‹ La vie chrétienneChapitre 20 sur 57 · I .loann., VU. K · texte numérisé non relu

I .loann., VU. K

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du Nord. Elle enseigne non seulement par sa parole, mais par tout l'exemple de son eulte. Elle a le grand el populaire enseignement de ses humbles églises et de ses magnifiques basiliques, des peintures de leurs murailles. de ses cérémonies augustes, des statues et des images de ses saints et des vitraux qui étincellent au soleil. Avec les areeaux et les eolonnes, avec la fumée de l'en cens et les chants de la foule, l'âme du travailleur et du pauvre, l'âme du peuple, monte vers Dieu dans ces temples qui sont sa demeure. Quand, dans les grandes fêtes du patriotisme, les cérémonies saintes s'unissent aux manifestations populaires, quand la voix des orateurs proclame les récompenses éternelles réservées aux défenseurs héroïques de la patrie et du drapeau national, l'àme de tout un peuple tressaille el moule vers les hauteurs où habitent la vertu, l'honneur el la gloire.

.Mais, nous dira-ton, comment la démonstration de l'autorité elle même de l'Eglise est elle possible pour la multitude et [tour le peuple '.'

Le fait de l'unité de l'Eglise, de l'unité de sa foi et de sa charité, de la doctrine qu'elle enseigne et t\e> sacrements qu'elle administre, de sa hiérarchie et de son gouvernement éclate aux veux des plus ignorants. Les liens qui unissent le plus humble pasteur aux Évêques cl par les Évêques au Vicaire de .lésus Christ sont connus de tous. La chaire de la plus pauvre église reçoit l'écho de la chaire du Pontife de Rome et des traditions de tous les sièeles chrétiens. Nulle erreur ne peut être proposée par le prédicateur le plus obscur, sans qu'elle soil bientôt connue et condamnée par l'autorité qui veille, qui gouverne et qui enseigne.

LA LOI DIVINE DE LA VIE CHRÉTIENNE IT.'i

Il ne faul pas oublier que les ministres de l'Eglise démontrent partout, et dans des formes accessibles à tous, les signes el les caractères divins de l'Eglise.

Les œuvres de la charité catholique, plus nombreuses et plus admirables que jamais, el qui ont obtenu souvent les hommages de nos adversaires les plus obstinés, -uni les preuves manifestes d'une fécondité el d'une puissance qui ne sont ni de la terre ni du temps.

Enfin, il faut tenir compte des lumières. t\c> grâces, des inspiration- secrètes que la bonté de Dieu accorde avec abondance aux cœurs dociles et a aux hommes de bonne volonté ». Combien de fois n'avons-nous pas admiré d'humbles religieuses, occupées aux plus vulgaires travaux, de pauvre- femmes ignorantes, faisant entendre de- accents de foi et de charité, que ne cou naissent ni l'éloquence ni le savoir! Kl il tant redire ces paroles du Divin Sauveur: ".le vous remercie, ô mon Dieu, d'avoir caché ces choses aux prudents et aux sages, et de les avoir révélées aux petits et aux humbles »> (1).

LA Loi CHRETIENNE EST NECESSSAIRE.

Ce qui démontre jusqu'à l'évidence la nécessité de la loi chrétienne, c'esl l'impuissance absolue, les contradiction- ûagrantes de tous les systèmes de morale qui lui sont opposés.

1) Matth.. XI, 23.

Ceux-ci enseignent que la règle de Ja morale et la fin de la vie humaine, c'est le plaisir: Mais une pareille doctrine est repoussée par tout ce qu'il va de noble et d'élevé dans la nature humaine, par la raison et le bon sens. La pratique d'une pareille doctrine ne peut que détruire la liberté, dégrader l'homme en le livrant à lous les excès et le faire descendre à l'état de la brute. C'esl la plus impudente négation de la morale (1).

D'autres affirment que le principe de la morale est dans l'intérêt (2). De quel intérêt nous parlent-ils ? De l'intérêt personnel ? mais l'intérêt personnel, renfermé dans les frontières étroites de la vie présente, c'est la satisfaction dechacun, c'est le succès obtenu à tout prix, la fortune acquise par l'iniquité, la passion assouvie, l'ambition satisfaite, c'est encore le plaisir et la jouis sauce. La morale de l'intérêt personnel ? mais c'est la négation du devoir, de la vertu, du sacrifice ; c'esl la morale de l'égoïsme, de l'avilissement et de l'abjection.

Est-ce de l'intérêt général que vous parle/. ? mais l'enfant de nos écoles, l'ouvrier du peuple ne vous comprendront p;is. Vous comprenez vous bien vous mêmes ? Qu'est-ce que l'intérêt général ? où est-il ? Comment peut-il apparaître à chacun et à chaque instant, dans une lumière, une force qui l'imposenl ? Kl c'est sur ces formulés vagues, obscures, inintelligibles que vous établirez la morale, le devoir el la vertu ?

,l Les principaux représentants de celle doctrine sont, pour oe parler que des temps modernes, Saint-Lambert parmi les encyclopcdisli - el de nos jours les Saint-Simoniens et les Fouriéristes .

. Epicun . — Hobbi s, B'i nthaïn. S.tuart-Mill, Spencer, etc.

De plus, si l'intérêt général est une fin supérieure qui impose, en cas de conflit, le sacrifice de l'intérêt person nel, il faut une raison pour justifier ce sacrifice et établir celte obligation; or, cette raison ne peut être qu'un principe supérieur à l'intérêt.

Si l'intérêt général est un simple moyen de sauvegarder l'intérêt personnel, nous revenons àl'égoïsme.

Il est faux d'ailleurs que celui qui travaille à l'intérêt des autres, à l'intérêt général, travaille toujours à sou propre intérêt. C'est la démonstration évidente de l'expérience de tous les jours.

D'après l'école de philosophie qui a été en France la plus influente pendant cinquante ans, le principe de la morale est dans le triomphe des instincts de sociabilité et de bienveillance, qu'elle appelle du nom barbare d'Altruisme, sur les instincts égoïstes de notre nature. Mais tous ces instincts ne sont que les effets de l'organisme et la pensée elle-même est le produit delà matière, tous les sentiments et toutes les idées relèvent en dernière analyse du système nerveux. Qui ne le comprend ? une pareille doctrine, qui supprime la liberté et la responsabilité, supprime par là même la morale. D'ail leurs, quelle raison avons-nous de préférer le bien des autres à notre bien ? si c'est un devoir, il dépend d'une loi, d'une autorité supérieure, et nous voilàrevenus à la morale religieuse. Direz vous que nous subissons la force persuasive du bien ? mais comment connaître ce qui esl te bien? De plus, l'expérience de tous les jours ne démontre t elle pas combien cette prétendue force esl vaine et impuissante? Enfin, ne voyez-vous pas que placer dans l'évolution inconsciente des instincts organiques le perfectionnement moral de l'homme, c'est le

détourner de toul effort personnel el faire reculer l'humanité vers la décadence el la barbarie (1) ?

D'après un des grands maîtres de la philosophie de notre temps (2), le principe de la vie morale est dans le commandement impérieux et absolu de la raison. Une action u'est pas obligatoire parce qu'elle est bonne ; mais elle est bonne parce qu'elle est obligatoire et à la condition qu'elle ait été accomplie par respect pour l'obligation.

Ce philosophe admet la liberté, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu, comme les base- nécessaires de la morale, mais affirmées par la raison pratique. Ces liantes vérités ne suffisent pas. Pourquoi le devoir? pourquoi la inorale? Nous l'ignorons. C'est une affirmation de la raison pratique: mais elle est inexplicable.

D'après le même philosophe, la raison théorique qui juge de l'ensemble des eboses, qui perçoit les êtres et le- laits, n'a pas de valeur, en ce sens que ces choses, ce- êtres el ce- faits, n'ont aucune réalité en dehors de notre esprit el de notre pensée. Mais, s'il en est ainsi, quelle valeur peut avoir la raison qu'il appelle pratique el qui impose le devoir el la morale? C'est toujours la même raison considérée à un autre point de vue ; il n'y a pas deux raisons, il n'y en a qu'une. Enfin quelle réalité peuvent avoir des règles morales el des devoirs qui oui pour objet i\i^ relations, des êtres et des faits qui sont sans réalité en dehors de notre pensée ?

il) Le créateur do cette doctrine, appelée le Positivisme, est Auguste Comte el son plus illustre vulgarisateur est Littré. (:') Kant.

La philosophie spiritualiste, qui a d'éloquents et illustres représentants, est liien supérieure à tous ces systèmes que repoussent la raison el le bon sens. .Mais elle n'admet pas Je culte de Dieu el la prière, elle est impuissante à nous faire connaître la nature et la gravité de nos fautes, et la sanction, le châtiment ou la récompense dus à l'obéissance ou à la révolte. Elle n'est pas populaire; son enseignement dans son ensemble n'es! pas à la portée de la foule; elle n'a pu, jusqu'à ce jour, constituer une école et obtenir une véritable influence sur le peuple.

A ces démonstrations directes nous pouvons ajouter les aveux de la philosophie elle-même.

c< Nous croyons, c'est un l'ail, a dit un philosophe qui avait abandonné la foi de son enfance et de sa jeunesse, mais ce que nous croyons, sommes-nous fondés à le croire ? Ce que nous regardons comme la vérité, est-ce vraiment la vérité ? Cet univers qui nous enveloppe, ces lois qui nous paraissent le gouverner, el que nous nous tourmentons à découvrir ; cette cause puissante, sage et juste, que, sur la foi de notre raison, nous lui supposons : ces principes du bien et du mal que respecte l'humanité et qui nous semblent la loi du monde moral, loul cela ne serait il pas une illusion, un rêve consé quent, et l'humanité comme tout cela, et nous qui faisons ce rêve comme le reste ? Question effrayante, doute terrible, qui s'élève dans la pensée solitaire de loul homme qui réfléchit » (1).

Un écrivain de ce temps a donné à l'état actuel des âmes au point de vue delà connaissance et de la pra-

r Jouffroy, Mélanges philosophiques, p. i st.

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tique de la morale, à l'ensemble des doutes pleins d'angoisse, des tâtonnements impuissants, des aberrations de la philosophie contemporaine, le nom de Crise delà morale (1). «On a écrit jadis, a dit un des plus pénétrants des philosophes contemporains, on a écrit des pages émouvantes pour montrer comment les dogmes religieux finissent ; on pourrait en écrire aujourd'hui de plus émouvantes encore sur une question bien plus vitale : Comment les dogmes moraux finissent ? Le devoir même, sous la forme suprême de l'impératif catégorique, ne serait-il pas un dernier dogme, fonde; nient caché de tous les autres, qui s'ébranle après que tout ce qui le soutenait s'est ébranlé ? » (2).

Il y a quelques années déjà, un écrivain, qui n'est point chrétien, dans un ouvrage intitulé : les Idées morales du temps présent, exposait en ces termes l'état d'esprit et les tendances d'un groupe considérable d'hommes de lettres : « Ils respectent la science, c'est vrai ; ils ne se posent pas vis à vis d'elle en adversaires déclarés, mais ils n'acceptent ses déductions que sous i(;scrve, ils demeurent méfiants de ses affirmations et de ses négations ; surtout ils recherchent des vérités que la science n'a ni la prétention ni le pouvoir de donner; en deux mois, ils travaillent en dehors d'elle, en lui refusant l'empire universel que les autres ont tenté de lui donner. En revanche, ce qu'ils refusent à la science, ils sont bien prêts de le donner à la religion, quand bien même ils ne sont peut être pas parfaitement au clair ni

(1) Schérer, La crise actuelle de la morale. [Le Temps, septembre et octobre 1889.1

(2i .M. Fouillée, Critique des systèmes de murale contemporaine, ins:{.

LA LOI DIVINE DE LA VIE CHRÉTIENNE l X L

sur ses fondements, ni sur ses dogmes... Ils conservent peut être les doutes les plus graves sur les plus importants des articles de foi. cependant ils s'efforcent à la soumission, ils font de leur mieux ployer l'orgueil de leur esprit. Quelques-uns même, à force de volonté. parviennent à se donner l'illusion de la foi. Qui sait s'ils n'arriveront pas jusqu'à la foi ? Qui sait surtout si leur. effort ne proliféra pas à d'autres, si. grâce à eux, de plus simples ne finiront pas par accepter tout entières les vérités devant lesquelles ils se révoltent encore ? » (1).

Un autre écrivain, que nous avons déjà cité, formulait contre la science cette redoutable accusation : « Depuis six mille ans. tant de progrès accomplis par la science ne nous ont pas fait avancer d'un pas dans la connaissance de notre origine, de notre nature, de notre fin. Or. aussi longtemps que la science n'aura pas de réponse à ces questions, elle ne sera que ce que Pascal appelle un divertissement : il veut dire une manière de nous empêcher de penser aux seules questions qui nous intéressent, et de tromperie désespoir où nous plonge rail autrement notre impuissance à les résoudre » (2).

Il y a un mois, le même écrivain, à propos de ce qu'on a nommé « les banqueroutes de la science » développait avec éclat ces pensées.

« Si ce ue sont pas là t\^> « banqueroutes » totales. dit il. ce sont du moins des « faillites .1 partielles, et l'on conçoit assez aisément qu'elles aient ébranlé le crédit de la science. Qui donc a prononcé cette parole imprudente

I Edouard Hod, |»rofcssour à l'I'nivftrsité de Genève, Les idées morales du temps présent. Conclusion, p. :{<):{, 30G. l2) M. F. Brunetière, Rentoiles Deux-Mondes^ l" septembre issu.

« que la science ne valait qu'autanl qu'elle peut rechercher ce que la religion prétend enseigner» ? et encore celle ci que : « la science n'a vraiment commencé que le joui- où la raison s'est prise au sérieux et s'est dit à ellemême : Tout me t'ait défaut, de moi seule viendra mon salut o? Taisez- vous, raison imbécile, aurait sans doute répondu Pascal; et. à la vérité, nous ni' saurions dire ce qu'il en sera dans cent ans, dans mille ans ou deux mille ans d'ici; mais, pour le moment, et pour longtemps encore, il sembleque la raison soit impuissante à se délivrer seulement de ses doutes, bien loin de pouvoir faire elle-même son salut; et s'il est vrai que, depuis cent ans, la France ait prétendu remplacer « la religion », la science, pour h- moment et pour longtemps encore, a perdu lu partie. Incapable de nous fournir un commencement de réponse aux seules questions qui nous intéressent, ni la science en général, ni les sciences particulières — physiques ou naturelles, philosophiques ou historiques — ne peuvent plus revendiquer, comme elles l'ont l'ait, depuis cent ans. le gouvernement de la vie présente. A défaut d'une certitude entière, mathématique et raisonnée, si nous avons besoin de nous former une idée de ce que non- sommes, et si le lien social ne peut subsister qu'à celte condition, les sciences peuvent nous y aider, mais il ne leur appartient pas de déterminer, et encore bien moins de juger celle idée, Pour le moment, dans l'état présenl de la science, et après l'expérience que qous en avons l'aile, la question (\u libre arbitre par exemple, ou celle de la responsabilité morale, ne saurait dépendre des résultats de la physiologie. Le progrès qu'on avait cru faire, avec Taine et sur ses traces, en Soudant, selon -on expression, les sciences morales

aux sciences physiques », n';t pas du toul été un progrès, mais, au contraire, un recul. Si nous demandions au darwinisme des leçons de conduite, il ne nous eu donnerai! que d'abominables. El. sans doute, d'un darwinisme à peine assuré de la solidité de ses principes, ou d'une physiologie rudimentaire encore, ou en peut bien appeler a une physiologie plus savante, à un darwinisme mieux entendu; mais, eu allendanl.il faut vivre d'une vie qui ne -oit pas purement animale, et la science, aucune science aujourd'hui, ne saurail uousen donner les moyens. »

In des membres les plus distingués, les plus éloquents ci tes plus influents de l'Université a fail cet

aveu :

« La science, à qui nous demandons une philosophie cl une religion nouvelle, n'a tait jusqu'à présenl que détruire ce qu'où appelait jadis la religion naturelle. Aujourd'hui, il n'y a plus de religion eu dehors des religions positives. Le Dieu du vicaire savoyard, de Robes pierre . de- lionnes -eus ei t\^< anciens philosophes universitaires a vécu, .le ne sais si personne ose encore enseigner la théodicée qu'on nous prêcha au collège et donl le Dieu, décomposé en attributs numérotés, étail une tonne desséchée de l'anthropomorphisme. La nature aujourd'hui est un laboratoire de recherches dans tout le désordre de la recherche. Chaque jour apporte sa découverte immédiatement appliquée aux commodités de ia vie ; mais ces découvertes ci applications cachenl la science, comme le- arbre- cachent la forêt. Où tend tout ce grand travail? Où en est-il aujourd'hui? Voit-on déjà s'en raccorder les parties en un corn nienceiiieni de synthèse? Non. Celle synthèse qui

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serait l'orgueil de noire esprit, personne encore ne l'a osée » (1).

Et après avoir fait une peinture désolante de l'anarchie morale de la jeunesse, le même écrivain ajoute : « Pourtant il faut se préoccuper de cette anarchie morale de la jeunesse, parce que les illusions qui la séduisent sont un peu fortes et point sans péril, et parce que le différend est trop vif et l'écart trop violent entre elle et nous. Et je voudrais en terminant, comme en un appendice, mais étroitement lié à cette longue étude, faire une déclaration sincère, ne fût-ce que pour « libérer mon àme ».

Il demande : « Qu'avons-nous fait pour l'éducation de la jeunesse »? Et il répond : « Nous avons oublié l'éducation. »

De tels aveux honorent ceux qui les font. Mais le plus grand nombre des adversaires de la morale chrétienne ne sont point découragés par tant d'insuccès. Ils disent : Attendez, nous trouverons bientôt la règle de la vie et le principe de la morale.

Cruelle ironie! Il y a six mille ans que l'homme doit être fidèle au devoir et à la vertu et tendre à sa destinée; il y a six mille ans que l'homme travaille, souffre, pleure et meurt. Et vous dites : Attendez, nous vous donnerons un jour la règle de vos actions, le code de vos devoirs, la solution du problème de la vie et de la mort. En attendant, suivez vos instincts, obéissez à vos passions, marchez dans la nuit, entraînez avec vous à l'abîme des peuples entiers; travaillez sans repos, souffrez sans consolation et mourez sans espoir. Nous, dans nos salons

l K. La visse Deux jeunesses. Journal des Débats du 12 octobre

cl no> académies, clous cherchons avec sérénité la base de la morale, la loi de la vie et le dernier mol de la mort. De quoi vous plaignez vous'.'

Philosophes superbes, apôtres de la fraternité, le peuple ne veut plus attendre. Demain, il ne se plaindra plus; il dira : Il n'y a ni devoir, ni vertu, ni morale; il n'y a que la force, et la force nous appartient. Nous nous lèverons, nous détruirons ces pouvoirs, ces constitutions, cette civilisation, ces sociétés qui ne reposent que sur le succès des plus habiles et des plus heureux, qui ne reposent que sur la force et l'iniquité.

Que pourrez vous leur répondre?

Les conclusions de toute celle démonstration s'imposent d'elles-mêmes.

Les doctrines humaines, les philosophies les plus vantées, malgré les efforts el les travaux accumulés depuis six mille ans, malgré les prodiges de la civilisa limi matérielle el les conquêtes de la science, ne peuvent donnera l'humanité les règles de la vie, les principes de la morale. Cependant, Dieu n'a pu abandonner

l'homme dan- ses travaux, ses combats el ses douleurs. sans guide, sans soutien, sans consolation el sans espérance. Mais cette morale nécessaire, celte doctrine qui renferme tous ces secours, ipi'est elle, sinon la loi de la vie chrétienne, l'ensemble des sublimes enseignements de l'Evangile ?

Cette loi possède d'ailleurs, nous l'avons dé m outré. tous les caractères de sa divine origine dans l'autorité qui l'a révélée au monde, dans la perfection de ses préceptes el (\vs motifs qui nous sont proposés pour l'accomplir, dans son universalité el son immutabilité, dans une grandeur el une sublimité unies à une simplicité qui la met à la portée de tous. Elle est juste, sage, bienfaisante; elle est la loi de l'amour et de la miséricorde; elle porte en elle-même les reflets des propriétés divines ; elle est vraiment digne de Dieu.

La propagation rapide de cette loi dans le inonde entier, la marche de se- conquêtes, ses perpétuelles victoires contre toutes les forces qui détruisènl toutes \c> œuvres de l'homme, sont des signes manifestes de sa divinité.

Saint Paul affirmait déjà aux Romains que « leur foi (i était annoncée dans tout le monde » (1), et aux Colossiens, " que l'Évangile était connu de toute créature qui étail sous le ciel, qu'il était prêché, qu'il fructifiait, qu'il croissait par tout l'univers » (2). Cent ans après Jésus- Christ, saint Justin comptait parmi les fidèles beaucoup de nations sauvages et jusqu'à ces peuples vagabonds qui erraient sur des chariots. Les grands apologistes des premiers siècles, saint Irénée, Tertullien, Origène. multiplient les mêmes affirmations en présence des empe reurs el en face de tout l'univers.

Or, ces conquêtes oui été réalisées en dehors de toutes les ressources humaines, contre toutes les prévisions de la prudence, par des moyens qui devaient condamner

(I Rom.,I, 8.

(2) Coloss., I. 6.

LA LOI DIVINE DE LA VIE CHRÉTIENNE \sl

toute doctrine à la stérilité el à l'impuissance. Les prédicateurs de la loi chrétienne sonl de pauvres bateliers ignorants, hier encore faibles, timides el trahissant leur Maître. Ils n'ont ni or ni argenl : ils ne savent que leur Dieu crucifié. La loi qu'ils annoncent trouve, dan- sa perfection même, de terribles obstacles. Elle révolte l'orgueil par le précepte de l'humilité, toutes les convoitises par le commandemenl de la pureté parfaite, tous les instincts de la chair par la mortification. Elleapour résumé el pour symbole une croix sanglante, < folie pour les Juifs et scandale pour les nations païennes » (1).

A celte puissance el à ces victoires que rien d'humain ne peut expliquer, la loi chrétienne unit une merveilleuse fécondité. Sur cette terre, qui paraissait frappée de stérilité el de mort, au milieu de toutes les corruptions, elle a l'ail épanouir des Heurs el mûrir des fruits manifestement divins : actes héroïques, œuvres admirables, institutions sans égales, civilisation infiniment supérieure à toute civilisation païenne, elle a tout fait sortir du limon de la terre pétri par sa main, animée par le souffle venu de ses lèvres el de -on cœur. Essayez de supprimer par la pensée toul ce que la loi chrétienne a produit, depuis dix-neuf siècles, dans toutes les sphère- de l'activité humaine, en particulier dan- la sphère de la bienfaisance et de la charité, que resteraitil derrière non- et devant nous, sinon le vide el la nuit. l'abîme de la morl cl du néant ?

« Celui-là doit être plus qu'un homme, dil Bossuet, qui au travers de tant de coutumes, de tant d'erreur-, de lani de passions compliquées el de fantaisies bizarres, a

I ! Co,-.. I. 23

su démêler au juste el fixer avec précision la règle des

mœurs. Réformer ainsi le génie humain, c'est donner à l'homme la vie raisonnable, c'est une seconde création plus noble en quelque façon que la première. Quiconque sera le chef de cette réformation salutaire au genre humain doit avoir à son secours la même sagesse qui a formé l'homme la première fois. Enfin, c'est un ouvrage si grand, que si Dieu ne l'avait pas fait, lui-même l'envierait à son auteur » (1).

Chateaubriand résume ainsi son grand ouvrage le Génie du Christianisme dans cette conclusion qui peut (■Ire aussi la conclusion de la démonstration que nous venons d'établir : « Le Christianisme est parfait, les hommes sont imparfaits.

« Or, une conséquence parfaite ne peut sortir d'un. principe imparfait.

« Le Christianisme n'est donc pas venu îles hommes.

« S'il n'est pas venu des hommes, il ne peut être venu que de Dieu.

« S'il est venu de Dieu, les hommes n'ont pu le connaître que par révélation.

« Donc le Christianisme est une religion révélée. »

(h Sermon pour le ir dimanche tle l'Àvent sur la divinité de la religion.

Le Progrès de la Vie chrétienne.

Toute religion ([ni ne tendrai! pas au progrès, à la grandeur morale, à la perfection de l'homme, se condamnerail elle même. Si Dion, en effet, a parlé à l'homme, s'il lui a révélé -es volontés saintes, s'il a établi des relations entre la faiblesse et la misère humaine et ses perfections infinies, c'est évidemment pour transformer l'homme, le rendre meilleur et l'élever jusqu'à lui.

Hue sera-ce de la religion chrétienne '.' que sera ce de la loi de la vie chrétienne dont nous avons exposé les grands H divins caractères '.' Cette loi, parfaite dans ses sources, dan- ses préceptes, dans les vertus qu'elle enseigne, dan- les motifs qu'elle invoque, cette l<»i. universelle, immuable, nécessaire, et cependant la plus simple cl la plu» populaire, n'est-elle pas la 1<h du vrai progrès, des plu- hautes vertus et de la plu- sublime perfection ?

Le même devoir du progrès et <)<■ la perfection nous est révélé par la notion de la Vie chrétienne.

Dieu peut-il, en effet, communiquera l'homme sa vie

divine, et avec elle les facultés surnaturelles qui sont les vertus chrétiennes, sans exiger que l'homme profite de ces dons et les développe en en multipliant les fruits?

Nous l'avons démontré, la vie chrétienne est la vie dirigée vers Jésus-Christ par la doctrine, les forces et les grâces qui viennent de lui seul. Il est le terme, le but, la récompense vers laquelle nous devons tendre par tous nos actes, par toutes nos pensées et tous nos désirs. Nous devons nous efforcer de reproduire ce divin modèle, jusqu'au jour « où Jésus-Christ nous apparaîtra, où nous serons semblables à lui et où nous le verrons tel qu'il est » (1). Evidemment notre marche vers ce but suprême, nos efforts généreux pour imiter l'idéal divin, cette transformation dans la participation de plus en plus abondante aux secours surnaturels el à la beauté de l'adorable Maître sont le progrès de la vie chrétienne.

La vie chrétienne est la vie en Notre Seigneur Jésus- Christ, par une union qui a ses commencements, son développement, jusqu'à ce qu'elle parvienne à l'unité parfaite, jusqu'à cette identité dont parlait l'Apôtre quand il disait : « Ma vie. c'est Jésus-Christ » (2). « Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi » (3).

l'aria vie divine, nous soi es renouvelés, régénérés,

nous tuons une nouvelle naissance (4). Mais, connue dans l'ordre naturel, ce renouvellement, cette régénération,

l I Joan., III, i.

i Philip., I. .M.

3 Galat., II. 20.

. lit ., m, :;.

cette naissance, cette nouvelle création sont le principe d'un développement et d'un progrès. La grâce sanctifiante nous rend agréables à Dieu, elle fait de nous ses amis; mais celle amitié nous impose de nous rendre plus agréables encore à son cœur et de nous unir à lui par des liens plus étroits. Nous devenons par cette vie les fils adoptifs de Dieu. Cette adoption qu'il nous a gratuitement accordée, qui est pour nous une gloire sans égale el imprime dans notre âme une ressemblance avec notre Père céleste, demande que nous soyons de plus en plus dignes de cette gloire et que cette ressemblance devienne plus parfaite. La vie divine doit, pour ainsi dire, nous pénétrer tout entiers; noire intelligence doil être de [dus en plus éclairée par les lumières de la foi. notre volonté de plus en plus soumise aux préceptes divins, notre cœur embrasé d'un amour plus ardent, el noire corps lui même doit devenir, selon le langage de sainl Paul, a une hostie sainte » (1) et « manifester avec plus d'éclat la vie de Jésus-Christ » (2).

La sagesse et la bonté de Dieu qui ont accordé gratuitement à l'homme la vie de la grâce qu'il n'a point méritée, la justice el les vertus surnaturelles, pourraient elles ne [tas lui accorder, à plus forte raison, un degré supérieur de ct^ dons divins, s'il s'y dispose et s'y prépare par les fruits de cette justice et les actes de ces vertus?

Quand nous considérons avec quel éclat la doctrine (pie nous venons d'exposer l'ail resplendir l'amour de Dieu envers non-, il nous est impossible d'admettre que

[i) Rom., XII, 1.

2) K Cor., IV. 10

cetamour veuille s'arrêter dans sa munificence et ne pas accorder à noire fidélité, à nos efforts et à nos sacrifices des dons supérieurs. Nous ne pouvons en douter : cette bonté el cel amour infini exigent que nous nous rendions dignes de grâces plus abondantes et d'une gloire [tins complète.

Ces ascensions dans la grâce et la vertu répondenl d'ailleurs aux sentiments, aux aspirations que Dieu lui même a mis au l'ont! de notre nature et que les communications surnaturelles avec sa bonté, sa beauté et sa perfection infinies n'ont pu que transformer et rendre plus ardents et plus insatiables. Nous allons, par ces tendances irrésistibles, vers ce qui est grand, parfait, éternel et infini. Notre intelligence appelle des lumières toujours plus vives, notre cœur des affections qui puissent le satisfaire et des biens qui puissent le rem plir. Non seulement cela est vrai des intelligences et des âmes supérieures, mais toute âme qui n'est pas abaissée et avilie a devant elle un idéal de grandeur morale et de perfection qui l'attire et qui l'entraîne. Ces tendances sont plus fortes, plus ardentes, dans les Ames les plus élevées et les plus généreuses. Tous les peuples el lous les siècles oïd salué de leur admiration les nommes qui, par leur travail, leurs œuvres, leurs sacrifices, sont arrivés au plus baul sommet du dévouement et de la grandeur morale. N'est ce pas le témoignage universel, irrécusable, que le progrès moral est une loi essentielle de notre nature humaine?

Comment, une fois encore, ne serait-il pas la loi essentielle de la vie chrétienne?

Aussi la volonté de Dieu manifestée dans nos Saintes Écriture impo e ce devoir du progrès, ce travail de la

perfection. « Ne craignez pas. dil la Sagesse éternelle, de vous justifier jusqu'à la oiorl >> (1), c'esl à dire de devenir de plus en [tins justes, de poursuivre le travail de la perfection jusqu'au jour de la justice el îles récom penses célestes, selon ces paroles : k Que celui qui esl juste devienne plus juste el que celui qui est saint devienne plus sainl o (2).

L'Esprit- Saint nous dit que « le sentier du juste esl comme une lumière qui resplendit, s'avance et grandil jusqu'au jour parfait » (3). Comme le soleil qui apparaît el qui monte peu à peu à l'horizon jusqu'au plein midi, la vie divine dans le juste se développe et grandil jusqu'aux splendeurs de la vie éternelle. C'est pourquoi le Psalmiste s'écrie : « Bienheureux l'homme qui reçoit de vous, mon Dieu, son secours; il a disposé dans son cœur des ascensions; ils iront de vertu en verlu » (4). d Crois se/, dans la grâce et la connaissance de Notre Seigneur el Sauveur Jésus-Christ, » dit saint Pierre (."•). « Dieu multipliera votre semence, dit saint Paul aux fidèles de Corinthe, et augmentera l'accroissement des fruits de votre justice u 6).

Ce progrès esl encore admirablement exposé p;.r le grand Apôtre dans son ('pitre aux Ephésiens : « La grâce. dit-il, a été donnée à chacun selon la mesure et les dons de Jésus-Christ; selon sa volonté el son libre choix, ci la vocation de chacun, car il a donné quelques un- pour

(1) Eccli., XVIII,22.

2 Apoc, XXII, II.

(3) Prov., IV, is.

(4) Psalm., LXXXIII, G.

(."> il Petr., III, 18.

6 II Cm- . IX. 10.

l!)î CHAPITRE IV

rire apôtres, d'autres pour être prophètes, d'autres pour être évangélistes, d'autres pour être pasteurs et docteurs, afin que tous travaillent à la perfection des saints, aux [onctions de leur ministère, à l'édification du corps de Jésus-Christ, jusqu'à ce (pie nous parvenions tous à l'unité d'une'même foi et d'une même connaissance du Fils de Dieu, à la mesure de l'âge et de la plénitude selon laquelle Jésus Christ doit être formé en nous ». Voilà encore le devoir de l'imitation de Jésus-Christ, le terme et l'idéal de ce progrès et de la perfection. Et l'Apôtre poursuit : « afin que, pratiquant la vérité dans la charité, nous croissions en toutes choses dans Jésus-Chrisl qui est notre chef et notre tète » (1).

Tous les textes de nos Livres Saints qui nous promettent les récompenses célestes nous enseignent qu'elles seront proportionnées au degré de nos souffrances, de nos œuvres, de nos mérites. Il y a dans le ciel différentes demeures; les demeures les plus élevées, les visions les plus magnifiques, la gloire la plus resplendissante, la félicité la plus complète seront accordées à ceux qui seront arrivés ici-bas à un plus haut degré de la vie chrétienne dont la vie éternelle est l'épanouissement et le couronnement.

Toute la démonstration que nous venons d'établir repose sur l'admirable succession des bienfaits dont Dieu nous a comblés, depuis les tendances élevées de noire nature, depuis la grâce sanctifiante et les vertus chrétiennes, les lumières, les secours et les grâces qui nous sont prodigués chaque jour et à chaque instant, jusqu'aux récompenses du ciel, promises plus parfaites'

(I) Epb., IV, 12, 13, 15.

plu- complètes et vins magnifiques aux âmes les plus pures el les plus fidèles. .M;iis Ions ces bienfaits nous imposenl le devoir sacré de la reconnaissance ; cette reconnaissance doit grandir tandis que les bienfaits s'accroissenl el se multiplient, el elle ne peut être démontrée <pie par notre bonne volonté el noire ardeur à profiter «le ces bienfaits, pardes efforts plus généreux et paille- œuvres meilleures. A chaque degré dans cette abondance de> dons divins doivent répondre, de notre part, une coopération plus active, une union plus parfaite avec Dieu, un progrès de la Vie chrétienne.

Cette loi delà reconnaissance est aussi la loi de noire intérêt le plus élevé. Si nous ne profitons pas de tous ces bienfaits, si nous les rendons inutiles par notre aveuglemeiil et notre obstination, il- se retourneront contre nous. Le compte que nous aurons à rendre à la justice de Dieu sera d'aidant plus redoutable que sa bonté nous aura comblés de plus de bienfaits. N'oublions pas que le divin Maître, si doux et si miséricordieux, a menacé dephi- terribles châtiments ceux qui repoussent et rendent inutile^ les sollicitations de sa miséricorde, ses grâces el ses dons.

Ce devoir du propres de |;i vie chrétienne n'est pas restreint à quelques âmes de choix. Tout ce que nous venons de dire démontre qu'il est universel el essentiel. Il lient à la notion même de la vie chrétienne, à la perfection de la morale évangélique ; il a sa source dans lebienfaits accordé- à tous, il a pour but le salut éternel auquel tous -ont appelés, il est imposé parles ordres de Dieu, qui sont sans exception et sans réserve. Il est vrai. ce progrès ne doit pas être le même pour tous, il est proportionné aux desseins de la Providence, à la voca-

l'.N> CHAPITRE IV

Mon qui nous esl faite . à la mission qui nous est réservée, aux grâces et aux dons qui nous sont accordés. Ce devoir paraît lourd el difficile même aux chrétiens fidèles, à plus forte raison aux chrétiens hésitants et imparfaits. Nous croyons que ces appréciations ne sont pas justifiées ; elles viennent en grande partie d'une connaissance inexacte de la notion et des conditions de ce progrès. Nous croyons que la doctrine que nous allons exposer éclairera les Ames sur plusieurs des points les plus importants et les plus pratiques de la morale catholique, qu'elle dissipera hien des craintes, relèvera bien des courages en démontrant que ce devoir est non seulement possible, mais facile pour tous.

LE PROGRES DE LA VIE CHRETIENNE KST LE PROGRES I>K LA GRACE SANCTIFIANTE ET DES VERTUS CHRÉTIENNES.

Nous l'avons répété hien souvent, la vie chrétienne est la vie divine en nous, en d'autres termes, la coin munication qui nous est faite de la nature divine par la grâce sanctifiante et les vertus surnaturelles, facultés et puissances de cette nature. Le progrès de la vie chrétienne est donc essentiellement le progrès ou l'augmentation de la grâce sanctifiante et des vertus chrétiennes.

Dieu ne donne pas la grâce sanctifiante à toutes les âmes dans la- même mesure et dans le degré le plus élevé; elle peut donc augmenter, être développée, devenir plus parfaite. Les textes des Saintes Ecritures que nous avons eités pour établir l'obligation du progrès de la vie

chrétienne affirment, dans les termes les plus précis, ce développement de la grâce sanctifiante. Nous devons, en effet, « croître dans la grâce » (I); « Dieu l'ail abonder toute .m-àce en nous » (2), et « il augmente l'accroissement des fruits de notre justice » (3). Le Concile de Trente enseigne que ta rénovation des justes se fait par l'infusion de la justice habituelle qui n'est autre que la grâce sanctifiante; il enseigne que. par l'observation des préceptes dans la foi, parla grâce de Jésus-Christ qui a été reçue, la foi coopérant par les bonnes œuvres, les justes croissent et sont plus justifiés (4). Le même Concile définil <pie cette justice esl augmentée par les bonnes œuvres (5 .

Les vertus chrétiennes ne sont pas infuses dans les âmes sans la grâce sanctifiante; elles lui sont unies intimement comme les facultés de la nature divine dont nous sommes faits participants <)). « Dans la justification, avec la rémission des péchés, dit le Concile de Trente, l'homme reçoit la foi. l'espérance et la cha rite » (7).

Le progrès t\v> vertus chrétiennes est affirmé dans les termes les plus clairs par nos Livres Saints. Le Psalniiste nous parle des ascensions que l'homme dispose dans son cœur, « et ils iront, dit-il, de vertu en

I II Petr., III, is.

(2) II Cor., IX, 8.

3) Ibid., IX, 1U.

î Si-v VI, cap. X.

:; Ibid., can. t\.

i; C'est l'opinion d'illustres théologiens appuyée surdos preuves •le haute valeur : S. Thomas, in •'>'" p., q. VII, art. 2, M, \ : 1;| iv q. 65, art. I. — De Lu^o, de Fuir, disp. XVI, sect. 2.

(7) Sess. VI. c VII.

vertu » (I). « Seigneur, augmentée noire foi », disent les Apôtres (2). Sainl Paul exprime aux Corinthiens L'espoir que « leur foi deviendra plus grande : spem habentu crescentis fidei nostrœ » (3). Et il désire que les lidèles de Home abondent dans la foi. l'espérance et la vertu de l'Esprit-Sainl (4). La charité doit grandir dans la proportion de la connaissance plus complète, plus parfaite de Dieu, en proportion de ses bienfaits, des épreuves et des sacrifices généreusement acceptés. « Que votre charité, dit encore saint Paul, abonde de plus en plus » (o).

La grâce sanctifiante et les vertus chrétiennes augmentent en même temps et sous l'influence des mêmes causes. Quant à la vertu de charité, cette doctrine est la conséquence évidente de l'union intime de cette vertu et de la grâce sanctifiante qui sont absolument inséparables. Un îles effets essentiels de la grâce sanctifiante est de faire de nous les amis de Dieu. Mais l'amitié exige un amour mutuel et se développant au cœur des amis clans la même mesure. Si donc l'amour de Dieu pour nous est plus grand, si la grâce sanctifiante nous rend ses amis à un degré plus intime, notre amour pour Dieu doit augmenter dans la même mesure.

L'état de grâce exige la rectitude de l'homme tout entier, de son âme et de ses facultés. La rectitude de l'homme, dans l'essence de l'âme, croit en proportion de l'augmentation de la grâce sanctifiante et, dans ses

(1) Psalm., LXXXIII, 6.

2) Luc, xvn, :;.

(3) Il Cor., X, 15.

V Rom., XV, 13.

(o Philipp., I, 9.

[acuités, par le prqgrèsdes vertus chrétiennes. D'ailleurs, l'augmentation de la grâce sanctifiante ou de la nature divine en nous serait incomplète et ne répondrait pas à l'idée d'un ordre exact, d'une harmonie parfaite, si elle ne comprenait pas l'augmentation des facultés de cette aature, eu d'autres tenues, des vérins chrétiennes; car une nature plus parfaite exige (\v> vertus plus parfaites. Enfin une participation plus abondante de la nature divine réclame, comme un ornement indispensable, la gloire et la puissance des vertus divines.

Cette augmentation et ce progrès de la grâce et des vertus chrétiennes sont sans limites ( 1).

La vision béatifique, la vision accordée aux élus dans le ciel n'a pas de terme, elle est sans limites. Elle a, en effet, un objet infini qu'elle ne peut jamais égaler, parce qu'elle reste toujours imparfaite et finie, et quel que soit le degré de cette vision, il en est toujours un plus élevé; elle ne peut parvenir à un terme suprême. Il en est ainsi de l'amour de Dieu ; il doit en être ainsi de la grâce et de la lumière de la gloire. Elles sont, comme la vision céleste, imparfaites, et elles ont pour objet notre Dieu qui est infini et qu'elles ne pourront jamais atteindre complètement (2).

L'imperfection de l'âme humaine qui est finie ne s'oppose pas à ce progrès sans limites. Comme saint Thomas le démontre, en ce qui concerne la charité, par là même que cette vertu augmente, la capacité et la puissance d'aimer augmentent dans la même mesure. Plus une

(1) C'est l'opinion de saint Thomas : 3* p., q. VII, art. Il, e( I ' !•■ , q. X, art. i. ad l»m et alibi. Elle est communément enseignée par les théologiens; V. Suarez, de gratia, lib. IX, cap. :;. 2j Suarez, /<"'. citât, eap. ."> et6.

âme est s;iinte, plus elle est capable d'aimer Dieu, el par ce plus grand et plus ardent amour elle devient capable d'une sainteté plus grande encore et cette sainteté la conduit à un plus grand amour. C'est pourquoi les textes des Saintes Écritures cpue nous avons cités n'assignent aux progrès de la vie chrétienne et de la sainteté aucune limite, si ce n'est la gloire et la splendeur de la vie éternelle, (l'est pourquoi le Concile de Trente enseigne absolument et sans restriction que les justes accomplis sanl la loi de Dieu augmentent en eux les trésors de la grâce (1). « Dans la vie présente, qui est tout entière épreuve et tentation, dit saint Prosper, on ne trouve pas dans les Saints les plus sublimes une perfection qui ne doive plus s'élever encore » (2).

D'ailleurs le chrétien en état de grâce a, jusqu'à son dernier soupir, tous les moyens d'accomplir les préceptes de Dieu, de faire des actes méritoires et par conséquent de réaliser des progrès dans la vie chrétienne (3).

N'oublions pas qu'à ce progrès sans limites de la grâce et des vertus chrétiennes répond un progrès sans limites de la vision, de la félicité et de la gloire célestes. C'est ce ipie démontrera d'une façon plus complète encore la doctrine (pie nous exposerons bientôt sur les mérites de nos bonnes œuvres.

ii Sess. VI, cap. X.

(2) Lib. de Vite contemplatioâ, c. s et 0.

.'!) Il finit cependant admettre que la grâce qui est dans le juste in- peut jamais atteindre le degré de ^ràcc qui est en N. S. .Irsus- Christ, ni même en approcher ni dépasser le degré assigné à chacun par la prédestination divine. Suarez, lor. cit., cap. (i, n., (i. s. u et seq,

De tels enseignements doivent avoir sur nos intentions, nos actes et notre vie une puissante influence ; ils doivent enflammer notre ardeur pour la réception plus fréquente et plus pieuse des sacrements et pour l'accomplissement fidèle de tous nos devoirs. Quelle ambition peut être comparée à cette ambition, grande, salutaire cl sainte, d'accroître la vie divine en nous, les vertus chrétiennes et les récompenses de noire éternité ? Nous pouvons lui appliquer cette exhortation de l'Apôtre saint Paul aux Corinthiens : « Ayez de l'émulation et de l'empressement pour acquérir les dons les meilleurs : .Emulamini charismata melîora » (1).

Que sont, en présence de ces biens supérieurs, divins, éternels, les succès de l'ambition humaine, le pouvoir el les dignités qui n'élèvent pas l'homme lui-même, les richesses acquises par tant de travaux el de sacrifices, peut clic au prix de la probité el de l'honneur, les trésors que des spéculations malheureuses ou criminelles ravissent souventàleurs possesseurs désolés et qu'aucun d'entre eux n'emportera au delà de la tombe ?

Ne devons nous pas consacrer nos pensées et nos forces, noire vie tout entière à l'acquisition des richesses qui sont la gloire et la splendeur surhumaine de nos âmes dans le temps et dans l'éternité et mettre dans ces trésors surnaturels et impérissables toul notre cœur ? « Ne vous faiies point, disait le Sauveur, îles trésors (huis la terre où la rouille cl les vers les consument, el où les voleurs les déterrent et les dérobent, car là où esl votre trésor, là ;iu<si est votre cœur o (2).

(I I Cor., XII, 31.

■' Lue., XII, 33, ôt.

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