérieur, de l'intention et du désir .3 .
Quelle supériorité dans cette loi qui pénétre ainsi au fond des consciences, avec le regard même de Dieu, qui demande la perfection dans les moindres actions, dans les désirs et les pensées les plus secrètes !
Cette loi, elle s'impose à tous les hommes dans toutes les conditions, à l'enfant et au vieillard, au riche et au pauvre, au puissant et au faible, aux rois et à leurs sujets, aux vainqueurs et aux vaincus, aux esclaves et aux captifs courbés sous leurs chaînes.
Elle doit gouverner la vie publique aussi bien que la vie privée. « Dans l'ordre privé, dit le Pape Léon XIII, le premier devoir de chacun est de conformer très exactement sa vie et ses mœurs aux préceptes de l'Evangile et de ne pas reculer devant ce que la vertu chrétienne impose d'un peu plus difficile à souffrir et à
(1) I Reg., XVI, 7.
■l Psalm. VII, 10. — Jerem., XVII, 10.
(3) Suarez, De Pœnitentia, Lib. XII, c. VI. — De Lugo, De Pœnitentia, Disput. XXIV, sect. IV. — D'autres cependant enseignent qu'il augmente ce premier mérite, parce que la réalisation extérieure de l'acte pend a Dieu plus d'honneur, qu'il ajoute au culte divin et à l'utilité du prochain. Ripalda, Dr Ente supematurali, Disp. 60 : Append. ad Disp. 70.
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endurer. Tous doivent, en outre, aimer l'Eglise comme leur mère commune, obéir à ses lois, pourvoir à son honneur, sauvegarder se- droits el prendre soin que ceux sur lesquels ils exercent quelque autorité la respectent et l'aiment avec la même piété liliale. » Et plus loin : « Il n'est pas permis non plus d'avoir deux manières de se conduire, l'une en particulier, l'autre en public, île façon à respecter l'autorité de l'Eglise dans sa vie privée et à la rejeter dans sa vie publique ; ce serait là allier ensemble le bien et le mal et mettre l'homme en lutte avec lui même, quand au contraire il doit toujours être conséquent, et ne s'écarter, en aucun genre de vie ou d'affaires, de la vertu chrétienne » (h.
La loi chrétienne est la loi de tous les temps ; elle esl l'inspiratrice el le principe de tous les progrès; elle s'adapte à toutes les institutions politiques et à toutes les formes de gouvernement ; et elle a des solutions pour tous les problèmes que l'humanité soulève dans sa marche.
Elle a transfiguré dans la pureté et la charité les ignominies du paganisme, par ses Apôtres, ses Martyrs el ses Saints. Dans les premiers siècles, elle a fait entendre au monde. u\i'c la voix du sang et le témoignage des vertus les plus sublimes, la parole de ses orateurs et de ses docteurs qui se nommaient saint Augustin, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, sainl Grégoire de Xazianze. Elle a dompté et civilisé les barbares, réprimé les excès du moyen âge et créé la force, la grandeur et la gloire de cette époque de transformation et d'orages. Elle a lutté contre les égarements
1 Encyclique sur lu Constitution chrétienne des Etals.
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des peuples et brisé le Joug des empereurs et des rois qui voulaient, en pleiu christianisme, renouveler la tyrannie et les hontes des Césars païens. Malgré ses lamentables défaillances, le xvir siècle lui a dû de nobles et hautes vertus et. en grande partie, les triomphes îles lettres et des arts. Elle a traversé le xvnr siècle, malgré les attaques et les sarcasmes de la philosophie incrédule. Elle est sortie plus puissante des luttes sanglantes de la tin du dernier siècle, et, seule, aujourd'hui, elle peut résoudre les redoutables problèmes qui font frémir les peuples et menacent de jeter nos sociétés aux abîmes. Demain peut-être, sur des ruines accumulées et après d'effroyables désastres, elle sera la seule ressource du salut et delà résurrection.